Urraque Ire
Urraque Ire, dite la Téméraire, née en 1081 et morte le à Saldaña, est reine de León et Castille de 1109 à sa mort.
| Urraque Ire Urraca I | ||
Miniature médiévale représentant Urraque Ire | ||
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| Reine de León et de Castille Imperatrix totius Hispaniae | ||
| – (16 ans, 8 mois et 7 jours) |
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| Prédécesseur | Alphonse VI | |
| Successeur | Alphonse VII | |
| Reine consort d'Aragon | ||
| – (6 ans) |
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| Prédécesseur | Berthe | |
| Successeur | Agnès d'Aquitaine | |
| Biographie | ||
| Dynastie | Jiménez | |
| Date de naissance | ||
| Date de décès | ||
| Lieu de décès | Saldaña | |
| Sépulture | Panthéon des rois de Saint-Isidore de León | |
| Père | Alphonse VI | |
| Mère | Constance de Bourgogne | |
| Conjoint | Raymond de Bourgogne (≈1091-1107) Alphonse Ier d'Aragon (1109-1115) |
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| Enfants | Sancha Raimúndez Alphonse VII |
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Fille du roi Alphonse VI et de Constance de Bourgogne, elle devient l'héritière légitime de la couronne de León et Castille après la mort de son demi-frère Sancho à la bataille d'Uclés. Première femme à accéder de plein droit au trône d'un royaume européen médiéval, son avènement marque un tournant institutionnel majeur.
D'abord mariée au comte Raymond de Bourgogne, avec qui elle gouverne la Galice et a deux enfants — dont le futur Alphonse VII —, elle se retrouve veuve en 1107. Pour garantir la défense du royaume face aux Almoravides, la noblesse lui impose en 1109 une union politique avec Alphonse Ier d'Aragon. Ce mariage désastreux déclenche une violente guerre civile impliquant la noblesse castillane, la faction galicienne et sa demi-sœur Thérèse de Portugal.
Après l'annulation de son mariage et l'expulsion des garnisons aragonaises, Urraque parvient à s'affirmer comme seule souveraine à partir de 1112. Malgré une monarchie itinérante, des révoltes urbaines et les tensions avec son propre fils, elle réussit à préserver l'intégrité du domaine royal et l'unité de la couronne jusqu'à sa mort en 1126.
Biographie
modifierUne infante entre León et Bourgogne (1081-1093)
modifierAucun chroniqueur contemporain n'a consigné la date de naissance d'Urraque[1], que les historiens situent généralement vers 1081[2]. Dans les actes officiels rédigés plus tard sous son règne, elle s'intitulera elle-même « fille du roi Alphonse et de la reine Constance »[1].
Urraque est la fille d'Alphonse VI, roi de León et de Castille, et de sa deuxième épouse, la princesse Constance de Bourgogne[1], mariés en 1079[3]. Le premier mariage du roi avec Agnès d'Aquitaine, fille du duc Guillaume VIII, n'ayant laissé aucun enfant survivant[1], Urraque devient à sa naissance l'héritière légitime du royaume.
Par son père, elle descend de la dynastie Jiménez, étant la petite-fille du roi Ferdinand Ier de León et de la reine Sancha Alfónsez de León, fille d'Alphonse V de León.
Par sa mère, elle appartient à la maison capétienne de Bourgogne : ses grands-parents maternels sont le duc Robert Ier de Bourgogne, fils du roi de France Robert II de France, et Hélie de Semur. Cette dernière est la sœur du puissant abbé Hugues de Cluny, un rapprochement matrimonial majeur par lequel Alphonse VI entendait consolider ses liens diplomatiques et religieux avec la prestigieuse abbaye bourguignonne.
Placée durant sa jeunesse sous la tutelle du noble Pedro Ansúrez, Urraque reçoit une éducation soignée. Les sources mentionnent deux de ses précepteurs : le prêtre Pedro, qui l'accompagnera plus tard en Galice après ses premières noces, et Domingo Flacóniz[4].
Comtesse de Galice (1093-1108)
modifierPremière fille issue de l'union d'Alphonse VI et de Constance de Bourgogne, Urraque voit sa position dans la ligne de succession s'estomper en 1093 lors de la naissance de son demi-frère Sancho[5]. La même année, sa mère, la reine Constance, s'éteint[6].
Avant février 1093, Urraque épouse le noble bourguignon Raymond de Bourgogne[7]. Ce dernier est venu en Hispanie vers 1086 ou 1087 dans le sillage de son beau-frère, le duc Eudes Ier de Bourgogne, en réponse à l'appel d'Alphonse VI à la chrétienté européenne après la défaite de Sagrajas contre les Almoravides[8],[9]. À la suite de l'échec du siège de Tudela, les seigneurs bourguignons se rendent à la cour de León auprès de la reine Constance, tante du duc Eudes[9]. Les fiançailles entre Urraque et Raymond — qui débouchent peut-être sur un mariage immédiat[a] — sont alors conclues, bien que la jeune princesse soit âgée d'environ huit ans et théoriquement trop jeune pour se marier selon le droit canonique[8],[9].
Investis du titre comtal de Galice, Raymond et Urraque gouvernent la façade atlantique de la péninsule, depuis la frontière avec les territoires musulmans au sud jusqu'aux côtes galiciennes au nord. De leur union naissent deux enfants : Sancha (née avant 1095)[10],[11] et Alphonse (né en 1105)[10]. L'éducation de Sancha est assurée par sa grande-tante Elvira, sœur d'Alphonse VI[12],, tandis que celle du jeune Alphonse est confiée à Pedro Froilaz et à son épouse[13].

En 1096, le mariage de Thérèse de León — fille illégitime d'Alphonse VI — avec Henri de Bourgogne entraîne le redécoupage de la région : alors qu'Urraque et Raymond conservent le royaume de Galice, les terres situées entre le Duero et le Miño forment le comté de Portugal, donné en dot à Thérèse et Henri (territoire qui donnera naissance au royaume indépendant de Portugal).
