Trabendisme
Le trabendisme est le commerce de contrebande s'effectuant en Algérie, par voie aérienne, comme composante du commerce du cabas, ou via les frontières de l'Algérie.
En , le commerce à la valise, dit du cabas, est légalisé en Algérie.
Historique
modifierTrabendo est un mot né dans l'Ouest de l'Algérie et qui est tiré de l'espagnol « contrabando » signifiant contrebande, un des termes d'économie informelle où toutes les activités économiques qui échappent à la règlementation et au contrôle de l'État. On parle aussi de trabendisme, de commerce des valises, et les participants sont les trabendistes[1]. Le commerce au cabas désignant l'importation de marchandises par des trabendistes, qui voyagent régulièrement, ou intermittents (des touristes ou des membres de la diaspora en vacance dans leur pays d'origine)[2]. Celui-ci a débuté pendant les années 1980[3], à une époque où des contrebandiers en provenance du Maghreb se rendaient en Turquie[4].
Pendant la Décennie noire, ces trafics avaient lieu dans la frontière entre l'Algérie et le Maroc, par des Algériens souvent membres de groupes terroristes comme le Groupe islamique armé, alors que l'Algérie connaissait une pénurie[5].
Les revenus générés par ces trafics ont chuté après l'ouverture du pays à l'économie mondiale[6].
Ce commerce permet aussi de se procurer des produits étrangers et coûteux non disponibles sur le marché national[7]. Les trafiquants peuvent être néophytes comme des étudiants, ou expérimentés. Par exemple, pour le trafic vers la Turquie, ceux-ci possèdent un réseau constitué d'Algériens, de Syriens et de Turcs. Ils peuvent aussi bénéficier de prêts en Turquie de ces intermédiaires, qui prêtent en livres turques, et reçoivent en retour des dinars algériens[8].
En , la restriction sur les importations des fromages, de chocolat et de produits cosmétiques, permet à des trabendistes en Espagne ou en France de relancer ce trafic.
Lors de la pandémie de Covid-19 en Algérie, la fermeture des frontières, dont les liaisons aériennes, provoque des pénuries de médicaments, de cosmétiques ou de vêtements, alors que les trabendistes se fournissaient à Paris ou à Dubaï[3].
En , la douane algérienne opère des saisies à l'aéroport[9]. En , à l'aéroport d'Alger, la douane vérifie les bagages de voyageurs venus de Dubaï ou de la Turquie[10].
En , le commerce à la valise, dit du cabas, est légalisé en Algérie. Mais ces acheteurs individuels n'ont pas accès au système financier officiel, ils doivent donc utiliser le marché noir algérien des devises pour pouvoir acheter des biens à l'étranger[11].
Notes et références
modifier- ↑ Chantal Charnet, « Trabendo pardon le commerce de valises : Analyse d'une construction de sens dans l'interaction », dans Daniel Baggioni (dir.) et Pierre Larcher (dir.), Centre Dumarsais (Centre des sciences du langage de l'université d'Aix-en-Provence), Le contrôle social du sens en langue et en discours : aspects lexicographiques, pragmatiques et rhétoriques (actes de la 4e table ronde de l'Association pour la promotion des études linguistiques francophones (Aprodelf), La Baume-lès-Aix, - ), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence (PUP), , 190 p. (ISBN 2-85399-406-6, HAL hal-03331457), p. 113–124.
- ↑ Saïd Belguidoum et Olivier Pliez, « La géographie discrète des réseaux transnationaux entre l'Algérie et la Chine », Confluences Méditerranée, no 109, , p. 63–76 (DOI 10.3917/come.109.0063, HAL halshs-03753642, lire en ligne [PDF], consulté le ).
- 1 2 Zahra Chenaoui, « En Algérie, la fermeture des frontières empêche la revente des produits de marques ramenés de Paris ou Dubaï », Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Sylvie Gangloff et Jean-François Pérouse (avec la collab. de Thomas Tanase), chap. 1 « Le commerce à la valise roumain : un phénomène en déclin ? », dans La présence roumaine à Istanbul : Une chronique de l'éphémère et de l'invisible (programme de recherche “Turquie, mer Noire, Caucase”), Istanbul, Institut français d'études anatoliennes, coll. « Les dossiers de l'IFEA / La Turquie aujourd'hui » (no 08), , 47 p. (ISBN 2-906053-66-X et 978-2-36245-022-8), p. 2– 16 [DOI 10.4000/books.ifeagd.156] [lire en ligne].
- ↑ « ÉDITION - Le mot trabendo a déjà fait son entrée dans le dictionnaire Le francalgérien dans l'antichambre du « Larousse » », L'Orient-Le Jour, (consulté le ).
- ↑ Journal de Genève et Gazette de Lausanne, « ALGÉRIE. La contrebande ne nourrit plus son homme », Courrier international, (consulté le ).
- ↑ Fatima Nabila Moussaoui, « Le trabendo ou la mondialisation par la marge », Politique africaine, no 137, , p. 117–128 (DOI 10.3917/polaf.137.0117, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Nadia Kerdoud, « De la villa-immeuble au bazar : Sidi Mabrouk (Constantine), l'émergence d'un quartier commercial », Les Cahiers d'études sur le monde arabe et la Méditerranée, no 26, (DOI 10.4000/emam.961, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Ali Aomar, « Fin du commerce cabas en Algérie : Les saisies se multiplient », sur ObservAlgérie, (consulté le ).
- ↑ Aicha Merabet, « Aéroport d'Alger : l'étau se resserre sur les trabendistes », sur TSA, (consulté le ).
- ↑ Thinhinane Lardjane, « Dinar – Euro : quel impact de la légalisation du commerce du cabas ? », sur TSA, (consulté le ).