Utilisateur:Kelian8/Brouillon4

Débuts au cinéma

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Après avoir enchaîné les figurations et les courtes apparitions, Jean Yanne tient son premier rôle conséquent au cinéma en 1964 dans La Vie à l'envers d'Alain Jessua[1]. Il tourne dans des dizaines de films, en multipliant les seconds et premiers rôles, enchainant comédies populaires vite tournées (Jaloux comme un tigre, Darry Cowl, 1964; Ces messieurs de la famille, Raoul André, 1968) films d'espionnage (Le Vicomte règle ses comptes, Maurice Cloche, 1967)[2]; ou encore une apparition assez anecdotique aux côtés de Sheila dans Bang Bang (Serge Piollet, 1967)[1].

Cependant, certaines prestations sont plus notables, laissant entrevoir l'étendue de son talent. La Vie à l’envers, dans lequel il interprète un directeur d'agence immobilière terrorisé par sa femme, remporte plusieurs prix. En 1965, il joue un proxénète dans L'Amour à la chaine, de Claude de Givray, jeune réalisateur prometteur issu des rangs de la Nouvelle Vague et collaborateur de Truffaut. La décontraction avec laquelle il interprète le rôle, lui donnant une certaine sympathie, pousse les autorités à censurer le film. On peut également le voir en 1969 dans Erotissimo, premier film de Gérard Pirès, film psychédélique annonçant la révolution sexuelle en cours[1].

Naissance d'un personnage

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Le personnage de salaud misogyne, bestial et râleur, qui fera les grands rôles de l'acteur, naît en 1966, dans le sketch Le Permis de conduire. Yanne y interprète un archétype de français désagréable, un symbole de la bêtise pouvant être rapproché de certaines créations de Fernand Reynaud, à laquelle il ajoute une énergie et une hargne virulentes. Figure menaçante, occupant tout l'espace au détriment d'un malheureux examinateur de permis de conduire, le personnage est d'emblée associé à la voiture, objet phare de l'époque et souvent indissociable des personnages du comédien[2].

Dans Week-end, de Jean-Luc Godard, sorti en 1967, le personnage de Jean Yanne, dont la voiture est l'instrument de puissance et sa femme le souffre-douleur, représente la masse, à travers ses accidents et ses embouteillages, et l'échec de la société de consommation[2]. Avec Mireille Darc, Yanne est choisi pour son statut d'acteur populaire incarnant parfaitement, selon Godard, la nouvelle classe bourgeoise[1]. Le tournages est rude, le réalisateur méprisant et malmenant les deux comédiens, en même temps que leurs personnages sont malmenés à l'image par les ceux des plus « révolutionnaires » Jean-Pierre Léaud, Jean-Pierre Kalfon ou Juliet Berto[1],[2]. Le film attire sur Yanne l'attention de la presse intellectuelle, qui salue sa prestation][1].

La révélation a lieu en 1969, avec Que la bête meure, de Claude Chabrol, qui consacre définitivement le touche-à-tout Jean Yanne comme acteur de cinéma. Chabrol reprend le personnage créé par Yanne et développé dans Week-end, le poussant même encore plus loin puisque Paul, dans le film, est un conducteur meurtrier qui dirige un garage. L'entrée en scène de Yanne est marquée, avant même son apparition à l'image, par le bruit du klaxon et des cris. Tout le long du film le comédien déploie un jeu comique et exubérant, basé sur la présence et le rythme[2]. Il se montre ignoble, mais cherche en même temps en permanence à défendre son personnage, à l'humaniser. Lorsque Chabrol, qui décrit le personnage comme une « ordure », demande à Yanne s'il accepte de jouer le rôle (Philippe Noiret l'a précédemment refusé, intimidé par le personnage), le comédien répond qu'il n'y voit « pas d'abjection ». Sa performance est unanimement saluée, et le film considéré comme le sommet de la filmographie chabrolienne.

L'acteur et le réalisateur remettent la partie l'année suivante avec Le Boucher. Stéphane Audran, compagne et muse de Chabrol, n'est pas pour rien dans cette deuxième variation sur le personnage de la « bête ». En effet, elle a assisté au tournage de Que la bête meure et, appréciant Yanne humainement comme artistiquement, elle a demandé à son mari de lui faire partager l'affiche avec lui. Cette fois, le monstre ne se nomme plus Paul, mais Popaul. Ce n'est plus un être malveillant et explosif, mais un être bienveillant et maudit, qui, dans une reprise de reprise de l’aveu de Peter Lorre dans M le maudit, avoue ne pas pouvoir s'empêcher de tuer des femmes. Le personnage, boucher de père en fils, est ramené à une humanité primaire, que Chabrol désigne dès le début du film comme celle des cavernes.

Après ces deux films d'affilée, Jean Yanne disparait pour longtemps des réalisations de Chabrol. Ce dernier préférera montrer la folie et l'effroi sous un verni plus plus bourgeois, et mettra plutôt en scène des acteurs comme Michel Bouquet, au jeu plus retenu et introspectif. Yanne ne re-tourne pour Chabrol qu'une dernière fois, une vingtaine d'années plus tard, en 1991, dans Madame Bovary. Il y interprète le pharmacien Homais, sot et opportuniste, révélant la part de bêtise flaubertienne de ses personnages[2].

Le personnage de Yanne trouve un nouvel asile chez Maurice Pialat, dans Nous ne vieillirons pas ensemble, sorti en 1972. Yanne et Pialat ont fait connaissance sur le tournage de Que la bête meure, où le dernier tenait le rôle du commissaire. Cette fois, Jean, le personnage de Yanne, est un alter ego du réalisateur. On retrouve dans la violence incessante qu'il exerce sur sa maitresse Catherine (Marlène Jobert) le sadisme de Roland envers Corinne dans Week-end et les humiliations que Paul fait subir à sa femme dans Que la bête meure. Mais le personnage cette fois est moins bestial, plus évolué : devenu cinéaste, il cite Pavese et se rattache à une culture de gauche bourgeoise, avec laquelle il persécute Catherine, moins élevée socialement, l'humiliant en la ramenant à une soi disant vulgarité plébéienne. Cette performance là encore vaut à Yanne d'être unanimement salué, et on lui décerne le prix d'interprétation masculine du Festival de Cannes 1972. Mais sur le plateau, les relations entre le comédien et le réalisateur ont été catastrophiques. Pialat s'est montré exécrable, et Yanne prend en grippe le réalisateur, le rôle et le film tout entier. L'expérience est d'autant plus difficile qu'il est marqué durant le tournage par la maladie et le décès de Jacqueline, sa première compagne, qu'il accompagne jusqu'au bout en la rejoignant dès qu'il le peut. Suite à cela, Yanne n'aura de cesse de dénigrer le film, se moquant même publiquement de sa propre interprétation; et refuse d'aller chercher sa récompense au festival.

Bibliographie

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  1. 1 2 3 4 5 6 Dubois 2013.
  2. 1 2 3 4 5 6 Stéphane Du Mesnildot, « Portrait de l'artiste en sale type : Le personnage de Jean Yanne », Vertigo, no 29,‎ , p. 72-74 (lire en ligne)