Kiyonaga
Torii Kiyonaga (鳥居清長)[1] (1752-), souvent désigné sous le seul nom de Kiyonaga, est un artiste de l'estampe japonaise (gravure sur bois), de l'école Torii.
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鳥居清長 |
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Il est l'un des grands maîtres de l’ukiyo-e, innovant dans de nombreux domaines. Sur le plan technique, il abandonne rapidement le petit format chūban en faveur du format ōban. Il a également fréquemment recours à des compositions sous forme de diptyques, voire de triptyques, qui accroissent considérablement les possibilités des estampes en matière de composition. Sur le plan stylistique, le type de femmes qu'il peint — saines et vigoureuses, loin de la gracilité de celles de Harunobu — et l'harmonie de ses compositions le fait parfois considérer comme marquant l'apogée de l’ukiyo-e[2].
Biographie
modifierDe son vrai nom Sekiguchi Shinsuke, et fils d'un libraire nommé Shirokaya Ichibei, qui habitait le Hon-Zaimokuchō (le quartier des théâtres à Edo)[3], il se familiarise très tôt avec le monde du kabuki et des grandes affiches multicolores. Il ne prend ensuite le nom de Torii Kiyonaga comme nom d'artiste que plus tard, quand il rejoint l'école Torii.
Il commence sa formation auprès de Torii Kiyomitsu en 1765, mais son style laisse supposer qu’avant d’entrer dans l’école Torii il a pu se former auprès de Koryusai, de Harunobu et de Shigemasa; la force de son travail au pinceau, dans ses estampes comme dans ses peintures, évoque en outre un apprentissage dans l’école Kanō[4]. Ses premières œuvres comprennent des affiches publicitaires et des portraits d’acteurs fondés sur ses visites aux théâtres de ‘’kabuki’’ voisins, ainsi que des illustrations de livres et des ‘’banzuke’’[4]. Ses portraits d’acteurs suivent d’abord ceux des artistes de l’école Katsukawa (Shunshō, puis Shunei), et ses premières ‘’bijin-ga’’ rappellent celles de Koryusai, notamment dans la série ‘’Fūryū jūni kikō’’ (vers 1779); il fournit en outre onze dessins à la série ‘’Hinagata wakana no hatsumoyo’’ de Koryusai, publiée principalement par Nishimura Yohachi (Eijudō)[5].
Bien que sans lien biologique avec la famille Torii, il en prend la tête après la mort de son maître et père adoptif Torii Kiyomitsu, devenant ainsi le chef de file de la quatrième génération de l'école Torii[3].
Il est considéré comme un des grands maîtres de l'« estampe de brocart » (nishiki-e) aux multiples couleurs, ainsi que des bijin-ga, images des courtisanes et des jolies femmes. Comme la plupart des artistes ukiyo-e cependant, il produit aussi un grand nombre d'estampes et de peintures représentant des acteurs de kabuki, dont beaucoup édités à titre promotionnel pour les théâtres.
Le maître Kiyomitsu meurt en 1785 ; du fait de la mort prématurée de son fils, Kiyonaga se trouve être le choix évident pour succéder à Kiyomitsu à la tête de l'école Torii. Cependant, il diffère la prise de ce rôle pendant deux années, les consacrant à ses bijin-ga, sans doute conscient de l'immense responsabilité qui serait la sienne lorsqu'il aurait assumé la direction de l'école. En 1787, il commence à organiser la production d'estampes pour le kabuki, dont l'école Torii a alors le quasi-monopole. Il commence également la formation du petit-fils de Kiyomitsu, Torii Kiyomine, qui devait lui succéder à la tête de l'école Torii, au détriment de Kiyomasa, fils de Kiyonaga, au talent pourtant prometteur.
Style
modifierLes femmes des estampes de Kiyonaga sont souvent décrites comme plus mûres que celles de son prédécesseur Harunobu, très jeunes et graciles. On a souvent recours en japonais au terme hattoshin qui signifie haut de huit têtes pour décrire ses courtisanes, longilignes et sveltes, que Ernest Fenollosa, historien d'art américain, a très vite comparé aux Vénus de la Grèce Antique. Durant ses années d'apprentissage, il copie souvent le style de ses illustres prédécesseurs comme Harunobu ou Koryusai, et ce n'est qu'à l'aube de la période Tenmei (1781-1789) qu'il révolutionne le genre des bijin-ga, ce qui lui apporte un succès immédiat et lui permet d'avoir sa place aujourd'hui dans le cénacle des huit plus grands peintres de l’ukiyoe.
À la différence de Harunobu toujours, Kiyonaga a recours à un format plus grand (ōban, plutôt que chūban ou hosoban). On peut penser que c'est ce changement de format qui aurait poussé Kiyonaga à allonger la silhouette de ses courtisanes.
Une part importante de l'œuvre de Kiyonaga est également sous forme de diptyque ou de triptyque, on trouve également des œuvres monumentales s'étalant jusqu'à cinq panneaux, fresques extraordinaires dans lesquelles le peintre fait montre de tout son talent en associant dans des compositions originales, des courtisanes à l'avant de paysages manifestement influencés par la perspective occidentale, conférant plus d'impact et de réalisme à ses œuvres, et ce pour le plus grand plaisir des habitants d'Edo. Le charme et la beauté des scènes reproduites ainsi sous forme de diptyques éclatent par exemple dans la série Minami no juniko (Les Douze Mois du Sud), décrivant de façon poétique les courtisanes des maisons closes surplombant la baie de Shinagawa, près d'Edo.
