Sylvain Blassel
Sylvain Blassel est un harpiste et chef d'orchestre français, né le à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Il est notamment connu pour ses transcriptions ou adaptations pour harpe d'œuvres de Johann Sebastian Bach, Ludwig van Beethoven, ou Franz Liszt. Il enseigne au Conservatoire royal de La Haye.
Biographie
modifierEnfance, formation, et influences.
modifierSylvain Blassel grandit près de Saint-Nazaire, dans une île des marais de Brière située sur la commune de Montoir-de-Bretagne. Ses parents sont mélomanes, amateurs de musique ancienne : sa mère joue de la flûte à bec et son père du luth.
Il commence la harpe à l'École de Musique de Saint Nazaire avec Anne Devorsine, et l'analyse avec Michel Bourcier, dont il dira qui a joué un rôle particulièrement déterminant dans sa formation de musicien[1]. Il étudie ensuite au C.N.R. de Nantes avec Isabelle Perrin.
Il poursuit ses études au C.N.S.M.D. de Lyon auprès de Fabrice Pierre et Véronique Ghesquière. Surtout, il suit les cours d'analyse de Robert Pascal, d'ethno-musicologie avec Jean-Louis Florentz, d'histoire de l'art avec Myriam Soumagnac, et de composition (en auditeur libre) et direction d'orchestre de Gilbert Amy. Il rédige en 1997 un important mémoire d'analyse consacré à Éclat de Pierre Boulez, dont il est fervent admirateur depuis son adolescence[2]. Il obtient en 1998 son Diplôme National d'Études Supérieur Musicales, mention très bien à l'unanimité avec félicitations du jury.
Parmi ses principales figures de référence figurent à la fois Pierre Boulez, dont il admire l'intelligence musicale, et en qui il voit un exemple en matière de compréhension de la partition comme préalable à son interprétation, György Kurtág, chez qui le moindre détail est indispensable à la cohérence de l’ensemble de l’œuvre, et Claudio Abbado, sous la direction de qui il n'a pourtant joué qu'une seule fois, mais dont le souffle et le geste expressif l'auront marqué profondément dans sa carrière d'interprète.
Chef d'orchestre
modifierAu cours de sa scolarité lyonnaise, il co-fonde avec des amis étudiants du conservatoire l'Ensemble Transparences, un petit ensemble de chambre dévolu à la musique contemporaine, avec lequel il enregistre deux CD consacrés au compositeur Jacques Lenot. Il est engagé aussitôt, à 22 ans, par l'Ensemble InterContemporain comme chef assistant, de 1998 à 2000. Il y travaille principalement pour Pierre Boulez et David Robertson (alors directeur musical de l'EIC). Il y rencontre les compositeurs György Kurtág, György Ligeti, Brian Ferneyough, Thomas Ades, Eliott Carter, etc[3].
Engagé en faveur de la musique contemporaine, il dirige depuis fréquemment les oeuvres de compositeurs emblématiques du XXème siècle (Messiaen, Boulez, Ligeti, Murail, Xenakis[4]..) autant que des oeuvres de compositeurs de générations plus récentes, dont il donne parfois les premières mondiales (Adrien Trybucki[5], Anne Castex[6], etc.)
Harpiste
modifierLa singularité de Sylvain Blassel repose principalement sur trois aspects : le choix d'un répertoire très vaste, de Guillaume de Machaut à la musique d'aujourd'hui, fondé sur les transcriptions d'oeuvres très virtuoses qui n'étaient pas encore jouées à la harpe (Liszt, Wagner..) ; la volonté de rendre intelligibles des partitions de grande complexité (Variations Goldberg, Sonate op.111...) ; enfin, un attachement particulier aux instruments historiques, sont il explore les spécificités sonores et expressives.
Ses activités de concertiste l'amènent à se produire régulièrement comme soliste à Hong-Kong, Taïwan, Singapour, au Japon, Corée du Sud, Chine, USA, Canada, Colombie, Costa Rica, Australie, Afrique du sud, et dans la plupart des pays d'Europe.
Répertoire et démarche artistique
modifierRépertoire de prédilection
modifierEn 2007, Sylvain Blassel enregistre pour Warner / Lontano les Variations Goldberg de J.S.Bach, premier enregistrement mondial à la harpe[7]. Cet enregistrement marque un tournant dans sa carrière, tant pour le développement personnel de son jeu instrumental, que pour ses activités de concertiste à travers le monde[8]. Alfred Brendel s'exprimera en 2012 à ce sujet : « Cher Monsieur Blassel, j'ai écouté vos Variations Goldberg avec un plaisir et une admiration que je n’attendais pas. Je dois avouer que je n’avais aucune idée de tout ce que votre instrument était capable d’offrir. Vous êtes un musicien d’une grande finesse, dont l’oreille pour les nuances et le sens du rythme sont remarquables ! »[9]
À l'issue des Variations Goldberg, Sylvain Blassel exprime encore le besoin de perfectionner davantage sa technique et son jeu instrumental. C'est ainsi qu'il transcrit plusieurs oeuvres très virtuoses de Liszt : La Campanella, la Bénédiction de Dieu dans la Solitude, la Prédication aux oiseaux, et surtout, une bonne partie des Rhapsodies hongroises. Dans le sillage de Liszt transcripteur, il adapte pour la harpe de nombreuses transcriptions pour piano de Liszt de Lieder de Schubert (notamment Gretchen am Spinnrade, Auf dem wasser zu singen, Das Sterbeglöcklein...).
