Variations sur le nom « Abegg »
Les Variations sur le nom « Abegg » en fa majeur pour piano ont été écrites entre 1829 et 1830 par Robert Schumann, et publiées comme son opus 1.
| Variations sur le nom « Abegg » Opus 1 | |
| Genre | Thème et variations |
|---|---|
| Nb. de mouvements | 6 |
| Musique | Robert Schumann |
| Effectif | Piano |
| Dates de composition | entre 1829 et 1830 |
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À propos de la musique
modifierLes Variations sur le nom « Abegg » est la première œuvre avec numéro d'opus du compositeur, à l'âge de vingt-et-un ans[1]. C'est au cours de l'hiver 1829-1830, à Heidelberg, qu'il compose ces variations[1]. Cependant, ce n'est pas une pièce directement prévue pour piano seul, puisque Robert Schumann avait d'abord songé à l'écrire pour piano et orchestre, avec toujours un grand niveau de virtuosité[1]. Ce sont les Variations sur « La Marche d'Alexandre » du compositeur Ignaz Moscheles qui le pousse à écrire pour piano seul[1]. Il a d'ailleurs joué ces variations le à Heidelberg[1]. C'est un an plus tard que Robert Schumann propose à son éditeur, Kistner, les Variations sur le nom « Abegg »[1]. La lettre qu'il écrit à son éditeur est alors révélateur de la façon qu'il a de penser sa première œuvre[1]. Dans cette lettre, il demande notamment que la maison d'édition « [fasse] paraître les Variations d'ici le 18 novembre, date de l'anniversaire de la comtesse Abegg, à laquelle [il est] redevable de certaines obligations »[1]. Deux numéros du Leipziger Lebensbuch montrent notamment l'importance que revêt cette premier œuvre pour le compositeur[1] : « J'ai été interrompu [...] par mes premières corrections d'épreuves ; quel bonheur que ces premières corrections ! »[1] écrit-il dans le numéro du [1]. Le il écrit aussi « Les Variations sont désormais là ; c'est comme si, une fois imprimé, tout cela paraît avoir plus d'importance »[1]. Mais le titre, portant la dédicace de « Pauline Comtesse d'Abegg » est un montage de toutes pièces, comme le compositeur l'écrit lui-même à son ami Anton Theodor Töpken[1]. Il s'agirait en réalité de Meta Abegg, une jeune fille de Mannheim qu'il courtisait alors[1]. Mais c'est surtout le fait de pouvoir utiliser musicalement son nom qui pousse le compositeur à écrire ces Variations[1]. Cependant les commentateurs ne peuvent aller plus loin que des spéculations sur la nature même de cette utilisation du nom d'Abegg[1].
Les cinq premières notes du thème sont ABEGG (il s'agit ici de la notation allemande : le B correspond au si
, ou
-flat en anglais) :
Les variations sur le nom « Abegg » ne sont pas la seule œuvre de Schumann à faire correspondre sons et lettres : le compositeur l'utilise par exemple également dans son Carnaval.
Structure
modifierThème (Tema)
modifierLe mouvement indiqué est Animato. Il s'agit d'une mesure à 3/4, comme dans les trois variations suivantes.
La mélodie ABEGG (la - si bémol - mi - sol - sol) est jouée une première fois mezzoforte à la main droite, en octave, tandis que la main gauche joue les harmonies (avec un rythme de croche, du début à la fin du thème). Cette mélodie est déclinée en trois versions qui s'enchaînent. Le tout est ensuite rejoué pianissimo, toujours à la main droite, mais les octaves sont maintenant arpégés.
Vient ensuite l'inversus de la mélodie ABEGG (sol - sol - mi - si bémol - la), de nouveau décliné en trois versions, le tout rejoué deux fois (la première fois mezzoforte avec en plus un crescendo, la deuxième pianissimo et en arpégeant les octaves de la main droite).
Le lié de la main droite (c'est-à-dire des octaves qui s'enchaînent) est d'une grande importance, puisqu'il s'agit du thème très chantant annonciateur des variations suivantes.[réf. nécessaire]
Variation 1
modifierCette première variation, avec la troisième et le final, est celle qui demande le plus de virtuosité (tempo très rapide, sauts de main gauche, doubles croches à la main droite).[réf. nécessaire]
Elle est en deux parties, chaque partie comportant une reprise.
Dans la première partie, les forte et sforzando ne durent que très peu de temps ; ils entrecoupent les phrases piano voire pianissimo. La plus longue phrase, pianissimo (avec un crescendo cependant à la fin) reprend à la main gauche la mélodie ABEGG (la - si bémol - mi - sol - sol) et sa première déclinaison (sol dièse - la - do - fa - fa).
La seconde partie contient de nombreux sforzando (accents) et termine brillamment sur un fortissimo.
