Yvonne Pagniez
Yvonne Pagniez, née le à Cauroir et morte le à Paris 14e, est une écrivaine, journaliste et résistante française.
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Yvonne Marie Louise Augusta Pagniez |
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Biographie
modifierElle naît en 1896 à Cauroir, petite ville du Nord, proche de Cambrai. Elle est fille d'Auguste Pagniez, fabricant de sucre (1866-1921) et de Marguerite Risbourg (1869-1951). Elle est reçue au baccalauréat et se prépare à étudier la philosophie quand éclate la Première Guerre mondiale.
Pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918)
modifierÉvacuée en Savoie avec sa mère et ses sœurs, elle devient infirmière pour assister les blessés du front évacués vers l'intérieur. En 1918, le Renseignement militaire la remarque pour sa maîtrise de l'allemand et être originaire du Nord, ce Département qui est alors occupé par l'armée allemande. Elle accepte d'être formée dans le but de servir d'agent de renseignement en zone occupée. Elle n'informe pas sa famille de cette décision et prétexte une mission pour la Croix-Rouge pour rejoindre une maison à Ferney-Voltaire occupée par le 2e bureau de l'État-major des Armées. On lui enseigne en cinq jours à savoir collecter, rédiger, dissimuler et transmettre les renseignements et à vivre en autonomie dans la clandestinité[1]. Cependant, sa mission est annulée au dernier moment par l’armistice du 11 novembre 1918. Cette formation lui sera utile vingt ans plus tard dans la Résistance.
Pendant l'entre deux guerres
modifierAprès la guerre, elle reprend ses études de philosophie à Paris. En 1925, elle se marie avec Philippe Pagniez -parent éloigné- médecin et chercheur des Hôpitaux de Paris, qui sera élu membre de l'Académie des sciences pour la section de médecine le [2].
Dans l'entre-deux-guerres, elle séjourne régulièrement sur la côte bretonne à Plougonvelin et elle commence à écrire, avec Ouessant en 1935, puis Pêcheurs de goémon en 1939, romans qui se déroulent dans le Finistère.
A cette époque elle est membre de l'Union féminine civique et sociale, un mouvement qui se rapproche de la morale et des valeurs chrétiennes qu'elle défendra tout au long de sa vie.
Pendant la Seconde Guerre mondiale
modifierLa Seconde Guerre mondiale va marquer un tournant dans sa vie. Dès la déclaration de guerre, elle participe à la formation d'équipes de la Protection civile pour prévenir les attaques aux gaz. En , elle reste à Paris et fait connaître sa disponibilité aux officiers du renseignement militaire qui s'apprêtent à évacuer la capitale. Elle entre en résistance avec son mari Philippe dès cette année-là. Elle crée un réseau entre le Nord, Paris et le Finistère, qui sera rattaché à l'Organisation civile et militaire (OCM-Centurie)[3] et en 1942 au SR-Kleber[4]. Elle organise notamment des filières d'évasion. En 1944, Yvonne Pagniez fut l'une des organisatrices du système de liaisons des FFI parisiens autour de Pierre Lefaucheux, chef des FFI du département de la Seine[5]. Elle recrutait notamment les agentes féminines employées pour les liaisons et conçut un dispositif de franchissement clandestin de la Seine par des passeurs en barque dans l'hypothèse où les ponts seraient interdits.
Après presque quatre années d'activité[6], elle est arrêtée à son domicile parisien à 4h du matin dans la nuit du 3 au 4 juin 1944[7], après le coup de filet du contre l'État-major FFI d'Ile-de-France[8]. Elle est internée à la prison de Fresnes puis déportée depuis la gare de Pantin le (convoi I.264 dit « convoi des 57000 ») au camp de concentration de Ravensbrück. Dans ce convoi, elle se trouve dans le même wagon que Suzanne Leclézio et Yvonne Ziegler. De Ravensbrück, elle est d'abord transférée au kommando de Torgau. Le , 250 déportées de Torgau sont renvoyées à Ravensbrück par mesure disciplinaire. Durant le trajet, le convoi s'immobilise un moment au nœud ferroviaire de Jüterbog (Brandenbourg), au sud de Berlin. Profitant de ce moment d’attente, Yvonne Pagniez et Anne-Françoise Perret-Gentil (1900-1993)[9] parviennent à s'échapper par une fenêtre du wagon à bestiaux qu’elles ont pu dégager. Yvonne Pagniez rejoint Berlin à pied sous les bombardements alliés. Elle passe plusieurs nuits dans un centre d'accueil de l'Église évangélique à Berlin[7]. Pendant un mois elle y survit grâce aux secours de civils allemands et de militaires français prisonniers. Puis elle traverse l'Allemagne vers le sud pour tenter de rejoindre la Suisse. Elle est reprise in extremis sur le lac de Constance où elle est internée dans la prison de la ville. Le juge de Konstanz, malgré les soupçons de la Gestapo, la condamne seulement à quelques mois de prison au lieu de la renvoyer dans un camp de concentration[7]. Transférée à la prison de Schwäbisch Gmünd, elle est libérée quelque temps avant l'entrée des troupes américaines, le . À la fin de la guerre, elle reçoit le grade de sous-lieutenant et de hautes distinctions (chevalier de la Légion d’honneur, Croix de guerre et médaille de la Résistance, médaille de la Déportation…). Le général de Gaulle lui a rendu hommage en « une résistante de la première heure qui a organisé, de sa propre initiative, un réseau de renseignements ». Elle a écrit sur cette période dans trois livres successifs : Scènes de la vie du bagne, Évasion 44 et Ils ressusciteront d'entre les morts. Évasion 44, son ouvrage le plus connu qui est paru en 1949, a notamment reçu le Grand prix du roman de l'Académie française.
