Wilaya III historique
La wilaya III historique est l'une des sept wilayas de la guerre d'Algérie, située en Kabylie[1].
| Wilaya III historique | |
Wilaya III historique. | |
| Administration | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Kabylie |
| Wali | Krim Belkacem, Saïd Mohammedi, Mohand Ameziane Yazourene, Amirouche Aït Hamouda, Amar Ouamrane Abderrahmane Mira, Mohand Oulhadj. |
| Wilaya depuis | |
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Aperçu
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Géographiquement, la wilaya III historique s'étendait de Boumerdès à Oued Agrioune de Souk El Tenine sur le bord de la Méditerranée ; à l'Est, de Souk El Tenine à Sétif en suivant le tracé de la RN9 jusqu'à Boussâada ; au sud, de Boussâada à Sour El-Ghozlane et Bouira ville et à l'ouest, de Bouira à Boumerdès via Lakhdaria[2].
Population
modifierC'est une wilaya historique dont la densité de la population kabyle autochtone est grande, alors que la population européenne est faiblement implantée.
Atouts révolutionnaires
modifierL'homogénéité culturelle berbère de cette wilaya historique (sauf dans ses marges arabophones de M'sila et Bou Sâada), ainsi que la précocité de l'implantation du nationalisme algérien dans la Kabylie, ont fait que les natifs de la région, qu'ils soient résidents ou émigrés en France dans l'entre-deux-guerres, ont grandement participé au succès de la guerre pour l'indépendance de l'Algérie .
Histoire
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Organisation
modifierL'organisation de la wilaya III repose sur un découpage en 4 zones (ou mintaqa); chacune des zones comprend les régions (ou nahia) suivantes[3],[4] :
- Pour la zone 1 : Sétif, Bordj Bou Arreridj, Bougaa, Seddouk, Amizour, Bouandas, Azrou n'Bechar, Barbacha, Guenzet, Beni Ourtilane, Ait Aidel ;
- Pour la zone 2 :Béjaïa, El Kseur, Sidi-Aïch, Ighzer Amokrane, Ifri, Akbou, Tazmalt, Akfadou, Bouira, Adekar, Beni Ouagag, Melouza, Sidi Aïssa, Sour El Ghozlane, Laksour, Driate ;
- Pour la zone 3 (ne pas confondre avec la dénomination de la wilaya avant 1956) : Tizi Ouzou, Azazga, Yakouren, Azeffoun, Aïn El Hammam, Laarba n'Aït Iraten, Mekla, Illoulen, Illilten, Aït Djennad;
- Pour la zone 4 : Bordj Menaïel, Dellys, Draa El Mizan, Thénia, Zemmouri, Boghni, Djurdjura (versants nords), Naciria, Baghlia, Lakhdaria.
Le PC de la wilaya fut initialement installé dans le village Mezouara. début 1956, après d'intenses bombardements, Mezouara, partiellement détruite, fut évacuée et déclarée Zone Interdite. Les habitants s’installèrent dans les villages voisins, voire plus loin (Sidi-Aich, Alger…) et le PC fut transféré à Tamda Tazegzawt dans le Massif de l'Akfadou et ensuite à Bounaâmane (Zekri)[réf. souhaitée]. Le village de Aït-Ouabane est répertorié comme ayant été le siège du PC de la wilaya jusqu'en décembre 1957[5]. Salah Mekacher mentionne les déplacements du PC de la wilaya « de Tamgout à Akfadou en passant par Bounamane et en y revenant »[6]. Un membre du PC de la wilaya mentionne le transfert, en juin 1961 du PC, situé auparavant à Bounamane (Zekri), vers le mont de l'Akfadou[7].
De la zone 3 à la wilaya III
modifierConnue précédemment sous le nom de Zone 3 alors sous l'autorité de Krim Belkacem, la wilaya III est officiellement créée en août 1956 lors du congrès de la Soummam. À cette occasion, Krim Belkacem obtiendra le passage sous son autorité de territoires supplémentaires dans le nord-Constantinois[4] avec en particulier la ville de Sétif ; en contrepartie, la wilaya s'engage à « tout faire pour rendre servcie » à la wilaya I et la wilaya II[8].
En 1955 et 1956, la zone 3 est impliquée dans les rivalités entre le Front de libération nationale (FLN) et le Mouvement national algérien (MNA). Elle est à l'origine de massacres de civils dans les régions de Sidi Aïch, Oued Amizour et Seddouk, sans qu'il soit réellement établi si les victimes étaient réellement des partisans du MNA ou simplement des personnes hostiles au FLN. Dans la nuit du 13 au 14 avril 1956, devenue la Nuit rouge de la Soummam, tous les habitants de la dechra Ifraten (parfois dénommée douar Ioun Dagen[8]), qui compte alors de 490 à 1 200 habitants, soupçonnés de se rallier aux autorités françaises, sont égorgés par des hommes placés sous le commandement du lieutenant Ahmad Feddal dit Si H’mimi, placé lui-même sous l’autorité d’Amirouche. Après ce massacre, les villages à proximité se sont ralliés à l'armée française et ont, de fait, été interdits à l'armée de libération nationale (ALN) jusqu'en 1960[4].