Variation 2
modifierDeux thèmes sont présents dans cette variation : le premier à la main droite, sur les temps (sur chaque noire) et le second à la main gauche, sur chaque contretemps. La variation démarre piano et un lent crescendo mène vers le forte à la troisième mesure. Un diminuendo s'ensuit, sur quatre mesures, pour arriver pianissimo. Le thème de la main gauche devient alors plus aigu que celui de la main droite, ce qui oblige l'interprète à effectuer un croisement de mains.
Variation 3
modifierCette variation est la plus rapide de la pièce de Schumann : corrente (en courant) est indiqué au début. La main gauche joue des croches, la droite des sextolets (six doubles croches par temps). La variation commence dans une nuance mezzoforte ; de nombreux éclats (crescendo, forte, fortissimo, sforzando) parcourent la pièce.
Le thème ABEGG est repris de nouveau à la main gauche dans une nuance pianissimo.
Cantabile
modifierCette variation est la seule à ne pas conserver la tonalité lumineuse de fa majeur : elle est en fa mineur, dans un tempo assez lent (mais pas trop : non troppo lento, écrit Schumann), et de mesure ternaire, 9/8. Une nouvelle variation de la mélodie ABEGG - en mineur cette fois-ci - fait son apparition : ré (bécarre) - mi bémol - la bémol - do - fa - mi bémol - ré bémol. Deux notes (le mi bémol et le ré bémol) s'ajoutent à la mélodie qui en comptait initialement cinq. Deux autres déclinaisons apparaissent un peu plus loin, toujours à la main droite, et d'une longueur de cinq notes : mi bémol - ré bécarre - fa - la bémol - la bémol, puis ré bécarre - mi bémol - sol - si bémol - si bémol. Ces deux déclinaisons sont accompagnées d'un rythme noire - croche à la main gauche additionné d'un trille à la main droite.[réf. nécessaire]
La variation s'accélère ensuite (accelerando) dans un grand crescendo de cinq mesures. Enfin, elle diminue et ralentit progressivement et se termine pianissimo sur une demi-cadence en fa majeur (cadence suspensive qui prépare le final).
Finale alla Fantasia
modifierCe final, dans un tempo vivace, commence par un rythme noire - croche aux deux mains. L'aigu de la main droite, en chromatisme, peut faire penser à une nouvelle déclinaison du thème ABEGG (la - si bémol - si bécarre - do). La main gauche continue d'effectuer ce rythme noire - croche, tandis que la droite exécute plusieurs cascades de doubles croches, tout d'abord pianissimo, puis mezzoforte et enfin forte et fortissimo (ces nuances étant amenées par des crescendo successifs).
De nombreux rebondissements, de nombreuses modulations et « coups de théâtre » parcourent ce final. La mélodie ABEGG est ré-entendue en do dièse majeur (ton très éloigné de la tonalité du morceau : sept dièses à la clé pour do dièse majeur, contre un seul bémol en fa majeur). Enfin, après une coupure provoquant la surprise, deux accords (do - la - mi bémol - fa dièse puis do - si bémol - mi - sol) sont plaqués. Le deuxième accord dure l'équivalent de quatre rondes (plus un point d'orgue), dont les sons meurent l'un après l'autre. Ainsi, la mélodie ABEGG est ré-entendue une dernière fois.[réf. nécessaire]
Le final se termine ensuite dans un très long diminuendo de 13 mesures, passant de mf (mezzoforte) à ppp (triple piano).
Accueil de l'œuvre et critiques
modifierRellstab, de la revue IRIS, juge en 1832 que « l'œuvre a été faite par un pianiste habile et qu'il s'agit là d'une composition tout aussi gratifiante et brillante que bien d'autres du même genre de Czerny, Herz et autres, et qui par conséquent mérite la même approbation ».
La critique du journal Wiener Zeitung est encore plus positive :
« Le compositeur, jeune encore probablement, que nous rencontrons ici pour la première fois, représente un cas exceptionnel de notre époque ; il ne se rattache à aucune école, puise son inspiration en lui-même, ne se pare aucunement des plumes… d'autrui ; il s'est créé un monde idéal au sein duquel il s'ébat de façon quasi espiègle, parfois même avec une singularité originale, et rien que pour cela, parce qu'il possède justement l'unicité du phénix, [on peut considérer qu']il n'est pas indigne de [la colonne consacrée à cette critique]… Rien ne se joue facilement ; l'exécution exige un jeu spécifique ; l'ensemble réclame, si l'on veut atteindre l'impression recherchée, une étude et une pratique attentives[2]. »
Références
modifierBibliographie
modifier- Robert Schumann et Ernst Herttrich (dir.), Sämtliche Klavierwerke., Henle, (ISMN 9790201809205).

- Sandrine Blondet, Schumann, 1810-1856, Éditions Jean-Paul Gisserot, , 127 p. (ISBN 978-2-87747-373-6, lire en ligne), p. 57
Liens externes
modifier- Ressources relatives à la musique :
