Tradition, famille et propriété

mouvement international d'associations d'inspiration catholique traditionaliste

Tradition, famille et propriété (abrégé TFP) est une organisation internationale militante d'extrême droite, défendant un catholicisme traditionaliste. Fondée en 1960 par Plinio Corrêa de Oliveira, un député brésilien, elle s'est développée en Europe, au Canada, aux États-Unis et en Amérique du Sud. En France, elle est proche des milieux identitaires et participe au mouvement anti-avortement.

Tradition, famille et propriété
Histoire
Fondation
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Type
Organisation chrétienne, associationVoir et modifier les données sur Wikidata
Organisation
Fondateur
Idéologie
Site web

La TFP n'est pas reconnue par la hiérarchie catholique, et diverses conférences épiscopales ont mis en garde dans les années 1980 contre cette association qu'elles considèrent comme sectaire.

En France, ses activités consistent essentiellement dans le publipostage, après l'échec de la création d'une école dans les années 1980, à la suite de soupçons d'embrigadement sectaire.

Doctrine et activités

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Positionnement politique

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L'organisation est classée à l'extrême droite[1],[2],[3],[4],[5].

Maud Chirio indique que Tradition, famille et propriété est la tête de pont d'une tradition contre-révolutionnaire et intégriste qui entraîne depuis 1960, en Amérique latine, des jeunes dans des milices violentes[6].

La société française pour la défense de la Tradition, Famille et Propriété se présente sur son site comme une association ayant pour but de « promouvoir dans l'opinion publique les valeurs fondamentales de la civilisation chrétienne qui forment sa devise, et de combattre la révolution culturelle athée, immorale et socialiste qui vise à les saper », et veut combattre « l'expansion du mouvement révolutionnaire dont le socialo-communisme et l'anarchisme soixante-huitard ». L'organisation se réfère à l'ouvrage Révolution et Contre-Révolution, publié en 1959 par Plinio Corrêa de Oliveira[7].

La doctrine de l'association diverge de celle de l'Église catholique, notamment en ce qui concerne la politique et la société : elle ne se réfère pas du tout, par exemple, à la doctrine sociale de l'Église telle qu'elle a été développée par les papes depuis l'encyclique fondatrice Rerum novarum publiée par Léon XIII en 1891. Son action semble être essentiellement politique : ainsi, au Brésil, l'organisation a été très active à propos du projet de réforme agraire dans les années 1980. Elle s'est placée aux côtés des grands propriétaires terriens, les fazendeiros, contre le Mouvement des sans-terre ; cette lutte s'est doublée d'un combat contre le contrôle des armes[8].

Positionnement religieux

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Plinio Corrêa de Oliveira a développé une approche mystique de l'histoire fondée sur sa propre lecture des apparitions de Fatima, d'après lesquelles il annonçait la venue prochaine de l'Apocalypse, surnommée la "Bagarre". Il considérait qu'elle serait le fruit de divers éléments, incluant une hécatombe thermonucléaire, des cataclysmes naturels, des guerres civiles, des conflits internationaux et des infestations maléfiques[8].

Mouvement sectaire

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En Amérique du Sud

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En 1986, la conférence des évêques du Brésil avertit très sérieusement ses fidèles contre cette association, dans un rapport de 32 pages indiquant qu'elle n'était en communion ni avec la hiérarchie catholique locale, ni avec le pape[9]. Le texte soulignait la nature ésotérique de l'association et mentionnait l'existence d'un culte rendu au fondateur et à sa mère comme des éléments problématiques[8].

Antônio de Castro Mayer met en garde ses fidèles contre l'association qu'il qualifie de « secte hérétique » en raison de son « anticléricalisme viscéral »[10][source insuffisante][pertinence contestée].

En France

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L'affaire de l'école Saint-Benoît

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En 1977, la TFP fonde une école dans le Berry. Les parents d'élèves et les professeurs qui y enseignent découvrent que l'école sert en fait de centre de recrutement pour l'association. L'établissement est fermé deux ans plus tard. Un procès oppose ensuite les responsables de l'école et les propriétaires des bâtiments qui considèrent avoir été trompés par la TFP. Le tribunal de grande instance de Châteauroux, par un jugement rendu le , donne raison aux propriétaires, indiquant que « le personnel d’encadrement de l’interne composé pour la plupart de Brésiliens exerçait sur les jeunes élèves une sorte d’action psychologique les incitant (…) à devenir les adeptes militants d’une certaine association étrangère (…) trompant ainsi délibérément les bailleurs et ayant à leur égard un comportement fautif »[11].

