The Spanish Family
The Spanish Family est un tableau de la peintre expressionniste américaine Alice Neel peint en 1943.
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| Lieu de création | |
| Type | |
| Matériau | |
| Dimensions (H × L) |
86,36 × 71,12 cm |
| Mouvement |
Description
modifierLe tableau est une huile sur toile de 86,4 cm par 71,1 cm[1] (soit 34 pouces x 28 pouces)[2]. Il représente une femme hispanique assise devant une grille de fer forgé noire, portant sur ses genoux un nourrisson. Elle est entourée de ses deux autres enfants également assis : un garçon au regard triste et une petite fille au regard fuyant. La couleur grise du fond fait échos au teint mat des protagonistes.
Histoire du tableau
modifierEn 1938, Alice Neel déménage dans le quartier de Spanich Harlem (New-York), elle vit alors avec le chanteur et guitariste José Santiago Negrón dont elle attend un enfant et dont la famille habite le quartier[3]. La famille du frère de son amant va alors servir de modèles à plusieurs toiles de l'artiste : Puerto Rican Mother and Child (1938), T. B. Harlem (1940) et enfin The Spanish Family (1943). Son modèle (Margarita) est la même femme que celle qui est représentée sur la toile de 1938[3]. En 1941, lorsqu'Alice Neel et José Negrón se séparent, la peintre prend un travail à temps partiel dans une crèche tout en élevant quatre enfants. Sa situation financière et familiale est précaire, au moment où elle compose ce portrait[4].
Analyse
modifierDans les années 1950, Charles Corwin et Mike Gold, chroniqueurs au Daily Worker, avaient détecté dans certains portraits d'Alice Neel une tendance au pessimisme et à la mélancolie[5]. A côté de tableaux représentants de façon positive des célébrités new-yorkaises engagées, peints dans les années 1950[note 1] , cette artiste a également représenté les personnes vivant dans des conditions précaires de façon digne et en suggérant leur endurance face aux difficultés rencontrées, et The Spanish family fait partie de ce type de portraits[6].
Cette analyse est partagée par la critique d'art française Élisabeth Couturier pour laquelle la position de la mère tenant son enfant sur les genoux au centre de la scène est une référence à la vierge à l'enfant et « donne une dimension sacrée et universelle à son tableau ». Si les deux enfants ont mis de beaux vêtements, leur maigreur témoigne de leur pauvreté. Les volutes de la grille en fer forgé, derrière cette famille, évoquent l'architecture mexicaine et suggèrent l'origine ethnique de cette famille. La posture et le regard des deux enfants évoqueraient la honte de leur situation matérielle, alors que celui de leur mère, qui fixe le spectateur, serait un moyen pour l'artiste d'insister sur le courage de cette femme[1].
Selon l'historien de l'art marxiste Andrew Hemingway (en), la réalisation de ce portrait serait liée aux angoisses d'Alice Neel, elle-même dépressive et dépendant de l'assistance publique pour assurer son quotidien[6].

Pour Pamela Allara, l'absence du père, dans ce portrait de famille accentue l'impression de précarité. Elle compare ce tableau à d'autres représentations de la famille de la même époque, où le père quoiqu'absent de la maison en journée pour des raisons professionnelles, est présent sur ce type de tableau, ou de photographie, aux côtés de son épouse et de ses enfants. Le père de famille de The Spanish Family est représenté seul sur un autre tableau : T.B. Harlem (1940), souffrant d'une maladie liée à la pauvreté[7], la tuberculose[8]. Pamela Allara fait un rapprochement entre le portrait de 1943 et une photographie prise en 1936, en Californie, par Dorothea Lange pour illustrer les conséquences de la grande dépression (Migrant Mother)[7].
Expositions
modifierL'œuvre fait partie d'une collection privée. En 2021-2022, elle a été exposée au MET à New-York, au Musée Guggenheim à Bilbao et au M. H. de Young Memorial Museum à San Francisco, lors de l'exposition itinérante Alice Neel "People Come First"[9],[10]. Fin 2022, ce tableau est exposé au Centre Georges Pompidou à Paris lors d'une rétrospective consacrée à Alice Neel[11],[12]. Fin 2025, il est présenté à Turin, par la Pinacothèque Agnelli[13].
Références
modifier- 1 2 E. Couturier, « Alice Neel, merveilleuse engagée », Historia, no 913, , p. 75 (lire en ligne
) - ↑ Allara 2000, p. 138.
- 1 2 (en) Gabriela, « Alice Neel – The Spanish Family (1943) », sur artschaft, (consulté le )
- ↑ (en) « Futility of Effort: Alice Neel and Motherhood, 1930–46 | Broadcast », sur pioneerworks.org (consulté le )
- ↑ Hemingway 2002, p. 248.
- 1 2 Hemingway 2002, p. 249.
- 1 2 Allara 2000, p. 139.
- ↑ (en-US) « T.B. Harlem | Artwork », sur National Museum of Women in the Arts (consulté le )
- ↑ (en) « Alice Neel: People Come First », sur metmuseum.org (« The Spanish Family », sur metmuseum.org (archivé sur archive.org))
- ↑ (en-US) « Alice Neel "People Come First" The Met Museum / New York | », sur Flash Art, (consulté le )
- ↑ Angela Lampe, « Expositions. Alice Neel, un regard engagé », sur www.centrepompidou.fr, (consulté le )
- ↑ Valérie Duponchelle, « Exposition: Alice Neel, peintre sans peur ni reproche », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ (en) « Alice Neel : I am the Century », sur pinacoteca-agnelli.it
Notes
modifier- ↑ parmi les portraits de ce type ceux de la dramaturge afro-américaine Alice Childress (1950), et de Mike Gold (1951?).
Voir aussi
modifierArticles liés
modifierBibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- (en-US) Pamela Allara, Pictures of People : Alice Neel's American Portrait Gallery, University Press of New England, , 374 p. (ISBN 978-1-584-65036-2, lire en ligne), p. 137-139.

- (en) Andrew Hemingway, Artists on the Left: American Artists and the Communist Movement, 1926-1956, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-09220-2, présentation en ligne), p. 248-249.

- (en) Mira Schor, A Decade of Negative Thinking: Essays on Art, Politics, and Daily Life, Duke University Press, coll. « e-Duke books scholarly collection », (ISBN 978-0-8223-9141-8), p. 103
- Jeremy Lewison (dir.), Alice Neel : peintre de la vie moderne, Fonds Mercator et Fondation Vincent van Gogh Arles, , 239 p. (ISBN 978-94-6230-137-5), Catalogue des œuvres, « Cat. 22, La Famille espagnole, 1943 », p. 116-117.
- Angela Lampe (dir.), Alice Neel : un regard engagé, Éditions du Centre Pompidou, , 160 p. (ISBN 978-2-84426-877-8).
- (en) Kelly Baum (dir.) et Randall R. Griffey (dir.), Alice Neel : people come first, Metropolitan Museum of Art, (ISBN 978-1-58839-725-6).
Liens
modifier- Lien vers le tableau sur le site Alice Neel.com
- Lien vers le tableau sur le site de la Galerie David Zimmzer