Stefano Bruzzi
Stefano Bruzzi, né en mai 1835 dans la province de Plaisance et mort en janvier 1911 à Plaisance, est un peintre italien. Il a surtout peint des paysages de l’Apennin plaisantin, peuplés de paysans et d’animaux.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 75 ans) Plaisance |
| Nationalité |
italienne |
| Activité | |
| Formation |
Institut d'art Gazzola |
| Maître |
Bernardino Massari Alessandro Castelli |
| Élève |
Opilio Ghittoni |
| Lieu de travail |
Don Chisciotte (1897) |
Il se forme à Rome auprès du paysagiste Alessandro Castelli et peint en plein air dans la campagne romaine avec Nino Costa, qui lui fait connaître Arnold Böcklin. Il partage ensuite son temps entre la maison familiale de Roncolo di Groppallo et Florence, où il vit une vingtaine d’années à partir de 1875 et fréquente le milieu des Macchiaioli. Revenu à Plaisance au milieu des années 1890 pour enseigner la figure à l’institut Gazzola, il expose un Don Quichotte à la Biennale de Venise de 1897.
Diego Martelli le juge « retardataire », et la critique lui accorde ensuite peu d’attention. La galerie Ricci Oddi de Plaisance lui consacre une salle en 1934, et deux expositions marquent en 2011 le centenaire de sa mort.
Biographie
modifierOrigines et formation
modifierLa date et le lieu de naissance de Stefano Bruzzi varient selon les sources[n 1]. D’après le Dizionario Biografico degli Italiani, il est le fils du magistrat Pietro Bruzzi et d’Anna Pistoni[1].
Il fait ses humanités à Plaisance, où Bernardino Massari lui donne ses premières leçons de dessin[7]. Ferdinando Arisi mentionne aussi une fréquentation irrégulière de l’institut d’art Gazzola, où enseignait le peintre de figures Lorenzo Toncini, ainsi que des caricatures dessinées à cette époque[1].
À la fin de 1854, à dix-neuf ans, il part pour Rome. Il y travaille dans l’atelier du paysagiste Alessandro Castelli, sans s’inscrire à l’Académie[1][7][8]. Selon Arisi, Castelli l’habitue à reproduire le motif avec exactitude, par une technique directe. Avec Stefano Ussi, Enrico Gamba et Raffaele Casnedi, il suit les séances d’une académie privée tenue par un modèle surnommé Gigi. Il travaille toutefois surtout dans les environs de Rome : Albano, Ariccia, le lac de Nemi, Nettuno, Tivoli et Frascati, où il réalise en 1855 des études de costumes[1][7]. L’ouvrage Stefano Bruzzi 1835-1911 date de 1855 sa première peinture datée[3].
De 1855 à 1857, Nino Costa l’accompagne dans ses excursions et le présente à Arnold Böcklin, dont Bruzzi reste l’ami toute sa vie[1][7]. Selon le Bénézit, sa première commande, Le Retour de la chasse près de Porto d’Anzio, lui vient du marquis d’Anguissola[4].
Entre Plaisance et l’Apennin
modifierEn 1859, de retour pour peu de temps à Plaisance, il essaie de s’engager dans l’armée piémontaise, qui le refuse pour inaptitude physique[1]. Il se marie en 1860[7]. D’après le Dizionario Biografico degli Italiani, il travaille à Bologne de 1860 à 1862, puis s’établit à Milan en 1863. La même année, il revient à Plaisance et y reste jusqu’en 1870, année où il se retire dans la maison familiale de Roncolo di Groppallo. L’Apennin plaisantin devient alors le sujet de la plus grande partie de son œuvre[1]. Les fiches du catalogue régional donnent une autre chronologie[n 2]. Il y peint des paysages ruraux avec des paysans et des animaux[7].
Florence
modifierEn 1875, il s’installe à Florence pour des raisons familiales[1]. La notice régionale évoque l’avenir professionnel de ses enfants et son souhait d’élargir son activité[7]. Il vit une vingtaine d’années dans cette ville, où il fréquente les Macchiaioli[10] et se lie avec Giovanni Fattori[8]. Chaque été, il revient à Roncolo pour peindre en plein air. À Florence, il reprend en atelier les esquisses rapportées de ces séjours[1].
