Vincent Wright

historien et politologue britannique

Vincent Wright né le 6 août 1937 à Whitehaven et mort le 8 juillet 1999 à Oxford est un historien, politologue et universitaire britannique qui, dans un premier temps a étudié l'administration et la politique de la France sous le Second Empire, puis dans la France contemporaine au sein de l'Europe de l'Ouest dans une approche de politique comparée sous-tendue d'une préoccupation weberienne de non-imposition de valeurs.

Vincent Wright
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Biographie

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Premières années

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Vincent Wright est né à Whitehaven, alors comté de Cumberland. Son père est mineur et curieux de ce qui se passe en France sous le Front populaire, sa mère est une fervente catholique[1].

Wright est scolarisé à l'école secondaire de Whitehaven, mais à seize ans il décide de travailler et rejoint le service de la trésorerie de la municipalité voisine de Burnley. Il continue cependant à étudier à temps partiel, puis effectue son service national dans la Royal Navy (1955-1957), avant de s’inscrire en licence d'économie à la London School of Economics and Political Science (LSE), où il obtient des résultats modestes à ses derniers examens en 1960. En dépit de ces résultats, William Pickles, éminent spécialiste de la politique française, l'encourage à se rendre en France pour entreprendre des recherches en vue d'un doctorat[2].

C'est ainsi que Vincent Wright séjourne à l'Institut d'études politiques de Paris, à l'époque de René Rémond[3] et se plonge dans l'histoire administrative et politique de la France du XIXe siècle, menant des recherches approfondies dans les archives tant officielles que privées de la ville de Pau. C'est avec ce matériau qu'il obtient, en 1965, son doctorat à Londres avec une thèse sur la politique du département des Basses-Pyrénées entre 1848 et 1870. Cette thèse « analysait la complexité des relations entre les élites politiques locales et les élites administratives (principalement les préfets et les sous- préfets) et développait deux thèmes qui allaient devenir récurrents dans ses écrits ultérieurs : d'une part, les limites et les contraintes qui enserrent les pouvoirs de l'État central et, d'autre part, la capacité des élites sociales à modifier les objectifs poursuivis en fonction de leurs finalités particulières »[4]. Son premier ouvrage Le conseil d'État sous le Second Empire (1972) est suivi par Les préfets du Second Empire (1973), en collaboration avec Bernard Le Clère, et traite du rôle et de la nature du corps préfectoral au milieu du XIXe siècle.

Maturité

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Sa carrière d'enseignant débute à l'université de Newcastle, suivi d'un poste de maître de conférences à la London School of Economics and Political Science à partir de 1970, il s'y consacre principalement à l'histoire de l'administration française. En 1977, il prend les fonctions d'enseignant à l'université d’Oxford (Nuffield College). De par sa personnalité bienveillante et grégaire, ainsi que son sens de l'humour, il est sollicité pour occuper des postes de professeur invité à l'université de Rennes (1979/1980), à l'Institut universitaire européen près de Florence (de 1980 à 1982) ou à l'Université Cornell (1988/89)[1],[5].

Historien de l'administration française, il résume ce qu’il constate à son sujet, à l'occasion d’un discours de 1996, lors de la remise de sa médaille d’or par l’Institut international d'administration publique, par ces mots : « ordre et désordre, rigidité et flexibilité », « un univers à la fois doctrinaire et pragmatique, rationnel et irrationnel, digne et parfois mesquin », un monde administratif, « à la fois transparent et obscur, avec son arrogance affichée et son inquiétude diffuse et mal cachée, ses réseaux officieux, ses chasses gardées et ses rivalités internes ». « Un univers, avec ses petits bourgeois de droite et ses grands seigneurs de gauche, qui prétend représenter l'intérêt général tout en soignant de nombreux intérêts particuliers ». « La République une et indivisible est représentée par une administration multidimensionnelle, variée, éclatée et conflictuelle. » Mais, il conclut que : « l'administration française avec tous ses défauts, problèmes et contradictions est un grand atout [...] qu'il faut la défendre et la protéger », pour ses grandes qualités de « ténacité et de stabilité, de compétence et d'équité »[6],[7].

