Eurabia

modifier

Eurabia est le titre d'un bulletin ou lettre d'information, ronéoté, bimensuel puis mensuel, publié en France de 1973 à 1989 par le Comité européen de coordination des associations d'amitié avec le monde arabe[1], dont l'acronyme était EURABIA.

Ce bulletin, distribué généralement gratuitement[2] à des « associations d'amitié avec le monde arabe », ainsi qu'à des officiels, journalistes et acteurs sociaux, a été instrumental en France pour la promotion du Dialogue euro-arabe et de la cause palestinienne dans les années 1970 et 1980.

Contexte

modifier

Le premier bulletin EURABIA est publié à la fin de 1973, lors des évènements qui suivent la défaite arabe lors de la Guerre du Kippour : Sixième sommet des chefs d'État arabes ; Déclaration du [3] à l'initiative du Président Pompidou[4], qui répond positivement aux demandes de la Ligue arabe en reconnaissant pour la première fois les « droits légitimes des Palestiniens »[3],[5] ; sommet européen tenu d'urgence à Copenhague le , qui annonce « la mise en œuvre des engagements communautaires avec les pays du bassin méditerranéen »[6] ; négociations secrètes du premier ministre français Pierre Messmer avec l'Arabie saoudite pour résoudre la crise pétrolière ; mise en oeuvre du Dialogue euro-arabe.

Tous les autres bulletins EURABIA accompagnent, ou même devancent de façon militante, la mise en oeuvre de cette « Coopération euro-méditerranéenne et euro-arabe[7] » et du Dialogue euro-arabe. Cet engagement se manifeste particulièrement dans la création de l'Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe (APCEA, Strasbourg puis Bruxelles)[8], laquelle est crée dans les locaux du Comité EURABIA en 1975 à Paris[9],[10] et publie ses premiers travaux sous forme de quatre fascicules imprimés ayant pour titre EURABIA[11]. Puis dans la publication de manifestes poussant à la reconnaissance et à la coopération avec l'OLP.

Reconnaissance

modifier

Le Comité EURABIA n'était pas une association déclarée en préfecture mais une extention informelle de ASFA, qui existait surtout par la distribution de sa lettre d'information et sa participation à des réunions internationales[12]. Cependant son activité a été reconnue et encouragée par les Premiers minitres français et hollandais dès 1974[13].


Fascicules imprimés

modifier

Animateurs

modifier

Lucien Bitterlin en était l'animateur et le directeur de publication. Elisabeth Mathiot, femme du pasteur Étienne Mathiot et militante anti-sioniste[14], en était la rédactrice ; également membre de l'Association de Solidarité Franco-Arabe, son rôle de rédactrice pour EURABIA consistait principalement à traduire en français des articles et documents critiquant Israël, qui avaient antérieurement été recueillis et traduits en anglais par un Palestinien vivant en Angleterre.

Robert Swann

Partenaires

modifier


L'Association parlementaire pour la coopération Euro-Arabe (APCEA)

modifier

La création de cette association internationale regroupant XX membres de parlements européens est l'oeuvre majeure du Comité EURABIA par l'influence qu'elle aura en vue de l'adoption par ce qui deviendra l'Union européenne de sa politique dite méditerranéenne.

Orientations

modifier

Échantillon de quatre premières pages de bulletins EURABIA avec leur sommaire montrant le tropisme anti-israélien (sur AbeBooks, consulté le 7-05-2026).


Le comité Eurabia agissait en liaison avec la revue Middle-East international (en) créé par Christopher Mayhew afin de représenter le point de vue arabe en Grande-Bretagne[15] et de créer un réseau d'organisations pro-palestiniennes[16]. Il était aussi structurellement lié à l'Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA, Paris) présidée par Louis Terrenoire et à sa revue en quadrichromie France-Pays arabes, dont Bitterlin était également secrétaire général et directeur de publication[17]. De nombreuses associations antisionistes françaises ou européennes adhérantes au comité EURABIA recevaient le bulletin EURABIA, ainsi que des hommes politiques, journalistes et travailleurs sociaux, pendant plus de dix ans.