Après la guerre
modifierEn 1948, elle se lie d'amitié avec Hanna Reitsch, une aviatrice allemande célèbre en tant que pilote d'essai des prototypes d'avions d'avant et pendant le conflit et détentrice de quarante records aéronautiques. Cette notoriété fit de Reitsch l'égérie du régime nazi et une proche d'Adolf Hitler. En 1952 Yvonne Pagniez traduit en français son ouvrage Fliegen, mein Leben sous le titre Aventures en plein ciel, du planeur à l'avion-fusée pour lequel elle signe la préface. En 1980, un an après le décès d'Hanna Reitsch, le quotidien Le Monde publie une mise au point d'Yvonne Pagniez sur le sujet polémique de l'engagement d'Hanna Reitsch dans le nazisme[10].
Après le décès de son mari en 1947, elle part comme correspondante de guerre en Indochine, puis en Algérie. Ses articles sont publiés dans Le Journal de Genève, la Revue des Deux Mondes et Les Études. Ses deux séjours à travers toute l'Indochine française en 1951 et 1952, sont rendus possibles grâce à l'appui direct du général Jean de Lattre de Tassigny, haut-commissaire en Indochine à cette époque. À l'issue de ces reportages à travers le Viêt Nam, le Laos et le Cambodge, paraît Français d'Indochine (1953) où elle dépeint les opérations militaires et une société coloniale qui vit son crépuscule. Elle va écrire d'autres ouvrages sur cette guerre lointaine et oubliée dans lesquels elle traite aussi bien des évènements liés à ce conflit, que des pays et des habitants de la péninsule indochinoise. Dans Naissance d'une nation : choses vues au Vietnam (1954), elle appelle à un Viêt Nam souverain allié à la France et débarrassé du communisme. Mais la défaite de Ðiện Biên Phủ en , annonce la fin de la présence française en Indochine et en Asie du Sud-Est. Elle vit cette défaite de près au cours de son troisième séjour en Indochine entre mars et ; l'Armée de l'air l'autorise exceptionnellement à embarquer à bord d'un bombardier B-26 Marauder en mission sur Ðiện Biên Phủ et à bord des transports de troupes DC-3 Dakota en missions sur le Laos[11],[12].
Elle accomplira dans cette même décennie une série de reportages en Algérie et dans le Sahara en suivant la même ligne éditoriale.
Elle se retire ensuite à Plougonvelin en Bretagne, à proximité de l’île d’Ouessant, pour, dit-elle « goûter la solitude et la vérité de la mer ». Elle reviendra à Cauroir, sa ville natale, le pour inaugurer une rue qui porte son nom[3].

Yvonne Pagniez meurt le dans le 14e arrondissement de Paris[13]. Elle est inhumée à Cambrai, dans le cimetière de la Porte de Paris[14].
En 2005, son roman Pêcheur de goémon est adapté en Bretagne par Goulc'han Kervella sous le nom Gwerz ar vezhinerien pour un spectacle son et lumière joué par la troupe de théâtre Ar Vro Bagan.
En 2017, l'école de Cauroir est rebaptisée du nom d'Yvonne Pagniez en présence de sa famille.
Distinctions
modifierDécorations
modifierRécompenses
modifier- Prix Montyon (1936)
- Prix Marcelin-Guérin (1940)
- Prix Durchon-Louvet (1947)
- Grand prix du roman de l'Académie française (1949)
Œuvres
modifier- Ouessant, 1935, prix Montyon de l'Académie française en 1936[16]
- Pêcheur de goémon, 1939, prix Marcelin Guérin de l'Académie française en 1940[16]
- Scènes de la vie du bagne, 1947, prix Durchon-Louvet de l’Académie française en 1947[16]
- Évasion 44, Grand prix du roman de l'Académie française en 1949[16]
- Ils ressusciteront d'entre les morts, 1949
- Ressemblance et effort, 1981
- Ouvrages écrits sur l'Algérie
- Françaises du désert, 1952
- Oasis sahariennes, 1952
- Articles et ouvrages écrits sur l'Indochine
- Tourane, poumon du centre-Vietnam, Revue des Deux Mondes, , 123-135 p.
