Le terme « womyn-born-womyn » (acronyme : WBW ; litt. "femmes nées femmes", dont le terme women a volontairement été orthographié différemment[Quoi ?] pour le décentrer du terme men, c'est-à-dire homme) a été introduit lors de la deuxième vague féministe. Il désigne les femmes assignées femmes à la naissance, élevées comme des filles et qui s'identifient comme des femmes. Ce mouvement exclut donc les femmes transgenres. Les troisième et quatrième vagues du féminisme ont généralement abandonné le concept de WBW.

Les événements et organisations qui choisissent d'appliquer une politique d'accès WBW interdisent l'accès à toute personne assignée homme à la naissance : hommes cisgenres, femmes transgenres et garçons au-delà d'un certain âge.

Deuxième vague féministe

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Le terme womyn-born-womyn a gagné en popularité durant le mouvement de la deuxième vague féministe. En 1978, la Lesbian Organization of Toronto adopte une politique strictement WBW en réponse à la demande d'admission d'une femme transgenre s'identifiant comme une lesbienne[1]. La politique WBW considérait que l'expérience féminine au cours de la vie pouvait uniquement être vécue par quelqu'un qui avait toujours été perçu comme femme. L'intention était de créer un espace uniquement pour les femmes, défini non pas par l'identité mais par l'expérience, ce qui a mené à exclure les femmes trans.

Parmi les partisans anti-trans de cette deuxième vague féministe, on retrouve notamment Janice Raymond, Robin Morgan, Germaine Greer, Andrea Dworkin et Mary Daly, qui étaient également adeptes du concept WBW. Ces politiques ont créé des controverses et des débats scientifiques.

Le livre The Transsexual Empire (1979) de Janice Raymond est souvent considéré comme une œuvre caractéristique de ce mouvement[2]. Julia Serano le qualifie de "laïus anti-trans". Ce livre part du principe que les femmes trans sont des hommes privilégiés qui n'auraient pas eu à vivre les oppressions patriarcales. Il affirme : "Nous savons qui nous sommes. Nous savons que nous sommes des femmes qui sont nées avec des chromosomes XX et une anatomie féminine, et que nous soyons ou non socialisées à être ce que l'on appelle des femmes normales, le patriarcat nous a traité et nous traitera comme de femmes. Les transsexuelles n'ont pas vécu la même expérience."[réf. souhaitée] L'ouvrage qualifie par ailleurs les chirurgies de réassignation des femmes trans à un acte de viol, en tant qu'appropriation des corps féminins[2].

Comme Janice Raymond, Sheila Jeffreys critiquait également les femmes trans de façon virulente, avançant que les caractéristiques féminines qu'elles adoptaient étaient simplement celles que les femmes doivent adopter pour éviter la punition du patriarcat. Elle pensait que les femmes trans adoptaient des attitudes clichées renforcées par le patriarcat et qui étaient des signaux politiques de l'oppression des femmes (voir construction sociale du genre)[3].

Judith Butler (considérée comme la "théoricienne la plus importante" de la troisième vague féministe), bien qu'opposée aux politiques WBW, est pourtant souvent utilisée comme argument en leur faveur par les féministes modernes de la deuxième vague. Dans son livre Trouble dans le genre (1990), on trouve une discussion sur la différence entre performativité et performance, que les féministes de la deuxième vague utilisaient pour exclure les femmes trans sous prétexte que leur performativité au travers de la reproduction de normes de genres, qui n'est "réelle que si elle est performée", un argument utilisé pour séparer les femmes selon leur expérience[4].

Perspectives de la troisième et quatrième vague féministe

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Julia Serano critiquait vivement le concept de WBW et le qualifiait de transmisogyne[5]. Elle soulevait un double standard : les hommes trans sont autorisés à entrer dans les espaces WBW, mais pas les femmes trans. Cela revient à traiter les hommes trans comme s'ils étaient des femmes. Serano qualifie le concept de WBW comme intrinsèquement sexiste envers les femmes, ce qui va à l'encontre l'idée même du féminisme[5]. D'après elle, interdire la présence des femmes trans non opérées est phallocentrique, objectifie les femmes trans, et ne concorde pas au fait que les femmes butch sont tolérées dans la communauté féministe malgré leur masculinité. Si les femmes peuvent transcender leur socialisation, elle avance que les femmes assignées homme à la naissance peuvent faire de même. Elle ajoute à cela que dire des femmes trans qu'elles ont une sorte d' "énergie masculine" unique, parce qu'elles ont été socialisées comme des hommes, est en fait accepter l'idée que les hommes auraient des capacités que les femmes n'ont pas, ce qui est anti-féministe.

L'autrice Nadia Khayrallah considère le concept de WBW en contradiction avec lui-même. Elle interroge : comment peut-on choisir de s'identifier comme une "womyn" (alternatif au terme woman, femme), mais ensuite invoquer le déterminisme biologique en affirmant que l'on naît "womyn"[4] ?

Espaces réservés au femmes

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Un espace réservé aux femmes (ou espace women only) est un endroit où seules les femmes sont acceptées, généralement pour profiter d'un espace sans avoir à interagir avec des hommes. Historiquement et globalement, de nombreuses cultures ont eu, et ont toujours, une forme d'isolement des femmes. Des organisations ou événements appliquant une politique WBW excluent spécifiquement les femmes trans de ces espaces, limitant l'accès aux seules femmes cis. Ces pratiques d'exclusion reflètent une compréhension contestée de la féminité et ont été critiquées comme des vecteurs de transphobie et une incapacité à reconnaitre la diversité des expériences de vies des femmes.

Notes et références

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  1. (en) Ace Buck et Riley Witt, Education and Women Empowerment, ED Tech Press, (ISBN 978-1-83947-219-0, lire en ligne), p. 73
  2. 1 2 (en) Mimi Marinucci, Feminism is Queer: The intimate connection between queer and feminist theory, Bloomsbury Publishing, (ISBN 978-1-78032-023-6, lire en ligne), p. 66
  3. (en) Irene Zempi et Jo Smith, Misogyny as Hate Crime, Routledge, (ISBN 978-1-000-43034-9, lire en ligne), p. 14
  4. 1 2 (en) Nadia Khayrallah, « Born a Womyn?: Lisa Vogel’s Paradigm for Transgender Exclusion », The Morningside Review, vol. 11, (ISSN 2333-6536, lire en ligne, consulté le )
  5. 1 2 Nóra Máthé, « The Double-Edged Sword of Passing: A Transgender Woman in Julia Serano's Whipping Girl », dans Encompassing Passing: Identities in the Making, Peter Lang, , 59–68 p. (ISBN 978-3-631-81264-8, lire en ligne)

Liens externes

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Voir aussi

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