Arisi cite deux œuvres de cette période. La première, Mandria sperduta (1881), se trouvait en 1972 dans une collection privée à New York. La seconde, La prima neve, a été reproduite dans L’Illustrazione italiana le [1].
Enseignement à Plaisance
modifierEn 1895 ou en 1896, il accepte la chaire de figure de l’institut Gazzola à Plaisance[n 3]. Il y garde son atelier jusqu’à sa mort[1][11]. Parmi ses élèves figure Opilio Ghittoni[13].
En 1897, il est invité à la Biennale de Venise. Il y présente un grand tableau, Don Quichotte (Don Chisciotte), que la notice régionale considère comme son chef-d’œuvre et dont elle rapporte le succès auprès de la critique et du public[7]. Giuseppe Ricci Oddi achète Pecore alla sorgente en 1902[14]. En 1903, il achète La sorgente dei Lamoni directement à l’artiste[15].
En 1910, il peint Marie al Calvario, qui appartenait en 1972 à la collection Dainesi de Plaisance[1]. Il meurt à Plaisance en janvier 1911[n 4]. Des nécrologies paraissent dans les journaux Libertà et Nuovo Giornale ainsi que dans la revue Emporium[1].
Style
modifierSujets
modifierLe Bénézit le présente comme un peintre de paysages, de scènes de chasse, de figures et d’animaux[4][3]. La plus grande partie de son œuvre représente l’Apennin plaisantin autour de Roncolo, avec des paysans et des animaux[1][7]. La notice régionale relève la « finesse d’observation » avec laquelle il peint les animaux[7]. L’exposition de 2011 à la galerie Ricci Oddi présente ses paysages enneigés comme « l’un des sommets » de sa peinture[16]. Dans Ritorno dal mercato dopo la nevicata, par exemple, des bergers ramènent leur troupeau dans les montagnes de Groppallo au retour du marché[14].
Technique et évolution
modifierD’après Arisi, sa pâte est d’abord épaisse et bitumineuse. Elle s’éclaircit ensuite, et la touche devient plus vive et plus lumineuse. Arisi trouve plus vivante la partie de son œuvre peinte d’après nature. Les « églogues » (egloghe) composées en atelier lui paraissent habiles mais froides et maniérées. Dans Marie al Calvario, il voit un « morellien » vigoureux, proche de Domenico Morelli, au tempérament dramatique « presque expressionniste »[1].
Œuvres
modifierLa galerie d’art moderne Ricci Oddi de Plaisance possède une salle Bruzzi, ouverte en 1934[1][14]. On y trouve deux tableaux achetés par Giuseppe Ricci Oddi, auxquels se sont ajoutés des dons : de la famille du peintre en 1934, puis de la Caisse d’épargne de Plaisance en 1936[14][10][9]. Arisi signale aussi des œuvres dans les galeries d’art moderne de Rome et de Turin et à la pinacothèque de Parme[1].
| Titre | Date | Lieu de conservation | Réf. |
|---|---|---|---|
| Ritorno dal mercato dopo la nevicata | vers 1870-1887 | Galerie Ricci Oddi, Plaisance | [14] |
| Sans titre (deux moutons et un âne) | vers 1880 | Musées civiques du palais Farnèse, Plaisance | [17] |
| Mandria sperduta | 1881 | Collection privée, New York (en 1972) | [1] |
| Veduta dell’Appennino con i tacchini | vers 1890 | Galerie Ricci Oddi, Plaisance | [10] |
| La sorgente dei Lamoni | vers 1890-1895 | Galerie Ricci Oddi, Plaisance | [15] |
| La prima neve | — | Reproduit dans L’Illustrazione italiana en 1893 | [1] |
| Don Chisciotte | exposé en 1897 | — | [7] |
| Meriggio, l’ora del pasto | vers 1900 | Galerie Ricci Oddi, Plaisance | [9] |
| Marie al Calvario | 1910 | Collection Dainesi, Plaisance (en 1972) | [1] |
| Sans titre (mouton noir) | seconde moitié du XIXe siècle | Pinacoteca Stuard, Parme | [8] |
| I due cugini | — | Musée civique, Plaisance | [1] |
| Pecore alla sorgente | — | Acquis par Giuseppe Ricci Oddi en 1902 | [14] |
| Le Retour de la chasse près de Porto d’Anzio | — | Commande du marquis d’Anguissola | [4] |
Postérité
modifierEn juin 1932, l’association Amici dell’arte di Piacenza organise une exposition posthume. En 1935, pour le centenaire de sa naissance, Giorgio Nicodemi prononce une commémoration au Teatro Filodrammatico de Plaisance. Celestino Turletti a gravé certains de ses tableaux. Deux monographies lui sont consacrées, par C. Giarelli en 1911 et par F. Sapori en 1919[1].
