Seaspeed
Seaspeed était un service d'aéroglisseurs exploité conjointement par la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) et British Rail, sous la structure juridique de la British Rail Hovercraft Limited, de 1965 à 1981[1]. La société assure d'abord des liaisons passagers dans le Solent à partir de 1966, avant de lancer ses traversées transmanche en août 1968, reliant Douvres aux ports français en une trentaine de minutes. Ce service constitue à l'époque la traversée commerciale la plus rapide de la Manche[2].
| Seaspeed | |
Logo de Seaspeed | |
| Création | 1965 |
|---|---|
| Disparition | 1981 |
| Forme juridique | Filiale conjointe |
| Slogan | Fast & Fun ! (Rapide & Amusant) |
| Siège social | |
| Activité | Transport de passagers par aéroglisseur |
| Produits | Liaisons transmanche et Solent |
| Société mère | SNCF et British Rail (British Rail Hovercraft Limited) |
| Société suivante | Hoverspeed |
| modifier - modifier le code - voir Wikidata | |
Histoire
modifierGenèse du projet
modifierAu tournant des années 1960, la technologie de l'aéroglisseur suscite un intérêt considérable de part et d'autre de la Manche. British Rail, qui exploite déjà la compagnie de ferries Sealink, souhaite s'implanter sur ce marché naissant. Une décision politique du ministère britannique de la Technologie encourage par ailleurs la création d'un opérateur d'aéroglisseurs en propriété publique, ce qui accélère la démarche[3]. Après des discussions avec la British Overseas Airways Corporation et British European Airways, British Rail se tourne vers la SNCF, qui accepte de s'associer au projet[4]. En 1965, la British Rail Hovercraft Limited est fondée, et la marque commerciale Seaspeed retenue pour coiffer l'ensemble du service, qu'il s'agisse des appareils français ou britanniques[1].
Le premier engagement notable de la direction, annoncé dès novembre 1965, est la commande du SR.N4 auprès de la British Hovercraft Corporation (BHC), Seaspeed en devient le premier client[5]. En parallèle, des services passagers dans le Solent débutent dès le 6 juillet 1966 entre Cowes et Southampton, avec des aéroglisseurs SR.N6[6].
Les premières traversées transmanche ont lieu en août 1968, au départ de Douvres vers Boulogne-sur-Mer, avec le SR.N4 The Princess Margaret. La liaison Douvres-Calais est ajoutée en 1970 avec le Princess Anne[2]. Pour le choix du terminal français, la SNCF propose de financer à ses propres frais la construction d'une voie ferrée et d'une gare à proximité du futur hoverport de Boulogne, ce qui pèse favorablement dans le choix de Boulogne-sur-Mer comme premier hoverport du traffic transmanche[7].
Exploitation et difficultés
modifierMalgré l'attrait de la traversée rapide, l'exploitation se révèle délicate dès les premières années. Les aéroglisseurs sont très sensibles aux conditions météorologiques: vents forts, forte houle ou brouillard peuvent contraindre à l'annulation des rotations. Le taux d'annulation pour raisons techniques tombe néanmoins de près de 30% en 1968 à moins de 5% en 1973, témoignant d'une montée en maturité opérationnelle[8].
Sur le plan financier, la situation est plus préoccupante. Seaspeed n'enregistre un bénéfice (avant intérêts) qu'en 1973 et 1976, avec des excédents très faibles d'environ 120 000 € et 6 000 € respectivement[9]. Toutes les autres années, la société est déficitaire, et ce dans des proportions croissantes[10]. La perte avant impôts atteint environ 720 000 € en 1977, 2 700 000 € en 1978, puis 3 500 000 € en 1980[11]. Sur l'ensemble de la période 1973-1980, la perte nette d'exploitation s'élève à environ 8,4 millions d'€, une somme que British Rail couvre via une garantie continue[10].
Côté français, le Naviplane N500, appareil ambitieux mais complexe, connaît d'importantes difficultés de fiabilité. Entré en service en juillet 1978, il enregistre la première année une perte de 23 millions de francs, portée à 33 millions la deuxième année[réf. nécessaire][12]. Plus d'un tiers de ses rotations programmées doivent être annulées, et l'appareil est finalement rendu à la SNCF après avoir été transféré à Hoverspeed lors de la fusion de 1981[13].
