Ségou (roman)
Ségou est un roman de Maryse Condé décrivant la grandeur puis le lent déclin de l'empire bambara qui s'étendait sur une grande partie de l'actuel Mali et ayant la ville de Ségou pour capitale. L'histoire se déroule sur deux siècles allant de la période esclavagiste (XVIIIe siècle) jusqu'à l'arrivée des troupes coloniales françaises (fin du XIXe). La saga mêle personnages et événements historiques aux péripéties d’une famille de fiction, dont la lente et multiforme décomposition annonce celle de l’Afrique libre. Le roman aborde les thèmes de l'esclavage, du développement de l'Islam, des traditions du peuple polythéiste et animiste, telles que le culte des ancêtres ou les sacrifices rituels.
| Ségou - Les Murailles de terre | |
| Auteur | Maryse Condé |
|---|---|
| Genre | roman |
| Éditeur | Éditions Robert Laffont |
| Date de parution | |
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| Ségou - La Terre en miettes | |
| Auteur | Maryse Condé |
|---|---|
| Genre | roman |
| Éditeur | Éditions Robert Laffont |
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Composé de deux tomes, Ségou - Les Murailles de terre (1984) puis Ségou - La Terre en miettes (1985), tous deux chez Robert Laffont, cette première saga africaine a rencontré le succès public[1].
Synopsis
modifierLe récit raconte l'histoire de la société bambara et plus généralement de l'Afrique de l'Ouest à travers l'histoire de la famille Traoré.
Au début du roman, en 1795[2], le patriarche de cette famille noble est Dousika, un homme aussi riche qu'arrogant qui entretient des liens particuliers avec le mansa Monzon Diarra de Ségou. Il sera finalement disgracié à cause des intrigues de palais avant de mourir tôt.
Quatre de ses fils connaitront des parcours extraordinaires au cours de ce roman.
La suite du récit raconte les péripéties que rencontrent les descendants de ces quatre personnages entremêlés avec les évènements qui ont marqué le XVIIIe siècle et le IXe siècle africains, avec des prolongements y compris en Europe, au Brésil et aux Antilles.
Personnages principaux
modifierTiekoro Traoré
modifierL'aîné est Tiekoro dont la mère est Nya, bara muso (première épouse) de Dousika, qui se convertit à l'Islam et va étudier à Tombouctou avant d'en être chassé et d'aller poursuivre ses études à Djenné.
Il a trois enfants avec sa concubine Nadié : Ahmed Dousika, Ali Sounkalo et Awa Nya. Nadié craignant la répudiation se suicide avec sa fille Awa Nya.
Par la suite, Tiékoro ou Oumar (nom qu'il a pris après sa conversion) aura une courte dépression et fera le pèlerinage à la Mecque. Il épousera Maryem, la fille de Mohammed Bello, sultan de Empire de Sokoto avec qui il a Mohamed.
Le suicide de Nadié marque les débuts de la prédication de Tiékoro, qui sera reconnu comme un saint par tous ses pairs.
Tiékoro, entretenant des liens étroits avec El Hadj Omar sera décapité sous les ordres du Mansa Tiéfolo qui le suspectait de trahison.
Siga Traoré
modifierSiga est le fils de Dousika et d'une de ses esclaves.
Il a été toujours ignoré par son père et son frère Tiekoro. Seule sa belle-mère Nya lui accorde de l'attention.
Il est le premier à découvrir le secret de Tiékoro et le suivra à Tombouctou. Il travaillera à Fès comme cordonnier-tanneur avant de se marier avec Fatima, une musulmane fassie. Sa vie sera marquée par des déceptions. Il gagnera l'estime de Tiékoro qu'il a toujours aidé. Il mourra d'un éléphantiasis à un âge très avancé.
Naba Traoré
modifierNaba est le fils de Dousika et de Nya.
Il a pour meilleur ami son frère Tiékoro. Lorsque Tiékoro se rendra à Tombouctou, il se tourne vers son cousin Tiéfolo et devient « karamoko » c'est-à-dire chasseur.
Lors d'une chasse au lion, Naba sera capturé par des esclavagistes et sera vendu à une signare, Anne Pépin de Gorée et portera le nom de Jean-Baptiste.
Tombant amoureux d'une esclave yoruba, Ayodélé, il s'embarque avec elle pour l'esclavage mais seront séparés au Brésil. Fuyant la vie du sertao pour sa bien-aimée, Naba la retrouve dans la fazenda de Manuel da Cunha. Violée par son maitre, Ayodélé, devenue Romana, aura un fils de celui-ci, Abiola (Jorge) et 3 de Naba : Olufemi (Jesus), Kayodé (Joaquin) et Babatundé (Eucaristus).
