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Le grand incendie du 15 août 1864 est un incendie qui ravagea, les 15 et 16 août 1864, une importante partie du centre de Limoges, réduisant en cendres cent neuf maisons, et qui induisit un grand élan de solidarité dans toute la France.

Les incendies de Limoges

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Limoges, comme la plupart des villes anciennes, trouvait dans le feu son principal ennemi. Les maisons faites de bois et de torchis se prêtaient particulièrement à la morsure des flammes et elles en furent la proie tout au long de son histoire.

Henri Durcourtieux, en introduction de sa relation de l’incendie de 1864, établit une liste des principaux qui ont marqué le passé de Limoges, qu’ils soient accidentels ou provoqués au cours de guerres.

Ainsi rappelle-t-il ceux de 574, par le fils de Chilpéric Ier, Théodebert, de 759 par Pépin de Bref pour briser la résistance de Limoges, de 848 et 912 par les Normands, de 952, 991, 1067, 1103, 1122, 1147, 1200, 1211, 1244, de 1370 à l’occasion du sac par le Prince noir, de 1571, 1576, 1589, 1790, 1811, 1823 et 1846[1]

Quand se déclare l'incendie du mois d'août, c'est le quinzième dans la ville depuis le début de l'année 1864[2].

L'incendie du 15 août 1864

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Le contexte

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L'incendie s'explique, comme souvent, par un ensemble d'éléments qui, réunis, ont favorisé le développement du sinistre.

La population, d'abord, a considérablement augmenté depuis cinquante ans, sans qu'aucune politique d'aménagement urbain soit venu accompagner ce changement[3].

L'architecture ensuite, car Limoges garde alors un aspect très médiéval, même dans ce quartier composé d'immeubles essentiellement 17e siècle, qui est encore relevé dans le dictionnaire Bouillet quelques années après l'incendie : « Limoges a conservé ses rues étroites, tortueuses et son aspect peu séduisant du moyen âge. »[4]

La météorologie encore, car, si l'été 1864 ne fut pas aussi chaud que le disent les relations des témoins (la moyenne fut de 22°C, plus frais que l'année précédente[5]), il connut une grave sécheresse et des vents violents[6].

Le déroulement

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Le quartier des Arènes

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Le quartier des Arènes couvre un secteur à l’est des anciennes arènes romaines, comblées au 18e siècle et sur le bord desquelles fut érigé le palais de justice. La place d’Aine qui forme son parvis voit partir à cette époque trois rues. Vers le nord, la rue Monte-à-Regret, ancienne voie des condamnés à mort, relie le tribunal à la rue des Prisons. Vers le sud-est, l’ancien boulevard Sainte-Catherine (aujourd’hui Gambetta) descend vers l’hôtel de ville. Entre les deux, la rue des Arènes descend, d'abord en ligne droite puis en virant jusqu’aux places des Fossés et de la Mothe (réunies aujourd’hui sous l’unique nom de la Mothe) où se trouve la fontaine d’Aigoulène. Un ensemble de ruelles (rue du Chaperon, rue du Bélier, rue Petit-Paris, rue Neuve-du-Cheval-Blanc) divisent l’espace entre le boulevard Sainte-Catherine et la rue des Arènes en une série de pâtés de maisons, des « îlots » portant le nom de leur propriétaire principal.

L'attaque du feu

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Nous disposons essentiellement, outre les archives, de deux témoignages précieux du déroulement de l’incendie. Le premier est celui de Pierre Laforest publié dès 1864 chez Chapoulaud Frères à Limoges sous le titre Relation de l'incendie de Limoges - 15 et 16 août 1864. Le seconde, est un article d'Henri Ducourtieux paru dans l'Almanach limousin de 1865. Ils ont été étudiés au regard des éléments conservés dans divers services par Romain Valadour dans un mémoire universitaire soutenu en 2008.

Les deux récits s’accordent en quasiment tous points et sont généralement confirmés par les informations conservées au Archives municipales de Limoges. Cependant, des divergences apparaissent dans les horaires et les durées, aisément compréhensibles dans la relation d’un drame assez impressionnant pour que ces deux auteurs n’eussent pas les yeux rivés à leur montre.

Le 15 août 1864 voit la célébration, pour la treizième fois, sous un vent violent qui dure depuis le matin[7], de l’anniversaire de l’empereur Napoléon III qui doit se conclure, à la tombée de la nuit, par un feu d’artifice tiré sur le champ de Juillet, vaste terre-plein au nord-est du centre de Limoges et aboutissant à la gare de Limoges-Bénédictin inaugurée quelques années plus tôt en 1856. Vers 19 heures[8], toute la population de Limoges est en route pour s’y rendre, avec, à sa tête, l’ensemble des corps de l’Etat et de l’Eglise : le conseil municipal, l’évêque, les représentants de la police, de l’armée, des pompiers…

Un orchestre joue en attendant que le jour décroisse et que l’ombre permette aux artificiers de commencer les tirs[9].