Les services du Solent, jugés insuffisamment rentables, sont vendus à Hovertravel en 1976[14].
Fin du service
modifierFace à la montée en puissance des ferrys à grande capacité, à la hausse des prix du carburant liée aux chocs pétroliers des années 1970, et à l'impossibilité structurelle de compenser le déficit estival par du fret, British Rail et la SNCF concluent que la rentabilité du service ne peut être atteinte que par une concentration des opérateurs[15]. En 1981, Seaspeed fusionne avec son concurrent Hoverlloyd pour former Hoverspeed, après autorisation de la Monopolies and Mergers Commission[16]. Hoverspeed poursuit les traversées transmanche en aéroglisseur jusqu'en octobre 2000, date à laquelle les deux derniers SR.N4 sont retirés du service[17].
Flotte
modifierAppareils français: le SEDAM N500
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La contribution française au service transmanche repose sur le Naviplane N500, un aéroglisseur de grande taille conçu par l'ingénieur Jean Bertin et construit par la Société d'études et de développement des aéroglisseurs marins (SEDAM), entreprise dont la SNCF est l'actionnaire principal. Mesurant 50 mètres de long pour 23 mètres de large et pesant 265 tonnes, l'appareil peut transporter 400 passagers, 55 voitures et 5 autocars sur deux niveaux, propulsé par cinq turbines à gaz développant 15 000 chevaux[18]. À pleine puissance, sa consommation de carburant atteint 5 000 litres à l'heure[18].
Deux exemplaires sont construits. Le premier prototype, le N500-01 Côte d'Argent, prend feu lors de ses essais en 1977 et ne participera jamais au service commercial. Le second, le N500-02 Ingénieur Jean Bertin (du nom de son concepteur), entre en service sur la route Boulogne-Douvres en juillet 1978. Malgré un record officieux de la traversée de la Manche établi à 22 minutes 15 secondes, l'appareil est régulièrement affecté par des pannes moteur et hydrauliques[13]. Il est retiré en juillet 1983 et ferraillé sur la plage de Boulogne à proximité de l'hoverport en octobre 1985[19].
| Numéro | Nom | Constructeur | Mise en service | Retrait | Destin et notes |
|---|---|---|---|---|---|
| N500-01
(LV.365.832) |
Côte d'Argent | SEDAM, Pauillac | 1977 | 1977 | N'entre jamais en service commercial, incendie lors des essais en 1977 |
| N500-02 (BL.341.931) | Ingénieur Jean Bertin | SEDAM, Pauillac | Juillet 1978 | Juillet 1983 | Modifié en 1983 après de graves problèmes de performance, ferraillé à Boulogne en octobre 1985[19] |
Appareils britanniques: le SR.N4
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British Rail engage deux SR.N4 de la British Hovercraft Corporation (BHC) pour assurer les traversées transmanche. Ces appareils, moins volumineux que le N500 dans leur configuration d'origine mais nettement plus fiables, transportent initialement 250 passagers et 30 voitures. En 1977, les deux SR.N4 sont allongés de 17 mètres, ce qui porte leur capacité à 418 passagers et 60 voitures[20]. The Princess Margaret (GH-2006) inaugure le service en août 1968 sur la route Boulogne-Douvres, The Princess Anne (GH-2007) la rejoint en 1969, puis ouvre la route Calais-Douvres en 1970[2].
| Numéro | Nom | Constructeur | Mise en service | Retrait | Tonnage | Destin et notes |
|---|---|---|---|---|---|---|
| GH-2006 | The Princess Margaret | BHC, East Cowes | Août 1968 | Octobre 1981 | 168 t (1968-1977), 320 t (1977-1981)[21] | Allongée en 1977 (Mk.III, 418 passagers), poursuit sous Hoverspeed jusqu'en 2000, ferraillée à Lee-on-the-Solent en mars 2018[22] |
| GH-2007 | The Princess Anne | BHC, East Cowes | 1969 | Octobre 1981 | 168 t (1969-1977), 320 t (1977-1981)[21] | Allongée en 1977 (Mk.III), poursuit sous Hoverspeed jusqu'en octobre 2000, record de traversée en 22 min en 1995, exposée au Hovercraft Museum, Lee-on-the-Solent[23] |
Lignes desservies
modifierSeaspeed opère sur deux liaisons transmanche au départ des ports français, outre ses services initiaux dans le Solent[2]. Son concurrent Hoverlloyd exploite de son côté la liaison Ramsgate-Calais, route qui est définitivement abandonnée à l'issue de la saison 1982 après la fusion[17].