- La guerre du caoutchouc, Hommes et mondes, Revue des Deux Mondes, , 501-519 p.
- Français d'Indochine, 1953
- La guerilla en Indochine, Revue des Deux Mondes, , p. 294
- Naissance d'une nation : choses vues au Vietnam, 1954
- La guerra de Indochina y el Vietnam rojo (en espagnol), 1954
- Aspects et conséquences de la guerre en Indochine, 1954
- Le Viet Minh et la guerre psychologique, 1955
- Articles et ouvrages écrits sur l'aviation
- Aventures en plein ciel. Du planeur à l'avion-fusée, Hannah Reitsch, préface d'Yvonne Pagniez, 1952
- Ailes françaises en Indochine (I), Revue des Deux Mondes, , 413-430 p.
- Ailes françaises en Indochine (II), Revue des Deux Mondes, , 685-701 p.
- Ailes françaises au combat. Témoignages vécus, 1957
- L'Afrique à l'ombre des ailes, Revue des Deux Mondes, , 97-116 p.
Yvonne Pagniez : 1896 - 1981 ; 1945: vom Gefängnis zur Freiheit ; Schriftstellerin, Widerstandskämpferin, Europäerin. Schwäbisch Gmünd 2013 (ISBN 978-3-936373-97-4)
Références
modifier- ↑ https://editionsdufelin.com/files/Doc/143/files/evasion@ouest_france2-original.pdf.
- ↑ « PAGNIEZ Philippe », sur cths.fr (consulté le ).
- 1 2 « Qui était Yvonne Pagniez, née à Cauroir et, dixit Charles de Gaulle, « résistante de la première heure » ? » [archive du ], sur La Voix du Nord via Internet Archive, (consulté le ).
- ↑ « Les Postes SR », sur studylibfr.com, (consulté le ).
- ↑ « Témoignage de Pierre Lefaucheux, recueilli par Marie Granet », sur siv.archives-nationales.culture.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ Citée dans Georges-J. Ballyot, Un flic dans la tourmente : souvenirs 1937-1944, éd. Presses bretonnes, 1992.
- 1 2 3 Yves Pagniez, « Yvonne Pagniez – Unerschöpflicher Mut zum Friedenskampf? », sur phsg.bsz-bw.de, (consulté le )
- ↑ « Archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale - Rapport d'activité du capitaine de Montangon, accompagné de copies de documents sur les FFI parisiens et l'affaire Grandval », sur siv.archives-nationales.culture.gouv.fr, 1er juillet 1945, 16 mars 1948 (consulté le )
- ↑ Anne-Françoise Perret, « A propos "d'Evasion 44" », Voix et Visages, juin-juillet-août 1949, p2 (lire en ligne)
- ↑ « Le souvenir d'Hanna Reitsch », Le Monde.fr, 6 août 1980 (ISSN 1950-6244).
- ↑ « Ailes françaises en indochine. », sur Revue Des Deux Mondes (consulté le ).
- ↑ « Ailes françaises en indochine. ii », sur Revue Des Deux Mondes (consulté le ).
- ↑ Mairie de Paris 14e, « Actes d'état civil », Acte de décès no 1192 [archive du ], sur Archives de Paris via Internet Archive, (consulté le ), vue 21.
- ↑ Philippe Landru, « Cambrai (59) : cimetières », sur Cimetières de France et d'ailleurs, (consulté le ).
- ↑ Ordre de la Libération, « Fiche Médaille de la Résistance française - Yvonne Marie Pagniez », sur Musée de l'Ordre de la Libération (consulté le ).
- 1 2 3 4 « Yvonne PAGNIEZ », sur academie-francaise.fr, l'Académie française (consulté le ).
Liens externes
modifier- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 16 P 454541, GR 28 P 4 23 31, AC 21 P 654549, bases_nominatives_detail_fiche.php?fonds_cle=24&ref=3092599&debut=0)
- Ressources relatives à la littérature :
- Ressource relative aux militaires :
- La dame de Cauroir, une courte biographie
- TELMEDIA, « Yvonne Pagniez dans la Résistance » [archive du ], sur La Voix du Nord via Internet Archive
- « Pagniez la grande dame de Cauroir », sur Ucherbord's Weblog,
- « Biographie », sur phase-iroise.fr
