Zara Yaqob
Zara Yakob (Guèze ዘርአ:ያዕቆብ Zarʿa Yāʿkōb « Semence de Jacob », Amharique Zer'a Yā'iqōb), nom de règne Kuestantinos (Ge'ez ቊስጠንጢኖስ Qʷistāntīnōs Constantin Ier) né en 1399, était Négus d’Éthiopie de 1434 à 1468.
| Empereur d’Éthiopie | |
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Igzi-Kebra (d) |
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Baede Maryam Abba Saga (en) Sadana-Mariam (d) |
Biographie
modifierOrigine et formation
modifierQuatrième fils de David Ier d'Éthiopie il succéda à ses trois frères et à ses trois neveux[1]. Il appartient à la dynastie salomonide dite « restaurée », qui revendique une filiation directe avec Ménélik Ier. Comme beaucoup de princes, il passe une partie de sa jeunesse soit dans des monastères, où il reçoit une formation ecclésiastique approfondie, soit confiné dans une forteresse de montagne destinée à neutraliser les prétendants potentiels au trône[2].
Bien qu’aucune source directe ne subsiste sur cette période, cette éducation monastique explique son érudition, sa maîtrise des débats théologiques et l’importance qu’il accordera ultérieurement aux questions religieuses[2].
Règne
modifierRéforme religieuse
modifierZara Yaʿqob accède au trône en 1434, dans un contexte où l’Éthiopie se compose essentiellement des hauts plateaux centraux chrétiens, entourés à l’est de principautés musulmanes et, au sud et à l’ouest, de sociétés récemment conquises aux traditions religieuses variées. Bien que le christianisme y soit implanté depuis la conversion du roi aksoumite Ezana au IVe siècle, l’Église éthiopienne demeure profondément divisée sur le plan doctrinal et disciplinaire. Il se rend à Aksoum pour son couronnement en 1436, geste hautement symbolique destiné à renforcer la continuité entre son règne et l’héritage de l’ancien royaume aksoumite[2].
Le règne de Zara Yaʿqob est dominé par la volonté de restaurer l’unité religieuse, considérée comme indispensable à la stabilité de l’État. L’Église éthiopienne est alors divisée entre deux grandes traditions monastiques : le courant ewostatéen, favorable à l’isolement de l’Église du pouvoir politique ; le courant aligné sur l’Église d’Alexandrie, soutenu par la couronne. En 1449, Zara Yaʿqob préside personnellement le concile de Debre Metmaq, au terme duquel un compromis historique est trouvé : l’orthodoxie de l’observance du double sabbat est reconnue, tandis que les ewostatéens acceptent l’autorité et les ordinations de l’Église orthodoxe éthiopienne. Cette réforme permet de faire de l’Église un pilier central de l’autorité impériale et un instrument d’intégration des peuples conquis[2].
Zara Yaʿqob élève la Vierge Marie à une place centrale dans la théologie et la pratique religieuse éthiopiennes. Il décrète que chaque église doit posséder un autel qui lui soit dédié et impose l’observance généralisée de ses fêtes. Il encourage la production et la diffusion d’icônes et de peintures mariales, destinées à enseigner visuellement la foi aussi bien aux populations du cœur du royaume qu’aux territoires récemment soumis. Il fonde également de nombreuses églises et monastères dans ces régions, contribuant à la diffusion d’un christianisme impérial unifié[2].
Politique extérieure et expansion
modifierZara Yacoub envoie plusieurs ambassades en Occident. Des religieux éthiopiens de Jérusalem participent au concile de Florence où ils sont reçus solennellement par le Pape Eugène IV (1439-1441)[3]. Afin de réaliser l’union des chrétiens contre l’Islam, le roi Alphonse V d'Aragon échange des lettres avec le souverain éthiopien.
