Syndicat canadien de la fonction publique
Le Syndicat canadien de la fonction publique (anglais : Canadian Union of Public Employees) est le plus grand syndicat au Canada et au Québec. Il est affilié au Congrès du travail du Canada (CTC) et à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) au Québec, et à l'Internationale des services publics. Il a vu le jour en 1963 avec la fusion de l’Union nationale des employés publics et de l’Union nationale des employés des services publics.
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Il compte 100 000 membres au Québec et 600 000 membres au Canada.
Le SCFP au Québec
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Depuis , le président du SCFP Québec est Denis Bolduc. Il a œuvré comme journaliste et président du Syndicat du Journal de Québec. En 2011, il est élu en tant que secrétaire général du SCFP Québec, pour ensuite devenir président. Benoît Bouchard est maintenant secrétaire général. Il était président du Syndicat des spécialistes et professionnels chez Hydro-Québec (SSPHQ).
Le SCFP compte, en 2016, 110 000 membres au Québec, ce qui en fait le plus gros syndicat affilié à la FTQ. À la suite de la fusion forcée d'unités syndicales dans le milieu de la santé et des services sociaux, le SCFP a maintenu son nombre de membres à 20 000 dans ce secteur. Ces fusions ont été ordonnées légalement par le gouvernement du premier ministre québécois Jean Charest.
Le syndicat représente surtout des travailleurs du secteur public et parapublic mais la proportion de membre issu du secteur privé augmente.
Le SCFP Canada
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Depuis 2003, le président du SCFP national est Paul Moist, un travailleur de la ville de Winnipeg au Manitoba. Depuis 2001, le secrétaire-trésorier national est Claude Généreux, un travailleur de la santé, éducateur à l'Hôpital Rivière-des-prairies.
Le syndicat, en 2020, compte près de 700 000 membres ce qui en fait le plus grand syndicat canadien. Il est affilié au CTC et à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL).
Le SCFP a également fusionné avec d’autres syndicats, comme l’Association du personnel navigant des lignes aériennes canadiennes, le Syndicat canadien des travailleurs et travailleuses en éducation, et le Syndicat des employés d’hôpitaux de la Colombie-Britannique ce qui lui a permis de gonfler ses rangs rapidement.
Le syndicat représente surtout des travailleurs du secteur public et parapublic, mais la proportion de membres issus du secteur privé augmente.
Controverses
modifierIsraël, campagnes de boycottage et accusations d’antisémitisme
modifierLes prises de position de certaines instances du SCFP sur le conflit israélo-palestinien, surtout celles de la division ontarienne (SCFP-Ontario) et de sections locales universitaires, ont valu au syndicat des accusations d’antisémitisme et de partialité, ses détracteurs lui reprochant de cibler Israël par des condamnations et des appels au boycottage qu’il n’adresse pas à d’autres États ou groupes armés, dont l’Iran et le Hezbollah[1][2][3]. Le SCFP national s’est dissocié des initiatives de boycottage de sa division ontarienne en 2006 et en 2009[4][5].
Résolution de boycottage de 2006
modifierEn mai 2006, les quelque 900 délégués au congrès annuel du SCFP-Ontario, réuni à Ottawa, adoptent la résolution no 50, qui engage la division à appuyer la campagne internationale de boycottage, de désinvestissement et de sanctions (BDS) contre Israël et à mener auprès de ses membres une campagne d’éducation sur ce qu’elle qualifie d’« apartheid israélien »[6]. La résolution qualifie notamment la barrière de séparation israélienne de « mur de l’apartheid »[7]. Len Rudner, du Congrès juif canadien, la juge partiale et dénonce la comparaison avec l’apartheid comme une analogie malsaine qui diabolise Israël[8]. Selon Radio-Canada, cet appel au boycottage entraîne la désaffiliation de plusieurs syndiqués juifs[1].
