Utilisateur:Yelti/Brouillon/Mort de 92
ESPACE PRINCIPAL : Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize…
Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize... est un sonnet sans titre d'Arthur Rimbaud, ainsi désigné par son premier vers. Il fait partie des vingt-deux poèmes du recueil Demeny.
Il s'agit d'un poème politique, écrit en 1870, dans le contexte de la guerre franco-prussienne, menée par l'Empereur Napoléon III contre l'Allemagne de Guillaume Ier et Otto von Bismarck.
Dans ce sonnet, Rimbaud répond vertement à Paul de Cassagnac, journaliste bonapartiste, dont il vient de lire un article incitant les républicains à prendre les armes pour secourir la patrie, et qu'il cite en épigraphe de son poème. Rimbaud fait l'éloge des patriotes morts pendant les Guerres révolutionnaires, et s'indigne du fait que les bonapartistes s'approprient leur mémoire.
Contexte historique et politique
modifierLe poème naît dans le contexte de la fin du Second Empire, pendant la guerre franco-prussienne de 1870.
Proclamé en 1852, le régime du Second Empire succède à la IIe République. Napoléon III est proclamé « empereur des Français » un an après son coup d'État du 2 décembre 1851. Les premières années du régime sont marquées par un pouvoir autoritaire, la censure de la presse et une répression féroce des opposants, qui vise prioritairement les républicains démocrates-socialistes, qui ont pour modèle le jacobinisme de 1793, mais peut sévir arbitrairement de manière plus générale[1],[2]. La seconde phase du régime est marquée par une certaine libéralisation, à partir de l’amnistie générale de 1859 qui libère de nombreux opposants. En juillet 1870, Napoléon III entre en guerre contre la Prusse. La guerre vire rapidement à la défaite et à la chute du régime[1].
En juillet 1870, le jeune Arthur Rimbaud n'a que quinze ans. Conséquences guerre à Charleville. Fugues. Mazas. « difficile de situer Rimbaud dans les différents courants politique » « le plus simple c'est de le situer dans ce qui était à l'époque le terme générique de l'ensemble des mouvements d'opposition qui allaient des républicains démocrates aux utopistes en passant par les socialistes et les proudhonniens : ce qu'on appelait « la sociale » » « c'est dans ce magma-là qu'il se situe » https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-compagnie-des-oeuvres/changer-la-vie-2957937
L'épigraphe : une citation de Paul de Cassagnac
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Le sonnet porte en épigraphe :
'
puis commentaire.
Arthur Rimbaud peut lire dans le journal bonapartiste Le Pays, un article du journaliste Paul de Cassagnac. Quelques mots de ce dernier serviront d'épigraphe au poème : « Français de soixante-dix, bonapartistes, républicains, souvenez-vous de vos pères en 92, etc. » Dans son article, Cassagnac apostrophe bonapartistes et républicains, demandant aux seconds de se rallier aux premiers alors même qu'ils ont été réprimés et combattus avec acharnement par Napoléon III et ses soutiens[3].
Texte
modifierMorts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize,
Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse
Sur l’âme et sur le front de toute humanité ;
Hommes extasiés et grands dans la tourmente,
Vous dont les cœurs sautaient d’amour sous les haillons,
Ô Soldats que la Mort a semés, noble Amante,
Pour les régénérer, dans tous les vieux sillons ;
Vous dont le sang lavait toute grandeur salie,
Morts de Valmy, Morts de Fleurus, Morts d’Italie,
Ô million de Christs aux yeux sombres et doux ;
Nous vous laissions dormir avec la République,
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique.
– Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !
Datation et genèse
modifierSelon un témoignage de Georges Izambard — professeur de rhétorique de Rimbaud à partir de janvier 1870 —, le jeune poète aurait composé ce sonnet immédiatement après avoir lu l'article de Cassagnac, le . L'enseignant assure : « le lundi , Rimbaud me remit, après la première classe, le sonnet Aux morts de Valmy qu'il avait perpétré la veille ». ///// PAS CLAIR : 16 juillet /// ARTICLE DE MAZAS //// 17 juillet : PROBABLE REDACTION DU SONNET //// 18 juillet : PRESENTATION A IZAMBARD ///// Pourtant, sur le manuscrit autographe remis à Paul Demeny, Rimbaud inscrit la mention « fait à Mazas, ». Mazas est la prison parisienne où le poète fut incarcéré après avoir pris le train sans titre de transport. Le critique Pierre Brunel émet l'hypothèse que cette date et ce lieu sont symboliques : au moment où Rimbaud recopie son poème pour l'insérer dans le recueil Demeny, il choisit comme date la veille de la chute de l'Empire, et le lieu où l'avait emprisonné la police impériale[4].
https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2006-1-page-89?lang=fr.
Inspirations et intertextes
modifierSelon Jacques Gengoux, Arthur Rimbaud se serait inspiré du poème Les Volontaires d'un certain Émile Verodach, publié dans La Revue pour tous, le 4 septembre 1870 et qui contient les verts suivants :
Si les plus glorieux de Quatre-vingt-douze
Quatre-vingt-treize a les plus beaux.
Pour le critique Pierre Brunel, il est plus probable que Rimbaud ait songé à des poèmes de Victor Hugo qui évoquent les armées républicaines, comme Ô Soldats de l'an Deux ou Nox[5].
La Marseillaise
Notes et références
modifier- 1 2 Elsa Rouvière, « L’œuvre dans son contexte », dans Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, Paris, Belin / Gallimard, (ISBN 979-10-358-2645-8[à vérifier : ISBN invalide]), p. 78
- ↑ Gérard Unger, Un régime autoritaire : 1851-1860, Paris, Perrin, (shs.cairn.info/histoire-du-second-empire--9782262043735-page-79?lang=fr), p. 79-118.
- ↑ Murphy 1991, p. 47.
- ↑ Brunel 1999, p. 783.
- ↑ Brunel 1999, p. 192.
Bibliographie
modifierSource primaire
modifier- Arthur Rimbaud (préf. Rodolphe Darzens), « Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize… », dans Reliquaire, poésies, Paris, L. Genonceaux, , p. 9, lire en ligne sur Gallica.
Notes et notices dans les éditions critiques
modifier- Pierre Brunel, « Morts de Quatre-vingt-douze… », dans Arthur Rimbaud, Œuvres complètes, Paris, Librairie générale française, coll. « La Pochothèque », (ISBN 2-253-13250-0), p. 782-783.
Bibliographie critique
modifier- Steve Murphy, « Les Prodromes de la guerre : Morts de Quatre-vingt-douze... », dans Rimbaud et la ménagerie impériale, (lire en ligne), p. 47-55.
- L. van Licorne et R. Reboudin, « Morts de Quatre-vingt-douze… et La Marseillaise », Parade sauvage, no 5, , p. 109-110.Les deux auteurs de l'article, en réalité écrit par Benoît de Cornulier sont fictifs.
Le Pays est représentatif du bonapartisme autoritaire dont les partisans espèrent récupérer, à l’occasion d’une guerre victorieuse, le pouvoir cédé aux libéraux depuis l’été 1869. En revanche les sympathies démocrates et républicaines de Rimbaud apparaissent clairement dans Les Forgerons.
Guislin, Jean-Marc. « Le Nord, Douai et Rimbaud pendant la guerre de 1870 et la Commune ». Revue du Nord, 2006/1 n° 364, 2006. p.89-109. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2006-1-page-89?lang=fr.
vers 1 : Gengoux cite la revue pour tous 4 sept. 1870 « si les plus glorieux sont de Quatre-vingt-douze / Quatre-vingt-treize a les plus beaux » . Brunel ajouter Ô Soldat de l'an Deux et Nox de V. H. Brunel 1999 p. 192.
Jacques Gengoux, La Pensée poétique de Rimbaud, Nizet, 1950
Le souci logique et syntaxique de Rimbaud transparaît dans sa ponctuation. « Le Dormeur du val » est un modèle de clarté et de
rigueur à ce point de vue ; il est vrai que les six rejets de ce sonnet requéraient une ponctuation claire. Dans le cas où une phrase s'étend sur plusieurs vers, Rimbaud est attentif à marquer les pauses pour aider à la lecture ou à la déclamation, particulièrement dans les poèmes à forme fixe. Le sonnet « Morts de Quatre-vingt douze... » ne comprend que deux phrases ; la première occupe les treize premiers vers, la seconde constitue la chute (Banville dit que « le dernier vers du Sonnet doit contenir la pensée du Sonnet tout entière »16). Les deux quatrains et le premier tercet sont composés de vocatifs et
d'appositions qui se prolongent aux vers 12-13 par la proposition principale. Les vers 7-8 présentent un exemple clair de logique
syntaxique :
O Soldats que la Mort // a semés, noble Amante,
Pour les régénérer, // dans tous les vieux sillons
Le poète a détaché entre virgules l'infinitive afin d'éviter un contresens qui ferait du second hémistiche un complément de
« régénérer ». La césure était évidemment insuffisante à cet effet.
Frédéric S. Eigeldinger, « Rimbaud et la transgression de "la vieillerie poétique". ponctuation et rejets dans ses alexandrins », Revue d'Histoire littéraire de la France, vol. 83, no 1, , p. 45-64 (JSTOR 40527381)
Cinq sonnets sur douze adoptent le schéma le plus « économique » possible : abab cdcd eef ggf : «Morts de Quatre-vingt-douze... », Murat 1996
SITUATION POLITIQUE DE RIMBAUD