La responsabilité d'Amirouche dans le bain de sang de la nuit rouge est reconnue par d'anciens responsables du FLN[9], alors même que lors du congrès de la Soummam, bien que sa destitution est demandée, Krim Belkacem s'élève contre cette accusation et protège son adjoint[4].
La période verra l'échec pour l'armée française d'une tentative de création d'un « anti-maquis » à partir de la commune d'Iflissen: l'opération baptisée « Force K » (comme Kabylie), ensuite dénommée « Opération Oiseau bleu », sera un véritable fiasco, le FLN ayant gardé depuis le début le contrôle de la situation. Slimane Dehilès, futur commandant de la wilaya IV, participe aux opérations d'infiltration. Après avoir monté une embuscade le 1er octobre 1956, les hommes de l'anti-maquis rejoignent le FLN, emportant un lot important d'armement. En représailles, l'armée française lance l'«opération Djenad» du 9 au 12 octobre 1956 avec un effectif de 10 000 hommes. Selon Camille Lacoste-Dujardin, le bilan se monte « à près de 130 morts (...) dont 108 ou 116 côté maquisards »[10],[4].
Saïd Mohammedi, le massacre de Melouza (1956-1957)
modifierSaïd Mohammedi est désigné responsable de la wilaya III à l'issue du congrès de la Soummam, avec le grade de colonel. Avec l'un de ses adjoints le sous-lieutenant Abdelkader Bariki, dit Sahnoun, il est à l'initiative du massacre de Melouza, commis le 28 mai 1957, perpétré envers des Algériens soupçonnés de soutenir le mouvement messaliste. Le bilan est de 301 hommes et adolescents exécutés[4].
La période Amirouche et l'épisode de la bleuïte (1957-1959)
modifierPromu au grade de commandant, Amirouche succède à Saïd Mohammedi après l'intérim de Mohand Ameziane Yazourene et prend la tête de la wilaya III à l'été 1957. C'est en 1958-1959 qu'une vaste opération d'intoxication, connue sous le nom de bleuïte, est menée par les services secrets français ; elle aura des conséquences dramatiques dans les rangs des combattants et des cadres de la wilaya : Amirouche, convaincu que le maquis est infiltré par des agents doubles alors qu'il s'agit d'une manipulation orchestrée par le capitaine Paul-Alain Léger, procède à l'exécution de présumés traitres, tant parmi les soldats que parmi les officiers. Selon Mohand Oulhadj et Abderrahmane Mira, l'usage de la torture est alors fréquent : « perforation des membres à la baïonnette, arrachage des ongles, coupure des oreilles et du sexe, introduction de bâtons dans l'anus, aiguilles dans les yeux, etc. »[4].
Le bilan est désastreux : si on découvre des charniers, que ce soit dans la forêt de l'Akfadou (plus de 400 cadavres) ou dans le mont Tamgout (de 200 à 300 cadavres), il est estimé que le nombre de morts est d'environ 2000, soit de 6 à 25 % des effectifs de la wilaya. Le deuxième Bureau estimera alors qu'« il est matériellement impossible à l'adversaire de remplacer ces pertes par du personnel de même valeur »[4].
La wilaya III, avec Amirouche, est à l'initiative d'une réunion inter-wilayas qui s'est tenue du 6 au 12 décembre 1958. Elle associe les responsables des wilayas I, II, IV et VI, fait suite en particulier aux problèmes d'approvisionnement en armement et met en accusation le GPRA. Lorsque le GPRA convoque les responsables des wilayas à Tunis, c'est Amirouche et Si El Haouès qui y sont envoyés. Ils tombent alors dans une embuscade et sont abattus le 28 mars 1959. Selon plusieurs sources, ils sont victimes d'une machination, l'armée française ayant été informée de leur itinéraire et de la date de leur voyage[4],[11],[12].
Mort d'Amirouche et succession, Plan Challe (1959-1962)
modifierLes effets du Plan Challe (février 1959 - avril 1961), tout particulièrement l'opération Jumelles, sont dévastateurs pour la wilaya. Hocine Zahouane écrit qu'« il serait absurde de ne pas avouer que l'opération "Jumelles" nous a infligé des pertes sérieuses, sinon considérables. Une bonne partie des meilleurs cadres et du matériel ont été perdus ». Hamel Lamara, député de 1962 à 1965, indique qu'« en deux à trois mois (...), la wilaya III a perdu des dizaines de milliers d'hommes (...) au lieu de 5000 en 14 mois. A la fin de l'opération "Jumelles", (...), nous nous sommes retrouvés avec des effectifs presque nuls »[8]. Selon Nedjib Sidi Moussa[4], Les autorités françaises donnent le bilan suivant : « 2995 maquisards tués, 898 prisonniers, 136 ralliés et 1592 membresde l'organisation politico-administrative arrêtés ». Djoudi Attoumi estime qu'« en l'espace de six mois, les trois quarts des effectifs de la wilaya furent perdus »[13].