Robert Swann, un ancien du Foreign Office britannique, et premier secrétaire-général de l’Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe (APCEA, Strasbourg puis Bruxelles)[18] apparaît comme rédacteur en chef de quatre fascicules, d'un format différent, imprimés, également intitulés EURABIA, dont le numéro 2, de juillet 1975, “Résolution politique”, premier alinéa, disait[19] :

« L'Assemblée générale de l'Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe demande aux gouvernements européens de prendre l’initiative de démarches qui aideront à assurer le retrait d’Israël de tous les territoires occupés en 1967. »

De fait l'APCEA avait été créée dans le cadre du Comité EURABIA[20], et avec ses 600 membres parlementaires dans 18 pays européens elle a œuvré à la promotion de la même politique, pro-arabe et critique vis-à-vis d'Israël, qui allait devenir la politique euro-méditerranéenne de l'Europe ouverte à l'influence arabe[21].

À partir de 1990 et pendant dix ans, les Bulletins Eurabia sont insérés dans France Pays arabes[17], et cette revue dès lors affiche « Eurabia » comme son sous-titre[22].

L'acronyme de ce comité et le nom de sa lettre d'information, EURABIA, a été repris comme titre du livre de Bat Ye'or, Eurabia : L'axe euro-arabe[23],[24],[25].

Liens externes

modifier

Voir aussi

modifier

Références

modifier
  1. ↑ Comité européen de coordination des associations d'amitié avec le monde arabe, Eurabia. Bulletin de liaison ou Eurabia. Bulletin d'information, selon les numéros, 1973-1989 (catalogue BnF).
  2. ↑ Bulletin d'information EURABIA n° 55 de mars 1976 : « Nous avons eu la satisfaction, au cours de ces trois années d'activité, de voir augmenter régulièrement le nombre de demandes du bulletin (...). Nous nous en réjouissons, mais voyons de ce fait s’accroître les frais de fabrication et d'expédition du bulletin. C'est pourquoi nous nous permettons aujourd'hui de demander à tous ceux de nos lecteurs qui jugeront que notre effort mérite d'être encouragé, de nous y aider pas une contribution volontaire, dont nous laissons à chacun le soin de fixer le montant. »
  3. 1 2 Déclaration commune des gouvernements de la Communauté économique européenne sur la situation au Proche-Orient, 6 novembre 1973 (lire en ligne).
  4. ↑ Jean-Pierre Teyssier, L'année 1973 dans la politique étrangère du président Pompidou (lire en ligne).
  5. ↑ Sattler, Thèse, Paris, 2015.
  6. ↑ L'émergence de la notion d'“identité” dans la politique de la Communauté européenne - Quelques réflexions autour de la Déclaration du sommet de Copenhague de 1973.
  7. ↑ Le Dialogue euro-arabe sur medea.be.
  8. ↑ « APCEA (Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe) », sur www.medea.be, (consulté le )
  9. ↑ EURABIA, Bulletin n° 19, avril 1974 : « Ainsi qu'il en avait été décidé à Londres le 24 novembre 1973, au cours de la réunion du Comité Européen de Coordination des Associations d'Amitié avec le Monde Arabe, une trentaine de parlementaires européens se sont réunis à Paris, les 23; 24 et 25 mars (et) ont décidé de créer une Association permanente pour la coopération avec les Pays Arabes. »
  10. ↑ Jean-Pierre Bensimon, Les origines de la politique arabe de l’Europe, Controverses, n° 3, octobre 2006.
  11. ↑ Voir notamment le {harvsp |fascicule Eurabia n° 2} qui a inspiré le livre Eurabia de Bat Yeor
  12. ↑ Par exemple : En octobre 1977, organisation d'un colloque euro-arabe intitulé « L'Europe peut-elle contribuer à un réglement de paix au Proche-Orient ? » (Philippe Rondo dans Politique étrangère, n° 43-5, 1978, p. 631) ;
    En février 1982, la Ligue arabe invite des représentants d'Eurabia à Tunis (lire en ligne).
  13. ↑ Bulletin EURABIA.
  14. ↑ Honorée par le Prix Palestine de 1993.
    Rédactrice de pamphets accusant Israël d'“apartheid” (par exemple Zionism, A System of Apartheid, EAFORD n° 25, 1983, 11 pp.).
  15. ↑ Middle East International, n° 543, 7 février 1997
  16. ↑ (en) James R Vaughan, ‘Mayhew’s Outcasts’ : Anti-Zionism and the Arab lobby in Harold Wilson’s Labour Party, Israel Affairs, 21(1), p. 27–47 (en ligne).
  17. 1 2 « France-Pays arabes (Périodique) », sur data.bnf.fr (consulté le )
  18. ↑ « APCEA (Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe) », sur www.medea.be, (consulté le )
  19. ↑ lire en ligne.
  20. ↑ EURABIA, Bulletin n° 19, avril 1974 : « Ainsi qu'il en avait été décidé à Londres le 24 novembre 1973, au cours de la réunion du Comité Européen de Coordination des Associations d'Amitié avec le Monde Arabe, une trentaine de parlementaires européens se sont réunis à Paris, les 23; 24 et 25 mars (et) ont décidé de créer une Association permanente pour la coopération avec les Pays Arabes. »
  21. ↑ Jean-Pierre Bensimon, Les origines de la politique arabe de l’Europe, Controverses, n° 3, octobre 2006.
  22. ↑ France Pays arabes, n° 159 à 253, 1990 à 1999.
  23. ↑ « EURABIA - Notre Journal » (consulté le ).
  24. ↑ « Une mise au point sur “Eurabia” - Caroline Fourest », sur conspiracywatch.info, (consulté le )
  25. ↑ Raphaël Liogier, Le Mythe de l'islamisation. Essai sur une obsession collective, Le Seuil, , 223 p. (ISBN 978-2-02-109441-1)

[[Catégorie:Presse écrite disparue en France]]

Articles connexes

modifier

Divers EX (dans Valp/JCL)

modifier

et ses autres publications[1]

  1. ↑ Autres publications : Europe Pays Arabes, Paris, sept. 1976, 48 pages imprimées (notice sudoc). - Eurabia trimestriel, 4 numéros numérisés à la Bnf. - Autres : voir sudoc.

Il a fait sienne la théorie selon laquelle s'opérerait en Israël une séparation entre Arabes et Juifs sur le modèle de l'apartheid en Afrique du Sud, théorie apparue au début des années 1970[1].

Au niveau international Vice-président lors de sa création en avril 1974 de l'Association parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe (APCEA)[2] et par conséquent parmi les premiers promoteurs en Allemagne de la politique européenne commune avec la Ligue arabe, dont les fondamentaux étaient le soutien à l'O.L.P. de Yasser Arafat et la liberté de circulation des travailleurs du sud vers l'Europe.

  1. ↑ Voir par exemple en langue française : Elisabeth Mathiot, Relations entre Israël et l'Afrique du sud, éditeur Comité Eurabia et Association Belgo-Palestinienne, Paris, Bruxelles, 1978, 39 p. (notice Bnf), thème fréquemment repris par Témoignage chrétien de Georges Montaron (fondateur de la "Conférence mondiale des Chrétiens pour la Palestine") et les Bulletins d'information du Comité EURABIA de Lucien Bitterlin (notice BnF) qui invitait déjà au boycott, sans succès.
  2. ↑ Bulletin d'information n° 19 (avril 1974) du Comité EURABIA dirigé par Lucien Bitterlin (notice BnF).