Raymond de Bourgogne meurt en septembre 1107 à Grajal, en présence de son épouse, du roi Alphonse VI et de l'évêque de Saint-Jacques-de-Compostelle[14]. Urraque lui succède seule à la tête de la seigneurie de l'ouest du royaume[15],[11], étendant son autorité sur la Galice, le pays de Zamora et le sud-ouest léonais, incluant Coria, Salamanque et Ávila[11]. Alors âgée de vingt-sept ans, elle a traversé deux maternités menées à terme et probablement plusieurs grossesses infructueuses[11].
Sa position s'en trouve profondément transformée : longtemps cantonnée à un rôle secondaire à l'ombre de son époux, elle prend la main sur la politique régionale[15],[16]. Elle accompagne probablement la dépouille de Raymond jusqu'à la nouvelle cathédrale romane de Saint-Jacques-de-Compostelle[17] puis s'établit en Galice pour en assurer fermement le contrôle. Alphonse VI lui confirme le gouvernement de la seigneurie, sous réserve qu'elle ne se remarie pas ; en cas de nouvelles noces, l'administration de la région reviendrait de droit à son fils Alphonse[18].
L'héritage d'Alphonse VI et l'avènement d'une reine (1108-1109)
modifierLa crise de succession
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Le 29 mai 1108[b], le destin du royaume bascule lors de la bataille d'Uclés : l'armée léonaise est écrasée par les Almoravides et l'infant Sancho, unique fils et héritier d'Alphonse VI, y trouve la mort[19],[20],[21]. Au début du mois de juillet 1108, Urraque gagne Ségovie à la tête des renforts galiciens envoyés pour secourir son père et consolider la frontière méridionale[22]. Veuve depuis septembre de l'année précédente[11], l'infante devient alors l'héritière légitime et la figure centrale de la succession, faute de successeur masculin[22],[20].
Cette situation d'incertitude suscite rapidement les convoitises de grands seigneurs locaux désireux d'épouser la future reine, parmi lesquels se distinguent le comte Pedro González de Lara (es) ainsi que le comte Gómez González[23], ancien alférez del rey (es) et favori d'une large fraction de la noblesse et du clergé[24],[25].
Face au risque de voir les rivalités entre factions castellanes et léonaises déchirer le royaume, Alphonse VI décide d'imposer une alliance extérieure en choisissant pour époux le roi Alphonse Ier d'Aragon, dit le Batailleur[24],[25]. Selon certaines traditions, le souverain aurait réuni les grands du royaume à Tolède pour leur notifier la désignation d'Urraque et ce mariage stratégique[21],[c]. Cependant, l'auteur de la Première Chronique de Sahagún, témoin direct des événements, offre une perspective différente : d'après son récit, ce sont les nobles et les comtes réunis après les funérailles royales qui auraient pressé Urraque d'accepter cette union, lui affirmant qu'elle ne pourrait gouverner seule et qu'Alphonse d'Aragon, issu d'un sang royal illustre, saurait s'imposer à tous[26]. Son accession au trône de León et de Castille fait pourtant d'elle la première souveraine européenne à régner de plein droit[27].
L'union aragonaise et le contrat de Monzón
modifierMalgré la vive opposition d'Urraque et les réticences de la cour, la noblesse et le clergé assemblés pour les obsèques d'Alphonse VI — mort le 1er juillet 1109[21] — décident de concrétiser le projet d'alliance aragonaise[28]. Le mariage est célébré en septembre ou plus vraisemblablement en octobre 1109 au château de Monzón de Campos[29], sous le parrainage du gouverneur de la place, Pedro Ansúrez.
Le contrat matrimonial établit des clauses particulièrement avantageuses pour la souveraine :
- Garanties personnelles : Alphonse Ier s'engage à céder d'importants domaines à son épouse et promet de ne pas la répudier sous prétexte d'excommunication ou de consanguinité[30].
- Droits de succession : Un éventuel fils né de cette union hériterait des possessions aragonaises de son père. À défaut de descendance commune, Urraque et les enfants issus de son premier mariage deviendraient héritiers des terres d'Alphonse à la mort de ce dernier[31].
- Cas de prédécès d'Urraque : Si la reine venait à mourir la première sans enfant issu du couple, Alphonse Ier conserverait l'usufruit viager de ses royaumes ; à la mort du roi d'Aragon, l'intégralité du patrimoine léonais et castillan reviendrait de droit au jeune Alphonse, fils du premier mariage d'Urraque[32].
Une fois les noces conclues, le couple royal prend la route de l'Aragon.
Un mariage imposé, le royaume dans la guerre civile (1109-1114)
modifierL'offensive almoravide et les premières fractures (1109-1110)
modifierLes premiers mois du règne conjoint d'Urraque et d'Alphonse Ier sont d'emblée marqués par la pression militaire des Almoravides[32]. Dès l'été 1109, les forces musulmanes mènent une offensive vigoureuse dans le Sud et s'emparent de plusieurs places d'importance stratégique, notamment Talavera de la Reina, Madrid et Guadalajara[32]. Dans l'Est de la péninsule, encouragé par les succès almoravides, l'émir de Saragosse Al-Musta'in II lance une campagne hivernale contre l'Aragon. Quittant précipitamment Sahagún, les souverains se portent à sa rencontre et Alphonse Ier remporte une victoire décisive lors de la bataille de Valtierra, le 24 janvier 1110, au cours de laquelle l'émir trouve la mort[32]. Cette menace sudiste se confirme à l'ouest en 1110, lorsque les Almoravides battent le comte Henri de Bourgogne à Santarém, ville qu'ils finissent par annexer le 26 mai 1111[33].
Malgré ces urgences militaires, l'union entre Urraque et Alphonse suscite immédiatement une opposition radicale au sein du royaume, attisée par des intérêts divergents[34] :
- Le haut clergé français : Très implanté grâce aux réseaux bourguignons du premier mari d'Urraque, il redoute de perdre ses privilèges et son influence face au souverain aragonais. Hostile d'emblée à ce second mariage, le clergé devient le soutien le plus constant d'un gouvernement autonome de la reine.
- La faction galicienne : Elle rejette l'union en raison de l'éviction de l'infant Alphonse Raimúndez de la succession directe au trône léonais[35]. Ce groupe se scinde lui-même en deux courants[36] : d'une part, l'évêque de Saint-Jacques-de-Compostelle, Diego Gelmírez, qui prône la reconnaissance de l'infant comme héritier légitime de sa mère ; d'autre part, le précepteur de l'enfant, le comte Pedro Froilaz de Traba, qui va jusqu'à défendre une indépendance de la Galice sous la couronne du jeune Alphonse.
- La noblesse de cour : Guidée par le comte Gómez González, elle craint une relégation politique. Cette appréhension est rapidement confirmée lorsque le roi d'Aragon attribue des charges publiques majeures et le commandement de forteresses léonaises et castillanes à des seigneurs aragonais et navarrais.
La rébellion en Galice et la séparation des époux
modifierC'est du grand seigneur galicien Pedro Froilaz que provient la première contestation armée, lorsqu'il revendique ouvertement les droits héréditaires de l'infant Alphonse[35],[25]. En réponse à cette insurrection, Alphonse Ier prend la tête de son armée au début du mois de mai 1110 et marche sur la Galice[37]. Il parvient à rétablir temporairement l'ordre en battant les troupes rebelles au château de Monterroso[37],[38]. Toutefois, cette campagne de trois mois s'avère éprouvante et décevante. Urraque, qui a accompagné son époux, choisit de le quitter brusquement pour retourner à León, révoltée par l'exécution brutale d'un insurgé qui s'était pourtant rendu[37],[38].

À leur retour, la ville d'Astorga refuse d'ouvrir ses portes au roi d'Aragon[39]. Dans le même temps, le pape fait savoir son opposition formelle aux fiançailles[39]. Après avoir consulté plusieurs évêques, Urraque décide de se séparer d'Alphonse, qui doit repasser en Aragon à la hâte pour contrer les Almoravides venus s'emparer de Saragosse au cours de l'été[39]. Sur le plan personnel, l'entente au sein du couple est inexistante : Alphonse se montre violent et misogyne, et Urraque l'accuse ouvertement de mauvais traitements[38]. Durant le mois de juillet 1110, la curie se réunit pour acter la condamnation pontificale du mariage — rejeté pour cause de consanguinité[40], les époux étant tous deux arrière-petits-enfants de Sanche III de Pampelune — et approuve la séparation officielle[41]. L'incapacité d'Alphonse à imposer son autorité par la force, combinée à l'absence d'héritier commun et au refus du Saint-Siège, scelle l'échec du projet d'union[40].
Urraque prend la tête d'une expédition vers Saragosse en août 1110 — sans que l'on sache avec certitude si elle cherche alors à prêter main-forte à son mari ou à soutenir la taïfa comme le faisait autrefois son père —[42], avant de regagner Burgos en octobre[43]. Durant la seconde moitié de l'année 1110, la reine rassemble ses soutiens en Castille, en León, en Rioja, dans l’Estrémadure castillane et dans une partie de la Galice[44],[20]. Sa position devient suffisamment solide pour contraindre Alphonse à venir négocier avec elle lors des fêtes de Noël à Sahagún[45].
La guerre ouverte et la détention de la reine
modifierAu sein de la cour, l'opposition au mariage se divise alors à son tour en deux courants politiques :
- Une faction favorable à Alphonse Ier, qui bénéficiait du soutien d'une partie de la bourgeoisie urbaine, notamment dans des villes castillanes telles que Carrión, Castrojeriz et Burgos. Le roi pouvait également compter sur des partisans au sein de la petite noblesse[46].
- Une faction fidèle à Urraque, composée principalement de membres de la haute noblesse castillane, qui lui apportent un soutien face aux prétentions d’Alphonse[46].

Dans ses Anales de la Corona de Aragón, en français Annales de la Couronne d'Aragon, l'historien Jerónimo Zurita rapporte le témoignage transmis par la reine pour dénoncer la tyrannie de son époux : elle y affirme que, bien que conclu selon la volonté des grands après la mort de son père, ce mariage s'est fait contre son propre gré, qu'elle y a subi de multiples outrages et maltraitances, et que le roi d'Aragon a agi en tyran en chassant de leurs sièges les évêques de Burgos et de León, en emprisonnant celui de Palencia et en exilant pendant deux ans l'archevêque de Tolède pourtant légat apostolique. Elle ajoute qu'il a expulsé l'abbé du monastère de Sahagún pour y installer son propre frère Ramire, et prétend qu'Alphonse cherchait avec fureur la mort du jeune infant pour s'assurer la succession exclusive du royaume, attisant ainsi l'hostilité des populations[47].
Face aux manœuvres de l'archevêque de Tolède pour faire prononcer l'annulation et alimenté par les rumeurs d'une relation amoureuse entre la reine et le comte Gómez González, Alphonse Ier réagit brutalement : il fait emprisonner Urraque dans la forteresse d'El Castellar et lance ses troupes contre toutes les places qui lui sont hostiles. Il s'empare de Palencia, de Burgos, d'Osma, d'Orense, de Tolède (en avril 1111)[48] où il dépose l'archevêque, ainsi que de Sahagún où il destitue l'abbé, provoquant de vives réactions urbaines[47].
L'affrontement de Candespina et les revers de la reine (1111-1112)
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Le comte Gómez González et le comte Pedro González de Lara parviennent à faire évader la reine, qui trouve refuge dans le château de Candespina, à Fresno de Cantespino. Alors que le comte Henri de Bourgogne voyage en France pour y lever des troupes, Urraque conclut un accord stratégique avec les seigneurs galiciens partisans de son fils[49] : le jeune Alphonse est associé formellement au trône et couronné à Saint-Jacques-de-Compostelle le 19 septembre 1111, Urraque continuant toutefois de régner seule en pratique[50],[51]. Cet accord lui apporte les effectifs militaires galiciens dont elle a besoin[50]. Inquiet de ce renforcement, le comte Henri, de retour de France, choisit alors de s'allier avec le roi d'Aragon pour rétablir l'équilibre[52],[53]. Pour financer son effort de guerre, Urraque se voit contrainte de prélever une partie des trésors et des richesses des églises[54].
Les deux camps se rencontrent près de Ségovie lors de la bataille de Candespina, le 26 octobre 1111. Alphonse Ier y remporte une victoire éclatante grâce au soutien des troupes comtales de Portugal menées par Thérèse et Henri[53]. Selon le récit de Zurita, dès le début des combats, le comte Pedro González de Lara abandonne l'étendard royal et prend la fuite, tandis que le comte Gómez González tient fermement le choc avec les escadrons castillans avant d'être débordé, battu et tué sur le terrain[55],[56].
Vaincue, Urraque se replie sur Burgos[53] et envoie aussitôt des émissaires au comte Henri, lui proposant un partage du royaume s'il abandonne l'alliance aragonaise[57]. Redoutant la puissance d'un roi d'Aragon victorieux, Henri accepte et rejoint la reine pour faire le siège d'Alphonse Ier, enfermé dans le château de Peñafiel[57],[52],[58]. Devant l'échec du siège, ils se replient sur Palencia pour négocier la répartition des terres[58]. Mais face aux prétentions territoriales jugées démesurées de sa demi-sœur Thérèse, Urraque noue en secret de nouveaux contacts avec son époux[58]. Alors qu'Henri part prendre possession de Zamora et que les deux sœurs cheminent vers Sahagún, Urraque ordonne discrètement à ses partisans palentins de ne pas résister à l'avancée d'Alphonse Ier[59]. Cette manœuvre fulgurante prend tout le monde de court : le roi d'Aragon manque de peu de capturer Thérèse à Sahagún[60] et contraint Urraque à fuir vers les montagnes de Galice[61].
Une armée galicienne fidèle au roi d'Aragon s'empare de Lugo, mais le gros des forces galiciennes venues appuyer la reine tombe dans une embuscade tendue par Alphonse Ier lors de la bataille de Viadangos à la fin de l'année 1111[62]. L'évêque de Compostelle parvient à s'enfuir avec le jeune infant Alphonse et le remet en sécurité auprès de sa mère[63]. Bien que le souverain aragonais domine alors la quasi-totalité du territoire, de Tolède jusqu'à León, et qu'il s'allie de nouveau avec Henri de Bourgogne fin 1111, son manque de légitimité fragilise sa position[63]. Il s'appuie principalement sur les bourgeoisies urbaines (Carrión, Zamora, Nájera, Burgos, León, Sahagún), tandis qu'Urraque détient la légitimité dynastique et la présence de son fils, mais manque de fonds et d'effectifs[63]. Au printemps 1112, elle ne contrôle plus guère que les Asturies et une partie de la Galice[64].
L'enlisement du conflit et la décomposition de l'union
modifierUrraque scelle une nouvelle alliance avec les Portugais, bien que ceux-ci exigent une contrepartie très lourde : le contrôle de Salamanque, d'Ávila, de Zamora et du Nord de l’Estrémadure[65]. Alphonse Ier tente d'assiéger Astorga sans succès, puis se replie sur Carrión où il se retrouve à son tour encerclé par les troupes d'Urraque[66]. Ces revers mutuels conduisent les deux époux à une éphémère réconciliation au cours de l'été 1112[63]. La mort du comte Henri de Bourgogne en mai 1112 ne modifie pas la posture du comté de Portugal, Thérèse poursuivant une politique d'indépendance agressive[63].
Cette tentative de gouvernement conjoint échoue définitivement avant l'automne[67] : Alphonse Ier tente d'installer des garnisons aragonaises dans toutes les places fortes, suscitant la condamnation des notables du royaume qui l'expulsent de Sahagún[68]. À l'automne 1112, le mariage est irrévocablement rompu et Urraque s'apprête à gouverner en seule souveraine[69]. Elle dispose de la fidélité des Asturies, de León et, conjointement avec son fils de sept ans, de celle de la Galice — en réalité administrée de façon quasi autonome par l'évêque Gelmírez et Pedro Froilaz[69]. Si la Castille reste majoritairement sous la coupe d'Alphonse Ier et l'Ouest sous celle de Thérèse[69],[70], la reine conserve de précieux soutiens dans l'Est, notamment le prélat de Tolède et le capitaine Álvar Fáñez[69].
La reconquête castillane et les instabilités régionales (1112-1114)
modifierUrraque fixe comme objectif prioritaire la récupération de la Castille[71]. En septembre 1112, elle obtient la reddition du château de Cea, lui permettant de reprendre les territoires situés à l'ouest de la rivière Carrión[72]. Le Sud de Burgos et la région du haut Duero reconnaissent son autorité, tandis que Tolède est maintenue sous le contrôle du fidèle Álvar Fáñez[73]. Durant l'été 1113, la garnison aragonaise de Burgos finit par se rendre à la reine, Alphonse Ier ayant refusé d'engager le combat pour la secourir[74],[70]. Après cette capture, la reine envoie des renforts au château de Berlanga, menacé par les forces musulmanes de Saragosse[75].
Pendant ce même été 1113, Álvar Fáñez doit défendre seul le territoire tolédan contre les assauts répétés des Almoravides, perdant au passage le château d'Oreja[75]. Une curie royale est convoquée en octobre 1113 à Palencia pour traiter de la situation critique du royaume[75] : en l'absence de nombreux grands galiciens, diverses réformes administratives y sont votées et des mesures équivalant à une déclaration de guerre contre Thérèse de Portugal y sont adoptées[76].
L'année 1114 apporte de nouvelles secousses :
- À la mi-avril, Álvar Fáñez est tué lors d'une insurrection populaire dirigée contre la reine dans la région de Ségovie[77]. Privée de son défenseur, Tolède choisit de se rassurer en se soumettant à Alphonse Ier d'Aragon pour obtenir des secours militaires face aux raids almoravides qui ravagent la campagne en juillet et août[77].
- Désireuse de reprendre la main en Galice en diminuant le pouvoir de l'évêque Gelmírez[78], Urraque tente en vain de faire emprisonner le prélat[79].
- À la fin de l'année 1114, les bourgeois de Burgos, mécontents du choix de leur nouvel évêque, soumettent de nouveau leur cité à Alphonse Ier, un mouvement d'imitation gagnant Sahagún et probablement Carrión[80].
La reine perd ainsi le bénéfice de ses conquêtes de l'année précédente[81]. Une fois encore, c'est le défaut fondamental de légitimité d'Alphonse Ier hors de ses frontières qui préserve Urraque d'une défaite totale, l'amenant à engager d'intenses négociations diplomatiques à la fin de l'année 1114 pour recomposer ses alliances[81].
Reprendre le royaume, gouverner seule (1115-1120)
modifierLa menace galicienne et le coup de politique au sud du Duero (1115-1116)
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Le retrait d'Alphonse Ier de la scène centrale ne marque pas pour autant la fin des conflits armés. Ceux-ci se déplacent de nouveau vers la Galice où, dès l'année 1115, le comte de Traba, Pedro Froilaz, et l'évêque de Saint-Jacques-de-Compostelle, Diego Gelmírez, cherchent à accroître l'autonomie de l'infant Alphonse en vue de le faire reconnaître comme roi indépendant de la région. Face à l'échec des négociations engagées avec la souveraine, Pedro Froilaz et son fils, qui battent alors la campagne au sud du fleuve Duero et dans le royaume de Tolède, se rebellent ouvertement contre Urraque et reprennent le chemin de la Galice[82].
La reine prend immédiatement la tête de ses troupes pour marcher contre les insurgés, les contraint à évacuer Saint-Jacques-de-Compostelle et conclut, vers le mois de mai 1116, un nouvel accord avec l'évêque Gelmírez[82]. Ce compromis ne satisfait cependant pas le comte de Traba[82]. Alors qu'Urraque poursuit un noble rebelle dans le sud de la province, elle se retrouve brièvement encerclée dans la forteresse de Sobroso par les forces combinées de Froilaz et de sa propre demi-sœur Thérèse de Portugal[83]. La reine parvient à se dégager et se replie vers Saint-Jacques-de-Compostelle avant de regagner León, au terme d'une campagne de trois mois qui démontre sa capacité de réaction militaire tout en divisant le camp de ses adversaires[83].
Pendant que la souveraine opère en Galice, Alphonse Ier d'Aragon tente de renforcer ses positions en Rioja et en Castille orientale ; toutefois, dès l'automne 1116, il perd le contrôle de Burgos et de Sahagún, réoccupées par Urraque[84],[85]. À cette même période, la reine réalise une manœuvre politique décisive qui affaiblit simultanément le parti galicien et son ex-époux : elle cède le gouvernement direct des terres situées au sud du Duero ainsi que le royaume de Tolède — des régions où son autorité effective était demeurée précaire — à son fils Alphonse[86]. Par cette décision, les grands de Galice perdent la garde exclusive de l'héritier du trône. Dans le même temps, la position du roi d'Aragon dans ce secteur se trouve fragilisée, car il doit désormais rivaliser avec l'attraction politique exercée par le jeune prince[86]. Cette initiative fait également avorter les prétentions au trône léonais entretenues par Thérèse de Portugal et son fils Alphonse Henriques, lesquels s'orientent dès lors vers la sécession progressive du comté de Portugal afin de fonder un royaume autonome[87].
L'organisation du territoire méridional et le soulèvement de Saint-Jacques-de-Compostelle (1116-1117)
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À partir de l'année 1117, environ un tiers du royaume — un vaste espace délimité par Talavera de la Reina, Osma et Zamora, convoité à la fois par Alphonse d'Aragon, Thérèse de Portugal et les Almoravides — passe sous forme d'infantat au jeune Alphonse, placé sous la tutelle de l'archevêque Bernard de Tolède[88]. À cet ensemble territorial s'ajouteront plus tard, en 1124, les places d'Atienza et de Sigüenza[89]. Bien que très étendu, ce secteur frontière demeure faiblement peuplé et fait l'objet d'une colonisation désordonnée[90]. Ce processus de repopulation, entrepris entre le Duero et la Sierra de Guadarrama sous le règne du roi Ferdinand Ier puis poursuivi au sud des montagnes par Alphonse VI[90], repose principalement sur l'élevage transhumant et sur les raids menés contre les territoires musulmans voisins[90]. Contrairement aux autres régions du royaume, cet espace ne s'organise pas en comtés, mais en réseaux de cités (alfoces (es)) régies par leurs propres coutumes (fueros)[90], où l'autorité des seigneurs laïcs et ecclésiastiques demeure limitée[91]. La zone subit de fréquents assauts almoravides durant les décennies 1110 et 1120, tout comme le littoral galicien, mais les forces léonaises parviennent à organiser une défense efficace, profitant notamment du fait que l'ennemi est retenu à l'est par les campagnes d'Alphonse Ier dans la vallée de l'Èbre. À ces offensives musulmanes répondent parfois des contre-attaques léonaises, à l'image de la prise d'Alcalá de Henares en 1118 puis de celle de Sigüenza.

À la fin du printemps 1117, alors qu'elle prépare une expédition contre Thérèse, Urraque se rend à Saint-Jacques-de-Compostelle afin de réconcilier le conseil municipal de la cité avec l'évêque Gelmírez[92]. Bien qu'un pacte soit conclu entre le prélat, le comte de Traba et la souveraine, la population urbaine, craignant un accord conclu à ses dépens, se soulève et assiège les dirigeants dans l'une des tours de la cathédrale alors en construction[92]. Les émeutiers mettent le feu à l'édifice, contraignant les assiégés à sortir, puis dévêtent et lapident la reine jusqu'à ce que des notables parviennent à calmer la foule[92]. Une fois libérée, Urraque rassemble des troupes, obtient la capitulation des insurgés, rétablit l'évêque dans ses fonctions et soumet la ville à une dure répression, marquée par une lourde amende et l'exil des meneurs[92]. Ce soulèvement constitue une illustration des tensions urbaines propres au Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, à l'instar des révoltes bourgeoises survenues au monastère de Sahagún entre 1110 et 1117.
Après ces événements survenus en juin 1117, Urraque annule sa campagne contre sa demi-sœur et se retire à León[93]. Elle parvient néanmoins à s'emparer des cités de Toro et de Zamora, profitant du fait que Thérèse doit concentrer ses forces pour repousser une offensive almoravide contre Coimbra[93]. En novembre 1117, le jeune infant Alphonse fait son entrée dans Tolède, mettant fin à la présence aragonaise dans la ville et assumant à son tour le titre d'« empereur »[94].
Factions politiques et soulèvements de cour (1118-1120)
modifierUrraque consolide ses relations avec les factions galiciennes en signant le pacte du Tambre, par lequel elle reconnaît formellement la légitimité de son fils à lui succéder sur le trône. La paix ne dure toutefois que jusqu'en 1120. En février 1118, la reine conclut à Burgos une trêve avec son ex-époux Alphonse Ier, qui demeure en vigueur jusqu'à la fin de son règne et lui permet d'affermir son autorité sur le centre et l'ouest de la péninsule, en contrepartie de la reconnaissance des conquêtes aragonaises à Saragosse[95].
Au printemps 1118, elle marche vers l'est de la Castille pour soumettre les seigneurs qui s'étaient affranchis de son autorité après la mort d'Álvar Fáñez en 1114[96]. En juin, elle se trouve à Ségovie où elle doit réprimer un soulèvement dirigé contre elle[97], avant de confier une partie de ses troupes à l'archevêque de Tolède pour lutter contre les Almoravides[98]. Entre janvier et mars 1119, Urraque séjourne à Burgos d'où elle suit les victoires d'Alphonse Ier le long de l'Èbre[99], puis gagne Palencia pour organiser la protection de la frontière orientale du royaume de Tolède[100].
Au cours du printemps et de l'été 1119, la souveraine doit affronter une conspiration manquée mais dangereuse menée par son ancien majordome, Gutierre Fernández de Castro (es)[101],[102]. Ce dernier fait arrêter le comte Pedro González de Lara — amant de la reine — au château de Mansilla[101],[102],[d]. La crise culmine le 18 juillet 1119 par des affrontements dans la ville de León, où Urraque se retrouve assiégée dans la forteresse royale[102]. Cette tentative de coup d'État, dans laquelle la reine soupçonne l'implication de l'évêque Gelmírez, traduit la réaction des notables galiciens et léonaises face à la prédominance des nobles castillans à la cour et à la politique d'apaisement menée avec l'Aragon depuis 1117[103]. La crainte d'une éventuelle réconciliation entre les époux pourrait avoir également déclenché cette révolte[104]. Dès le mois de septembre, la crise est maîtrisée et Urraque maintient sa ligne conciliante envers le royaume d'Aragon[105].
Les dernières campagnes et la consolidation de la couronne (1120-1126)
modifierL'offensive contre le Portugal et l'arrestation de l'évêque Gelmírez (1120-1122)
modifierEn 1120, Urraque se rend en Galice et traque les partisans du comte Pedro Froilaz avec l'appui de l'évêque Gelmírez, avec qui elle renouvèle son alliance[106],[107]. Les forces royales franchissent le fleuve Miño et pénètrent dans les terres de Thérèse, qui ne peut empêcher leur avancée et se retrouve assiégée dans le château de Lanhoso, au nord-est de Braga, tandis que l'armée d'Urraque ravage la région jusqu'au Duero[106].

Fortifiée par ce succès temporaire, la reine décide de faire arrêter l'évêque Gelmírez à la fin du mois de juillet 1120[108]. Cette initiative s'avère être une erreur politique : l'infant Alphonse abandonne sa mère pour rejoindre les troupes du comte Froilaz campées près de Saint-Jacques-de-Compostelle, tandis que les habitants de la ville se soulèvent et assiègent la souveraine dans la cathédrale[109]. Incapable de réduire la rébellion, Urraque est contrainte de libérer le prélat quelques jours plus tard, sans toutefois lui restituer ses domaines et forteresses[110]. Gelmírez s'allie alors avec Froilaz, Thérèse — désormais liée au comte Fernando Pérez de Traba[e] — et le jeune infant Alphonse[110]. À l'automne, face à la menace d'excommunication brandie par le pape Calixte II (frère du premier mari d'Urraque, Raymond de Bourgogne, et donc oncle de l'infant), la reine accepte de céder de nouveaux revenus domaniaux à son fils[112].
L'échec des négociations mène Urraque à marcher de nouveau sur la Galice à la tête d'une armée au printemps 1121[113]. Les deux camps se font face au Pico Sacro, près de Saint-Jacques-de-Compostelle[113], mais évitent l'affrontement direct en concluant un pacte aux termes duquel la reine s'engage à restituer les biens de l'évêque avant Noël et à réunir une curie le 25 août pour traiter des affaires du royaume[114]. Durant cette curie, tenue à Sahagún, une nouvelle tentative de déposer la reine au profit de son fils échoue en raison de l'intervention du pape Calixte II en novembre[41],[115]. Thérèse profite de ces dissensions pour réoccuper la vallée du Miño au cours de l'automne[116].
Au printemps 1122, Urraque et son fils se rendent ensemble en Galice[117] pour contrecarrer les avancées de Thérèse et parviennent à un accord avec le camp portugais[118]. À la fin de l'été 1122, Alphonse Ier d'Aragon effectue une démonstration de force au sud du Duero jusqu'à Olmedo, afin de contraindre l'infant Alphonse et son tuteur, l'archevêque de Tolède, à respecter la trêve conclue avec Urraque en 1117[119]. Les dispositions du roi d'Aragon demeurent conciliantes envers la reine et le traité de paix est renouvelé[120]. Alphonse Ier ne pénètrera plus au sud du Duero jusqu'à la fin du règne d'Urraque et ne revendiquera plus ces territoires — à l'exception de Soria —, bien qu'il continue d'utiliser par intermittence le titre imperial[121].
Les dernières années et la succession (1123-1126)
modifierEn mars 1123, Urraque se trouve en Galice où elle renouvèle son alliance avec l'évêque Gelmírez et fait arrêter le comte Pedro Froilaz ainsi que ses fils, dont elle confisque les biens[122],[123]. Elle passe le reste du printemps et de l'été dans la région pour y raffermir son autorité[122], avant de gagner le sud vers Tolède, en passant par Ségovie, pour préparer la prise de Sigüenza[124], qui se concrétise en janvier 1124[125].
Le 25 mai 1124, l'évêque Gelmírez adoube l'infant Alphonse à Saint-Jacques-de-Compostelle, avec l'assentiment de la reine qui n'assiste toutefois pas à la cérémonie[123],[126]. Cet acte marque la majorité du jeune prince[127].
La santé déclinante de l'archevêque de Tolède favorise l'accroissement du pouvoir d'Alphonse au sud du Duero[128], sans que l'équilibre général du royaume ne soit modifié : la reine contrôle le centre, Alphonse d'Aragon conserve l'est de la Castille, Thérèse maintient son emprise sur le sud-ouest et l'infant administre les terres méridionales[129]. Urraque tente à plusieurs reprises de soumettre sa demi-sœur Thérèse en Galice durant l'été et l'automne 1124, mais celle-ci parvient à conserver le contrôle du futur Portugal et du sud de la Galice jusqu'en 1126[130],[131].
À la fin du printemps 1125, Urraque et son fils se rencontrent en Galice pour ce qui constitue leur dernière entrevue documentée[132]. La souveraine gagne ensuite la Castille[133] et s'éteint au château de Saldaña le 8 mars 1126, à l'âge d'environ quarante-cinq ans, probablement des suites d'un accouchement[128],[134]. Son fils lui succède alors immédiatement sous le nom d'Alphonse VII de León[135], plus tard surnommé l'Empereur[136].
Mort, sépulture et postérité
modifier
Après son décès au château de Saldaña le 8 mars 1126, la dépouille d'Urraque est transportée jusqu'à la cité de León. Elle est inhumée dans le Panthéon des rois de la basilique Saint-Isidore de León[137]. Ce choix marque un retour à la tradition funéraire des souverains léonais, rompue par son père Alphonse VI qui avait préféré se faire enterrer aux côtés de la plupart de ses épouses — dont Constance de Bourgogne — au monastère royal de San Benito de Sahagún.
Son tombeau en marbre (aujourd'hui disparu) portait une épitaphe en latin qui illustre le regard porté par ses contemporains sur l'exercice du pouvoir au féminin : le texte y définit principalement Urraque par sa filiation et sa maternité — en tant que fille du « bon roi Alphonse » et mère de « l'empereur Alphonse » —, effaçant ainsi son propre règne personnel au profit de la légitimité des hommes de sa lignée[138].
L'historiographie des XIIe et XIIIe siècles répercutera cette vision défavorable ou réductrice, critiquant son action politique et attribuant ses choix aux stéréotypes de son sexe. Il faudra attendre les travaux des historiens modernes (notamment Bernard F. Reilly) pour que soit reconnue sa capacité à préserver l'intégrité du royaume et à défendre la légitimité de sa couronne au cours d'une période de guerre civile particulièrement complexe.
Gouvernement et exercice du pouvoir
modifierUne monarchie itinérante
modifierL'administration quotidienne du royaume repose essentiellement sur les structures locales. Celles-ci interagissent avec l'entourage royal lors des visites de la cour dans les provinces ou lors de la venue de délégués locaux auprès de la souveraine[139]. La chancellerie royale est alors en cours de constitution et il n'existe pas encore de corps bureaucratique ou de fonctionnaires spécialisés[139].
Pour faire ressentir la présence de l'autorité royale, recueillir des informations sur la situation des territoires et lever les revenus dus à la Couronne, la cour adopte un fonctionnement strictement itinérant. Si Urraque passe généralement la saison hivernale et l'automne dans le secteur de Sahagún ou à León, le reste de l'année est consacré à parcourir les provinces qui lui sont fidèles[139]. Bien qu'elle se rende moins fréquemment dans les Asturies et à Tolède, elle parcourt sans relâche la Castille, le León et la Galice[140]. Le gouvernement central se compose de la reine et de sa curie (curia regia), qui peut s'élargir en curie générale lors des événements solennels[139].
La curia regia, les officiers et l'administration
modifierLe règne d'Urraque s'inscrit dans la continuité de l'intégration administrative de la zone frontière située entre le Duero et le Tage, initiée sous les règnes de Ferdinand Ier et d'Alphonse VI. Cet espace, qui jouissait auparavant d'une large autonomie face aux seigneurs chrétiens du Nord comme aux autorités musulmanes du Sud, s'organise autour du réseau des villes. Les principaux centres urbains de cette marche militaire et pastorale sont notamment Coria, Talavera de la Reina, Tolède, Hita, Guadalajara, Ségovie, Ávila, Salamanque, Medina del Campo et Olmedo.
Contrairement aux régions septentrionales divisées en comtés, ce territoire s'articule en communautés de villes et de villages (alfoces (es)) régies par leurs propres coutumes (fueros)[90]. L'autorité des seigneurs laïcs ou ecclésiastiques y est encore embryonnaire[91]. L'économie locale y repose principalement sur l'élevage transhumant et sur les raids menées contre les territoires musulmans méridionaux[90].
Villes, évêques et autorité royale
modifierLes relations d'Urraque avec le haut clergé — qui compte alors vingt-et-un évêchés dans le royaume[141] — sont dans l'ensemble satisfaisantes, facilitées par l'appui régulier de l'archevêque primat de Tolède[142]. Bien que la souveraine n'ait pu imposer son choix que lors de la nomination de certains prélats (comme à Burgos, Lugo, Salamanque, Braga, Zamora, Sigüenza et Ségovie), elle parvient globalement à maintenir les évêques sous son autorité administrative et politique[143], malgré le pouvoir temporel considérable dont jouissent des sièges comme Saint-Jacques-de-Compostelle, Orense, Oviedo, Palencia ou Tui[142].
Son règne est marqué par la réorganisation et la création de plusieurs diocèses (Ávila, Ségovie, Zamora et Sigüenza), tandis que le siège de Saint-Jacques-de-Compostelle est élevé au rang d'archevêché en 1120.
Famille
modifierDescendance
modifierUrraque contracte une première union avec le comte Raymond de Bourgogne (fils du comte palatin Guillaume Ier)[8]. Fiancés vers 1087, leur mariage est célébré vers 1095 à Tolède. De cette union naissent deux enfants[11] :
- Sancha Raimúndez[144] (née avant 1095 – morte en 1159), fille aînée, restée célibataire[145],[146].
- Alfonso Raimúndez, futur Alphonse VII[11] (1105-1157), qui succède à sa mère sur le trône de León et Castille.
Sa seconde union en 1109 avec Alphonse Ier le Batailleur, roi d'Aragon, ne laisse aucune descendance et est annulée par l'Église pour consanguinité.
Après la rupture de son second mariage, Urraque entretient des liaisons amoureuses avec de grands seigneurs du royaume. Selon l'historien Bernard F. Reilly, la reine a utilisé ces relations informelles comme un instrument politique délibéré, lui permettant de s'attacher de puissants alliés militaires parmi la haute noblesse sans avoir à se soumettre à l'autorité juridique d'un nouvel époux[147] :
- Gómez González[148], comte et ancien alférez del rey (es) d'Alphonse VI, mort à la bataille de Candespina en 1110[56]. Des traditions postérieures lui ont attribué la paternité d'enfants illégitimes[149] (notamment une légende du XVIIe siècle liée à l'abbé Domingo Gómez de Monsacro)[150], mais ces récits sont rejetés par la critique historique moderne faute de preuves documentaires[150].
- Pedro González de Lara, comte de Lara et d'Osma, qui devient le favori de la reine et la figure dominante de la cour castillane, ce qui suscite la jalousie des autres grands du royaume et conduit à son emprisonnement temporaire par Gutierre Fernández de Castro au château de Mansilla[101],[102].
De sa liaison avec le comte Pedro González de Lara naissent deux enfants légitimement documentés :
- Elvire Pérez de Lara (v. 1111 – v. 1174). Elle épouse en premières noces García Pérez de Traba (fils du comte Pedro Froilaz)[151], puis se remarie vers 1128 avec le noble d'origine française Bertrand de Risnel, sur l'incitation de son demi-frère Alphonse VII[152].
- Fernando Pérez Furtado[153] (né v. 1114). Surnommé Furtado (« le Volé » ou « le Spolié ») en raison de son éviction du patrimoine héréditaire du fait de sa bâtardise[154], il participe à la bataille de São Mamede en 1128 aux côtés des partisans de sa mère. Fait prisonnier par les Portugais, il s'établit dans ce comté où il apparaît, en 1140, dans les chartes sous la désignation Ferdinandus Furtado, frater Imperatoris (« frère de l'Empereur »)[155].
Ascendance
modifier| 16. Garcia III de Pampelune | ||||||||||||||||
| 8. Sanche III de Pampelune | ||||||||||||||||
| 17. Jimena Fernández | ||||||||||||||||
| 4. Ferdinand Ier de León | ||||||||||||||||
| 18. Sanche Ier de Castille | ||||||||||||||||
| 9. Muniadomna de Castille | ||||||||||||||||
| 19. Urraca Gómez | ||||||||||||||||
| 2. Alphonse VI de León | ||||||||||||||||
| 20. Bermude II de León | ||||||||||||||||
| 10. Alphonse V de León | ||||||||||||||||
| 21. Elvire de Castille | ||||||||||||||||
| 5. Sancha Alfónsez de León | ||||||||||||||||
| 22. Mendo II Gonçalves | ||||||||||||||||
| 11. Elvira Menéndez | ||||||||||||||||
| 23. Tutadona Moniz de Coimbra | ||||||||||||||||
| 1. Urraque Ire | ||||||||||||||||
| 24. Hugues Capet | ||||||||||||||||
| 12. Robert II de France | ||||||||||||||||
| 25. Adélaïde d'Aquitaine | ||||||||||||||||
| 6. Robert Ier de Bourgogne | ||||||||||||||||
| 26. Guillaume Ier de Provence | ||||||||||||||||
| 13. Constance d'Arles | ||||||||||||||||
| 27. Adélaïde d'Anjou | ||||||||||||||||
| 3. Constance de Bourgogne | ||||||||||||||||
| 28. Geoffroy Ier de Semur | ||||||||||||||||
| 14. Dalmace Ier de Semur | ||||||||||||||||
| 7. Hélie de Semur | ||||||||||||||||
Notes et références
modifierNotes
modifier- (es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Urraca I de León » (voir la liste des auteurs).
- ↑ En effet, d'après Reilly, le mariage a probablement eu lieu dès 1087 alors que Raymond et le duc Eudes sont à León pour rendre visite à la reine Constance[8].
- ↑ Ou le 30 mai, en fonction des sources[19],[20],[21].
- ↑ Reilly affirme quant à lui qu'il n'y a pas de preuves contemporaines qui attestent de cette réunion[22].
- ↑ L'emprisonnement a probablement eu lieu entre fin mars et fin juin, car à ces deux moments-là, le comte était libre pour certifier les chartres d'Urraque.[102]
- ↑ Fils du comte comte Pedro Fróilaz de Traba[111]
Références
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Annexes
modifierBibliographie
modifier
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Liens externes
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