Le SCFP national précise qu’il « n’émettra pas un appel pancanadien à [ses] sections locales de boycotter Israël » ; sa politique, adoptée au congrès national de 2003, réclame plutôt le retrait israélien des territoires occupés, la fin des violences qui coûtent la vie à des Palestiniens comme à des Israéliens et un processus de paix fondé sur les résolutions de l’ONU et le droit international[4]. Un texte d’opinion publié dans The Globe and Mail relève que le SCFP-Ontario n’a réclamé le boycottage d’aucun autre pays, et rappelle que l’ancien président du SCFP Jeff Rose, le médecin Philip Berger et l’avocat Clayton Ruby avaient soutenu qu’Israël devait rendre des comptes, mais pas davantage que les autres nations[9].
Proposition de boycottage universitaire de 2009
modifierEn janvier 2009, pendant la guerre de Gaza de 2008-2009, le président du SCFP-Ontario, Sid Ryan (en), propose de bannir des campus ontariens les universitaires israéliens qui n’auraient pas « explicitement condamné » le bombardement de l’Université islamique de Gaza et, plus largement, l’offensive israélienne[10] ; il associe en outre les interventions armées d’Israël à un comportement digne des nazis[1]. Bernie Farber, du Congrès juif canadien, qualifie ces propos d’antisémites[1], tandis que le Centre Simon-Wiesenthal et B’nai Brith Canada dénoncent une proposition qui discrimine les citoyens israéliens[10]. Le président national du SCFP, Paul Moist (en), affirme qu’une telle résolution « serait injuste et contreviendrait aux principes anti-discrimination établis dans les statuts du SCFP » ; dans la même déclaration, il rappelle avoir condamné « tant les attaques à la roquette perpétrées par le Hamas contre Israël que la réponse disproportionnée du gouvernement israélien »[5]. Ryan s’excuse ensuite de sa comparaison avec les nazis[11].
Le 22 février 2009, le Comité de coordination des travailleurs universitaires de l’Ontario du SCFP adopte une résolution révisée, qui vise les liens avec les établissements universitaires israéliens plutôt que les universitaires eux-mêmes ; le SCFP national fait savoir qu’il ne l’appuie pas et qu’elle ne reflète pas ses politiques[12]. Le ministre fédéral du Multiculturalisme, Jason Kenney, la juge intolérante et y voit l’expression d’une tendance à isoler l’État d’Israël pour le vouer à l’opprobre[13].
Après les attaques du 7 octobre 2023
modifierAu lendemain de l’attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023, la section locale 3906 du SCFP, à l’Université McMaster, publie le message « Palestine is rising, long live the resistance » (« La Palestine se soulève, vive la résistance »), qu’elle retire par la suite ; son exécutif affirme rejeter l’amalgame entre l’appui à la Palestine et l’approbation de la violence contre des civils. Le président du SCFP-Ontario, Fred Hahn (en), publie des messages saluant « the power of resistance » (« le pouvoir de la résistance ») ; le premier ministre ontarien Doug Ford les dénonce, et le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (en) (CIJA) demande au syndicat de remplacer Hahn[2]. Le 21 octobre, Hahn présente ses excuses, reconnaissant que le moment choisi pour sa publication était une erreur[14]. Dans sa déclaration, le SCFP national écrit pour sa part : « Nous sommes horrifiés par l’attaque du Hamas contre Israël et par les représailles de l’État d’Israël contre le peuple palestinien », et demande au gouvernement canadien de réclamer un cessez-le-feu[15].
En novembre 2023, une trentaine de membres juifs du SCFP déposent une requête devant le Tribunal des droits de la personne de l'Ontario (en) contre le SCFP-Ontario et Fred Hahn, alléguant une discrimination systémique et soutenant que le syndicat favorise un antisémitisme qui isole ses membres juifs. La requête invoque des résolutions adoptées en congrès depuis 2018, l’opposition du syndicat à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) et sa participation au mouvement BDS, et réclame 500 000 $ en dommages-intérêts[16][17]. Les plaignants sont environ 80 en août 2024[18].
En janvier 2024, la section locale 3903 du SCFP, à l’Université York, diffuse une trousse invitant les assistants d’enseignement à consacrer leurs séances de travaux dirigés à la libération de la Palestine. L’université estime que cette démarche contreviendrait aux obligations contractuelles des assistants, et Hillel Ontario juge que la trousse prend pour cible la vie juive sur le campus ; la section locale répond qu’elle rejette l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme[3].
