Trésor de Chebba

trésor monétaire romain

Le trésor de Chebba est un important trésor monétaire romain datant du VIe siècle et découvert à Chebba, en Tunisie. Il est constitué de monnaies d'or des empereurs byzantins Justinien et Maurice.

Trésor de Chebba
Image illustrative de l’article Trésor de Chebba
Trésor de Chebba au musée de Mahdia.
Type Monnaies
Matériau Or
Période VIe et VIIe siècles
Culture Empire byzantin
Date de découverte 1989
Lieu de découverte Chebba
Coordonnées 35° 30′ 13″ nord, 11° 04′ 07″ est
Conservation Musée de Mahdia
Géolocalisation sur la carte : Tunisie
(Voir situation sur carte : Tunisie)
localisation

Le trésor est découvert de manière fortuite sur le rivage à la fin des années 1980 et ne fait pas l'objet d'une publication avant la fin des années 2010, ce qui génère une imprécision sur le nombre de monnaies le composant, un effectif de 147 monnaies étant évoqué alors que seules 109 sont étudiées. Les monnaies sont désormais conservées au musée de Mahdia.

L'enfouissement du trésor est daté de la charnière des VIe et VIIe siècles, au moment des troubles dont est victime l'Afrique du Nord, avec les révoltes des tribus maures, quelques décennies seulement avant le début de la conquête musulmane du Maghreb. Le trésor de Chebba est le témoin d'une période de transition pour l'espace de l'actuelle Tunisie : Carthage passe des Vandales aux Byzantins, et le territoire retrouve un rôle important dans l'Empire romain d'Orient, mais les résistances locales et les difficultés de l'Empire annoncent les bouleversements du VIIe siècle.

Localisation

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La ville actuelle de Chebba occupe le site de l'ancienne cité de Caput Vada, où Bélisaire débarque en Afrique du Nord en 533[B 1] ou 534[C 1] pour reprendre la région aux Vandales[A 1]. Le site est la pointe septentrionale de la Petite Syrte. Le promontoire porte le toponyme de Ras Kaboudia[B 1],[C 2].

Histoire et redécouverte

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Histoire : du VIe siècle au VIIe siècle, une période de transition

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Portrait d'un homme sur une mosaïque
Bélisaire sur une mosaïque célébrant la reconquête de l'Italie par l'armée byzantine, dans la basilique Saint-Vital de Ravenne.

Au début du VIe siècle, l'espace de l'actuelle Tunisie est sous domination vandale. Les Vandales, peuple germanique arrivé en Afrique du Nord au Ve siècle, contrôlent alors une grande partie du territoire que possédait Rome en Afrique[A 2].

Les tribus berbères connaissent un « réveil offensif » à la fin de la période vandale. L'autorité impériale avait déjà abandonné de vastes secteurs, la Maurétanie et une part notable de la Numidie qui furent autant de royaumes indépendants[A 3]. Les Vandales se sont installés essentiellement au Nord du pays, la Byzacène et la Tripolitaine étant aux mains de vassaux maures de Genséric, les liens de dépendance s'affaiblissant avec ses successeurs. L'« insécurité devint permanente à la fin du Ve siècle »[A 4].

En 533, l'empereur byzantin Justinien lance une expédition pour reprendre l'Afrique aux Vandales, dans un contexte plus général de volonté de reconstituer l'Empire à son apogée territorial. Le royaume vandale subit à ce moment à la fois une révolte du gouverneur de Sardaigne qui mobilise des troupes, et des révoltes des tribus de Byzacène et Tripolitaine[A 5]. Le général Bélisaire débarque près de Carthage et bat le roi vandale Gélimer. En 534, le royaume vandale s'effondre et la région devient une province de l'Empire byzantin. Carthage redevient un centre politique, militaire et économique important[A 6].

Les informations dont nous disposons sur le dernier siècle de domination impériale sont partielles, tout comme celles des premiers temps de l'Islam[A 7]. Pendant le VIe siècle, les Byzantins tentent de renforcer leur contrôle du territoire par un réseau de forteresses, notamment afin de se protéger des révoltes berbères. En effet, les Berbères résistent à l'autorité impériale et plusieurs révoltes éclatent. L'Afrique byzantine connaît également des difficultés économiques, des conflits militaires et des tensions religieuses[A 8].

