Spiritualité thérésienne

La spiritualité thérésienne, appelée aussi voie de l'enfance spirituelle, petite voie ou voie de l'abandon, est une spiritualité catholique développée par Thérèse de Lisieux, une carmélite française de la fin du XIXe siècle. On la trouve particulièrement dans l'Histoire d'une âme, son autobiographie, qui a connu un succès mondial. Fondamentalement, elle consiste à être face à Dieu comme un petit enfant face à son père[1], spécialement dans la confiance que cela implique. Cette spiritualité peut être vécue par tous les chrétiens, dans tous les états de vie, à tout moment de l'existence[2].

dessin de Thérèse de Lisieux tenant en mains un cricifix entouré de roses
Dessin de Thérèse de Lisieux par sa sœur Céline.

L'intuition de Thérèse de Lisieux

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Thérèse de Lisieux exprime l'intuition qui l'a guidée pour développer une nouvelle spiritualité dans l'Histoire d'une âme. Elle s'adresse dans le Manuscrit C à sa prieure Mère Marie de Gonzague :

« Vous le savez, ma Mère, j'ai toujours désiré d'être une sainte, mais hélas ! j'ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu'il y a entre eux et moi la même différence qu'il existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants ; au lieu de me décourager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c'est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections ; mais je veux chercher le moyen d'aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d'inventions, maintenant ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j'ai recherché dans les livres saints l'indication de l'ascenseur, objet de mon désir et j'ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Éternelle : Si quelqu'un est tout petit qu'il vienne à moi[3]. [...] Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux ![4] [...] L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. »[5],[6]

l'Acte d'offrande à l'amour miséricordieux

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Le , le dimanche de la solennité de la Trinité, Thérèse écrit son Acte d'offrande à l'amour miséricordieux du Bon Dieu, qui marque un sommet dans la voie spirituelle qu'elle a découverte et vécue. En voici quelques extraits les plus significatifs :

« Ô mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer,[...] en un mot, je désire être Sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, ô mon Dieu, d'être vous-même ma Sainteté.[...] Je le sais, ô mon Dieu ! (plus vous voulez donner, plus vous faites désirer). Je sens en mon cœur des désirs immenses et c'est avec confiance que je vous demande de venir prendre possession de mon âme. [...] Je voudrais vous consoler de l'ingratitude des méchants et je vous supplie de m'ôter la liberté de vous déplaire, si par faiblesse je tombe quelquefois qu'aussitôt votre Divin Regard purifie mon âme consumant toutes mes imperfections, comme le feu qui transforme toute chose en lui-même... Je ne veux pas amasser de mérites pour le Ciel, je veux travailler pour votre seul Amour, dans l'unique but de vous faire plaisir, de consoler votre Cœur Sacré et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement.[...] Afin de vivre dans un acte de parfait Amour Je m'offre comme victime d'holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous et qu'ainsi je devienne Martyre de votre Amour, ô mon Dieu !... »

mosaïque représentant Thérèse environnée de plusieurs des derniers papes.
Mosaïque montrant Thérèse de Lisieux et le rôle de plusieurs papes dans la diffusion de sa spiritualité, dans le nef de la basilique de Lisieux.

Lorsqu'elle pose cet acte spirituel particulièrement fort, son âme est envahie par des fleuves de grâce qui sont venus l'inonder[7]. Cet acte s'est inséré dans le contexte d'une vie religieuse carmélitaine depuis 7 ans, où « elle était habitée par une humilité extraordinaire et un désir d'aimer Dieu encore plus grand »[8]. Mais elle découvrit que son désir d'aimer Dieu était ridicule face à l'amour exorbitant de Dieu pour chaque homme, qui est comme un feu dévorant, selon l'image du buisson ardent[9]. Il y avait une tradition carmélitaine de s'offrir à la justice de Dieu[10], c'est-à-dire qu'une sœur acceptait de souffrir de façon extrême, ou encore de perdre la raison, en vue d'obtenir que beaucoup de pécheurs soient sauvés et puissent aller au Paradis. Thérèse, elle, rompt avec son milieu pour s'offrir à l'amour de Dieu et non plus à sa justice. Elle peut dire alors, « Oh mon Jésus ! que ce soit moi cette heureuse Victime, consumez votre holocauste par le feu de votre divin amour. »[7] Par là, elle répond à la demande de Jésus : « C'est un feu que je suis venu apporter sur la terre et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé »[11]. Alors, l'amour de Dieu comble la misère de l'homme en la consumant, sans que celle-ci cesse d'être une faiblesse[12]. On retrouve là la petitesse caractéristique de la voie d'enfance spirituelle. Cette offrande à l'amour miséricordieux, qu'elle soit prononcée par Thérèse (après sa première occurrence, elle prononça l'Acte d'offrande très régulièrement, et ce avec quelques autres sœurs du couvent de Lisieux, notamment sa sœur Céline, sœur Geneviève en religion) ou par la suite par ses disciples, exige de se sentir indigne de le prononcer et de vivre par la suite dans la confiance et l'abandon.