Qualification de « secte »

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Dès 1989, la conférence des évêques de France met en garde ses fidèles contre un mouvement qui dénigre la hiérarchie catholique et instille, notamment aux plus jeunes, l'idée que la TFP est seule détentrice de la vérité[12],[9]. Cette mise en garde est renouvelée deux ans plus tard par Jean-Michel Di Falco, alors porte-parole de la conférence. La même année, le père Jacques Trouslard affirme dans un article de l'hebdomadaire La Vie que parmi « les sectes [qui] se dissimulent sous les masques de la religion, de la culture, ou de l'éthique [...] la TFP est un modèle du genre »[9].

La commission d'enquête parlementaire de 1995 considère également le mouvement comme un « mouvement sectaire »[13]. La même année, Jean Vernette, spécialiste des phénomènes sectaires, rapporte à son tour des éléments inquiétants : « les membres prononcent vœu d'obéissance au leader, objet d'un certain culte car on lui attribue parfois le charisme d'inerrance et de prophétie »[14].

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) cite cette association dans son rapport annuel de 2006[15]. Le , en réponse à une question posée au gouvernement par le député du Vaucluse Thierry Mariani, le ministre de l'Intérieur fait cette précision : « À ce jour, les agissements des membres de l'association Tradition, Famille, Propriété n'ont jamais fait l'objet de procédures judiciaires et ne peuvent être qualifiés de dérives sectaires constituant des agissements susceptibles d'être pénalement sanctionnés »[16].

Organisation et activités en France

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La TFP en France a été déclarée comme association en 1975, initialement sous la dénomination Jeunes Français pour une civilisation chrétienne, avant de devenir en 1977 la Société française pour la défense de la tradition, de la famille et de la propriété[17].

La TFP ou ses associations liées (Avenir de la Culture, Droit de naître...) utilisent le publipostage pour récolter des dons qui s'élèvent à trois millions d'euros par an[18]. Les courriers sont souvent accompagnés de la médaille miraculeuse, ce qui conduit le sanctuaire de la rue du Bac à rappeler régulièrement qu'il n'a aucun lien avec l'association[19],[20].

À ce sujet, le rapport de la commission parlementaire sur l'argent des sectes en France (1999) écrit :

« Cette secte d'origine brésilienne créée par M.P.C. de Oliviera et proche de mouvements d'extrême droite, s'est enrichie en organisant une vaste chaîne de publipostage qui dénote une parfaite maîtrise des techniques commerciales. Cette chaîne repose sur la constitution de fichiers des personnes les plus réceptives aux messages réactionnaires et intégristes du mouvement, comme les actions destinées à lutter contre la " dégradation morale et culturelle de la télévision " ou l'utilisation du préservatif. L'opération consiste à rassembler un fichier d'adresses, cibler les envois sur les personnes qui ont déjà donné dans le passé et sont donc les plus susceptibles de donner à nouveau, multiplier les associations utilisant le même fichier pour accroître les possibilités de gains, enfin sélectionner les candidats aptes à devenir des donateurs mensuels de chaque association[21]. »

Les publications couvrent différents thèmes comme le culte de la Sainte Vierge, la dénonciation de l'avortement ou de la pornographie[22].

La TFP a acquis un château à Châteauneuf-en-Thymerais dans un domaine de 2,35 ha, estimé en 2002 à cinq millions de francs[23].

Procédures judiciaires

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Contre deux diocèses français

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Deux diocèses français reprennent dans leur communication un article de L'Événement du jeudi qui qualifie la TFP d'organisation d'extrême droite en indiquant qu'elle a participé à la répression politique au Brésil, en Argentine et au Chili, avant de soutenir l'apartheid en Afrique du Sud. L'association française ainsi que son émanation Avenir de la Culture attaquent les deux diocèses français, avant de se désister. Les deux associations sont finalement condamnées aux dépens le par le tribunal de grande instance de Lons-le-Saunier et au versement de la somme de 6000 francs aux diocèses qu'elles avaient attaqués[24],[25].

Contre TF1 en 2007

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Après un reportage télévisé de TF1 diffusé le mettant en cause la TFP, cette dernière porte plainte pour diffamation contre la chaîne[26] et contre le président de la Miviludes, Jean-Michel Roulet, qui affirmait dans ce reportage que les sommes collectées par la TFP pouvaient « servir à tout et à n'importe quoi »[27].