Son ancien élève Opilio Ghittoni peint deux portraits posthumes de lui. Le premier, de 1930, est une commande de l’institut Gazzola et a été exécuté d’après une photographie. Le second date de 1931[11][13].
Pour le centenaire de sa mort, deux expositions ont lieu à Plaisance, d’octobre 2011 à février 2012. La première, « La poetica della neve », se tient à la galerie Ricci Oddi, avec Andrea Baboni pour commissaire[16]. La seconde, « Un macchiaiolo tra Piacenza e Firenze », est présentée à la Fondazione di Piacenza e Vigevano par Andrea Baboni et Leonardo Bragalini et réunit une cinquantaine d’œuvres[18].
Réception critique
modifierLe Larousse mensuel illustré lui consacre une notice dès l’année de sa mort[5]. Selon Arisi, ses tableaux sont encore très demandés au moment où le goût commence à s’éloigner de la peinture d’après nature. Les premières critiques viennent du milieu des Macchiaioli. Diego Martelli le qualifie de « retardataire » (ritardatario) et l’oppose au goût nouveau venu de France. Ugo Ojetti rapporte ce jugement en 1920[1].
En 1972, Arisi constate que l’œuvre de Bruzzi, pourtant présente dans des collections publiques et privées du monde entier, est presque ignorée de la critique[1]. Les avis divergent aussi sur certaines œuvres. Pour le tableau aux deux moutons et à l’âne des musées civiques de Plaisance, Arisi parle en 1960 d’un « bon travail de la maturité », tandis que la fiche du Catalogue général des biens culturels le qualifie d’œuvre « médiocre »[17].
La notice du catalogue régional de l’Émilie-Romagne place ses grandes compositions rurales « fra gli esiti più alti di tutta la pittura italiana dell’800 »[7]. La présentation de l’exposition « Un macchiaiolo tra Piacenza e Firenze » le décrit comme un artiste « di fondamentale importanza » pour les années 1850 et 1860, « ignorato anche dalla critica più attenta »[18].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le Dizionario Biografico degli Italiani, la Storia di Piacenza et l’ouvrage Stefano Bruzzi 1835-1911, cité par la Bibliothèque du Congrès, le font naître à Plaisance le [1][2][3]. Le Bénézit et le Larousse mensuel illustré donnent le , et le Bénézit situe la naissance à Gropparello[4][3][5]. Le Thieme-Becker retient le à Gropparello[6]. La fiche du catalogue du patrimoine de la région Émilie-Romagne indique Gropparello dans le champ du lieu de naissance, mais Plaisance dans sa notice biographique[7].
- ↑ Selon la notice de l’auteur, Bruzzi s’installe à Roncolo dès 1858 et y demeure jusqu’en 1874, sauf pendant un séjour à Bologne et à Milan entre 1860 et 1863[7]. Une autre fiche du même catalogue situe ce séjour entre 1860 et 1874[9].
- ↑ Le Dizionario Biografico degli Italiani et une fiche du Catalogue général des biens culturels indiquent 1896. D’après le Dizionario, cette nomination suit la mort de B. Pollinari[1][11]. Les fiches du catalogue régional de l’Émilie-Romagne la datent de 1895[7][10]. Le dictionnaire de René Édouard-Joseph présente Bruzzi comme directeur de l’institut[12], alors que les autres sources parlent d’un poste de professeur de figure.
