Tête de sanglier de Horncastle

artefact archéologique anglo-saxon

La tête de sanglier de Horncastle est un artéfact archéologique de la première moitié du VIIe siècle découvert à Horncastle, en Angleterre. Cet objet de la période anglo-saxonne de l'histoire de l'Angleterre, probablement un fragment de casque, reflète l'importance de la symbolique du sanglier chez les Anglo-Saxons.

Tête de sanglier de Horncastle
Image illustrative de l’article Tête de sanglier de Horncastle
La tête de sanglier vue du dessus.
Dimensions 40 mm
Matériau argent, or, grenat
Méthode de fabrication coulage
Fonction ornement de casque (probable)
Période vers 600-650
Culture Anglo-Saxons
Date de découverte 2002
Lieu de découverte Horncastle (Lincolnshire)
Coordonnées 53° 12′ 29″ nord, 0° 06′ 50″ ouest
Conservation Lincoln Museum (Lincoln)
Géolocalisation sur la carte : Angleterre
Géolocalisation sur la carte : Lincolnshire

C'est un petit objet en argent creux de 40 mm de long orné de dorures qui figurent le groin, la gueule, les défenses et les sourcils de l'animal, ainsi que de deux grenats pour représenter les yeux. Son crâne, lui aussi doré, est partagé en deux par une crinière proéminente et porte de chaque côté la représentation d'un animal quadrupède ramassé sur lui-même. Les fragments de trois rivets sont visibles sur la face inférieure de la tête, ce qui suggère qu'elle était à l'origine fixée sur un plus gros objet.

La tête de sanglier est vraisemblablement un fragment de la crête d'un « casque à crête », un type de casque courant dans le nord de l'Europe tout au long du haut Moyen Âge. Le motif du sanglier apparaît sur plusieurs casques de cette période retrouvés en Angleterre, comme ceux de Benty Grange, Sutton Hoo et Wollaston. Dans la culture germanique païenne, le sanglier est associé à plusieurs divinités et au concept de protection, ce que l'on retrouve dans le poème épique vieil-anglais Beowulf.

Description

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Photo d'un objet en métal allongé rempli de terre. Une règle placée en dessous indique qu'il mesure 4 centimètres.
La face inférieure de la tête de sanglier, remplie de terre et de racines, présente les traces de trois rivets.

La tête de sanglier de Horncastle est un objet en argent creux de 40 mm de long produit par coulage. De forme allongée, elle est décorée dans un style semi-naturaliste à l'aide de dorures et de grenats figurant les yeux de l'animal[1],[2].

Une crinière proéminente partage le crâne en deux, tandis qu'à l'autre extrémité, un groin plat est marqué par trois rainures dorées. De chaque côté du groin, d'autres rainures dorées représentent la gueule de l'animal, avec des défenses acérées. Les yeux sont formés par deux cabochons lenticulaires sertis dans un double anneau en filigrane d'or perlé. Ils sont surplombés par deux sourcils en relief à la base du crâne. Celui-ci, entièrement doré, est décoré de chaque côté par la représentation d'un animal quadrupède ramassé sur lui-même. Sa tête est tournée vers l'arrière et ses mâchoires se referment sur son propre corps. Ses pattes avant et arrière possèdent chacune trois doigts[3],[2].

La partie creuse de l'artéfact est remplie de terre et de racines au moment de sa découverte. Les vestiges de trois rivets apparaissent sur sa face inférieure, l'un à proximité du groin et les deux autres à la base du crâne. Cela suggère que la tête de sanglier était à l'origine fixée à un objet de plus grande taille, probablement un casque[3],[2].

Découverte

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La tête de sanglier est découverte le à l'aide d'un détecteur de métaux par un certain D. Turner près de Horncastle, une ville du Lincolnshire, en Angleterre[3],[2]. S'agissant d'un objet de plus de 300 ans composé de plus de 10 % d'argent, elle est légalement définie comme un trésor d'après les dispositions du Treasure Act de 1996[3].

Sa valeur est estimée à 15 000 livres sterling[4]. Elle est acquise par le City and County Museum de Lincoln grâce à des fonds provenant de l'Art Fund, du MLA (en)/V&A Purchase Grant Fund, des Friends of Lincoln Museum & Art Gallery et du Lincolnshire County Council Heritage Service Purchase Fund[5]. Elle est exposée au Lincoln Museum, issu de la fusion du City and County Museum et de la Usher Gallery (en), au sein d'une collection variée de mobilier funéraire anglo-saxon[6].

