Le train de Langeais est un convoi de déportation qui a transporté, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en , des prisonniers militaires, politiques et des résistants de Rennes vers l'Allemagne.

Déroulement des faits

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Début août 1944, les Alliés progressent rapidement dans l'ouest de la France après la percée d'Avranches. Dès le débarquement du , les polices allemandes de Bretagne regroupent sur Rennes la plupart de ses prisonniers détenus jusqu'alors dans les prisons des autres départements bretons. Début août, les Alliés se trouvent aux portes de Rennes et bombardent la ville, endommageant les lieux de détention (camp Margueritte, prison Jacques Cartier). Les forces d'occupation mettent en hâte les prisonniers dans des trains[1].

Un premier train part le . Un deuxième part le , veille de la libération de la ville[2], avec plus de 900 prisonniers (militaires américains capturés en Normandie les semaines précédentes, déportés français, soldats allemands mutins[3] et trois correspondants de guerre français, Pierre Rabache, Pierre Gosset et Pierre Bourdan arrêtés peu avant lors d'une visite des lignes alliées[4]) et rejoint Lion-d'Angers, via Redon et Nantes (seul axe ferroviaire encore praticable pour quitter Rennes).

Le , au Lion-d'Angers, les deux convois sont réunis en un seul convoi tiré par deux locomotives, une à l'avant et l'autre à l'arrière. Les manœuvres durent toute la nuit. Le matin, la population civile et la Croix-Rouge donnent des sandwichs et de la boisson aux prisonniers. Le personnel des chemins de fer essaye de retarder au maximum le départ du convoi qui repart vers le début de l'après-midi, mais les chauffeurs et les mécaniciens étaient allemands. Un groupe de résistants va tenter de saboter la voie ferrée, mais ils n'ont pas la bonne clé. Les rails seront démontés quelques heures plus tard, mais après que le convoi sera passé[5].

Les trois journalistes français ont reçu de la résistance une lame, un tournevis et une lime cachés dans une bouteille d'eau[6]. Le groupe est complété par Walter, un commandant de l'armée de l'air américaine avec qui ils ont sympathisé, un autre groupe de quatre officiers est aussi déterminé à tenter l'évasion les autres prisonniers du wagon n'ayant pas les ressources physiques nécéssaires. Un panneau du wagon est démonté et le premier groupe des journalistes et de Walter parvient à sauter du train et à rejoindre les lignes alliées au bout de quelques jours grâce à l'appui de la population et de la résistance[7].

Le très long convoi, plus de 80 voitures et plus de 1 500 prisonniers, reprend son chemin vers l'est mais il doit s'arrêter en gare de Langeais dans l'après-midi du dimanche car le pont ferroviaire de Cinq-Mars-la-Pile a été détruit. La population de Langeais va alors apporter vivres et eau aux prisonniers.

Le train n'est pas identifiable comme un train de prisonniers, il est camouflé avec des branchages et dispose d'une batterie DCA sur l'un des wagons, pouvant laisser penser à un convoi militaire. Le vers 20 h, il est mitraillé par des chasseurs P-38 Lightning alliés pour certains, ou des P-47 d'après les déclarations de deux soldats américains du convoi. Dans la confusion créée, des prisonniers parviennent à s'échapper, beaucoup avec l'aide de la population locale. Le lendemain , un nouveau mitraillage a lieu dans l'après-midi. Ces attaques feront 19 morts (neuf soldats américains, deux Britanniques, un Canadien, 2 Guinéens et 4 Français - plus Mme Richomme, une habitante de Langeais) auxquels il faut ajouter quatre ou cinq soldats allemands tués, et 70 blessés. Agnès de La Barre de Nanteuil, blessée grièvement lors de l'attaque du 6 août, décèdera 7 jours plus tard à Paray-Le-Monial[8]

Le train repartira finalement et après un périple de 13 jours par Bourges, Moulins, Dijon, atteindra Belfort[3], d'où les prisonniers seront ensuite transportés vers trois camps de concentration.