Son intérêt pour la France avait été confirmé avec la parution de son ouvrage The Government and Politics of France (1978), un manuel réédité à plusieurs reprises. Cet ouvrage, tout en continuant à refléter une conscience aiguë de l'influence de l'histoire, marquait déjà, cependant un recentrage des intérêts de l'historien vers les problèmes de gouvernement et de politique dans le monde contemporain[2].

En 1977, Wright fonde, en collaboration avec Gordon Smith, la revue West European Politics . Dans cette publication, Wright s'intéresse désormais à l'histoire administrative récente et au système politique de la France contemporaine. Il est rédacteur en chef, contributeur et collaborateur. En parallèle, il lance et mène à bien la publication d'un large éventail d’ouvrages traitant de sujets tels que la gouvernance d'une Communauté européenne en pleine évolution, le rôle de l'État dans les sociétés industrielles contemporaines, les problèmes liés à l'élaboration des politiques publiques dans des sociétés complexes, le régionalisme et les relations entre la politique et l’administration[2]. À ces domaines, il apporte une palette de compétences diversifiées : d'une part, le scepticisme de l'historien, le sens de la nuance et du détail, d'autre part, la volonté du politologue de comparer, systématiser, et même prudemment de généraliser ou théoriser, et enfin la sensibilité de l'économiste au fonctionnement du secteur privé[8].

En 1995 il est accueilli en tant que Fellow à la British Academy[1].

Atteint d'un cancer[9], il consacre l'énergie qui lui reste à achever des ouvrages sur la franc-maçonnerie dans la France provinciale vers la fin du Second Empire et sur les préfets nommés par Gambetta au début de la Troisième République, sujets sur lesquels, il avait rassemblé des documents d'archives pendant de nombreuses années[2],[10].

Publications

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Sélection

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Une liste exhaustive a été publiée en 2000 par la Revue française d'administration publique[11]. Bilingue, Vincent Wright est publié tantôt chez des éditeurs français, tantôt chez des éditeurs britanniques[3].

  • Vincent Wright, Le Conseil d'État sous le Second Empire, Armand Colin, (OCLC 616356)[12].
  • Bernard Le Clère et Vincent Wright, Les préfets du Second Empire, Armand Colin, (OCLC 763904)[13],[14].
  • Vincent Wright : The Government and politics of France , Hutchinson university press|1978[15].
  • Vincent Wright, Conflict and consensus in France, F. Cass, (OCLC 1443929561).
  • Vincent Wright et Jacques Lagroye, Les Structures locales en Grande-Bretagne et en France, La Documentation française.
  • Yves Mény, Vincent Wright Mény, avec la collaboration de Patrick A. Messerlin et al  : La Crise de la sidérurgie européenne : 1974-1984 , Presses universitaires de France, 1985[16].
  • John Vickers et Vincent Wright : The politics of privatisation in Western Europe, F. Cass, 1989.
  • Vincent Wright, Les privatisations en Europe : programmes et problèmes, Observatoire du changement social en Europe occidentale, Poitiers, Actes Sud, 1993.
  • Wolfgang C. Müller et Vincent Wright, The State in Western Europe : Retreat or Redefinition?, F. Cass, (OCLC 1112671574).
  • Vincent Wright et Sabino Cassese, La recomposition de l'État en Europe, La Découverte, (OCLC 1009460371).

Publications posthumes

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Hommages

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Le 25 novembre 1994, Vincent Wright avait reçu nomination officielle comme membre du conseil scientifique du groupe 'Histoire' du Conseil d'État[19]. Plusieurs cycles de conférences récemment organisées en ce début du XXIe siècle, par le comité d'histoire du Conseil d'État portent son nom[20].

En 2002, Sudhir Hazareesingh publie un recueil d'essais en hommage à son maître « jacobin autoproclamé »[4]. L'ouvrage est intitulé :(en) The Jacobin legacy in modern France : essays in honour of Vincent Wright (trad. L'héritage jacobin dans la France moderne. Essais en l'honneur de Vincent Wright), New York, Oxford University Press, (ISBN 0-19-925646-2, OCLC 470468992).

En 2003, la chaire Vincent Wright de professeurs invités, destinée à favoriser les échanges académiques et scientifiques entre la France et la Grande Bretagne est créée à Science Po, Paris[21].

