Walter Jekyll
Walter Jekyll (27 novembre 1849 - 17 février 1929) est un folkloriste, ethnologue et traducteur britannique qui vécut une grande partie de sa vie adulte en Jamaïque. Il est connu pour ses travaux pionniers consacrés à la musique, aux traditions orales et au créole jamaïcain, ainsi que pour le soutien qu'il apporta au poète Claude McKay.
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Folkloriste, ethnologue, traducteur |
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Edward Joseph Hill Jekyll (d) |
| Mère |
Julia Hammersley (d) |
| Fratrie |
Biographie
modifierOrigines et formation
modifierIssu d'un milieu favorisé et éduqué, Walter Jekyll naît le 27 novembre 1849 à Bramley House, paroisse de Bramley (Surrey)[1]. Il est le fils cadet d'Edward Joseph Hill Jekyll, capitaine dans les Grenadier Guards[1], et le frère de la paysagiste et jardinière Gertrude Jekyll[2].
Formé à Harrow puis au Trinity College de l'université de Cambridge, il obtient son diplôme avec mention en 1872 puis le grade de Master of Arts[1]. Il se distingue en musique, en littérature, dans les langues et la philosophie[3].
Après ses études, il est ordonné par l'Église d'Angleterre, exerce à Heydon, puis est nommé chanoine mineur de Worcester[1]. Quelques années plus tard, il part pour Malte en tant que chapelain, un poste pour lequel sa voix et ses connaissances musicales sont particulièrement adaptées, avant de renoncer aux ordres[1].
Il se rend ensuite en Italie pour étudier le chant à Milan sous la direction du maître Francesco Lamperti[1]. De retour en Angleterre, il s'installe d'abord à Londres, puis à Birmingham, où il enseigne la musique[1]. Sa formation musicale, complétée par des voyages en Europe et en Scandinavie, nourrit son intérêt pour la musique populaire[4]. Jekyll renonce définitivement au christianisme et s'affirme comme libre-penseur[3]. Il est par ailleurs l'ami de Robert Louis Stevenson. Selon une tradition biographique souvent reprise, il aurait inspiré le nom du personnage du roman L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde[3].
Vie en Jamaïque
modifierSouffrant d'asthme chronique, Jekyll passe plusieurs hivers en Jamaïque dans les années 1890 pour fuir l'humidité du climat britannique[2]. En 1895, après la mort de sa mère, il s'installe définitivement dans la région des Blue Mountains[1]. Sa propriété est détruite lors du tremblement de terre de 1907 et s'installe alors dans une maison louée à Mavis Bank, près de Kingston[1]. Il déménage par la suite dans la Paroisse de Hanover, vivant près de Lucea, puis à Bower Hill, près de Riverside[1].
Jekyll dispose d'un revenu privé substantiel qui lui permet de financer son mode de vie en Jamaïque sans exercer d'activité professionnelle[5]. Il consacre son séjour à l'étude des pratiques culturelles et linguistiques locales, collectant histoires et chansons auprès de la population rurale[3]. Il maîtrise six langues européennes[3]. McKay le décrit comme un grand admirateur de Léon Tolstoï, un pessimiste et un proche du bouddhisme, persuadé que le monde ne peut être réformé et que les politiciens ne cessent de duper le peuple[2]. Il se montre très critique envers l'Empire britannique tout en regardant avec scepticisme les alternatives politiques de son époque[2].
Il meurt le 17 février 1929 à Bower Hill (Hanover) et est inhumé dans l'église paroissiale de Lucea[1]. Il avait auparavant fait don de l'ensemble de sa bibliothèque à l'Institute of Jamaica[1].
Jamaican Song and Story (1907)
modifierSon œuvre majeure, Jamaican Song and Story, publiée en 1907[6], s'inscrit dans le vaste mouvement du début du XXe siècle, de préservation des formes culturelles transmises par voie orale[7]. Elle rassemble un corpus de 196 mélodies et récits collectés dans le district des Port Royal Mountains[8].