- ↑ Le Dizionario Biografico degli Italiani, la Storia di Piacenza, le Thieme-Becker et l’ouvrage Stefano Bruzzi 1835-1911 donnent le [1][2][6][3]. Le Bénézit et le Larousse mensuel illustré donnent le [4][5].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 (it) Ferdinando Arisi, Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 14, Rome, Istituto dell'Enciclopedia Italiana, (lire en ligne), « Bruzzi, Stefano »
- 1 2 (it) Storia di Piacenza : L'Ottocento, Tip.Le.Co, (lire en ligne), p. 724
- 1 2 3 4 5 (en) « Bruzzi, Stefano, 1835-1911 », sur Library of Congress Name Authority File, Bibliothèque du Congrès (consulté le )
- 1 2 3 4 5 (en) « Stefano Bruzzi », extrait de la notice dans le dictionnaire Bénézit
, sur Oxford Art Online, (ISBN 9780199773787) - 1 2 3 Claude Augé et Paul Augé, Larousse mensuel illustré, vol. 2, Librairie Larousse, (lire en ligne), p. 82
- 1 2 (de) Ulrich Thieme et Felix Becker, Allgemeines Lexikon der Bildenden Künstler von der Antike bis zur Gegenwart, vol. 5, E. A. Seemann, (lire en ligne), p. 162
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 (it) « Bruzzi, Stefano – scheda autore », sur PatER – Catalogo del patrimonio culturale dell'Emilia-Romagna, Regione Emilia-Romagna (consulté le )
- 1 2 3 (it) « Bruzzi, Stefano – dipinto (pecora nera) », sur Catalogo generale dei Beni Culturali (SIGECweb), Istituto centrale per il catalogo e la documentazione (consulté le )
- 1 2 3 (it) « Bruzzi, Stefano – Meriggio, l'ora del pasto », sur PatER – Catalogo del patrimonio culturale dell'Emilia-Romagna, Regione Emilia-Romagna (consulté le )
- 1 2 3 4 (it) « Bruzzi, Stefano – Veduta dell'Appennino con i tacchini », sur PatER – Catalogo del patrimonio culturale dell'Emilia-Romagna, Regione Emilia-Romagna (consulté le )
- 1 2 3 (it) « Ghittoni, Opilio – Ritratto di Stefano Bruzzi (1930) », sur Catalogo generale dei Beni Culturali (SIGECweb), Istituto centrale per il catalogo e la documentazione (consulté le )
- ↑ René Édouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains : A-E, t. 1, Art & Édition, , p. 215
- 1 2 (it) « Ghittoni, Opilio – Ritratto di Stefano Bruzzi (1931) », sur Catalogo generale dei Beni Culturali (SIGECweb), Istituto centrale per il catalogo e la documentazione (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (it) « Bruzzi, Stefano – Ritorno dal mercato dopo la nevicata », sur PatER – Catalogo del patrimonio culturale dell'Emilia-Romagna, Regione Emilia-Romagna (consulté le )
- 1 2 (it) « Bruzzi, Stefano – La sorgente dei Lamoni », sur PatER – Catalogo del patrimonio culturale dell'Emilia-Romagna, Regione Emilia-Romagna (consulté le )
- 1 2 (it) « Stefano Bruzzi – La poetica della neve », sur Artribune, (consulté le )
- 1 2 (it) « Bruzzi, Stefano – dipinto (due pecore e un asino) », sur Catalogo generale dei Beni Culturali (SIGECweb), Istituto centrale per il catalogo e la documentazione (consulté le )
- 1 2 (it) « Stefano Bruzzi – Un macchiaiolo tra Piacenza e Firenze », sur Artribune, (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (it) Angelo De Gubernatis, Dizionario degli artisti italiani viventi : pittori, scultori e architetti, Florence, coi tipi dei successori Le Monnier, , 640 p. (lire en ligne), p. 77
- (it) C. Giarelli, Il Virgilio della tavolozza, Parme,
- (it) F. Arisi, Il Museo Civico di Piacenza, Plaisance,
- (it) F. Arisi, Galleria d'arte moderna Ricci Oddi, Plaisance,
- J. P. A. Akoun, Akoun : répertoire biographique d'artistes de tous pays des XIXe et XXe siècles. CV-XIX-XX, Cote de l'amateur, , 1481 p., p. 278
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :