Toriyama Sekien
Toriyama Sekien (鳥山 石燕, 1712-1788) est un artiste japonais de l'ukiyo-e, spécialiste des contes et légendes traditionnels du Japon. Il est célèbre pour son travail de recensement des yōkai réalisé dans la série des hyakki yakō. Il fit partie de l'école Kanō et fut le professeur d'Utamaro Kitagawa.
| Naissance | |
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| Décès | |
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Kōmyō-ji Temple |
| Nom dans la langue maternelle |
鳥山石燕 |
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| Maître |
Kanō Chikanobu (d) |
Toriyama Sekien est le pseudonyme de Sano Toyofusa, lettré du XVIIIe siècle, poète de kyōka et artiste d'ukiyo-e spécialisé dans le folklore japonais. Né dans une famille de serviteurs de haut rang du shogunat Tokugawa, il est formé par Kanō Gyokuen et Kanō Chikanobu, sans avoir jamais été officiellement reconnu comme peintre de l'école Kanō[1].
Après avoir quitté le service du shogunat, il devient l'enseignant de nombreux apprentis en poésie et en peinture, parmi lesquels Utamaro et Utagawa Toyoharu. Il est l'un des premiers à appliquer les techniques de l'école Kanō à l'estampe ukiyo-e et invente à cette occasion de nouveaux procédés, tels que le fuki-bokashi, qui permet de reproduire des dégradés de couleur[2].
Œuvres
modifier- Gazu hyakki yagyō (画図百鬼夜行, « Cortège nocturne des cent démons ») (1776)
- Konjaku gazu zoku hyakki (今昔画図続百鬼, « Cent illustrations de démons du présent et du passé ») (1779)
- Konjaku hyakki shūi (今昔百鬼拾遺, « Supplément aux cent illustrations de démons du présent et du passé ») (1780)
- Gazu hyakki tsurezure bukuro (画図百器徒然袋, « Cent illustrations des heures oisives ») (1784)
Ces quatre ouvrages, réalisés entre 1776 et 1784, illustrent au total plus de deux cents yōkai différents[3]. Les trois premiers se présentent comme des bestiaires surnaturels puisant leurs figures dans la littérature, le folklore et les autres arts japonais. Le quatrième, le Gazu hyakki tsurezure bukuro, se distingue en revanche par des yōkai nés principalement de l'imagination de Sekien lui-même, à partir de jeux de mots ou de récits tirés du Tsurezuregusa, recueil d'essais du XIVe siècle attribué au moine Yoshida Kenkō ; à la différence des trois autres volumes, il présente une structure narrative rudimentaire, décrite comme la transcription d'un rêve étrange dans ses premières estampes[4].
Le titre de ces recueils renvoie au thème du hyakki yagyō (« défilé nocturne des cent démons »), sujet d'une série de rouleaux peints du XVIe siècle figurant une parade de créatures difformes et d'objets animés en marche bruyante. En adoptant le format relié fukuro-toji et en traitant chaque yōkai comme une unité d'information distincte, Sekien reproduit explicitement une rhétorique encyclopédique : là où le hyakki yagyō figure un défilé de démons, il en fige systématiquement la procession, isolant, examinant, étiquetant et nommant chaque créature[5]. Ces albums se rattachent ainsi à la tradition des emaki de défilés de démons, illustrée notamment par les recueils décrits dans les quatre notices bibliographiques précitées : la Bibliothèque de la Diète nationale relève que les tsukumogami du Gazu hyakki tsurezure bukuro peuvent être comparés à ceux du manuscrit Hyakki yagyō emaki qu'elle conserve, dont Sekien a manifestement subi l'influence[6].
Sekien est directement influencé par plusieurs rouleaux peints (emaki) de yōkai de l'époque d'Edo, tels que le Bakemono Zukushi et le Hyakkai Zukan de Sawaki Suushi[7].
Bien que parfois qualifiée de « démonologique », son œuvre est davantage comprise comme une parodie littéraire d'encyclopédies telles que le Wakan Sansai Zue ou le Shan Hai Jing, alors très populaires au Japon[7]. L'historien Michael Dylan Foster situe cette démarche dans la philosophie néo-confucéenne de l'« investigation des choses », qui influença l'hakubutsugaku (histoire naturelle) de l'époque d'Edo ; il identifie le Kinmō zui (1666) puis le Wakan Sansai Zue (1713) comme les formats encyclopédiques faisant déjà autorité que Sekien reprend, ces ouvrages intégrant déjà des êtres surnaturels parmi leurs catégories d'êtres « réels »[8]. Ses catalogues apparaissent dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, à une époque où l'entreprise savante du hakubutsugaku était détournée avec humour par des amateurs : Sekien fait au monde des yōkai ce que les érudits du honzōgaku et du hakubutsugaku font au monde naturel[7].
Cette dimension ludique se retrouve dans sa pratique du kyōka : la versification comique y fonctionne comme un double carnavalesque de la poésie tanka, dont elle parodie le contenu à grand renfort de jeux de mots et de références culturelles d'actualité[9]. Foster observe de même que les illustrations de Sekien sont pleines de jeux de mots et d'images, conçus dans la tradition de la versification comique kyōka, l'autorité du format encyclopédique conférant paradoxalement une forte légitimité à des créatures pourtant largement inventées[8].
Son œuvre marque ainsi une progression de la simple documentation vers une manipulation inventive et parodique de la forme encyclopédique, qui le conduit à créer des monstres entièrement nouveaux et à faire du yōkai une métaphore interrogeant les frontières entre réel et imaginaire[9]. Selon Foster, environ quatre-vingt-cinq des plus de deux cents yōkai recensés par Sekien sont des créations originales, et ses quatre catalogues marquent le moment où le yōkai devient, dans le Japon du début de l'époque moderne, une catégorie culturelle autonome[8],[10].
Annexes
modifierRéférences
modifier- ↑ (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Rome, L'Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 421
- ↑ (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Rome, L'Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 421-422
- ↑ (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Rome, L'Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 422-423
- ↑ (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Rome, L'Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 422
- ↑ (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Rome, L'Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 423-424
- ↑ (en) « TORIYAMA Sekien’s Illustrated Night Parade of the Demon Horde », NDL Image Bank, Columns, sur National Diet Library (consulté le )
- 1 2 3 (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Rome, L'Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 424
- 1 2 3 (en) Michael Dylan Foster, « Creating Monsters: Toriyama Sekien and the Encyclopedic Imagination », Minikomi, no 64, , p. 7-9
- 1 2 (it) Marco Milone, Ukiyo-e, Rome, L'Erudita, (ISBN 9788867707270), p. 423
- ↑ (en) Michael Dylan Foster, Pandemonium and Parade: Japanese Monsters and the Culture of Yōkai, Berkeley, University of California Press, (ISBN 9780520253612), chapitre 2
Liens externes
modifier- (en) « Six reproductions de Toriyama », sur ukiyo-e.org (consulté le ).