Typologie

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Photo d'un petit objet doré de forme allongée représentant une tête de cheval très stylisée.
Cette extrémité de la crête du casque du Staffordshire représente une tête de cheval.

La tête de sanglier de Horncastle remonte à la première moitié du VIIe siècle, pendant la période anglo-saxonne de l'histoire de l'Angleterre[1],[2]. Il est impossible de déterminer avec certitude sa fonction, mais sa taille et son style suggèrent qu'elle formait à l'origine l'extrémité de la crête d'un casque[5]. Les casques de cette période arborent souvent des décorations de ce type à l'extrémité de leurs crêtes, comme les dragons aux deux extrémités de la crête du casque de Sutton Hoo ou les têtes de chevaux qui ornent celle du casque du Staffordshire[7]. Le sanglier est un élément décoratif courant pour les casques anglo-saxons, le plus souvent sur la crête, comme sur ceux de Benty Grange, Wollaston et Guilden Morden[8],[9], mais aussi à l'extrémité des sourcils, comme sur ceux de Sutton Hoo et, de manière moins certaine, de Coppergate[2],[5],[10].

La tête de sanglier de Horncastle présente des ressemblances stylistiques significatives avec celle qui orne la crête du casque de Benty Grange au niveau des yeux, des défenses et de la crinière[2],[5]. Dans l'hypothèse où elle en partagerait la nature, elle aurait orné le sommet d'un « casque à crête » d'un genre répandu dans l'Europe du Nord entre le VIe siècle et le XIe siècle[11],[12]. Ces casques se caractérisent par une calotte arrondie et présentent généralement une crête proéminente reliant le nez à la nuque. C'est à l'extrémité de cette crête que la tête de sanglier de Horncastle aurait été fixée[5].

Iconographie

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Le sanglier possède une signification symbolique considérable dans l'Europe préhistorique. L'archéologue Jennifer Foster note qu'il y est « vénéré, loué, chassé et consommé […] pendant des millénaires, jusqu'à son extinction presque totale à une époque relativement récente[13] ». Son iconographie chez les Anglo-Saxons s'inscrit dans une tradition millénaire qui comprend les représentations de La Tène au IVe siècle avant notre ère, les exemples gaulois trois siècles plus tard et les occurrences romaines au IVe siècle de notre ère[14]. Ces motifs témoignent vraisemblablement d'une convergence des traditions culturelles du nord de l'Europe et du pourtour méditerranéen[15]. Le sanglier aurait été l'animal sacré d'une figure de Déesse Mère parmi les communautés celtophones de l'âge du fer européen[16], tandis que l'historien romain Tacite indique dans sa Germanie que les guerriers du peuple des Aesti portent des emblèmes de sanglier au combat en guise de protection[17],[18].

Des casques au cimier en forme de sanglier sont représentés sur le chaudron de Gundestrup au Danemark, ainsi que sur les plaques de Torslunda en Suède[16]. Chez les Romains, il est l'emblème de quatre légions, dont la Legio XX Valeria Victrix stationnée en Grande-Bretagne, mais ce n'est qu'un emblème parmi d'autres[19]. Pendant les quatre siècles de présence romaine en Grande-Bretagne, le sanglier conserve un rôle symbolique important dans les traditions des peuples germaniques d'Europe continentale, notamment comme attribut des dieux scandinaves Freyja et Freyr[20],[21]. Sa réapparition en Grande-Bretagne après l'arrivée des Anglo-Saxons représente plus vraisemblablement l'introduction de cette tradition continentale sur l'île que le prolongement de la tradition insulaire celtique[20].

Quoi qu'il en soit, le sanglier constitue visiblement pour les Anglo-Saxons un symbole protecteur. Des casques ornés de sangliers sont mentionnés à plusieurs reprises dans le poème épique Beowulf, comme dans cette description de l'équipement des compagnons du héros qui insiste sur la protection conférée par l'animal[22] :

Les sangliers étincelaient
au-dessus des couvre-joues parés d'or,
colorés et durcis au feu : le verrat veillait
belliqueux sur les guerriers farouches.

