Un baptême au XVIe siècle
Un baptême au XVIe siècle[1], aujourd’hui connu sous le titre Un baptême à Venise, est une peinture à l'huile sur toile de François-Alfred Delobbe présentée au Salon de 1873, au palais des Champs-Élysées[2]. Elle est conservée à la Kunsthalle de Brême, en Allemagne[3].
| Artiste | |
|---|---|
| Date |
1873 |
| Type | |
| Dimensions (H × L) |
187 × 130 cm |
| Localisation |
Kunsthalle de Brême, Brême (Allemagne) |
Le tableau : une scène vénitienne historiciste, fastueuse et narrative
modifierL’œuvre représente un jeune couple vénitien sortant de l’église après le baptême de leur enfant. Delobbe situe la scène au XVIe siècle, période d’or de Venise, ce qui lui permet d’exploiter la richesse des costumes Renaissance, de composer une scène théâtrale, de multiplier les textures (velours, dentelles, brocarts), et d’inscrire l’action dans une architecture solennelle.
Éléments clés de la composition
modifierLa mère, figure centrale, porte l’enfant enveloppé d’un tissu précieux. Le père, geste ample, jette des pièces à la foule — geste de générosité codifié dans les cérémonies vénitiennes. Le cortège : deux hommes et trois femmes, de différents âges, créent une dynamique sociale. La foule suggère la dimension publique du rituel. La descente d’escalier crée un mouvement diagonal qui guide le regard. C’est une scène narrative, vivante, mais traitée avec la douceur académique propre à Delobbe.
Le Salon de 1873 : une réception contrastée, parfois violente
modifierPrésenté au Salon de Paris en 1873, le tableau n’est pas passé inaperçu. Les critiques favorables ont souligné la maîtrise du dessin, la richesse des costumes,la composition solide et la vivacité de la scène. La Gazette des Beaux‑Arts, particulièrement sévère, reproche un excès de théâtralité, un historicisme jugé trop décoratif : « Un baptême au XVIe siècle n'a pas inspiré heureusement M. Delobbe, dont l'originalité ne s'accentue pas, et dont les jouvenceaux, peignés et lustrés, bellâtres et fades, aux attitudes penchées, aux sourires banals, appartiennent à cette compagnie de damoiseaux galants et de demoiselles musquées qu'on trouve dispersés, mais toujours aimables, dans le Droit chemin, de M Hugues Merle, dans les Petits chiens, de M Doyen, etc.[4] »
Charles Clément du Journal des débats est moins dur : « Un baptême au seizième siècle, par M Delobbe, n'est pas sans rapport avec Le droit chemin, de M Hugues Merle. Il s'agit encore de costumes florentins plus ou moins modifiés par la fantaisie de l'artiste, et d'un sujet épisodique traité dans de grandes dimensions. Un jeune homme et une jeune femme, suivis de tout un cortège d'amis et de parents, descendent les marches d'un palais. Ils portent à l'église leur premier-né, et la mère attendrie tient d'un air fier et joyeux le bébé emmailloté dans de beaux langes ornés de dentelles. Son attitude est pleine de grâce, et son ajustement somptueux est de bon goût. Je comprends moins le geste et le mouvement du père ; on ne sait trop ce qu'il regarde en avant avec tant d'attention. La scène, bien construite, est intéressante, gaie, bien construite, et l'on comprend tous ces gamins, qui acclament les époux en levant leurs casquettes. La composition rappelle par les types, par l'arrangement et par le sentiment, la manière de Scheffer. L'exécution est bonne, simple et loyale, mais elle nous paraît un peu uniforme[5]. »
Ce type de critique est typique des années 1870 : les revues d’avant‑garde commencent à se méfier de la peinture académique narrative, jugée trop « illustrative ». Mais le tableau fait parler de lui. Même les critiques négatives contribuent à sa notoriété. Delobbe, jeune peintre, se retrouve au centre d’un débat sur la peinture d’histoire, l’historicisme décoratif et la place du récit dans l’art contemporain.
Goupil & Cie : la machine à célébrité
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Le rôle de Goupil & Compagnie est déterminant dans le succès du tableau. Son édition en photoglyptie (procédé photomécanique de haute qualité) permet une reproduction fidèle des valeurs et une diffusion massive à un prix accessible pour la bourgeoisie[6].