À la fin du VIe siècle, l'autorité impériale est fragilisée avec un « retour à l'insécurité permanente »[A 9]. Cette situation prépare les grandes transformations du VIIe siècle, les armées arabes musulmanes commencent la conquête de l'Afrique du Nord, et Carthage tombe définitivement en 698[A 10].

Découverte

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Vue d'une tour ancienne avec une fortification et des végétaux au premier plan
Vue du ribat, ancienne citadelle byzantine, non loin duquel le trésor a été retrouvé[C 1].

Le trésor est découvert en 1989 de manière fortuite[E 1], sur le rivage[C 1] et « hors de tout contexte archéologique »[C 3], près du fort byzantin de Borj Khadija, une « construction hétéroclite »[B 1] ; il ne fait pas alors l'objet d'une publication[C 4]. La tour quadrangulaire du fort a un côté de m avec une tourelle circulaire d'une hauteur de 17,50 m : il s'agit d'éléments d'un fortin de 67 m de côté dont la majeure partie des éléments disparaissent au début du XXe siècle. Ribat bâti par les Aghlabides au IXe siècle, la forteresse a peut-être succédé à une installation byzantine[B 1]. Le nom du fortin vient de celui d'une poétesse originaire de la ville, Khadija Bent Ahmed Ben Kalthoum el Maafiry el-Rusfya[C 1].

La découverte est exposée dans la salle des trésors[C 5] du musée de Mahdia[1].

Une très brève note est publiée en 1989 par Hédi Slim[C 5] qui évoque des recherches menées par l'Institut national d'archéologie et d'arts de Tunis « en vue de retrouver la totalité du trésor »[E 1]. Un article plus complet est publié en 2018 par Hanène Ben Slimène Benabbès[C 2].

Description

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Description générale

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Monnaies sur le sable au milieu de coquillages
Détail du trésor tel qu'il est exposé au musée de Mahdia.

Le trésor est composé actuellement de 109 monnaies, des solidi. Le contenu initial est inconnu du fait de la longue période entre la découverte et l'étude du trésor. Il comportait peut-être initialement 147 monnaies[C 5],[1].

Composition du trésor

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EmpereurNombre de monnaies[C 5].
Justinien (r.  527-565)4
Maurice (r.  582-602)105

Le trésor ne comporte pas de monnaies des empereurs Justin II (r.  565-578) et Tibère II (r.  578-582)[C 6].

108 monnaies sur les 109 ont été frappées à Constantinople, la dernière  un solidus de Maurice  provenant de Carthage[C 7].

Peu de monnaies sont frappées sous le règne de Justinien à Carthage, qui vient juste d'être conquise vers 537-538. Les trésors connus en Afrique et datés du VIe siècle présentent une majorité de monnaies frappées dans la capitale de l'Empire d'Orient[C 6]. Le trésor comporte une immense majorité de solidi de Maurice, même si certains présentent un portrait de l'empereur plus petit[C 6], 75 % de l'échantillon présentant ce caractère[C 8].

Les monnaies de Justinien, les plus anciennes du dépôt, présentent sur l'avers le buste de l'empereur, et sur le revers une croix chrismée et un ange debout, d'une série débutée après 542 et se poursuivant jusqu'en 565. La durée assez longue ne permet pas une datation précise. Les monnaies de Maurice présentent le buste de l'empereur casqué et sont quant à elles datables dans une fourchette entre 583 et 602[C 9], voire uniquement entre 592 et 602 pour la représentation de l'empereur plus petit. La fourchette peut être réduite si la nouvelle indiction de 597-598 est considérée comme une marque d'une nouvelle frappe[C 8].

Les monnaies les plus récentes du trésor sont donc datables de l'extrême fin du VIe siècle ou du début du VIIe siècle[C 8]. Les dates extrêmes sont les mêmes dans le petit trésor de Sidi Khalifa (Pheradi Majus)[D 1]. Les monnaies de Maurice sont légères car d'un poids inférieur à 4,35 grammes et 23 carats[C 10]. La composition du trésor rappelle aussi celle du petit trésor de Pheradi Majus découvert en 2002[C 6].

Ces monnaies sont pour la plupart fleur de coin, en très bon état de conservation[C 3].

