Un Captif amoureux
Un Captif amoureux[1] est le dernier ouvrage publié à titre posthume de Jean Genet. Il prend la forme d'un testament littéraire qui retrace ses voyages en Palestine et aux États-Unis entre les années 1970 et 1980. Le projet a accompagné Genet pendant des années avant qu'il ne trouve quelle forme lui donner. Il reprend la rédaction en 1983, après avoir été l'un des premiers témoins, avec Leïla Shahid, des massacres de Sabra et Chatila au Liban en 1982[2].
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Résumé
modifierGenet propose une longue méditation sur les souvenirs et la mort, travaillée à la fois par la question du racisme américain et celle de la résistance palestinienne face à la colonisation. Il se remémore de nombreuses anecdotes vécues dans les camps de feddayin, ainsi que des moments de sa vie passée. Il y tisse des moments vécus avec les Panthères Noires aux États-Unis, qu'il a accompagné dans une série de conférences en 1970[3]. Le texte est ample, découpé en deux parties (Souvenirs I et Souvenirs II), et empreinte aux mémoires, à l'autobiographie et au témoignage.
Différentes périodes se mélangent sous la plume de Genet : de ses premiers voyages en Palestine en 1970 et 1972 jusqu'au dernier en 1984, il analyse la manière dont les luttes comme les paysages évoluent. Certaines images le marquent et constituent une forme de leitmotiv dans l'oeuvre : c'est le cas notamment d'Hamza et de sa mère, un jeune Palestinien rencontré brièvement en 1970, dont la mère s'est occupé une nuit de Genet[4]. Le résultat est un récit parfois "fourre-tout", qui alterne entre souvenirs et réflexions plus abstraites sur la vie, la mort, l'appartenance nationale, l'art ou le désir[5].
La page qui fut d’abord blanche, est maintenant parcourue du haut en bas de minuscules signes noirs, les lettres, les mots, les virgules, les points d'exclamation, et c'est grâce à eux qu'on dit que cette page est lisible. Cependant à une sorte d'inquiétude dans l'esprit, à ce haut-le-cœur très proche de la nausée, au flottement qui me fait hésiter à écrire. la réalité est-elle cette totalité des signes noirs ?[1.1]
Réception
modifierAu vu du contexte de la publication du livre, après le décès de Genet et dans une période politique complexe, les critiques sont diverses et variées. Certains fustigent sa complaisance avec les « terroristes » Palestiniens, quand d'autres voient un ouvrage intime et mémoriel avant le récit politique[6]. Genet a une position de témoin, qui accompagne les militants comme un « vieillard abandonné »[1.2] qui est en même temps un enfant : il pose sur les Palestiniens, comme sur les Panthères Noires, un regard aimant[7].
Richard Dindo a réalisé le film Genet à Chatila en 2000, en utilisant notamment des extraits d'Un Captif amoureux et de Quatre Heures à Chatila.
Michèle Collery a réalisé un documentaire intitulé Jean Genet, un captif amoureux, parcours d’un poète combattant, à partir des textes du Captif amoureux en 2017[8].
Différents dramaturges ont aussi proposé des adaptations sur scène du texte, comme Laurent Montel[9] ou Guillaume Clayssen[10].
Références
modifier- ↑ Jean Genet, Un captif amoureux, Gallimard, coll. « Collection Folio », (ISBN 978-2-07-039298-8)
- ↑ « Revue d'études palestiniennes 1983/1 (N° 6) », sur SHS Cairn.info (consulté le )
- ↑ Michèle Manceaux, « Jean Genet chez les « Panthères Noires » », dans De Sartre à Foucault, Hachette Education, , 36–40 p. (ISBN 978-2-01-010737-5, lire en ligne)
- ↑ Benoît Auclerc, « Un captif amoureux ou la mise en cause du « continuum temps-espace-appartenance nationale » », dans Dominique Carlat and Agnès Fontvieille-Cordani (dir.), Jean Genet et son lecteur, Saint-Étienne, Presses universitaires de Saint-Étienne, (lire en ligne), p. 195-206
- ↑ Myriam Bendhif-Syllas, « La révolution palestinienne à l’épreuve de l’intime : Un captif amoureux de Jean Genet », Itinéraires, no 2, , p. 119-130 (DOI https://doi.org/10.4000/itineraires.1150)
- ↑ Hélène Baty-Delalande, « La réception critique de Un captif amoureux », dans Dominique Carlat and Agnès Fontvieille-Cordani (dir.), Jean Genet et son lecteur, Saint-Étienne, Presses universitaires de Saint-Étienne, (lire en ligne), p. 111-176
- ↑ Pierre-Marie Héron, « Un captif amoureux et le genre des mémoires », Littérature, vol. 159, no 3, , p. 53–63 (ISSN 0047-4800, DOI 10.3917/litt.159.0053, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Film-documentaire.fr, « Jean Genet, un captif amoureux », sur www.film-documentaire.fr (consulté le )
- ↑ « Un Captif Amoureux - TGP - CDN de Saint-Denis | THEATREonline », sur www.theatreonline.com (consulté le )
- ↑ « « Un captif amoureux », de Jean Genet, l’Étoile du Nord à Paris – Les Trois Coups » (consulté le )