Wasis Diop
Wasis Diop, né Abdoul Aziz Diop Mambéty vers 1950 à Colobane est un musicien et artiste pluridisciplinaire sénégalais.
| Naissance |
vers 1950 Dakar, Afrique-Occidentale française (AOF) |
|---|---|
| Activité principale | musicien, compositeur |
| Labels | Philips, Mercury, Wrasse Records |
| Site officiel | https://wasisdiop.fr |
Biographie
modifierWasis Diop est né vers 1950 à Colobane, dans une famille Lébou. Il est le frère de Djibril Diop Mambéty, le père de Mati Diop et l’oncle de Teemour Diop Mambéty.
Aziz Diop Mambéty a vingt-ans lorsqu’il débute au cinéma par la photographie de plateau ainsi qu’un rôle de premier plan dans Badou Boy (1970), moyen métrage en 16 mm que son frère aîné réalise[1]. Trois ans plus tard, il a créé les décors, signé les costumes et tenu la caméra de Touki Bouki (1973)[2], film devenu culte de la cinématographie africaine[3].
C’est au milieu de la décennie 1970 que Wasis Diop est «happé» par la musique ou il retrouve l’art des griots et des kassaks de sa jeunesse[4]. Auteur, compositeur, interprète, musicien atypique qui a collaboré avec une multitude d’artistes de renommée internationale[5], Wasis Diop a aussi prêté ses talents à une quarantaine de bandes originales pour des films documentaires et de fiction[1] et publié sept albums solo[6].
N’ayant jamais quitté vraiment Dakar et le Sénégal, ni le cinéma, Wasis Diop a co-signé au début des années 2000 le livret et assuré la direction artistique de Bintou Wéré, opéra du Sahel[7]. Il a aussi réalisé plusieurs films à propos des conditions de vie sur le continent africain ou en mémoire d’artistes qu’il a côtoyés[8].
Musique
modifierWasis Diop est à Paris pour approfondir ses connaissances en matière de photographie quand, en 1974, il fait la rencontre de Umbañ U Kset et forme un groupe, le West African Cosmos[9]. A la guitare lead et aux chœurs, Wasis Diop co-écrit deux des trois morceaux enregistrés en 1975 sur Umbañ et Wac («Tuti La Ma Nan» et «Abel Jassy») puis trois pour un album sorti l’année suivante[10]. En 1996, il confiait à propos de la musique du West African Cosmos[5]:
« Nous étions alors la seule formation composée essentiellement d'Africains qui faisait quelque chose d'un peu différent par rapport à ce que l'on entend d'habitude chez les musiciens venus d'Afrique. […] Jimi Hendrix venait de mourir et nous étions tous un peu orphelins. Il fallait absolument retrouver autre chose, car personne ne pouvait imaginer que le rock allait survivre à ce fantastique guitariste. Après un album enregistré sur Sony Music Entertainment, nous avons tourné avec des groupes phares de l'époque, comme Soft Machine[5]. »
Wasis Diop vit depuis les années soixante-dix entre la France et le Sénégal et travaille avec des artistes de tous les continents sur des projets musicaux très divers[1]. Il a par exemple œuvré aux côtés du saxophoniste d’avant-garde japonais Yasuaki Shimizu et avec le producteur jamaïcain de dub Lee Scratch Perry. Il a aussi composé et co-produit deux albums avec Amina Annabi, notamment celui du titre C’est le dernier qui a parlé… qu’elle a interprété en 1991 pour représenter la France lors du concours Eurovision[6].
Compositeur atypique, Wasis Diop étonne en mélangeant cornemuse et kora – une harpe traditionnelle à 21 à cordes mandingue –, guitare électrique et voix traditionnelles du Sénégal dans son album No Sant. Sur Toxu, il signe avec le morceau DéFaal Lu Wor une superbe adaptation de Once In A Lifetime des Talking Heads. Véritable explorateur des musiques du monde[1], Wasis Diop mélange des sonorités africaines avec celles de traditions arabe et celte autant qu’avec de la pop ou des productions électroniques.
Ses textes sont engagés sur de nombreux fronts dont l'immigration et l'écologie. Ils sont soutenus par une voix et des musiques prenantes.
Wasis Diop compose aussi pour le cinéma. Il est l’auteur de tout ou partie de la musique d’une quarantaine de films, notamment deux bandes originales pour des réalisations de son frère aîné Djibril Diop Mambéty (Hyènes et La Petite Vendeuse de soleil) et plusieurs pour celles de Mahamat-Saleh Haroun.
Sa chanson Everything... Is Never Quite Enough illustre plusieurs plans du film L'Affaire Thomas Crown de John McTiernan, sorti en 1999.
En 2024, Felwine Sarr évoque dans Le boudhisme est né à Colobane ce que son écriture doit à celle de Wasis Diop et à sa musique[11].
En 2025, pour célébrer trois décennies de collaboration depuis l' album No Sant, Wasis Diop et l’arrangeur Olivier Delevingne ont sorti Dakar-St Germain express.
Cinéma
modifierAziz Diop Mambéty apparaît au cinéma en 1970 dans Badou Boy, film que réalise son frère Djibril. Il interprète un des premiers rôles de ce moyen métrage en 16 mm et il en est le photographe du plateau[1].