Notes et références

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  1. 1 2 3 (en) Jack Hayward et Sudhir Hazareesingh, « Vincent Wright » [PDF], sur thebritishacademy.ac.uk, (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 (en) Nevil Johnson, « Wright, Vincent (1937-1999) », Oxford Dictionary of National Biographie, (DOI 10.1093/ref:odnb/72568).
  3. 1 2 Sabino Cassese (Regards d'outre-Manche sur l'administration française - Hommage à Vincent Wright), « À la mémoire de Vincent Wright », Revue française d'administration publique, no 93, , p. 5-6 (DOI 10.3406/rfap.2000.3357, lire en ligne, consulté le ).
  4. 1 2 Hazareesingh Sudhir et Nabulsi Karma, « Un jacobin ambivalent : Vincent Wright, historien politique de la France moderne », Revue française d'administration publique, no 93,, , p. 7-17 (DOI 10.3406/rfap.2000.3358, lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) Denis Kavanagh, « Obituary - Vincent Wright : Exploring the politics of Europe », The Guardian, (lire en ligne, consulté le ).
  6. Alain Claisse (Regards d'outre-Manche sur l'administration française - Hommage à Vincent Wright), « Vincent Wright reçoit la médaille d’or de l'Institut international d’administration publique (26 juin 1996) », Revue française d'administration publique, no 93, , p. 125-129 (DOI 10.3406/rfap.2000.3366, lire en ligne, consulté le ).
  7. (en) Anand Menon, « Vincent Wright (1937-1999) », Politique Européenne, no 4, , p. 187-189 (JSTOR 45018497).
  8. (en) Andrew F. Knapp, « In Memoriam: Vincent Wright: Whitehaven, 1937 – Oxford, 1999 », French Politics and Society, Berghahn Books, vol. 17, no 2, , p. 1-2 (JSTOR 42844762).
  9. Yves Meny (Mémoire, justice et réconciliation, sous la direction de Pierre Hassner), « Vincent Wright », Critique internationale, vol. 5, , p. 48-49 (lire en ligne, consulté le ).
  10. (en) Jack Hayward, « Obituary: Vincent Wright », The Independant, (lire en ligne, consulté le ).
  11. « Bibliographie de Vincent Wright » (Regards d'outre-Manche sur l'administration française - Hommage à Vincent Wright), Revue française d'administration publique, no 93, , p. 131-139 (lire en ligne, consulté le ).
  12. Maurice Agulhon, « Vincent Wright, Le Conseil d'État sous le Second Empire », Annales. Economies, sociétés, civilisations. 30ᵉ année, no 4, , p. 845-846 (lire en ligne, consulté le ).
  13. Maurice Agulhon, « Bernard Le Clere et Vincent Wright, Les préfets du Second Empire », Annales. Economies, sociétés, civilisations 30ᵉ année, no 4, , p. 846-847 (lire en ligne, consulté le ).
  14. François Méjan (L'historiographie du Second Empire), « Bernard Le Clère et Vincent Wright, Les Préfets du Second Empire », Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 21, no 1, , p. 188-189 (lire en ligne, consulté le ).
  15. (en) « The Government and Politics of France », sur Taylorfrancis.com.
  16. Philippe Dressayre, « Meny Y. et Wright V. (sous la direction de) : La Crise de la sidérurgie européenne - 1974-1984 », Politiques et management public, vol. 4, no 3, , p. 135-137 (lire en ligne, consulté le ).
  17. Pierre Karila-Cohen, « Vincent Wright, Les préfets de Gambetta, texte complété, mis à jour et présenté par Éric Anceau et Sudhir Hazareesingh, préface de Jean-Pierre Machelon, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2007, 482 p. », Revue du dix-neuvième siècle, no 1, , p. 174 (lire en ligne, consulté le ).
  18. Sylvie Aprile, «  Sudhir Hazareezingh et Vincent Wright, Francs-maçons sous le Second Empire. Les loges provinciales du Grand-Orient de France à la veille de la Troisième république  », Revue d'histoire du XIXe siècle, no 24 ,  2002, (DOI 10.4000/rh19.400, lire en ligne, consulté le ).
  19. Vincent Wright Journal officiel de la République française.
  20. « Conférences "Vincent Wright" », sur vie-publique.fr.
  21. « La Chaire Vincent Wright ».

Liens externes

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