Les traversées s'effectuent en 35 minutes environ, soit un temps imbattable pour l'époque sur la Manche. À noter que le hoverport de Douvres-Est, utilisé lors de l'ouverture en 1968, est remplacé en juillet 1978 par un nouveau terminal aux Western Docks, construit par British Rail pour un coût d'environ 17 millions d'€[24].
Notes et références
modifierNotes
modifierLe SR.N4 GH-2006 Princess Margaret apparaît dans certaines scènes du film de James Bond de 1971, Les diamants sont éternels, avec Sean Connery. Cet appareil figure également dans Quelqu'un derrière la porte, avec Charles Bronson, Jill Ireland et Anthony Perkins, sorti la même année.
Références
modifier- 1 2 « Competition Commission report – British Rail Hovercraft Limited and Hoverlloyd Limited » (consulté le )
- 1 2 3 4 Robin Paine et Roger Syms, On a Cushion of Air, Robin Paine, , 307-309 p. (ISBN 0-95689-780-0)
- ↑ Robin Paine et Roger Syms, On a Cushion of Air, Robin Paine, , 200-203 p. (ISBN 0-95689-780-0)
- ↑ Robin Paine et Roger Syms, On a Cushion of Air, Robin Paine, , 203-205 p. (ISBN 0-95689-780-0)
- ↑ Robin Paine et Roger Syms, On a Cushion of Air, Robin Paine, , 202 p. (ISBN 0-95689-780-0)
- ↑ Robin Paine et Roger Syms, On a Cushion of Air, Robin Paine, , 226 p. (ISBN 0-95689-780-0)
- ↑ Robin Paine et Roger Syms, On a Cushion of Air, Robin Paine, , 234 p. (ISBN 0-95689-780-0)
- ↑ D. G. Williams, An examination of the application of corporate planning in the four major organisations within the nationalised transport sector in the United Kingdom, University of Bath, , 190 p.
- ↑ Les montants financiers de l'époque, libellés en livres sterling (£), ont été convertis en euros à titre indicatif au taux approximatif de 1 £ ≈ 1,20 €.
- 1 2 Great Britain. Parliament. House of Commons, Parliamentary Papers, vol. 33, H.M. Stationery Office, , 30 p.
- ↑ « Annual Report and Accounts - British Railways Board », British Railways Board, vol. 16-17,
- ↑ « Rapport sur le budget des transports - Annexe 28 - Sénat », Sénat, (consulté le )
- 1 2 « Ships of the Past: Ingénieur Jean Bertin », sur Nautilus International, (consulté le )
- ↑ Robin Paine et Roger Syms, On a Cushion of Air, Robin Paine, , 227-229 p. (ISBN 0-95689-780-0)
- ↑ « British Rail Hovercraft Limited and Hoverlloyd Limited: A Report on the Proposed Merger », Monopolies and Mergers Commission, (consulté le )
- ↑ « Merger of British Rail Hovercraft Ltd and Hoverlloyd Ltd to form Hoverspeed UK Ltd », The National Archives, (consulté le )
- 1 2 Robin Paine et Roger Syms, On a Cushion of Air, Robin Paine, , 616-626 p. (ISBN 0-95689-780-0)
- 1 2 « SEDAM N500 », sur James Hovercraft (consulté le )
- 1 2 « HSC Ingénieur Jean Bertin (BL.341.931) – Past and Present », sur Dover Ferry Photos (consulté le )
- ↑ Robin Paine et Roger Syms, On a Cushion of Air, Robin Paine, , 555-556 p. (ISBN 0-95689-780-0)
- 1 2 Steve Barron, Hovercraft, Hydrofoils & Catamarans – Sixty Years of Fast Ferries, Ramsey (île de Man), Ferry Publications,
- ↑ « HSC The Princess Margaret (GH-2006) – Past and Present », sur Dover Ferry Photos (consulté le )
- ↑ « HSC The Princess Anne (GH-2007) – Past and Present », sur Dover Ferry Photos (consulté le )
- ↑ « Western Docks Expansion », Fast Ferry International, vol. 39, , p. 23