Amirouche meurt au combat le 28 mars 1959, ce qui provoque un conflit de succession entre Mohand Oulhadj et Abderrahmane Mira pour prendre la tête de la wilaya. En septembre 1959, devant la situation très dégradée dans la wilaya, des officiers, dont Sadek Ferhani et Allaoua Benyaya (le nom de Allaoua Zioual, au lieu de Allaoua Benyaya, est plus souvent cité[4],[13]) , se réunissent dans un format appelé le congrès des officiers libres et demandent le départ d'Abderrahmane Mira, alors à la tête de la wilaya et en informent le gouvernement provisoire algérien (GPRA). Des négociations ont lieu mais finalement la mort de Mira et son remplacement par Mohand Oulhadj viennent clore cet épisode[8].
La wilaya et la fin de la guerre (1962)
modifierÀ l'aube de l'indépendance, devant la crise entre le GPRA et l'État-major général (EMG), Mohand Oulhadj prend position en faveur du GPRA et rompt ainsi avec l'EMG le 3 avril 1962. L'EMG conteste la signature par Krim Belkacem des accords d'Evian, amenant à la crise de l'été 1962. Malgré les prises de position des chefs des wilayas II, III, IV et de la Fédération de France du FLN (parfois appelée wilaya VII), ces derniers se retrouvent isolés quand le GPRA doit s'effacer devant l'avancée de l'armée des frontières[4].
Avant-garde révolutionnaire
modifierLa Kabylie, englobant le périmètre de cette wilaya historique, est la première organisation régionale du Front de libération nationale, à cause de sa densité humaine et sa concentration en militants. La Kabylie donnera à la Wilaya 2, un colonel : Didouche Mourad. À la wilaya 4, quatre colonels : Amar Ouamrane, Slimane Dehiles, Si Mhamed Bouguara, né à Miliana mais originaire de Petite Kabylie (Nord de Sétif), et enfin Salah Zaamoum.
Effectifs
modifierCette wilaya historique comptait aux débuts de la Révolution algérienne environ 450 hommes armés. Elle fournira, à plusieurs occasions des unités de combattants pour aider les wilayas limitrophes. En , elle organise le congrès de la Soummam et devient ensuite la wilaya la plus active dans la guerre.
En août 1957, un rapport d'Abane Ramdane à l'intention du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) évalue l'effectif de la wilaya III à environ 12 000 hommes tout en déplorant qu'elle n'aie reçu à ce jour que 2000 armes de guerre environ[8]. À l'automne 1957, l'armée française estime, elle, que le nombre de maquisards est de 4000 hommes, munis de 1200 armes de guerre[4].
Chefs
modifier| Début | Fin | Image | Colonel |
|---|---|---|---|
| Krim Belkacem | |||
| Saïd Mohammedi | |||
| Mohand Ameziane Yazourene | |||
| Amirouche Aït Hamouda | |||
| Abderrahmane Mira | |||
| Mohand Oulhadj |
Articles connexes
modifierRéférences
modifier- ↑ « Cahiers des groupes Reconstruction », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ « Hérodote : stratégies, géographies, idéologies », sur Gallica, (consulté le ).
- ↑ Benjamin Stora et Mohammed Harbi, La Guerre d’Algérie, Paris, éditions Hachette Littérature, 2006.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Tramor Quemeneur (dir.), Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault, Dictionnaire de la guerre d'Algérie, Paris, éditions Bouquins, , 1424 p., 20 × 13,4 cm (ISBN 978-2-38292-306-1, présentation en ligne)
- ↑ Ath Ouabane Célébration du 11 décembre 1957 et 1960 – Bouderbali au PC de la Wilaya III, site depechedekabykie.com, 13 décembre 2016.
- ↑ Au PC de la wilaya III site depechedekabylie.com, 2 mars 2008.
- ↑ Si Ouali Aït Ahmed ancien officier de l’ALN - Dans les maquis de la wilaya III, site lexpression.dz, 23 septembre 2023.
- 1 2 3 4 5 Mohammed Harbi, Le FLN, mirage et réalité des origines à la prise du pouvoir (1945-1962), éditions Syllepse, 2024.
- ↑ Ali Guenoun, « Mémoire et guerre d’Algérie : quand des maquisards (ré)écrivent le(ur) passé », L'Année du Maghreb, no I, , p. 519–531 (ISSN 1952-8108, DOI 10.4000/anneemaghreb.335, lire en ligne).
- ↑ Charles-Robert Ageron (dir), La guerre d'Algérie et les Algériens - 1954-1962, éditions Armand Colin, 1996.
- ↑ Arezki, Saphia. « Chapitre 2. La frontière tunisienne, berceau de l’ANP ». De l’ALN à l’ANP, Éditions de la Sorbonne, 2022.
- ↑ Henri-Christian Giraud, Algérie : le piège gaulliste : histoire secrète de l'indépendance, Paris, Perrin, 2022.
- 1 2 Djoudi Attoumi, Témoignage de guerre - Le lieutenant ZIOUAL Allaoua, un officier de la lignée du colonel Amirouche, in Revue d’histoire méditerranéenne, Numéro 02, juin 2020.