— Beowulf, vers 303-306[23]

Références

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  1. 1 2 Evans 2004, p. 53-54.
  2. 1 2 3 4 5 6 7 (en) « Record ID: PAS-5D5B56 – Early Medieval helmet », sur Portable Antiquities Scheme, (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 Evans 2004, p. 53.
  4. ↑ (en) « Valuations », dans Treasure Annual Report, Department for Culture, Media and Sport, (lire en ligne [PDF]), p. 145-146.
  5. 1 2 3 4 5 Evans 2004, p. 54.
  6. ↑ (en) « Anglo Saxon grave goods », sur Lincoln Museum (consulté le ).
  7. ↑ Leahy et al. 2011, p. 217.
  8. ↑ Foster 1977a.
  9. ↑ Meadows 2004, p. 16.
  10. ↑ Tweddle 1992, p. 1015–1016.
  11. ↑ Steuer 1987, p. 199–203, 230–231.
  12. ↑ Tweddle 1992, p. 1083, 1086.
  13. ↑ Foster 1977b, p. 1.
  14. ↑ Frank 2008, p. 78.
  15. ↑ Frank 2008, p. 82.
  16. 1 2 Foster 1977b, p. 5.
  17. ↑ Frank 2008, p. 80.
  18. ↑ Tacite 1949, p. 98-99.
  19. ↑ Foster 1977b, p. 5, 15, 19, 26.
  20. 1 2 Foster 1977b, p. 27.
  21. ↑ Frank 2008, p. 80, 86.
  22. ↑ Webster 2002, p. 218.
  23. ↑ Crépin 2007, p. 54-55.

Bibliographie

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  • André Crépin (trad.), Beowulf, Paris, Le Livre de Poche, coll. « Lettres gothiques », , 254 p. (ISBN 978-2-253-08243-9).
  • (en) Angela C. Evans, « Horncastle, Lincolnshire: Anglo-Saxon parcel-gilt terminal in the form of a boar's head (2002 T119) (fig. 41) », dans Treasure Annual Report 2002, Department for Culture, Media and Sport, (lire en ligne [PDF]), p. 53-54.
  • (en) Jennifer Foster, « A Boar Figurine from Guilden Morden, Cambs », Medieval Archaeology, Society for Medieval Archaeology, vol. XXI,‎ 1977a, p. 166-167 (DOI 10.5284/1000320, lire en ligne [PDF]).
  • (en) Jennifer Foster, Bronze Boar Figurines in Iron Age and Roman Britain, British Archaeological Reports, 1977b (ISBN 978-0-904531-74-9).
  • (en) Roberta Frank, « The Boar on the Helmet », dans Catherine E. Karkov & Helen Damico (éd.), Aedificia Nova : Studies in Honor of Rosemary Cramp, Kalamazoo, Medieval Institute Publications, Western Michigan University, coll. « Publications of the Richard Rawlinson Center », (ISBN 978-1-58044-110-0), p. 76-88.
  • (en) Kevin Leahy, Roger Bland, Della Hooke, Alex Jones et Elisabeth Okasha, « The Staffordshire (Ogley Hay) Hoard : Recovery of a Treasure », Antiquity, vol. 85, no 327,‎ , p. 202-220 (PMID 163008014, DOI 10.1017/S0003598X00067545).
  • (en) Ian Meadows, « An Anglian Warrior Burial from Wollaston, Northamptonshire », Northamptonshire Archaeology Reports, vol. 10, no 110,‎ (lire en ligne).
  • (de) Heiko Steuer, « Helm und Ringschwert : Prunkbewaffnung und Rangabzeichen germanischer Krieger », dans Hans-Jürgen Häßler (éd.), Studien zur Sachsenforschung, vol. 6, Hildesheim, Lax, (ISBN 3-7848-1617-7), p. 189-236.
  • Tacite (trad. Jacques Perret), La Germanie, Paris, Les Belles Lettres, (ISBN 9782251012735).
  • (en) Dominic Tweddle, The Anglian Helmet from 16–22 Coppergate, vol. 17/8, Londres, Council for British Archaeology, coll. « The Archaeology of York », (ISBN 1-872414-19-2).
  • (en) Leslie Webster, « Beowulf and Archaeology : A Verse Translation », dans Beowulf, New York, W. W. Norton & Company, (ISBN 0-393-97580-0).