Triglycéride
Les triglycérides (aussi appelés triacylglycérols, triacylglycérides, TG ou TAG) sont des glycérides dans lesquels les trois groupes hydroxyle du glycérol sont estérifiés par des acides gras. Ils sont les constituants principaux des graisses animales, de l'huile végétale et des produits laitiers. Les triglycérides sont les plus abondants des glycérides et se retrouvent dans tout le monde vivant. Ils constituent une forme de réserve. Ils sont source d’ATP par la libération des acides gras. Ils sont principalement stockés dans le tissu adipeux (adipocytes).
Structure chimique
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La formule chimique générale des triglycérides est :
CH2-OOC-R1 | CH-OOC-R2 | CH2-OOC-R3
où R1, R2 et R3 sont des chaînes hydrogénocarbonées nommées résidus d'acides gras. Les trois résidus d'acides gras ne sont pas nécessairement les mêmes.
En effet, on distingue deux types de triglycérides : les triacylglycérols simples, composés des 3 mêmes résidus d'acides gras et les triacylglycérols mixtes, composés eux, d’au moins deux résidus d'acides gras différents. Par exemple, la tristéarine est composée de 3 résidus d'acides stéariques : c’est un triacylglycérol simple. Le 1,2-distéaryl 3-palmityl glycérol est lui composé de 2 résidus d'acides stéariques (en C-1 et C-2) et d’un résidu d'acide palmitique (en C-3).
Dans les triglycérides, les résidus d'acides gras peuvent comporter de 4 à 22 atomes de carbone, mais celles de 16 et 18 atomes sont les longueurs les plus courantes. Des chaînes plus courtes se rencontrent dans le beurre par exemple (acide butyrique). Presque sans exception, les résidus d'acides gras naturels comportent un nombre pair d'atomes de carbone - du fait qu'ils sont bio-synthésisés à partir de l'acide acétique.
La plupart des corps gras naturels sont constitués d'un mélange complexe de triglycérides ; à cause de cela, ils fondent progressivement sur une large plage de température. Le beurre de cacao est atypique, car il est constitué principalement d'un seul triglycéride (composé de résidus d'acides palmitique, oléique et stéarique dans cet ordre) et a un intervalle de fusion (entre la fusion du premier et du dernier triglycéride) assez étroit (et donc le chocolat fond dans la bouche sans paraître graisseux).
Les triglycérides peuvent être saturés, monoinsaturés ou polyinsaturés. Ces termes désignent la saturation en hydrogène des résidus d'acides gras.
Classification par chaînes
modifierLes triglycérides se classent selon la longueur des acides gras :
- À chaîne courte : C4-C6 (ex. butyrique dans beurre).
- À chaîne moyenne (TCM ou MCT) : C6-C12 (caproïque C6, caprylique C8, caprique C10, laurique C12) ; métabolisés rapidement par le foie en cétones, sans bile ni carnitine, idéaux pour régime cétogène (ex. huile de coco ∼60% TCM).
- À longue chaîne : C14+ (myristique C14, palmitique C16, stéarique C18), stockés ou oxydés via mitochondries.
Digestion et absorption intestinale
modifierContrairement aux acides gras libres ou aux monoglycérides, les triglycérides ne peuvent pas traverser directement la paroi intestinale : ils doivent d'abord être fragmentés. Cette digestion commence dès la bouche et l'estomac, sous l'action de lipases linguale et gastrique, mais reste marginale à ce stade. L'essentiel du travail se déroule dans l'intestin grêle, où la bile, sécrétée par le foie et stockée dans la vésicule biliaire, émulsionne les gouttelettes de graisse en fines particules afin d'en démultiplier la surface de contact[1].
La lipase pancréatique, assistée d'une protéine appelée colipase, peut alors hydrolyser chaque triglycéride en un acide gras libre et un monoglycéride[2]. Ces produits de digestion s'associent aux sels biliaires pour former des micelles, des agrégats microscopiques capables de traverser la muqueuse intestinale et d'être captés par les entérocytes, les cellules qui tapissent la paroi de l'intestin.
À l'intérieur de ces cellules, les acides gras et les monoglycérides sont aussitôt réassemblés en triglycérides neufs, puis empaquetés avec du cholestérol et des protéines spécifiques pour former des chylomicrons, c'est à dire de grosses particules lipoprotéiques qui rejoignent la circulation lymphatique avant de se déverser dans le sang[3]. Ce détour, plutôt qu'un passage direct dans le sang veineux intestinal, s'explique par la taille de ces particules, trop volumineuses pour franchir les fins capillaires sanguins.
Les triglycérides à chaîne moyenne, présents par exemple dans l'huile de coco, échappent en partie à ce circuit : plus solubles dans l'eau, ils peuvent être absorbés sans passer par la formation de chylomicrons et rejoignent directement la veine porte vers le foie[4].
Biosynthèse dans le foie et les tissus adipeux
modifierL'organisme ne se contente pas d'absorber les triglycérides alimentaires : il en fabrique également à partir de ses propres réserves, principalement dans le foie et dans les adipocytes, les cellules du tissu adipeux[5]. Le glycérol-3-phosphate, point de départ, provient soit directement du glycérol, soit d'un intermédiaire de la dégradation du glucose appelé dihydroxyacétone phosphate.
Deux acides gras viennent s'y greffer successivement grâce à des enzymes nommées glycérol-3-phosphate acyltransférases, produisant une molécule intermédiaire, l'acide phosphatidique, qui perd ensuite un groupe phosphate pour devenir un diacylglycérol[6]. La dernière étape est catalysée par une famille d'enzymes appelées DGAT (diacylglycérol acyltransférases), qui fixent un troisième et dernier acide gras pour obtenir le triglycéride complet[7].