Gravure de Paul Girardet
modifierLe tableau est gravé par Paul Girardet. La gravure éditée par Goupil circule dans toute l’Europe, est vendue à Londres, Paris, New York, entre dans les collections du British Museum[7]. Les reproductions ont plusieurs titres selon les marchés et les formats : Un baptême au XVIe siècle, Baptême à Venise, Après le baptême. Cette multiplicité de titres est typique des œuvres très diffusées. Résultat le tableau devient populaire, reconnaissable. Il appartient à la culture visuelle de la fin du XIXe siècle[8].
Au Salon de 1876[9], le tableau copié sur porcelaine[10] par mademoiselle Marie Girard[11] enchante la critique.
De Paris à Brême
modifierEn 1894, l’œuvre entre dans les collections de la Kunsthalle de Brême, grâce au don de A. F. Ed. Meyer[3]. La Kunsthalle, fondée en 1823, cherche à constituer une collection moderne. Les œuvres diffusées par Goupil sont très prisées en Allemagne. Delobbe bénéficie d’une réputation solide dans les pays germaniques. Le tableau est donc perçu comme une œuvre représentative de la peinture française contemporaine. Un baptême au XVIe siècle est une œuvre ambitieuse, narrative, très représentative du goût bourgeois de 1870, massivement diffusée par Goupil, critiquée par les élites, aimée du public, et aujourd’hui un document précieux sur la peinture historiciste française.
Le Dictionnaire illustré des contemporains : un indice majeur
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Le Dictionnaire général des artistes de l'école française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à nos jours de 1882 précise que l’exposition de 1873 de Delobbe Un baptême au XVIe siècle comprenait : « treize figures en grandeur naturelle[12] ». Cela implique deux choses : Le tableau exposé au Salon faisait partie d’un ensemble plus vaste, probablement une exposition personnelle ou semi‑personnelle, organisée soit dans les salles annexes du Palais de l’Industrie, soit dans une galerie privée. Les gravures de Girardet et les photoglypties de Goupil montrent une version resserrée, centrée sur le couple et le cortège. Mais l'exposition originale devait présenter un ensemble plus narratif. Cela correspond parfaitement à l’ambition de Delobbe dans les années 1870, avant son virage vers les scènes bretonnes.
L’existence d’une seconde version : Jeune Mère et son Enfant
modifierUne toile de Delobbe passée en vente chez Sothebys le 17 juin 2015[13], centrée sur la mère et l’enfant, est manifestement une variante de la scène principale. Ce n’est pas une étude préparatoire. Elle est trop finie, trop autonome, trop « présentable ». Ce n’est pas non plus une copie tardive. Elle correspond à une pratique très courante chez les artistes liés à Goupil : produire des variantes d’un tableau connu, destinées au marché privé.
Références
modifier- ↑ « Base salons : Entrée catalogue : Un baptême au XVIe siècle [87548] », sur salons.musee-orsay.fr (consulté le ).
- ↑ Explication des peintures, sculptures et autres ouvrages, Veuve Hérissany, (lire en ligne).
- 1 2 Getty Research Institute et Gustav Pauli, Katalog der Gemälde und Bildhauerwerke in der Kunsthalle zu Bremen, Bremen : F. Leuwer, (lire en ligne).
- ↑ Gazette des beaux-arts, Presses Universitaires de France, (lire en ligne).
- ↑ « Journal des débats politiques et littéraires », sur Gallica, (consulté le )
- ↑ Bibliographie de la France: Bibliographie officielle. Livres. Partie 1, (lire en ligne).
- ↑ (en) « print | British Museum », sur www.britishmuseum.org (consulté le ).
- ↑ « Cup.1252.d.2, 2(11) - British Library Archives and Manuscripts Catalogue », sur searcharchives.bl.uk (consulté le ).
- ↑ Paris (France) Société des artistes français, Catalogue illustré Salon ..., (lire en ligne)
- ↑ « Un Baptême au XVIe siècle, d’après M. Delobbe ; porcelaine »
- ↑ Emile Bellier de La Chavignerie, Dictionnaire général des Artistes de l'École Française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à année 1868 inclusivement Architectes, Peintres, Sculpteurs, Graveurs et Lithographes: Ouvrage commence par Emile Bellier de La Chavignerie, continué par Louis Auvray, Vve Jules Renouard, (lire en ligne)
- ↑ Dictionnaire illustré des contemporains, E. Dentu, (lire en ligne).
- ↑ (en) « (#140) François-Alfred Delobbe », sur Sothebys.com (consulté le ).
Liens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :