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Disparition du Puma TR-KCF
Un hélicoptère Aérospatiale SA 330 Puma, du même type que l'appareil disparu.
Date 20 février 1978
Type Disparition en vol ; causes non établies (version officielle : panne moteur)
Site Région au sud-est de Ndjolé (Moyen-Ogooué), Gabon — zone supposée ; destination réelle inconnue
Appareil Aérospatiale SA 330C Puma
Immatriculation TR-KCF (c/n 1329)
Mise en service 8 décembre 1975
Exploitant Forces armées gabonaises (armée de l'air)
Décollage Camp Aïssa (Libreville), 11 h 13 – 11 h 15
Dernier contact env. 12 h 30 (enregistré à 12 h 37 à Libreville)

La disparition du Puma TR-KCF est un événement aéronautique et politique survenu le 20 février 1978 au Gabon. Ce jour-là, un hélicoptère militaire Aérospatiale SA 330C Puma des Forces armées gabonaises, immatriculé TR-KCF, disparaît au cours d'un vol reliant Libreville à Franceville. À son bord se trouvent dix personnes : six militaires gabonais — dont le lieutenant-colonel-major Jean-Marie Djoué-Dabany, chef d'état-major des forces terrestres et navales et beau-frère du président Omar Bongo — et quatre militaires français.

Après un ultime message faisant état d'une panne moteur, l'appareil disparaît sans laisser de trace. Malgré des recherches d'une ampleur exceptionnelle, aucun débris ni aucun corps n'est retrouvé. La version officielle conclut à un accident dû à une défaillance mécanique. Toutefois, plusieurs médias et travaux universitaires ultérieurs ont mis en lumière diverses incohérences, soulevant l'hypothèse d'un détournement, d'une élimination politique sur fond de tentative de coup d'État, ou d'un atterrissage à Sao Tomé-et-Principe. Le sort de l'appareil et de ses occupants demeure officiellement non élucidé.

Contexte

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Situation politique au Gabon en 1978

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En février 1978, le Gabon connaît une période de fortes tensions internes et régionales. En pleine guerre froide, le pays constitue un point d'appui stratégique pour la France dans une région où plusieurs voisins (Congo, Angola, Guinée équatoriale) se sont rapprochés du bloc soviétique, tandis que l'archipel voisin de Sao Tomé-et-Principe s'oriente vers le socialisme sous l'influence de Luanda.

À l'intérieur du pays, l'université Omar-Bongo est en grève fin janvier 1978. Le 2 février, les forces de l'ordre et l'armée investissent le campus et incorporent de force des étudiants dans l'armée et la police. Le doyen, le professeur Joseph Ambouroue-Avaro, est écarté (il trouvera la mort dans un accident d'avion de tourisme en novembre 1978).

Décès d'officiers supérieurs

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La disparition de l'hélicoptère s'inscrit dans une succession de décès d'officiers supérieurs gabonais survenus en quelques semaines :

  • le médecin-colonel Albert Loembe, empoisonné le 7 février 1978, évacué en France et décédé en avril 1978 à l'hôpital militaire Bégin de Paris ;
  • le lieutenant-colonel Fabien Ndoutoume, adjoint et chef d'état-major adjoint de Djoué-Dabany, mort empoisonné le 12 février 1978, huit jours avant la disparition de l'hélicoptère ;
  • le commandant de police Pépé Odouga, autre proche de Djoué-Dabany, grièvement blessé dans un accident de la route et laissé paraplégique.

Quelques mois plus tôt, le commandant en second du bataillon parachutiste, le capitaine Aïssat (qui a donné son nom au camp d'où décolla le Puma), avait trouvé la mort lors d'une démonstration de saut. Les relations entre le chef d'état-major Djoué-Dabany et le président Bongo s'étaient par ailleurs dégradées, et un rapport des services de police aurait accusé l'officier de préparer un coup d'État.

Déroulement de la disparition

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L'appareil et les occupants

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L'aéronef est un Aérospatiale SA 330C Puma, immatriculé TR-KCF. Mis en service le 8 décembre 1975, il est exploité par l'armée de l'air des Forces armées gabonaises. Selon les conclusions de la gendarmerie, l'appareil venait de subir une révision périodique du 13 au 18 février 1978 et un vol de test le matin du 20 février n'avait révélé aucune anomalie.

La liste nominative des dix disparus, publiée par le quotidien gabonais L'Union le 7 avril 1978, comprend six militaires gabonais (dont le lieutenant-colonel-major Jean-Marie Djoué-Dabany et le sous-lieutenant Christophe Obeye, neveu du président) et quatre militaires français coopérants détachés au sein de l'armée de l'air gabonaise (le major Pierre Sudre, l'adjudant-chef Pierre-Michel Amat, l'adjudant-chef Paul-Henri Français et l'aspirant Henri Deba).

Le 20 février 1978, une équipe sportive militaire parachutiste doit rejoindre Franceville en vue d'un entraînement. L'hélicoptère est initialement chargé de transporter du fret, dont une caisse de devises destinée à la paie des fonctionnaires du Haut-Ogooué (environ 60 millions de francs CFA). Sur le tarmac, l'ordre est donné au dernier moment de décharger le Puma de son fret — à l'exception des fonds — et de prendre les parachutistes à bord. Le départ de Djoué-Dabany est avancé de quelques heures.

L'appareil décolle du camp Aïssa entre 11 h 13 et 11 h 15. Vers 12 h 30, un message est capté par deux autres aéronefs en vol : l'équipage signale une panne moteur et un atterrissage d'urgence imminent, à 40 milles nautiques de Ndjolé sur le cap 110. Ce message est enregistré à 12 h 37 par la tour de contrôle de Libreville. Aucun autre appel ne sera émis.

Opérations de recherche et enquête officielle

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Les recherches sont menées dans un premier temps dans la zone indiquée par le dernier message. Près de 3 000 militaires gabonais et étrangers sont mobilisés pendant plus de trois mois. La France, le Zaïre, le Maroc, les États-Unis et la Côte d'Ivoire apportent des moyens logistiques ou humains. Les recherches sont ensuite déplacées vers la « forêt des Abeilles », distante d'environ 200 km, avant d'être interrompues. Aucun débris ni aucun corps n'est retrouvé.

L'enquête de la gendarmerie gabonaise (procès-verbal du 3 mai 1978) retient la thèse d'une panne en vol suivie d'un crash. Le rapport précise que la panne ne semblait pas due à une défaillance technique interne mais potentiellement à un phénomène externe, comme le foudroiement, un orage étant attesté dans la zone. L'enquête écarte officiellement l'hypothèse d'un sabotage.

Hypothèses alternatives et retentissement politique

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Crise diplomatique avec Sao Tomé-et-Principe

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La disparition de l'appareil coïncide avec une crise de courte durée mais intense entre le Gabon et l'archipel voisin de Sao Tomé-et-Principe. Le 20 février 1978, le président santoméen Manuel Pinto da Costa saisit l'ONU en dénonçant la violation de son espace aérien par un hélicoptère non identifié en provenance du Gabon, suspecté de transporter des mercenaires. Cet événement entraîne un bref déploiement militaire international dans l'archipel avant que les relations ne se normalisent en avril.

Doutes relayés par la presse et la recherche

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L'absence de découverte de l'épave et le contexte politique ont alimenté de nombreuses hypothèses alternatives à la thèse de l'accident :

  • Détournement et élimination : Plusieurs journaux d'opposition gabonais et des enquêtes journalistiques ultérieures (notamment en 2013 et 2018) soutiennent que l'appareil aurait été détourné et ses occupants éliminés pour déjouer une tentative de coup d'État qu'aurait planifiée le colonel Djoué-Dabany.
  • La piste santoméenne : Dans sa thèse de doctorat d'État soutenue à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (1981), l'historien Moïse N'Solé Biteghe évoque l'hypothèse que l'épave ait été signalée à Sao Tomé, dans le cadre d'un possible détournement lié aux fonds transportés à bord de l'appareil.
  • Réseaux d'influence : Le contexte de la présence active au Gabon d'anciens membres du SDECE et de mercenaires (tels que Bob Denard) a également été soulevé pour expliquer le mystère entourant la disparition de cet hélicoptère de l'armée.

Ces hypothèses n'ont jamais été officiellement confirmées et aucune preuve matérielle n'a permis de statuer définitivement sur le sort de l'appareil.

Démarches des proches

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À leur retour en France en juillet 1978, les épouses des membres d'équipage français mènent des démarches auprès de nombreuses institutions (présidence de la République, ministères de la Défense, Amnesty International) pour obtenir des informations et exiger la poursuite des recherches. Les familles se heurtent toutefois au silence institutionnel, le dossier relevant du secret militaire.

L'État français obtient en décembre 1979 du tribunal de grande instance un jugement déclarant officiellement le décès des militaires. Leurs familles poursuivront leurs recherches de vérité jusqu'au début des années 1980.

Postérité

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Le lieutenant-colonel-major Jean-Marie Djoué-Dabany (qui est par ailleurs le frère de la chanteuse Patience Dabany et l'oncle du futur président Ali Bongo Ondimba) est promu colonel à titre posthume en 1979. En mars 2013, une caserne de la 4e région militaire gabonaise à Franceville est inaugurée et baptisée de son nom.

Notes et références

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  1. « TR-KCF SA330C Puma — Gabonese Air Force (C/N 1329) », helis.com.
  2. « Aérospatiale SA 330C Puma TR-KCF », Aviation Safety Network.
  3. « Un hélicoptère de l'armée forcé d'atterrir au sud de Booé » (no 648, 22 février 1978) et « Les recherches se poursuivent… au sud d'Ayem » (no 650, 24 février 1978), L'Union.
  4. « Le point sur les opérations de recherche du Puma » et « La liste des disparus », L'Union no 683, 7 avril 1978 (archives en ligne).
  5. « La disparition de l'hélicoptère ne doit pas perturber les fêtes de la Rénovation », déclaration d'Omar Bongo, L'Union no 660, 8 mars 1978.
  6. Série « Sao Tomé et Principe », L'Union, 7-14 avril 1978.
  7. « Sans nouvelles d'un hélicoptère disparu au Gabon », Le Monde, février 1978.
  8. « Djoué Dabany n'est pas mort… dans la forêt des Abeilles », Le Message du Duo no 91, 11 février 1995 ; voir aussi Le Bûcheron no 58, mars 1992.
  9. Moïse N'Solé Biteghe, Les relations franco-gabonaises depuis 1960, thèse de doctorat de 3e cycle d'histoire, dir. Guy Pedroncini, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 1981.
  10. Procès-verbal de la gendarmerie gabonaise (adj. François Enizan), 3 mai 1978 ; rapport de commandement de la SAMAM (cap. Bertrand Cadiot), 7 mars 1978.
  11. Franck Jocktane, « Gabon : Quarantième anniversaire de la disparition du Lt.Colonel Djoué Dabany », gabon-voice.com, 23 février 2018.
  12. « Ces assassinats jamais élucidés », GabonReview.
  13. Jean Ndouanis, « La disparition du Lt.Colonel Djoué Dabany, TR-KCF ne répond plus », jean-ndouanis.blogspot.com, février 2017.
  14. « Retour sur la mystérieuse disparition du Colonel Dabany », bdpmodwoam.org, 12 août 2013.

Voir aussi

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