À l'inverse, et à la différence de Liszt, et à l'instar des Goldberg, c'est sans la moindre alteration des partitions originales qu'il joue de nombreuses sonates de Haydn, et les oeuvres tardives de Beethoven — notamment ses ses bagatelles et ses dernières sonates.
Il accorde une importance particulière à la musique contemporaine. Plusieurs compositeurs ont écrit pour lui, parmi lesquels Francesco Filidei (Quattro piccole cornici, 2003[10]), Bruno Mantovani (Péripéties et conclusion, 2022[11],[12]), Philippe Schoeller (Mercure, 2018[13]), Benoît Sitzia (Anectotes, 2017, Eloge du chant III, 2023[14]), etc.
Le "Paganini de la harpe"
modifierEn 2015, la revue américaine spécialisée dans la harpe à pédale HarpColumn publie un article consacré à un récital Liszt Liszt donné par Sylvain Blassel à Princeton, dans lequel il est décrit comme le Paganini de la harpe[15]. Il est depuis régulièrement décrit comme tel, bien que Blassel lui-même ne semble guère se reconnaître dans cette comparaison, et ne revendique aucune affinité particulière avec Paganini.
Approche historique
modifierSylvain Blassel accorde une place de premier plan à l'approche historique de l'interprétation, notamment à travers l'étude approfondie de méthodes et traités d'époque, ainsi que l'utilisation d'instruments historiques. Il possède d'ailleurs une collection d'une cinquantaine de harpes depuis le XVIIe siècle jusqu'à nos jours[16].
C'est dans cette démarche de recherche historique qu'il a découvert et fait l'acquisition en 2013 du manuscrit inédit du Trio pour flûte, violoncelle et harpe[17] de 1934 d'André Jolivet, l'une de ses premiers oeuvre d'importance, d'un langage encore très proche de celui de son maître Edgard Varèse. Il en a assuré la création mondiale avec Marine Perez (flûte) et Emmanuelle Bertrand (violoncelle), en mars 2020 à la Philharmonie de Paris[18].
Par ailleurs, Sylvain Blassel consacre de longues recherches à la harpe chromatique Pleyel à deux rangées de cordes croisées[19], et contribue à la redécouverte de cet instrument, dont il est l'un des derniers à jouer[20].
Pédagogue
modifierDe 2002 à 2019, Sylvain Blassel enseigne au Conservatoire National de Région de Rennes : d'abord l'analyse musicale (2002-2015), puis l'orchestre et la direction d'orchestre (2015-2019).
Depuis 2020, il enseigne la harpe au Conservatoire Royal de La Haye[21], aux Pays-Bas.
Il donne régulièrement des masterclass dans les grandes écoles internationales.
Engagement politique culturel
modifierSylvain Blassel considère que la musique est également un outil de lien social, et que la place du musicien dans la société est aussi de toucher des publics qui n'auraient pas nécessairement accès aux salles de concert. C'est pourquoi, parallèlement aux grandes salles de concerts traditionnelles, il affectionne se produire dans des lieux où la musique est généralement absente, comme en milieu rural ou dans des quartiers difficiles, mais aussi dans des établissements pénitentiaires, des centres d'accueil pour migrants, des Foyers de l'Enfance, des structures pour personnes en situation de handicap, ou des établissement d'hébergement pour personnes âgées, le plus souvent par l'intermédiaires de diverses structures, en particulier les Concerts de Poche, ou au sein de différents festivals dans lesquels il se produit.
Liens externes
modifier- (en) Site officiel
- Ressources relatives à la musique :
Notes et références
modifier- ↑ « Un harpiste nazairien ouvre Consonances », ouest-france, (lire en ligne)
- ↑ « Pierre Boulez : éclat. Analyse par Sylvain Blassel »
- ↑ « Biographie de Sylvain Blassel sur son site officiel »
- ↑ « Xenakis, l'Oresteïa — Sylvain Blassel, dir. »
- ↑ « Adrien Trybucki, Raíces — Sylvain Blassel, dir. (sur youtube) »
- ↑ « Anne Castex, Automate II — Sylvain Blassel, dir. »
- ↑ « Variations Goldberg par Sylvain Blassel »
- ↑ (en) « Interview: Sylvain Blassel on Franz Liszt and playing the harp »,
- ↑ Alfred Brendel, 24.7.2012 : "Dear Mr. Blassel, I listened to your Goldberg Variations with unexpected pleasure and admiration. I confess that I had no idea what your instrument is able to offer. You are such a fine musician whose ear for nuance and feeling for rhythm is remarkable !"
- ↑ « Francesco Filidei, Quattro piccole cornici, sur le site ressources.ircam.fr »
- ↑ « Bruno Mantovani, Péripéties et conclusion — Entretiens avec Sylvain Blassel »,
- ↑ « Bruno Mantovani, Péripéties et conclusion — Sylvain Blassel, hpe (sur youtube). »
- ↑ « World Premier of “Mercure” by Philippe Schœller »
- ↑ « « Eloge du chant III » de Benoît Sitzia, sur le site de France musique » (consulté le )
- ↑ (en) Kristina Finch, « Recital review: Princeton Harp Festival – Sylvain Blassel »,
- ↑ « Folle journée. Sylvain Blassel, jamais sans ses harpes. »
, - ↑ Sylvain Blassel, « André Jolivet, Trio pour flûte, violoncelle et harpe »
- ↑ « André Jolivet, Trio pour flûte, violoncelle et harpe, aux éditions Lemoine »
- ↑ « Sylvain Blassel : Les harpes Pleyel », 2007/2020
- ↑ « Sylvain Blassel - Recital on Pleyel chromatic harp »,
- ↑ « Koninklijk Conservatorium, site officiel »