L'abandon dans la spiritualité thérésienne

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sculpture de Thérèse de Lisieux et de son père sur un banc
Thérèse demandant avec confiance à son père de pouvoir entrer au Carmel à 15 ans.

Toutes les spiritualités chrétiennes, d'une manière ou d'une autre, intègrent l'abandon. Thérèse de Lisieux, dans l'Histoire d'une âme, l'évoque aussi, en termes très vigoureux : « C'est l'abandon seul qui me guide, je n'ai point d'autre boussole...! »[13] Ce mouvement intérieur d'abandon qu'elle vit et propose, elle le rattache à la science de l'amour qu'elle découvre dans sa vie de carmélite : « Je comprends si bien qu'il n'y a que l'amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu que cet amour est le seul bien que j'ambitionne. Jésus se plaît à me montrer l'unique chemin qui conduit à cette fournaise divine, ce chemin c'est l'abandon du petit enfant qui s'endort sans crainte dans les bras de son Père... »[14] Alors il n'y a plus de place pour les peurs, pour le désir de sécurité humaine, pour le besoin de tout contrôler[15]. Cet abandon s'appuie aussi sur la doctrine de l'Évangile : « Ne vous inquiétez pas de la nourriture ou du vêtement... Tout cela, les païens du monde le recherchent sans répit, mais vous, votre Père sait que vous en avez besoin »[16]. La doctrine de l'abandon peut être rapprochée du quiétisme, mais en réalité, on retrouve aussi chez Thérèse l'autre pôle de la vie spirituelle : elle agit comme si tout dépendait d'elle[17] : « Il faut faire tout ce qui est en soit, donner sans compter, se renoncer constamment, en un mot, prouver son amour par toutes les bonnes œuvres en son pouvoir. Mais à la vérité, comme cela est peu de choses...Il est nécessaire, quand nous aurons fait tout ce que nous croyons devoir faire, de nous avouer des serviteurs inutiles, espérant toutefois que le Bon Dieu nous donnera, par sa grâce, tout ce que nous désirons »[18]. Dès lors, pour Thérèse de Lisieux, lorsqu'il y a des difficultés, des combats intérieurs, il ne s'agit pas de les nier, de les fuir, mais de les regarder en face. Ensuite, on peut les accepter et y adhérer, ce qui revient à aimer la volonté de Dieu dans ces circonstances concrètes. La dernière étape de ce processus consiste à s'en remettre à Dieu dans la confiance. Alors, on entre dans une dynamique de confiance, car « ce qui attire le plus de grâces du Bon Dieu, c'est la reconnaissance, car si nous le remercions d'un bienfait, il est touché et s'empresse de nous en faire dix autres,... »[19]

Principaux aspects de cette voie spirituelle

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On peut analyser la spiritualité thérésienne de bien des manières. Nous proposons ici de le faire d'après l'enseignement de Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus dans son ouvrage majeur Je veux voir Dieu. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus en distingue huit aspects que voici : cultiver la confiance et la pauvreté en esprit ; maintenir le regard sur Dieu constamment et à travers tout ; pratiquer l'ascèse de petitesse ; ne pas aller vers l'extraordinaire ; accepter les mortifications imposées ; remplir tout son devoir d'état ; aller aux actions de charité : faire tout cela dans la joie[20].

Cultiver la confiance et la pauvreté en esprit

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La confiance, d'abord, c'est l'espérance théologale tout imprégnée d'amour. Par ailleurs, la misère, qui est une autre manière d'exprimer la pauvreté en esprit, offre à l'amour une capacité réceptive beaucoup plus grande et moins de droits stricts à ses bienfaits[21]. Cela est dans la droite ligne de l'Évangile[22]. Cela peu déconcerter l'image habituelle que nous nous faisons de Dieu, car comme le fils prodigue[23], nous sommes « armés de cette justice égalitaire qui voudrait régulariser les effusions de l'Amour infini »[24]. C'est là pourtant le fondement de la doctrine spirituelle de Thérèse de Lisieux. Ainsi explique-t-elle à Sœur Marie du Sacré-Cœur : « ce qui plaît [au Bon Dieu] c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde... Voilà mon seul trésor »[25].

Maintenir le regard sur Dieu constamment et à travers tout

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Tout au long de son autobiographie, nous voyons Thérèse lire les éléments de sa vie sous un regard de foi. C'est ce que révèle l'épisode de la tartine : « L'après-midi passait vite, bientôt il fallait rentrer aux Buissonnets, mais avant de partir je prenais la collation que j'avais apportée dans mon petit panier ; la belle tartine de confitures que vous m'aviez préparée avait changé d'aspect : au lieu de sa vive couleur je ne voyais plus qu'une légère teinte rose, toute vieillie et rentrée... alors la terre me semblait encore plus triste et je comprenais qu'au Ciel seulement la joie serait sans nuages... »[26]. Thérèse fait une expérience similaire en voyant la mer : « J'avais six ou sept ans lorsque Papa nous conduisit à Trouville. Jamais je n'oublierai l'impression que me fit la mer, je ne pouvais m'empêcher de la regarder sans cesse ; sa majesté, le mugissement de ses flots, tout parlait à mon âme de la Grandeur et de la Puissance du Bon Dieu.[...] Le soir, à l'heure où le soleil semble se baigner dans l'immensité des flots laissant devant lui un sillon lumineux, j'allai m'asseoir toute seule sur un rocher avec Pauline... Alors je me rappelai la touchante histoire “Du sillon d'or!...” Je contemplai longtemps ce sillon lumineux, image de la grâce illuminant le chemin que doit parcourir le petit vaisseau à la gracieuse voile blanche... Près de Pauline, je pris la résolution de ne jamais éloigner mon âme du regard de Jésus, afin qu'elle vogue en paix vers la Patrie des Cieux !... »[27].
Mais c'est surtout dans la nuit de la foi qu'elle vivra durant ses deux dernières années où Thérèse a le regard obstinément fixé vers Dieu. Voici ce qu'elle écrit :

« Je crois avoir fait plus d'actes de foi depuis un an que pendant toute ma vie [...] Lorsque je chante le bonheur du Ciel, l'éternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que je veux croire. Parfois il est vrai, un tout petit rayon de soleil vient illuminer mes ténèbres, alors l'épreuve cesse un instant, mais ensuite le souvenir de ce rayon au lieu de me causer de la joie rend mes ténèbres plus épaisses encore. »[28]

Pratiquer l'ascèse de petitesse

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L'ascèse de petitesse est définie par Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus comme un effort énergique et confiant malgré l'échec[20], qui consiste à « lever son petit pied en comptant sur Dieu pour le succès ». Cette image a été proposée par Thérèse de Lisieux à une de ses novices :

« Vous me faites penser au tout petit enfant qui commence à se tenir debout mais ne sait pas encore marcher. Voulant absolument atteindre le haut de l'escalier pour retrouver sa maman, il lève son petit pied afin de monter la première marche. Peine inutile ! Il retombe toujours sans pouvoir avancer. Eh bien ! Soyez ce petit enfant. Par la pratique des vertus, levez toujours votre petit pied pour gravir l'escalier de la sainteté, et ne vous imaginez pas que vous pourrez monter même la première marche ! Non, mais le Bon Dieu ne demande de vous que la bonne volonté ! Du haut de l'escalier, il vous regarde avec amour ; un jour, vaincu par vos efforts inutiles, il descendra Lui-même et vous prenant dans ses bras, il vous emportera pour toujours dans son royaume où vous ne le quitterez plus[29]. »

Elle lui vient d'un épisode de son enfance : à deux ans environ, elle monte un escalier, marche après marche, en appellant à chaque fois sa maman pour que cette dernière reste auprès d'elle et l'encourage. Elle le relate dans l'Histoire d'une âme[30].

Ne pas aller vers l'extraordinaire

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Thérèse, tout en étant très généreuse, écartera tout ce qui est extraordinaire, c'est-à-dire selon Marie-Eugène, « tout ce qui brille ou exige une grande dépense de forces, en n'étant pas dans la ligne du devoir ordinaire »[31]. Pourtant, dans son enfance, Thérèse était par exemple fascinée par les exploits de Jeanne d'Arc[32]. Mais elle découvrit que « pour parvenir à la vraie gloire, il n'était pas nécessaire de faire des œuvres éclatantes mais de se cacher et de pratiquer la vertu en sorte que la main gauche ignore ce que fait la main droite »[33]. Cela marquera toute sa spiritualité et en sera un trait caractéristique.

Accepter les mortifications imposées

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Toutes les souffrances qu'imposent les événements providentiels ou qui sont le résultat direct de l'action de Dieu, entrent dans la volonté de Dieu, et ouvrent donc leur champ immense à la générosité et à la confiance en la grâce de Thérèse de Lisieux[34]. Elle dit ainsi en s'adressant à Jésus :

« Je n'ai d'autre moyen de te prouver mon amour que de jeter des fleurs, c'est-à-dire de ne laisser échapper aucun petit sacrifice, aucun regard, aucune parole, de profiter de toutes les plus petites choses et de les faire par amour... Ainsi je jetterai des fleurs devant ton trône, je n'en rencontrerai pas une sans l'effeuiller pour toi... »[35]

Cette mortification est vécue en particulier dans les préceptes de la Règle carmélitaine, dans les usages de l'Ordre ou dans les prescriptions minutieuses et parfois changeantes de sa prieure ou de ses officières. Et il est plus ardu de se laisser imposer la mortification, par Dieu en l'occurrence, que de la choisir elle-même.

Remplir tout son devoir d'état

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Le devoir d'état est une notion de théologie catholique désignant les actes que l'on doit accomplir selon son état, par exemple l'exercice appliqué de sa profession si l'on travaille, le soin des enfants si l'on en a, etc. Tous les devoirs d'états qui apparaissent dans la vie religieuse de Thérèse, elle les vit dans une fidélité rigoureuse, avec une obéissance sans failles et un amour extraordinaire.

Aller aux actions de charité

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Thérèse pratique la charité fraternelle dans le quotidien de sa vie de religieuse avec une exquise délicatesse. Voici ce dont elle témoigne par exemple avec Sœur Saint Pierre :

« Je me souviens d'un acte de charité que le Bon Dieu m'inspira de faire étant encore novice, c'était peu de chose, cependant notre Père qui voit dans le secret, qui regarde plus à l'intention qu'à la grandeur de l'action, m'en a déjà récompensée, sans attendre l'autre vie. C'était du temps que Sœur Saint Pierre allait encore au chœur et au réfectoire. À l'oraison du soir elle était placée devant moi : 10 minutes avant 6 heures, il fallait qu'une sœur se dérange pour la conduire au réfectoire, car les infirmières avaient alors trop de malades pour venir la chercher. Cela me coûtait beaucoup de me proposer pour rendre ce petit service, car je savais que ce n'était pas facile de contenter cette pauvre Sœur Saint Pierre qui souffrait tant qu'elle n'aimait pas à changer de conductrice. Cependant je ne voulais pas manquer une si belle occasion d'exercer la charité, me souvenant que Jésus avait dit : Ce que vous ferez au plus petit des miens c'est à moi que vous l'aurez fait. Je m'offris donc bien humblement pour la conduire : ce ne fut pas sans mal que je parvins à faire accepter mes services ! Enfin je me mis à l'œuvre et j'avais tant de bonne volonté que je réussis parfaitement... »[36]

On pourrait multiplier les exemples.