C’est de ce lieu que, selon les estimations de monsieur Romain Valadour, l’alerte est donnée quand sont tirées les dernières fusées entre 8 heures et demie et 9 heures moins vingt du soir, soit environ une demi-heure avant l’horaire avancé par Henri Ducourtieux.

Dans sa circulaire relative à l’incendie[10], Monseigneur Fruchaud, évêque de Limoges, place le signalement de l’incendie à la fin de la cérémonie : « La foule revenait joyeuse d’assister […] quand, sur un point opposé de l’horizon, elle aperçoit avec terreur des flammes. »

Selon les archives de la grande confrérie de Saint-Martial[11], c’est au mitan du feu d’artifice que les appels à l’incendie parviennent, qui précèdent tout juste l’apparition des flammes et de la fumée à un kilomètre à l’opposée de la ville. Cet horaire est également induit du récit de Pierre Laforest : « Pendant le feu d’artifice, la joie publique fut troublée : un incendie avait éclaté sur la partie haute de la ville. »[12] Mais tant d’incendies s’étaient déclarés qui avaient été vite éteints par les pompiers que, à peu de personnes près, il n’y eut guère de monde à s’en inquiéter dans un premier temps[13].

Différentes thèses, dont le gaz[14] sont envisagées et rejetées pour expliquer son origine.

Elle se trouve en réalité, vers 8 heures et demie du soir, dans une maison sise en bas de la rue des Arènes, dans son virage aboutissant à la place de la Mothe, appartenant au chapelier, Monsieur Pierre Cance[15]. Ce dernier, pressé de sortir assister au spectacle sur le champ de Juillet, presse sa femme qui mouche la chandelle, en jette l’extrémité « au hasard »[16] et part en toute sécurité. Mais il s’avère que la mèche, mal éteinte, tomba dans une corbeille remplie de chapeaux de paille[17].

Ces deux hasards successifs auraient encore pu être réduits à un accident vite maîtrisé en temps normal, car la rue, extrêmement commerçante et active, aurait en toute autre occasion réalisé le drame et serait intervenue sans laisser au feu le temps de se propager. Mais en ce soir de fête, le quartier est déserté au profit du champ de Juillet[18].

Le premier à constater le mal est Monsieur Guinot, marchand de vin voisin de la maison Cance. En retard pour les festivités, il sort pour voir si le feu d’artifice a commencé, en voit les fusées et aperçoit les premières flammes en rentrant chez lui[19]. Dans sa précipitation, il court au plus près qui est le poste de police de la préfecture, à l’époque rue des Prisons. Les soldats de garde hésitent longtemps avant de le renvoyer, aussi se rend-il au poste de la division militaire où il demande que le commandant, absent, soit alerté, puisque les ordres tant du préfet que du général est de ne rien entreprendre sans ordre direct de leur part. Ce n’est qu’en dernier lieu, enfin, qu’il gagne le poste des sapeurs-pompiers[19].

Deux pompiers, Messieurs Sadry et Capiaux, courent alors au champ de Juillet prévenir leur capitaine-commandant qui assiste à la célébration avec une vingtaine de ses hommes[19].

Il semble que cette alerte coïncide avec l’apparition des flammes depuis ce lieu[11].

L'arrivée des secours

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Il faut de nombreuses minutes aux services et aux habitants pour monter la dénivellation entre le champ de Juillet et le quartier des Arènes et sillonner le dédale des rues. Tout ce temps, entre les errances de Guinot, le signalement aux autorités et le délai pour monter sur le lieu du sinistre ont été celles pendant lesquelles l’incendie aurait pu être maîtrisé.

Lorsque que Monsieur Guinot a quitté son logis pour signaler de danger, il entend une explosion de gaz qui fait voler en éclat la devanture du chapelier. Alimenté par les réserves de paille prévue pour la confection des chapeaux et par une gerbe de gaz d’un mètre de diamètre, le feu s’est propagé directement au toit sans toucher ou peu encore les étages intermédiaires qui viennent à prendre peu à peu[20].

Lorsqu’enfin les édiles et les pompiers arrivent, la maison Cance est totalement embrasée. « La devanture et les escaliers n'existent plus ; les chambres et la toiture étaient aux prises avec l'incendie. »[20]

Le troisième étage est loué par une vieille dame infirme hors d'état de quitter son logement par elle-même. Les pompiers sont forcés de passer par la maison voisine et de percer le mur mitoyen pour atteindre cette dame. Il est à remarquer qu'ils la transportent au N°16 de la rue des Arènes, donc à peu de distance, ce qui prouve leur certitude de maîtriser, une fois encore, ce feu sans grand dommage[21].

Face au danger que représente l'alimentation en gaz, le directeur de l’usine à gaz, Monsieur Duclou du Theillol, est immédiatement appelé avec ses hommes[20], afin que la vanne générale de l’usine à gaz soit fermée et que plus aucune maison de la ville ne soit plus alimentée[22]. En attendant son arrivée, Monsieur Régnault, capitaine-commandant des pompiers fait demander aux forces de police de tenter d’étouffer la flamme du gaz avec de grandes quantités de fumier humide. Mais la chaleur est telle que le fumier sèche instantanément et devient un nouveau carburant[23].