Bilan humain

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24 prisonniers décèdent lors du transport, 226 réussiront à s'évader (à Saint-Mars-du-Désert, Saumur[9] ou Langeais) et plus de 158 prisonniers seront libérés par miracle par un Malgré-nous à Belfort[3]. Un tiers de ceux arrivés à destination ne reviendront pas de déportation.

Commémoration

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Mémorial de Rennes.

Une plaque posée en 1949 en gare de Langeais rappelle cet événement. En 1998, un mémorial constitué d'un wagon d'époque, de type « hommes 40 - chevaux en long 8 » offert par l'association française des déportés évadés des trains de déportation, fut créé à titre de « monument national des évadés des trains de déportation »[10].

Un mémorial est également édifié à La Courrouze, ZAC de Rennes[11],[12].

Le 26 avril 2026, un mémorial de la Résistance et de la Déportation a été inauguré[13] en gare de Redon, ville de passage du train de Langeais les 2 et 3 août 1944, à l'initiative de l’association "Pays de Redon et Vilaine – Mémoire des résistant(e)s et déporté(e)s"[14]. Trois artistes, Jean-Pierre Baudu, Franck Cardinal et Bruno Régent ont conçu et réalisé une œuvre en métal représentant un chêne aux feuilles dorées symbolisant la résistance et l'espoir. L'inauguration a eu lieu en présence de Antoinette Baudu (âgée de 99 ans à la date de l'inauguration), figure de la Résistance du Pays de Redon, qui s’était engagée à 17 ans pour essayer de libérer ses parents arrêtés et emprisonnés à Rennes et qui fut elle-même déportée.

Références

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  1. Jacques Royer, Le Convoi de Langeais , dernier convoi de déportés bretons., Redon, Autoedition, , 385 p.
  2. « Louis Provostic. Son père n'aurait jamais dû être déporté », sur Le Telegramme, (consulté le )
  3. 1 2 3 « Histoire du dernier convoi de déportés de Rennes », sur memoiredeguerre.free.fr (consulté le )
  4. Pierre Bourdan, Carnet de retour avec la division Leclerc, Paris, Pierre Trémois, , 224 p., chapitres 3 et 4
  5. Maxime Le Poulichet et Jean Paul Louvet, « Le dernier convoi de Rennes dit train de Langeais », sur Mémoire de guerre, .
  6. Pierre Bourdan, Carnet de retour avec la division Leclerc, Paris, Pierre Trémois, , 224 p., p. 79
  7. Pierre Bourdan, Carnet de retour avec la division Leclerc, Paris, Pierre Trémois, , 224 p., p. 96 à 120
  8. Jacques Royer (préf. Les enfants de Catherine de Nanteuil et du colonel Michel Lesourd, postface Jean Claude Bourgeon), Le Convoi de langeais, dernier convoi de déportés bretons., Auto Edition, , 385 p.
  9. « Convoi de Langeais : les détenus sont déportés », sur Ouest-France.fr, (consulté le )
  10. « Un "Hommes 40 - Chevaux en long 8" à Langeais », sur Le Blog de la FNAUT Pays de la Loire (consulté le )
  11. « Il y a 71 ans, Rennes libérée par les alliés », sur Ouest-France.fr, (consulté le )
  12. « inauguration du quai de la mémoire », sur www.lacourrouze.fr (consulté le )
  13. « À la gare de Redon, le mémorial de la Résistance et de la Déportation a été inauguré », sur actu.fr, (consulté le )
  14. « Accueil », sur 39-45 Mémoire en Pays de Redon (consulté le )

Liens externes

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  • Témoignages de contemporains des événements dans le bulletin de l'association patrimoine de Grez-Neuville du [sur le site de la ville du Lion d'Angers (page consultée le 01/02/2020)]
  • Récit historique, chapitre "Le Train de Langeais", in Mélanie a dit oui – Guerre, Résistance en Haute-Bretagne, aventures humaines, témoignages et révélations, de Jean-Claude Bourgeon, 966 pages, La Brodeuse de Mots, , (ISBN 978-2-490468-06-5).