- Neuvième mois : Les Feux de pêcheurs (1784), estampe Oban, Nishiki-e, impression polychrome, Musée Guimet[6]
Le style de Kiyonaga a un impact majeur sur l’ukiyo-e, et annonce déjà les bijin-ga d'Utamaro. Les estampes de Kiyonaga sur le kabuki, et montrant des moments de la représentation sur scène, font preuve d'une grande attention aux détails, en cherchant à représenter la réalité de ces représentations, et non une vision idéalisée. Cependant, Kiyonaga n'a pas été jusqu'à chercher à montrer la personnalité et les traits réels des acteurs. Certains voient dans son style un pas important vers celui, un peu caricatural, presque baroque dans ses excès, mais réaliste dans sa volonté de personnaliser chaque artiste de kabuki, qui sera celui de Sharaku.
Livres illustrés
modifierÀ partir de 1782, Kiyonaga réalise aussi des ‘’ehon’’ (livres illustrés), à commencer par l’’’Ehon muchibukuro’’, un volume composé de trois estampes sur page simple et de dix sur double page, toutes en couleurs[7]. Il conçoit ensuite le ‘’Saishiki mitsu no asa’’ («Les couleurs de la triple aurore»), daté de 1787 et publié par Nishimuraya Yohachi (Eijudō)[8]. Ce volume, qui emprunte son nom à l’almanach de printemps, comprend sept estampes polychromes en double page; le nombre sept renvoie aux sept plantes du printemps japonais. Elles célèbrent les couleurs de la «triple aurore», le premier matin de l’année, et les rituels par lesquels on renouvelle son esprit au début d’un cycle[7]. Des personnes d’époques et de classes différentes y profitent du Nouvel An: on y voit la première calligraphie, le premier concours de tir à l’arc ou le premier bain, ainsi que les six arts de l’éducation confucéenne (l’étiquette, la musique, les mathématiques, le tir à l’arc, l’équitation et la calligraphie). Le lecteur passe de la maison d’un marchand à un quartier de plaisir, puis aux rues d’une ville où un libraire cherche à vendre les ouvrages à la mode; ces scènes de la culture urbaine d’Edo comptent parmi les plus réalistes de l’’’ukiyo-e’’. La couverture, ornée d’or d’un motif de pins peint à la main, rend le livre plus élégant encore[7].
Dernières années et postérité
modifierDans ses dernières années, Kiyonaga poursuit les compositions d’acteurs: sa série ‘’ōban’’ ‘’Degatari-zu’’ compte plus de quarante dessins montrant des acteurs en scène avec des chanteurs et des musiciens[5]. Elle est particulièrement appréciée des collectionneurs comme des critiques, qui y voient une contribution significative au développement du ‘’yakusha-e’’[9]. Au début des années 1790, sa production d’estampes chute fortement, mais son œuvre influence la conception du ‘’bijin-ga’’ de la génération suivante, notamment Katsukawa Shunchō, Katsukawa Shunzan, Utamaro et Kitao Masunobu[5]. De même qu’il avait ravi à Harunobu la place d’artiste de ‘’bijin-ga’’ le plus populaire de son temps, Kiyonaga est ensuite supplanté par Utamaro, dont les femmes sont encore plus pleines et plus mûres[9].
Notes et références
modifier- ↑ Torii Kiyonaga est un nom japonais traditionnel ; le nom de famille (ou le nom d'école), Torii, précède donc le prénom (ou le nom d'artiste).
- ↑ Richard Lane 1962, p. 209.
- 1 2 Hélène Bayou 2004, p. 274.
- 1 2 (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Roma, L’Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 131-132.
- 1 2 3 (en) John Fiorillo, « Torii Kiyonaga (1752–1815) », sur Viewing Japanese Prints (consulté le ).
- ↑ Hélène Prigent, « Images du Monde flottant », Le Petit Journal des grandes expositions, no 369, , p. 12 (ISBN 2-7118-4852-3)
- 1 2 3 (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Roma, L’Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 135-136.
- ↑ (en) « Saishiki mitsu no asa (Colors of the Triple Dawn) », sur Museum of Fine Arts, Boston (consulté le ).
- 1 2 (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Roma, L’Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 137-138.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Louis Aubert, « III : Kiyonaga », dans Les Maîtres de l'estampe japonaise, Paris, Armand Colin, .
- Richard Lane, L'Estampe japonaise, Paris, Éditions Aimery Somogy, .
- Nelly Delay, L'Estampe japonaise, Éditions Hazan, (ISBN 2-85025-807-5).
- Hélène Bayou (trad. de l'anglais), Images du Monde Flottant. Peintures et estampes japonaises XVIIe – XVIIIe siècles, Paris, Réunion des Musées Nationaux, , 398 p. (ISBN 2-7118-4821-3).
- Gabriele Fahr-Becker, L'Estampe japonaise, Taschen, (ISBN 978-3-8228-2057-5).
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à la recherche :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- « Torii Kiyonaga », sur web-japan.org (consulté le ).
- Reproductions des œuvres de cet artiste sur ukiyo-e.org (consulté le 24/06/2014).