Sa méthode, décrite dans la préface, consiste à faire asseoir ses informateurs et à leur faire dicter lentement, afin de transcrire les textes dans leurs « propres termes exacts ». Il adjoint à chaque conte des notes portant sur la morphologie, la sémantique et la phonologie du créole jamaïcain[9].
Du point de vue de la linguistique historique, Jamaican Song and Story constitue l'une des premières publications consacrées à la musique jamaïcaine[10] et s'offre comme une source des formes anciennes du créole jamaïcain[11].
Dans son ouvrage, il est l'un des premiers auteurs à mettre par écrit les d'Anansi (Annancy stories), récits de tradition Akan (actuel Ghana) mettant en scène un homme-araignée déjouant par la ruse des adversaires plus puissants[7]. Son recueil transcrit plusieurs de ces contes en créole jamaïcain, dont Anansi and the Tiger et Brother Annancy and Brother Death, qui figurent aujourd'hui dans des anthologies de référence sur la culture jamaïcaine[12].
Mécénat de Claude McKay
modifierJekyll joue un rôle déterminant dans la carrière du poète Claude McKay (1889–1948). Alors que ce dernier lui soumet ses premiers textes, Jekyll s'enthousiasme pour un poème en dialecte, intitulé Cotch Donkey, et encourage vivement le jeune auteur à produire davantage de vers en créole[13].
Mettant à profit son expertise linguistique, Jekyll annote les poèmes pour un lectorat majoritairement anglophone et rédige l'introduction des deux premiers recueils de McKay, Songs of Jamaica et Constab Ballads, publiés simultanément en 1912[14][1].
Jekyll apparaît sous les traits à peine voilés du personnage de Squire Gensir dans le roman Banana Bottom (1933) de McKay.
Publications
modifier- Walter Jekyll, Jamaican Song and Story, Londres, David Nutt, coll. « Publications of the Folk-Lore Society »,
- Walter Jekyll, The Wisdom of Schopenhauer as Revealed in Some of His Principal Writings, Londres,
- Walter Jekyll, « Introduction », dans Claude McKay, Songs of Jamaica, Kingston, Gardner,
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Handbook of Jamaica 1930, p. 557.
- 1 2 3 4 James 2000, p. 37.
- 1 2 3 4 5 James 2000, p. 36.
- ↑ Grove s.d..
- ↑ James 2000, p. 38.
- ↑ Jekyll 1907.
- 1 2 Paton et Smith 2021, p. 196.
- ↑ The Musical Times 1907, p. 606.
- ↑ D'Costa et Lalla 2009, p. 137.
- ↑ Bilby 2022, p. 87.
- ↑ D'Costa et Lalla 2009, p. 37.
- ↑ Paton et Smith 2021, p. 196–198.
- ↑ Holcomb 2007, p. 313.
- ↑ Holcomb 2007, p. 313–314.
Bibliographie
modifier- (en) Kenneth M. Bilby (dir.), From Sound Culture to Sound System Culture, Quito, PUCE, , 86–103 p.
- (en) Jean D'Costa et Barbara Lalla, Language in Exile : Three Hundred Years of Jamaican Creole, Tuscaloosa, University of Alabama Press,
- (en) The Handbook of Jamaica, Kingston, Government Printing Establishment, , 557 p.
- (en) Gary Edward Holcomb, « Claude McKay's "The Biter Bit": "Calalu" and Caribbean Colonialism », Callaloo, vol. 30, no 1, , p. 309–326
- (en) Winston James, A Fierce Hatred of Injustice : Claude McKay's Jamaica and His Poetry of Rebellion, Londres, Verso Books,
- (en) Walter Jekyll, Jamaican Song and Story, Londres, David Nutt,
- (en) « Jamaican Song and Story [compte rendu] », The Musical Times, vol. 48, no 775, , p. 606–607
- (en) The Jamaica Reader : History, Culture, Politics, Durham, Duke University Press,