Homme d’image et artiste pluridisciplinaire, Wasis Diop signe en 1973 tout à la fois les décors, les costumes et la photographie du long métrage Touki Bouki. Le film, écrit, produit et réalisé par Djibril Diop Mambéty reçoit à sa sortie en 1973 le Prix de la critique internationale lors du festival de Cannes. Deux ans plus tard, si Aziz Diop Mambéty interprète encore un des rôles principaux du court-métrage de Ben Diogaye Béye, Les princes noirs de Saint-Germain-des-Prés, il se consacre désormais à la musique.
Il ne retourne sur les plateaux de cinéma que pour jouer sous la direction de Mama Keïta dans Le onzième commandement (sorti en 1998)[12] puis dans Fleurs de sang (2002) d’Alain Tanner.
Derrière la caméra, Wasis Diop réalise en 2018 le film 17 rue Jules Ferry en hommage à Joe Ouakam[13], artiste et ami dont il a aussi organisé en 2010 une exposition de l’œuvre à Dakar, La Cour de Joe Ouakam[14].
Filmographie
modifierCompositeur
modifier- 1986 : N'tturudu d'Umbañ U Kset
- 1992 : Hyènes de Djibril Diop Mambety
- 1992 : Samba Traoré d'Idrissa Ouedraogo
- 1992 : Yalla yaana de Moussa Sène Absa
- 1998 : TGV de Moussa Touré
- 1998 : Tourbillon de S. Pierre Yameogo
- 1999 : La Petite Vendeuse de soleil de Djibril Diop Mambety
- 2001 : Les Couilles de l'éléphant
- 2002 : L'Amour interdit (téléfilm) de Jacques Malaterre
- 2002 : Le Prix du pardon de Mansour Sora Wade
- 2004 : Un amour d'enfant de Ben Diogaye Bèye
- 2005 : Delwende, lève-toi et marche de S. Pierre Yameogo
- 2005 : Le Sifflet (court métrage) d'As Thiam
- 2006 : Daratt de Mahamat-Saleh Haroun
- 2010 : Un homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun
- 2011 : Indochine, sur les traces d'une mère (documentaire) d'Idrissou Mora Kpai
- 2011 : Yoole (documentaire) de Moussa Sène Absa
- 2013 : Grigris de Mahamat-Saleh Haroun
- 2014 : Une simple parole de Khady Sylla et Mariama Sylla
- 2015 : Cellule 512 de Missa Hébié
- 2017 : Une saison en France de Mahamat Saleh Haroun
- 2017 : Adieu à l'Afrique (documentaire) de Pierre-Alain Meier
- 2021 : Lingui, les liens sacrés de Mahamat-Saleh Haroun
Réalisateur
modifier- 2010 : Bintou Wéré, les échelles de l'espoir (documentaire)
- 2012 : Joe Ouakam (court métrage documentaire)
- 2018 : 17 rue Jules Ferry (documentaire sur Joe Ouakam)
- 2018 : Une Afrique fantome (documentaire)
Discographie
modifierAlbums
modifier- 1995 : No Sant
- 1998 : Toxu
- 2003 : Everything Is Never Quite Enough
- 2008 : Judu bék
- 2014 : Sequences
- 2021 : De la glace dans la gazelle
- 2025 : Dakar-St Germain express
Album de musiques de film
modifier- 1992 : Hyènes
Single
modifier- 1996 : African Dream (feat. Lena Fiagbe)
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 Thierno Ibrahima Dia, « Wasis Diop, défricheur », sur Africultures, (consulté le )
- ↑ (en) Internet Movie Database, « Touki Bouki: distribution et équipe technique », sur IMDB
- ↑ (en) Djia Mambu, « Touki Bouki: The greatest African film ever? », sur BBC Culture, (consulté le )
- ↑ Fadel Lo, « En aparté avec Wasis Diop, musicien », Le Témoin, no 1157, (lire en ligne)
- 1 2 3 Patrick Labesse, « Wasis Diop, guitariste et globe-trotter », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Sabine Cessou, « “De la glace dans la gazelle”, le nouvel album de Wasis Diop », sur Radio France internationale, (consulté le )
- ↑ Bk/AD/APS, « Afrique de l'Ouest: L'Opéra du Sahel est une suite de l'histoire de Samba le berger, selon Wasis Diop », sur AllAfrica, (consulté le )
- ↑ Sabine Cessou, « Biennale de Dakar: trois films de Wasis Diop à l’affiche », sur Radio France internationale, (consulté le )
- ↑ Nago Seck, « Ubañ Ukset », sur Afrisson, (consulté le )
- ↑ « West African Cosmos », sur Discogs (consulté le )
- ↑ Gomistisio, « «Le bouddhisme est né à Colobane»: Felwine Sarr s'interroge sur les mystères existentiels », sur sunuculture, (consulté le )
- ↑ Olivier Barlet, « Le 11ème commandement de Mama Keïta (critique) », (consulté le )
- ↑ « Cinéma: "17 Rue Jules FERRY", un documentaire de Wasis DIOP en hommage à Joe Ouakam », sur senxibar.com, (consulté le )
- ↑ « Joe Ouakam », sur biennaledakar.org (consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- (en) Simon Broughton, Mark Ellingham et Richard Trillo, World Music. The Rough Guide, Rough Guides, 1999, p. 629-630 (ISBN 1858286352)
- Patrick Labesse, « Wasis Diop, guitariste et globe-trotter », Le Monde,
Liens externes
modifier- Site officiel
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressources relatives à la musique :