Alors que le gaz est coupé et selon leur habitude, les pompiers installent deux pompes dont les lances, depuis les greniers des maisons en face de celle de Cance, attaquent l’incendie de front. Une troisième est installée peu après sur la place de la Mothe et les lances traversant l’îlot qui les sépare, vient battre ses flancs. Grâce à cette tactique, les pompiers maîtrisent le feu pendant trois quarts d’heure, éteignant onze mètres de toiture incendiée. Ce feu semble être maîtrisé comme tous les autres avant lui.[24]

La victoire des flammes

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Cependant, on constate que les tonneaux d’eau des pompiers qui alimentent les lances et sont envoyés aux fontaines pour alimenter les lances à incendie reviennent à intervalle de plus en plus long. Le feu reprend de sa vigueur et de sa puissance et s’élance vers la rue de la Boucherie au milieu de l’angoisse générale. Si ce quartier de la ville qui, pour le besoin de l’activité des bouchers, réunit une quantité gigantesque de matériaux combustibles, est atteint, nul ne peut imaginer où l’incendie s’arrêtera. C'est une chance pour la ville qu'au cours de tous les incendies précédents et, particulièrement, celui de 1790, le quartier de la Boucherie fut toujours épargné par les flammes.

Les bouchers, dont la confrérie entretient la chapelle Saint-Aurélien où sont conservées les reliques du deuxième évêque de Limoges, décident d'exposer à la prière la châsse de ce saint. Aussitôt qu'elles sont sorties, le feu change de direction, mais pour prendre celle non moins inquiétante de la rue Haut-Lancescot où se dresse l'armurerie de M. Geanty et ses quatre cents kilogrammes de poudre. Deux solutions sont proposées : la mouiller ou la transporter. Le transport serait infiniment périlleux, des flammèches et des étincelles tombant de partout au risque de tout faire exploser, mais la première serait quant à elle inutile, la chaleur ayant pour effet de sécher la poudre aussitôt qu'elle serait mouillée. L'adjoint au maire, Charles Le Sage, accompagné d'un lieutenant de dragons, d'un brigadier et de quatre dragons pénètrent dans la cave où se trouve la poudre simplement couverte d'une toile, et la chargeant sur leur dos, parviennent à la transporter à la caserne de cavalerie.[25]

Un problème du même ordre se pose au milieu de la rue des Arènes, dans les caves de la maison Beaubrun où sont conservées de grandes réserve d'alcool. Cette fois, c'est le maire, M. Othon Peconnet qui se multiplie pour être partout à la fois depuis le début de l'incendie, qui intervient pour faire évacuer tout l'alcool, à l'exception de trois foudres que leur poids et leur volume rendent inamovibles.

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  1. ↑ Henri Ducourtieux, Incendie de Limoges in Almanach limousin, Limoges, H. Ducourtieux, , p. 2-24
  2. ↑ Archives municipales de Limoges, IL, 192 Statistiques annuelles des incendies déclarés dans la commune (1858-1891) - année 1864 in Sinistres, incendies et inondations
  3. ↑ Romain Valadour, Limoges, 15 et 16 août 1864 - L'Incendie du quartier des Arènes, mémoire de Master 1, faculté des lettres et des sciences humaines de l'université de Limoges, 2008, dépôt aux Archives municipales de Limoges.
  4. ↑ Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d'Histoire et de géographie, Paris, Hachette, , article Limoges
  5. ↑ Almanach limousin de 1967
  6. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, 15 et 16 août 1864, Limoges, Chapoulaud frères, , p. 8
  7. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 19
  8. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 13
  9. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 14
  10. ↑ « Circulaire de Mgr l'évêque de Limoges relative à l'incendie du 15 août », Courrier du Centre,‎
  11. 1 2 Archives départementales de la Haute-Vienne 1Mi 543
  12. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 15
  13. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 16
  14. ↑ Courrier du Centre, du 20 août 1864
  15. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères,
  16. ↑ Henri Ducourtieux, « Incendie de Limoges » in Almanach limousin, Limoges, H. Ducourtieux, , page 26
  17. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 21
  18. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 19
  19. 1 2 3 Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 23
  20. 1 2 3 Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 26
  21. ↑ Henri Ducourtieux, "Incendie de Limoges" in Almanach limousin, Limoges, H. Ducourtieuxv,
  22. ↑ Romain Valadour sous la direction de Paul d’Hollander, Limoges, 15 et 16 août 1864 - L'Incendie du quartier des Arènes (Mémoire de Master), Université de Limoges, page 50
  23. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , p. 27
  24. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , page 27
  25. ↑ Pierre Laforest, Relation de l'incendie de Limoges, Limoges, Chapoulaud frères, , p. 32