Vidéo de 2024 et demande de démission de Fred Hahn
modifierLe 11 août 2024, pendant les Jeux olympiques de Paris, Fred Hahn partage sur Facebook une vidéo dans laquelle un plongeur portant une étoile de David tatouée sur le bras se transforme en bombe en entrant dans l’eau[18][19]. Il la retire et exprime ses regrets le 18 août, affirmant avoir voulu dénoncer le « deux poids, deux mesures » qui permettait à Israël de participer aux Jeux alors que la Russie en était exclue, et n’avoir « jamais voulu faire le lien entre le peuple juif et la violence perpétrée par l’État d’Israël ». L’avocate Kathryn Marshall, qui représente une plaignante devant le Tribunal des droits de la personne, refuse ces excuses, et Richard Marceau, du CIJA, juge Hahn incapable d’exercer le leadership auquel les membres du SCFP sont en droit de s’attendre[18].
Le Conseil exécutif national du SCFP déclare ne plus avoir confiance en Hahn et lui demande de démissionner de son poste de vice-président général pour l’Ontario ; Hahn refuse, se disant « triste et en colère » et rejetant « totalement l’accusation d’antisémitisme »[20]. Doug Ford l’invite à démissionner de tous ses postes de direction[20], et le ministre ontarien du Travail, David Piccini, l’interpelle publiquement[19]. Les dirigeants nationaux du SCFP précisent qu’en partageant la vidéo, Hahn a enfreint l’Énoncé sur l’égalité du syndicat, que leur décision a été prise avant les critiques de Ford et de Piccini, et qu’elle ne change rien à la position du SCFP, qui réclame un cessez-le-feu immédiat et permanent à Gaza[21].
Hahn conserve la présidence du SCFP-Ontario, mais perd son poste de vice-président général lors du congrès national tenu à Toronto en octobre 2025[22]. En février 2026, il annonce qu’il ne se représentera pas au congrès du SCFP-Ontario de mai 2026[23].
Rassemblement « Hands off Iran » de 2025
modifierEn juin 2025, pendant la guerre des Douze Jours, le SCFP-Ontario figure parmi les commanditaires d’un rassemblement « Hands off Iran » devant le consulat des États-Unis à Toronto, organisé pour protester contre l’appui américain aux frappes israéliennes sur les installations nucléaires iraniennes. Richard Marceau, du CIJA, reproche au syndicat de se ranger du côté d’un régime dirigé par des mollahs non élus ; B’nai Brith Canada et le ministre Piccini condamnent aussi cette participation. Le SCFP-Ontario répond que l’affiche en circulation était une version préliminaire non approuvée et qu’il se joint à d’autres syndicats pour réclamer la fin de la guerre entre l’Iran et Israël[24]. Brian Dijkema, du groupe de réflexion Cardus (en), écrit que la direction du syndicat appuie quiconque s’oppose à Israël, y compris un régime qui persécute les homosexuels et réprime les syndicats indépendants[25].
