Tapis d'Ardabil

nom de deux célèbres tapis persan du 16e s., conservés l'un à Londres, l'autre à Los Angeles

Les tapis d'Ardabil (ou tapis d'Ardebil) sont deux célèbres tapis persans, qui auraient été produits dans la ville d'Ardabil (Iran) au XVIe siècle. Ils sont conservés l'un à Londres, au Victoria and Albert Museum, l'autre à Los Angeles, au Los Angeles County Museum of Art.

Tapis d'Ardabil (Londres)
Provenance
Ardabil (?) (946 AH 1539-1540)
Type de nœud
Nœud persan
Type de travail
Métier vertical
Velours
laine, de hauteur moyenne
Chaîne et trame
soie
Densité des nœuds
297-324 nœuds par pouce carré (= 6,5 cm2)
Formats
10,51 m x 5,34 m
Tapis d'Ardabil (Los Angeles)
Provenance
Ardabil (?) (1539-1540)
Type de nœud
Nœud turc
Type de travail
Métier vertical
Velours
laine, de hauteur moyenne
Chaîne et trame
soie
Densité des nœuds
380-420 nœuds par pouce carré (= 6,5 cm2)
Formats
7,19 m x 4 m

La pièce qui est à Londres est la plus grande, et il s'agit du plus ancien tapis daté au monde, soit 946 AH (1639-1640 EC). C'est également l'un des plus beaux et des plus importants sur le plan historique[1]. L'autre tapis date de la même année. Le tapis de Londres a vraisemblablement été restauré avec des parties de celui de Los Angeles.

Histoire

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Schéma de composition d'un tapis persan.

Le tapis à Londres a été acquis en 1893 par le Victoria and Albert Museum. Il se distingue par la qualité de son motif et de son tissage. Le second est moins connu : il a été acquis en 1892 par Charles Yerkes et a connu d'autres propriétaires aux États-Unis, pour finalement être acheté par J. Paul Getty en 1938, lequel l'offrit en 1953 au LACMA[2]. L'un et l'autre tapis sont datés et signés, ce qui contribue à leur caractère exceptionnel[3].

Aucun des deux tapis n'est entier. La longueur de celui de Los Angeles a été considérablement diminuée, et le tapis a perdu sa bordure, remplacée par une bande tissée d'une régularité remarquable. En revanche, le tapis de Londres a moins peu perdu en longueur, mais le début du champ et de la bordure est très restauré et cela s'est probablement fait aux dépens du tapis qui est à Los Angeles. Bon nombre des petits fragments sont aujourd'hui dispersés dans le monde, et il s'agit sans aucun doute des vestiges de ces restaurations[2].

Inscription, signature et date

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Les deux tapis présentent un cartouche couleur ivoire, dans lequel figurent un bayt (vers) de Hâfez de Chiraz, un nom et une date[4],[N 1] :

« Joz āstān-e to-am dar ǰahān panāh-ī nīst sar-e marā be-ǰoz īn dar ḥawāla-gāh-ī nīst ʿamal-e banda-ye dargāh Maqṣūd Kāšānī sana 946 : "Je n’ai d’autre refuge au monde que ton seuil. Ma tête n’a d’autre protection que ce portail. Œuvre de l’esclave de ce Lieu Saint, Maqsud [Maqṣūd] de Kashan, en l’an 946 [1539-1540]". »

La date de 946 (AH) en fait les plus anciens tapis datés, précédant de trois ans le « Tapis de chasse » conservé au musée Poldi Pezzoli à Milan, dont le cartouche indique la date de 949[N 2]. En ce qui concerne Maqsud, le terme 'amal-e œuvre de, ouvrage de »[5]) qui précède son nom ne doit doit pas être pris littéralement. Il se peut que Maqsud ait été un donateur, un concepteur, un homme saint, un intendant des tisserands, un esclave : autant d'interprétations qui ont été avancées. En outre, le qualificatif de Kashanî de Kashan ») peut renvoyer à la ville dans laquelle il est né ou dans laquelle il a résidé, ou encore à la ville d'où vient sa famille. En l'état, l'identité et la fonction de Maqsud restent indéterminés[4].

Le cartouche sur le tapis de Los Angeles.

Confection des tapis

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Description

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Les deux tapis sont constitués de nœuds senneh, dits aussi « nœuds persans », et ils sont tissés sur une chaîne de soie avec trois fils de trame en soie à deux brins après chaque rangée asymétrique[6]

Décor géométrique, d'inspiration caucasienne. Le décor de la bordure est très élaboré. La laine du velours de l'Ardabil est assez terne et les fils plutôt grossiers. Le champ est généralement ivoire et les motifs présentent des teintes très vives avec un large emploi du rouge et du vert pois.