Notes et références

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  1. ↑ (pt) « Justiça altera estatuto da TFP », Estadão,‎ (lire en ligne).
  2. ↑ (en) Christopher White, « Behind the synod opposition: Far-right groups, political activists and Cardinal Burke », National Catholic Reporter,‎ (lire en ligne).
  3. ↑ (en) « Local concern over Catholic group's 'chivalry camp' for young boys in Kildare », The Journal (en),‎ (lire en ligne).
  4. ↑ Jacques Berset, « Les Hérauts de l’Evangile dans le collimateur du pape François », Cath.ch,‎ (lire en ligne).
  5. ↑ Blandine Grosjean, « Les armes d'Avenir de la culture: lobbying et harcèlement postal. », Libération,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  6. ↑ Maud Chirio, « Dictatures militaires sud-américaines », dans Catherine Pomeyrols, Paul Chopelin et Joël Félix et al., Dictionnaire de la Contre-Révolution, Paris, Perrin, (ISBN 978-2262033705, lire en ligne), p. 221-230 (consulté le ).
  7. ↑ (en) Margaret Power, « Transnational, Conservative, Catholic, and Anti-Communist: Tradition, Family, and Property (TFP) », dans Martin Durham, New Perspectives on the Transnational Right, New York, Palgrave-MacMillan, , 220 p. (ISBN 978-0-230-62370-5, DOI 10.1057/9780230115521_5, lire en ligne), p. 85-105.
  8. 1 2 3 Raúl Matta, « Tradition, Famille et Propriété : une enquête sur les « croisés » du XXIe siècle », L'Ordinaire des Amériques, no 210,‎ , p. 121–137 (ISSN 0997-0584, DOI 10.4000/orda.2642, lire en ligne, consulté le ).
  9. 1 2 3 Bertrand Lethu, « Collecte de fonds », La Croix,‎ (lire en ligne).
  10. ↑ (en) David Marzak, « Tradition Family Property (TFP) Committed to Causing Confusion over Fatima », sur New Era World News, .
  11. ↑ « "Tradition-Famille-Propriété" : Une secte influente. », sur Centre contre les manipulations mentales, (consulté le ).
  12. ↑ « France: l’épiscopat français met en garde contre les sectes », Cath.ch,‎ (lire en ligne).
  13. ↑ « Commission d'enquête sur les sectes », sur Assemblée nationale, (consulté le ).
  14. ↑ Jean Vernette, Dictionnaire des groupes religieux aujourd'hui religions, Églises, sectes, nouveaux mouvements religieux, mouvements spiritualistes, Presses universitaires de France, , 291 p. (ISBN 2-13-047036-X, OCLC 708332579, présentation en ligne).
  15. ↑ Rapport annuel de la Miviludes de 2006.
  16. ↑ Question d'un député du Vaucluse sur l'association Tradition Famille Propriété du 10 juin 2008 et sa réponse du 10 février 2009.
  17. ↑ Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, Rapport au Premier ministre, , 304 p. (lire en ligne), « L’exemple de « Tradition, famille, propriété » une organisation dédiée à la collecte de dons et à l’objet non identifié », p. 93-101.
  18. ↑ Jean-Marc Ducos, « Enquête sur une arnaque à la médaille miraculeuse », Le Parisien,‎ (lire en ligne).
  19. ↑ Guenolé Feugang, « Mise en garde au sujet de l’association Tradition, Famille, Propriété », sur Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, .
  20. ↑ Isabelle de Gaulmyn, « La « médaille miraculeuse » victime de détournement », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
  21. ↑ « Les sectes et l'argent », sur Assemblée nationale, (consulté le ).
  22. ↑ Blandine Grosjean, « TFP, une secte qui pourfend communisme et pornographie.Avenir de la culture est une de ses émanations. », Libération,‎ (lire en ligne).
  23. ↑ « Les châteaux, un placement très prisé », L'Express,‎ (lire en ligne).
  24. ↑ Blandine Grosjean, « TFP, une secte qui pourfend communisme et pornographie. Avenir de la culture est une de ses émanations. », Libération,‎ (lire en ligne).
  25. ↑ Centre Roger-Ikor, Les Sectes : état d'urgence, Paris, Albin Michel, , 321 p. (ISBN 2-226-07711-1 et 9782226077110, OCLC 300104293).
  26. ↑ « Cour de cassation, civile, Chambre civile 1 », sur legifrance.gouv.fr, (consulté le ).
  27. ↑ Stéphanie Le Bars, « La justice donne raison à des mouvements soupçonnés de dérives sectaires », Le Monde,‎ (lire en ligne).

Annexes

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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