Accusations de deux poids, deux mesures
modifierAu-delà des critiques de 2006 et de 2009, des détracteurs reprochent aux instances du SCFP d’imposer à Israël une norme qu’elles n’appliquent ni aux autres États ni aux groupes armés. En 2025, le National Post relève que le SCFP s’est opposé à Israël tout au long de son conflit avec les alliés de l’Iran, dont le Hezbollah[24]. Le Carpenters’ District Council of Ontario adopte une résolution critiquant les syndicats qui chercheraient à miner la légitimité de la démocratie israélienne et réclamant la fin des hostilités menées contre Israël par le Hamas, le Hezbollah, l’Iran et la Syrie[7]. Un commentaire publié dans The Globe and Mail en 2009 souligne que le SCFP, tout en dénonçant l’Iran, n’a pas réclamé contre ce pays les boycottages et les sanctions qu’il préconisait contre Israël[26]. Dans un mémoire présenté en novembre 2025 au Comité sénatorial permanent des droits de la personne, deux membres juifs du SCFP soutiennent que le SCFP-Ontario « a placé au cœur de l’activité syndicale l’opposition à Israël, plutôt qu’au Hamas, aux Houthis, à la République islamique d’Iran et au Hezbollah »[27].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 « Une proposition controversée », Radio-Canada, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en) Laura Stone et Joe Friesen, « Unions, universities face backlash over statements following Hamas attack on Israel », The Globe and Mail, (lire en ligne
) - 1 2 (en) Nathan M. Greenfield, « Teaching assistants’ union at centre of row over antisemitism », University World News, (lire en ligne)
- 1 2 « Déclaration du SCFP national sur le vote de la division ontarienne en faveur de l’appui d’un boycott d’Israël », sur scfp.ca, Syndicat canadien de la fonction publique, (consulté le )
- 1 2 « Déclaration de Paul Moist au sujet de la résolution du SCFP-Ontario », sur scfp.ca, Syndicat canadien de la fonction publique, (consulté le )
- ↑ « Brève histoire de la solidarité entre le SCFP Ontario et la Palestine » [PDF], sur cupe.on.ca, SCFP-Ontario, (consulté le )
- 1 2 (en) Paul Lungen, « Carpenters hammer fellow unions on Israel », The Canadian Jewish News, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Gus Constantinou, « Bid to boycott Israel gathering pace », The Varsity, (lire en ligne)
- ↑ (en) « CUPE and Israel », The Globe and Mail, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Agence France-Presse, « Ontario : un syndicat veut bannir les enseignants israéliens des universités », La Presse, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Ron Csillag, « Canadian union leader apologizes for ‘Nazi’ remark », Jewish Telegraphic Agency, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « InfoExpress – 27 février 2009 », sur scfp.ca, Syndicat canadien de la fonction publique, (consulté le )
- ↑ (en) « Ottawa slams CUPE’s proposed boycott of Israel », CTV News Toronto, (lire en ligne)
- ↑ (en) Lindsay Jones, « CUPE leader Fred Hahn apologizes for post celebrating ‘resistance’ after Hamas massacre of Israelis », The Globe and Mail, (lire en ligne
) - ↑ « Déclaration du SCFP à propos de la violence en Palestine et en Israël », sur scfp.ca, Syndicat canadien de la fonction publique, (consulté le )
- ↑ (en) « CUPE members launch human rights claim alleging union promotes antisemitism », CTV News Toronto, (lire en ligne)
- ↑ (en) John Ivison, « CUPE is being held to account for its obsessive anti-Israel vitriol », National Post,
- 1 2 3 « Partage d’une vidéo anti-Israël : un dirigeant du SCFP exprime ses regrets », Radio-Canada, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (en) Carrie Tait et Jeff Gray, « CUPE calls for executive member to resign after posting video criticized for antisemitism », The Globe and Mail, (lire en ligne
) - 1 2 « « Triste et en colère », Fred Hahn résiste aux appels à sa démission du SCFP », Radio-Canada, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Déclaration des dirigeant(e)s nationaux du SCFP à la suite des commentaires de Doug Ford », sur scfp.ca, Syndicat canadien de la fonction publique, (consulté le )
- ↑ (en) « Fred Hahn, who refused to resign after accusations of antisemitism, defeated in CUPE election », Toronto Star, (lire en ligne)
- ↑ (en) Gabriela Calugay-Casuga, « CUPE Ontario president Fred Hahn will not run for re-election in May », rabble.ca, (lire en ligne)
- 1 2 (en) Ari David Blaff, « CUPE Ontario sponsoring ‘Hands off Iran’ rally outside U.S. consulate this Sunday », National Post, (lire en ligne)
- ↑ (en) Brian Dijkema, « Need to Know: Why is Canada’s largest union supporting Iran’s totalitarian regime? », The Hub, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Why CUPE is wrong », The Globe and Mail, (lire en ligne
) - ↑ Lauren Frenkel et Ori Freiman, « L’antisémitisme systémique dans les syndicats de la fonction publique : le cas du SCFP et l’impératif de réforme » [PDF], sur sencanada.ca, Sénat du Canada, (consulté le )