Trahi par Abiola, accusé d'être musulman, Naba sera décapité par un tribunal brésilien. Sa femme et ses enfants retourneront en Afrique et feront partie de la communauté Agouda et du Bénin et des Krios de Freetown.
Malobali Traoré
modifierMalobali est le fils de Dousika et de son esclave peule Sira. Il est né le jour où Mungo Park visite Ségou, au début du roman.
Souffrant tôt de problèmes existentiels et refusant l'autorité de Tiékoro, Malobali quitte Ségou et devient mercenaire de l'empire Ashanti. Ayant commis un viol sur une jeune fille impubère avec un de ses compagnons, il fuit la justice de ce pays et se retrouve esclave de missionnaires qui le baptisent Samuel et avec qui il se rend à Ouidah au Dahomey.
Retrouvant la femme de son frère Naba, il se marie avec elle et devient un intime de Chacha Ajinakou. Devenu un commerçant prospère, il désire retrouver sa terre natale et abandonne Romana. S'arrêtant à Abomey, il se fait passer pour un Ashanti mais pris comme espion Mahi après interrogatoire, il est enfermé en prison où il mourra.
À sa mort, Romana va accoucher de leur fils Olubunmi avant de mourir.
Conception de l'œuvre
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Maryse Condé, dans un entretien avec Bernard Pivot dans le cadre de l'émission Apostrophes en 1984, explique avoir choisi ce lieu et cette époque pour son roman après avoir eu un « coup de foudre » pour la région. Elle s'est appuyée sur une documentation abondante, accumulée notamment durant ses séjours sur place, mais a souhaité mettre en avant l'humanité de ses personnages plutôt que d'écrire un roman ethnographique[2].
Chiens fous dans la brousse, récit de Maryse Condé paru dans la revue Je bouquine n°268 en juin 2006, reprend une partie de l'intrigue de Ségou adaptée pour un jeune public[3].
Accueil
modifierSégou devient un best-seller et contribue à lancer la carrière d'écrivaine de Maryse Condé[4].
Adaptations
modifierEn 2024 est évoqué un projet d'adaptation en série coréalisé par Cédric Ido et Antoine Chevrollie, qui en sont également coscénaristes avec la participation de l’universitaire Maboula Soumahoro. Le projet est coproduit par Tyga Films et Itinéraires productions[5].
Ségou est adapté en un podcast en 10 épisodes réalisé par Tidiane Thiang et diffusé pour la première fois sur la chaîne de radio France Culture en janvier 2026[6].
Bibliographie
modifier- Justin Bakalionnaire, Introduction à l'étude de Ségou (Maryse Condé) : roman historique, mémoire de DEA, Université des Antilles et de la Guyane (UAG), 1992.
- Yves Clavaron, « L'écriture de la mémoire transatlantique dans le roman historique : les relations Afrique - Amériques dans Ségou de Maryse Condé », dans Yves Clavaron et Jean-Marc Moura, Histoire des lettres transatlantiques : les relations littéraires Afrique-Amériques (Ouvrage issu du colloque organisé à Saint-Étienne les 2 et 3 juin 2016 par le CELEC, EA 3069, Université Jean Monnet), Bécherel, les Perséides, , 163 p. (ISBN 978-2-37125-024-6, EAN 9782371250222)
- Merveilles Léoncia Mouloungui et Pauline Franchini, « Écrire l’esclavage pour les adultes et pour les jeunes : Maryse Condé et les enjeux d’une mixité éditoriale », dans Christiane Connan-Pintado et alii, Écrire l’esclavage dans la littérature pour la jeunesse, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, (DOI https://doi.org/10.4000/books.pub.41219)
Notes et références
modifier- ↑ « Mort de Maryse Condé : la grande autrice francophone en sept œuvres majeures », sur Franceinfo, (consulté le )
- 1 2 [vidéo] « Maryse Condé : Ségou | INA » (consulté le )
- ↑ Merveilles Léoncia Mouloungui, Pauline Franchini et al., « Écrire l’esclavage pour les adultes et pour les jeunes : Maryse Condé et les enjeux d’une mixité éditoriale », dans Christiane Connan-Pintado, Écrire l’esclavage dans la littérature pour la jeunesse, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, (DOI https://doi.org/10.4000/books.pub.41219)
- ↑ Lydie Moudileno et al., « Posture insolente et visibilité littéraire de Maryse Condé », dans Caroline Trotot, Femmes à l’œuvre dans la construction des savoirs, LISAA éditeur, (DOI https://doi.org/10.4000/books.lisaa.1352)
- ↑ Samba Doucouré, « Ségou de Maryse Condé bientôt adapté en série? », sur Africultures, (consulté le )
- ↑ « "Ségou" de Maryse Condé : un podcast à écouter en ligne », sur France Culture (consulté le )