Faire tout cela dans la joie

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Si l'eutrapélie est un signe caractéristique de la sainteté, on peut dire que Thérèse fut, tout au long de sa vie religieuse, habitée par une très grande joie. Elle se manifeste en particulier par son sourire d'enfant, cultivé surnaturellement et affiné merveilleusement, à mesure que l'amour divin se développait dans son âme[37]. Cette joie a transparu spécialement pendant la dernière année de sa vie, où intérieurement elle vécut dans une nuit de la foi et extérieurement elle fut dévorée par la tuberculose. Pourtant, sur son lit de malade, c'est elle qui consolait et faisait rire ses sœurs religieuses qui venaient la voir. Ainsi elle dit à Sœur Marie de la Trinité : « La vie n'est pas triste ! elle est au contraire très gaie. Si vous disiez : "L'exil est triste", je vous comprendrais. On fait une erreur en donnant le nom de vie à ce qui doit finir. Ce n'est qu'aux choses du ciel, à ce qui ne doit jamais mourir qu'on doit donner ce vrai nom ; et, à ce titre, la vie n'est pas triste, mais gaie, très gaie ![38]... » Elle plaisanta aussi avec Sœur Geneviève : « Et comme il me restait à réciter une petite Heure de mon Office, raconte Sœur Geneviève, Thérèse dit d'un ton enfantin : “Allez dire None. Et rappelez-vous que vous êtes une toute petite none, la dernière des nones !”[39],[40] »

Notes et références

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  1. André Combes, Introduction à la spiritualité de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Paris, Librairie philosophique Vrin, (ISBN 978-2-7116-0148-6, lire en ligne), p. 30 sq.
  2. Exhortation apostolique sur sainte Thérèse, C'est la confiance, Paris, Artège, (ISBN 979-1-033-6150-95), p. 21.
  3. Pr 9,4.
  4. Es 66,12-13.
  5. Histoire d'une âme, Man. C, folio 2 v°.
  6. Les italiques se trouvent ainsi dans le texte original.
  7. 1 2 Histoire d'une Âme, man. A, folio 84 r°.
  8. Jean Lafrance, Ma vocation c'est l'amour, Thérèse de Lisieux, Paris, Médiaspaul, (ISBN 2-89039-342-9), p. 69.
  9. Ex 3,1-7.
  10. Lafrance 1990, p. 71.
  11. Lc 12,49.
  12. Lafrance 1990, p. 74.
  13. Histoire d'une âme, man. A, folio 82 v°.
  14. Histoire d'une âme, man. B, folio 1 r°.
  15. Pape François, Exhortation apostolique sur sainte Thérèse, C'est la confiance, Paris, Artège, (ISBN 979-1-033-6150-95), p. 26.
  16. Lc 12,22-32.
  17. Lafrance 1990, p. 106.
  18. Thérèse de Lisieux, Conseils et Souvenirs, p. 50.
  19. Thérèse de Lisieux, Conseils et Souvenirs, p. 72.
  20. 1 2 Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, Je veux voir Dieu, Tarascon, éditions du Carmel, , p. 1093.
  21. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus 1956, p. 837.
  22. Voir par exemple la déclaration de Jésus sur Marie Madeleine, Lc 7,47.
  23. Lc 15,20-32.
  24. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus 1956, p. 838.
  25. Lettre de Thérèse 197, du 17 septembre 1896.
  26. Histoire d'une âme, man. A, folio 14 v°.
  27. Histoire d'une âme, man. A, folio 21 v°, et sq.
  28. Histoire d'une âme, man. C, folio 7, r° et v°.
  29. Conseils et souvenirs, à Sœur Marie de la Trinité, n° 19.
  30. Histoire d'une âme, man. A, folio 5 r°.
  31. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus 1956, p. 852.
  32. Lettre de Thérèse 224 à l'Abbé Bellière, du 25 Avril 1897.
  33. Histoire d'une âme, man. A, folio 31 v°.
  34. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus 1956, p. 854.
  35. Histoire d'une âme, man. B, folio 4 r° et v°.
  36. Histoire d'une âme, man. C, folio 28 v°, sq.
  37. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus 1956, p. 857.
  38. Dernières paroles, à Sœur Marie de la Trinité, 2e parole.
  39. Il y a ici un jeu de mots entre none, le nom d'une Heure de l'Office divin, et nonne, autre désignation d'une religieuse.
  40. Dernières paroles, à Céline c'est-à-dire Sœur Geneviève, 5 août, 2e parole.

Liens externes

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Voir aussi

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Bibliographie

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  • abbé André Combes, Introduction à la spiritualité de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Paris, Librairie philosophique Vrin, , 514 p.
  • Conrad De Meester, Dynamique de la confiance, Paris, Cerf, , 586 p.

Articles connexes

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