Ces triglycérides néoformés sont ensuite soit stocké dans des gouttelettes lipidiques à l'intérieur même de la cellule qui les a fabriqués, soit exportés dans le sang sous forme de lipoprotéines de très basse densité (VLDL) lorsqu'ils sont produits par le foie, afin d'être acheminés vers d'autres tissus, en particulier le tissu adipeux, pour y être stockés durablement[5].
Produits de dégradation en cas de radiolyse
modifierSous l'effet d'une forte exposition à une source radioactive (ou à une certaine gamme d'ultraviolets ; dans les courtes longueurs d'onde des UV-C)[8], les triglycérides présents dans des échantillons de tissus vivants sont cassés (phénomène dit radiolyse) en sous-produits qui n'existent pas dans la nature (on parle alors de « composés radiolytiques »)[9]. Ces composés appartiennent à la famille des alkylcyclobutanones (ou 2-alkylcyclobutanones ou 2-ACB) et en 2-tétradécylcyclobutanone (2-tDCB), qui sont de petites molécules organiques n'existant pas dans la Nature. Leur type et leur quantité varient, linéairement, en fonction de la teneur du produit en lipides d'une part, et de la dose d'irradiation ionisante et de la durée d'exposition d'autre part. Les types de 2-alkylcyclobutanones retrouvés diffère selon le type de triglycéride présents avant l'irradiation[réf. nécessaire]. Une certaine toxicité de ces molécules est suspectée et discutée car les résultats d'études sont parfois contradictoires. Pour l'être humain, en 2021, elles sont généralement considérée (par exemple selon des chercheurs de l'Institut de recherche énergétique et nucléaire du Brésil) comme acceptable (en termes de génotoxicité notamment) dans les produits irradiés s'ils l'ont été en tenant compte des recommandations[10] en termes d'intensité et de durée de traitement[11].
Rôle biologique
modifierIls jouent un rôle essentiel en étant une réserve d'énergie très importante (énergie grâce aux acides gras, réserve grâce au glycérol). Les triglycérides sont hydrolysables par les lipases : des acides gras peuvent être libérés. De plus, les triglycérides sont une réserve d'énergie anhydre, donc il n'y a pas de surpoids pour l'organisme. Exemple : chez l'homme de 70 kg, il y a 7 kg de triglycérides, ce qui équivaut à 42 kg de glycogène[12]. Une étude de 2025 portant initialement sur la paraplégie spastique familiale, une maladie rare, découvre que les neurones du cerveau utilisent également les triglycérides comme réserve d'énergie, fonctionnement qui est altéré dans ce type de maladie ; on pensait auparavant que les cellules du cerveau étaient les seules à ne pas puiser dans les triglycérides et consommaient surtout du glucose[13],[14].
Cette réserve d'énergie est stockée dans les cellules adipeuses.
Ils ne peuvent pas être des lipides membranaires, car ils sont trop hydrophobes, contrairement aux phospholipides qui constituent les membranes plasmiques.
Rôle dans les maladies
modifierDirectives
modifierLe dosage se fait classiquement par une prise de sang à jeun. Sa valeur reste effectivement sensiblement augmentée jusqu'à six heures après un repas normal[15] mais elle ne dépasse pas de plus de 20 % de la valeur mesurée à jeun[16].
L'American Heart Association a établi les directives suivantes pour la triglycéridémie :
| Taux (mmol/l) | Interprétation |
|---|---|
| < 1,7[17] | Taux normal, risque le moins élevé |
| 1,70 - 2,25[17] | Élevé limite |
| 2,25 - 5,63[17] | Élevé |
| > 5,63[17] | Très élevé, risque accru |
Réduire la triglycéridémie
modifierDe l'activité cardio-vasculaire et des régimes pauvres, ou modérés, en glucides et acides gras saturés et riches en acides gras essentiels sont recommandés pour réduire la triglycéridémie. Si cela échoue, des médicaments à base de fibrates (et certaines statines) pour les cas les plus sévères sont enregistrés pour la réduction du taux de triglycérides. Il est alors recommandé une diète cétogène[réf. nécessaire].
Notes et références
modifier- ↑ Noël Peretti, « Mécanismes et régulation de la phase absorptive des lipides dans des conditions normales et pathologiques », umontreal.scholaris.ca, (DOI 10.71781/28464, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Lipase pancréatique », sur Nutrixeal Info (consulté le )
- ↑ Charles M. Mansbach et Shadab A. Siddiqi, « The biogenesis of chylomicrons », Annual Review of Physiology, vol. 72, , p. 315–333 (ISSN 1545-1585, PMID 20148678, PMCID 4861230, DOI 10.1146/annurev-physiol-021909-135801, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Christina Heidt, Heiko Oertling, Marie Abramowicz et Yuki Otsubo, « Medium-Chain Triglycerides: Scientific and Regulatory Perspectives from Germany and Japan with a US Context-A Concise Review », Nutrients, vol. 18, no 7, , p. 1027 (ISSN 2072-6643, PMID 41978079, PMCID 13075030, DOI 10.3390/nu18071027, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Michele Alves-Bezerra et David E. Cohen, « Triglyceride Metabolism in the Liver », Comprehensive Physiology, vol. 8, no 1, , p. 1–8 (ISSN 2040-4603, PMID 29357123, PMCID 6376873, DOI 10.1002/cphy.c170012, lire en ligne, consulté le )
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- ↑ (en) Sidhu D, Naugler C, Fasting time and lipid levels in a community based population, Arch. Intern. Med., 2012
- 1 2 3 4 Régime spécial hypertriglycéridémie, sur passeportsante.net, consulté le 21 novembre 2018
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives à la santé :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Terminologie de triglycéride, sur CISMeF
- (en) Triglycerides, sur MeSH