Interprétation

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Les monnaies ne sont pas datées avec précision, tant celles de Justinien que celles de Maurice[C 9], même si une fourchette précise est possible.

Cassette destinée à payer des troupes ou liée au commerce

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Carte avec représentation d'un empire
Carte de l'Empire byzantin en 600.

Les émissions monétaires étaient ponctuelles et destinées à couvrir les dépenses militaires des secteurs reconquis par l'Empire byzantin[C 6].

Les monnaies de poids léger ont été considérées comme destinées soit à payer des troupes, soit aux règlements extérieurs à l'Empire. Cela a pu être aussi un rôle fiscal ou une unité pour maintenir le taux officiel des anciens solidi[C 11]. La réduction du poids des monnaies aurait été destinée à masquer une baisse des soldes militaires signalée par Théophylacte Simocatta en 587. Certains spécialistes ont aussi considéré qu'il s'agissait de donner davantage de valeur aux anciennes monnaies de poids normal[C 12].

Hanène Ben Slimène Benabbès considère que le trésor est soit le produit du commerce en Orient, soit une somme destinée à des « opérations militaires », afin de régler les soldes des soldats, avec des frappes de Constantinople[C 13].

Témoignage de la dernière des révoltes maures

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Portrait d'un homme âgé tenant un livre et faisant un geste de bénédiction
Portrait de Jean IV le Jeûneur, patriarche de Constantinople du au ).

Le trésor rend compte d'un « climat général d'insécurité et de trouble en Afrique » du moins dans la zone côtière orientale[C 3]. Théophylacte Simocatta évoque des troubles, une révolte maure matée par Gennadios, après avoir évoqué la mort du patriarche de Constantinople, Jean IV le Jeûneur, en 595 (Histoires, VII, 6). La crise, « d'une exceptionnelle gravité », est confirmée par Yves Modéran[C 13],[D 2]. L'exarque Gennadios reçoit une aide financière de Constantinople qui permet de régler les salaires des soldats et des fonctionnaires[C 14].

Avec ce trésor découvert à Chebba, on serait face à un témoignage de « la dernière des révoltes maures », la capitale de l'Empire aidant financièrement à payer les soldats et les dépenses[C 14]. La situation ne se serait réglée qu'à la fin du règne de Maurice, avec une frappe d'argent de 602, issue d'un contexte local et portant le mot pax[C 14].

Références

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  1. 1 2 Zaher Kammoun, « Les trésors monétaires trouvés en Tunisie », sur zaherkammoun.com, (consulté le ).
  • Histoire générale de la Tunisie, vol. I : L'Antiquité
  1. Slim et al. 2003, p. 384-386.
  2. Slim et al. 2003, p. 349-354.
  3. Slim et al. 2003, p. 377-378.
  4. Slim et al. 2003, p. 378.
  5. Slim et al. 2003, p. 383.
  6. Slim et al. 2003, p. 384-388.
  7. Slim et al. 2003, p. 388.
  8. Slim et al. 2003, p. 398-401.
  9. Slim et al. 2003, p. 412.
  10. Slim et al. 2003, p. 420-421.
  • « Caput Vada (Qabboudiya, Ras Kaboudia) »
  • « Le trésor de solidi byzantins de Caput Vada (vers 595) »
  • « Le trésor de solidi byzantins de Pheradi Maius (Sidi Khalifa, Tunisie, 2002) »
  • « Trouvaille de monnaies byzantines en Tunisie »
  1. 1 2 Slim 1989, p. 529.

Voir aussi

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Bibliographie

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Bibliographie générale

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Travaux sur le trésor ou sur l'époque byzantine dans l'espace de la Tunisie actuelle

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  • Hanène Ben Slimène Benabbès, « Le trésor de solidi byzantins de Caput Vada (vers 595) », Revue numismatique, vol. 175, , p. 301-329 (ISSN 0484-8942, lire en ligne, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Hanène Ben Slimène Benabbès, « Le trésor de solidi byzantins de Pheradi Maius (Sidi Khalifa, Tunisie, 2002) », Revue numismatique, no 177, , p. 181-194 (ISSN 0484-8942, lire en ligne, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Hédi Slim, « Trouvaille de monnaies byzantines en Tunisie », Bulletin de la Société française de numismatique, no 2, , p. 529 (ISSN 0037-9344). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Articles connexes

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Liens externes

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