Le plus célèbre des tapis dit d'Arbabil est considéré comme l'un des plus beaux tapis au monde[1]. Sous la protection des souverains, l'art du tapis persan s'est développé en Iran et en Inde, aussi bien sur le plan technique qu'artistique, dans ce qu'on appelle les manufactures de cour. C'est de cette époque que date le splendide tapis persan qui est le plus connu au monde : le tapis Persan d'Ardabil, qui se trouve au Victoria and Albert Museum de Londres. Mesurant 10,51 m × 5,34 m[7], il a probablement été fabriqué par un dénommé Maqsud de Kashan (Maksoud) en Perse. Ce tapis persan est daté de l'an 946 selon le calendrier musulman, ce qui correspond à l'an 1539/1540, et il aura fallu trois années à cinq tisserands pour réaliser ce tapis persan qui avait été commandé par Shah Tahmasp pour la mosquée de Sheikh Safi al-Din Ardabili.

Il y avait à l'origine deux tapis, mais l'un a été découpé pour réparer l'autre. Celui qui est le mieux conservé se trouve désormais au Victoria and Albert Museum de Londres. Les restes de l'autre sont aux États-Unis, au Los Angeles County Museum. Il mesure 7,19 m × 4 m[3].

Le tapis persan d'Ardabil a été confectionné en utilisant le nœud persan, son velours est en laine, la chaîne et la trame sont en soie. Sa densité est de 518 000 nœuds par mètre carré. Le tapis a été vendu au XIXe siècle pour financer les réparations de la grande mosquée d'Ardabil dans le nord de la Perse[8].

Le tapis d'Aradabil dans sa vitrine, aménagée en 2006, afin qu'il puisse être vu à même le sol. La vitrine est éclairée pendant dix minutes à chaque heure et à chaque demi-heure, afin de préserver la richesse de ses couleurs[1].

Notes et références

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  1. (en persan : جز استان توام در جهان پناهی نیست سرمرا بجز این در حواله گاهی نیست عمل بنده درگاه مقصود کاشانی ؁٩۴٦)
  2. La graphie du chiffre centrale n'est pas claire : s'agit-il d'un 2 (929, soit 1522-23) ou d'un 4 (949, soit 1542-43) ? Selon Beatie 1986, "Inscription and date", un nouvel examen du tapis a bien montré qu'il s'agissait de 949, si bien que le tapis a été produit trois ans après ceux d'Ardabil. C'est ce que relève aussi le musée Poldi Pezzoli dans la page consacrée au tapis, même si le titre de la page porte la date de 1522-1523 : « The second digit is in fact imperfect and can be read either “2” or “4,” so the date could be either 929 Year of the Hegira (1522-1523) or 949 (1542-1543), the latter date being more justifiable from a stylistic point of view. » [(en) Lire en ligne « Hunting Carpet 1522-1523 » (page consultée le 3 mai 2026)]

Références

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  1. 1 2 3 V&A 2024
  2. 1 2 Beatie 1986
  3. 1 2 (en) « Maqsud Kashani. Ardabil Carpetdated 1539-40 (A.H. 946) », sur lacma.org, LACMA (consulté le )
  4. 1 2 Beatie 1986, "Inscription and date"
  5. Gilbert Lazard, Dictionnaire persan-français, Téhéran, 1990, p. 411.
  6. Beatie 1986, "Technique"
  7. Hillyer et Pretzel 2005
  8. « Le célèbre tapis persan d'Ardabil », sur www.tapisdorient.net, (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • (en) Dorothy Armstrong, « Inventing the Ardabil Carpet: A Case Study in the Appropriation and Transformation of a Persian Artifact », IRAN, , p. 110-130 (lire en ligne)
  • (en) May H. Beattie, « ARDABĪL CARPET », sur iranicaonline.org, Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
  • Zeinab Golestâni, « Sur les tapis d’Ardebil », La Revue de Téhéran, no 134, (lire en ligne)
  • (en) Lynda Hillyer et Boris Pretzel, « The Ardabil Carpet - a new perspective », Conservation Journal, Victoria and Albert Museum, no 49, (lire en ligne)
  • (en) Rexford Stead (ill. NB / couleur), The Ardabil Carpets, Malibu (CA), The J. Paul Getty Museum, , 50 p. (lire en ligne)
  • (en) Edward Stebbing (ill. Couleur), The Holy Carpet of the Mosque at Ardebil, London, , 50 p. (lire en ligne)
  • (en) V&A, « The Ardabil Carpet », sur Victoria & Albert Museums, (consulté le )

Articles connexes

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