Il poursuit son expansion territoriale vers le sud et consolide son contrôle sur les routes commerciales reliant l’intérieur du continent à la mer Rouge. Il installe des garnisons militaires dans les principautés musulmanes du sud-est, notamment dans le sultanat d’Adal, qu’il défait à plusieurs reprises[2]. Le sultan de l’Adal, Badlaï, envahit le Daouaro en 1445, mais est aussitôt défait et tué par Zara Yacoub, ce qui assure la paix.
Ces succès militaires, conjugués à la richesse apparente du royaume, contribuent à renforcer en Europe la légende du souverain chrétien puissant connu sous le nom de Prêtre Jean, perçu comme un allié potentiel contre la domination musulmane dans le bassin de la mer Rouge. Contrairement à l’image d’un royaume isolé, l’Éthiopie de Zara Yaʿqob entretient des contacts réguliers avec l’extérieur, notamment par l’intermédiaire d’Alexandrie, de Jérusalem et de missions diplomatiques vers Rome, tandis que des visiteurs étrangers sont reçus à la cour impériale[2].
Organisation de l'État et christianisation
modifierEn 1441, Zara Yacoub fonde le monastère de Debre Metmaq dans sa résidence du Tégoulet (Choa), en lui donnant le nom du couvent d’Égypte dont il vient d’apprendre la destruction[réf. nécessaire]. Après les succès militaire, il fonde une capitale permanente à Debre Berhan. La ville rassemble des fonctionnaires, ecclésiastiques, enseignants, artisans et commerçants, et devient un centre administratif à partir duquel l’empereur collecte le tribut des territoires conquis[2].
La paix venue, Zara Yacoub consacre son temps à la propagation du christianisme, qu’il impose par la force aux païens du Godjam et du Damot, et à la réforme de la religion chez la population déjà chrétienne. Il prescrit les tatouages qui, sur le front et sur les bras, professent la croyance en la Trinité en même temps que la renonciation au démon. Il lutte contre les pratiques de magie, codifie les fêtes obligatoires et les jeûnes. Il ordonne le respect du samedi, ou sabbat, ce qui est taxé de « judaïsme » et entraîne une révolte des moines de Debra-Libanos. Les opposants sont punis sans pitié. Il combat les hérésies, organise des controverses théologiques auxquelles il prend part dans ses écrits : le Matshafa Berhan (Livre de la Lumière), recueil de préceptes concernant la discipline chrétienne, le Matshafa Milad, contre les Juifs et les hérétiques stéphanites[réf. nécessaire]. Ces écrits s’inscrivent dans une politique plus large visant à faire de l’empereur non seulement un chef politique, mais aussi une autorité doctrinale au service de l’unité religieuse de l’empire[2].
Fin de règne
modifierL'empereur Zara Yacoub avait épousé la fille de Mahiko le chef musulman de l'état vassal de Hadiya qui est baptisée sous le nom d'Eléni[réf. nécessaire]. Il meurt en 1468, âgé de 69 ans à Debra-Berhân., Il est inhumé au lac Tana, dans l’église monastique de l’île de Dak[2]. Il laisse un empire qui s’étend du Baraca et de Massaoua jusqu’à l’Ifat, au Fatajar, à Bali. Il a assujetti le sultan du Hadiya et conservé les États du Sidamo, conquis jusqu’au Ouollamo par Yéshaq. Son fils Baéda-Maryam Ier lui succède (1468-1478)[réf. nécessaire].
Œuvre littéraire
modifierOn lui attribue une vingtaine d'« homélies » dont certaines sont de fait des textes très longs, comme le Matshafa Berhan (Livre de la Lumière), le Matshafa Milad (Livre de la nativité), le Matshafa Sellasse (Livre de la Trinité), le Matshafa Bahrey (Livre de l'essence) ou l'Épître de l'humanité. Ces textes religieux étaient destinés à être lus à l'assemblée des fidèles lors des offices : ils informaient la société éthiopienne des décisions de l'empereur en matière de religion. Il favorisa notamment la dévotion à la Vierge Marie, et rendit obligatoire pour toute l'Église l'observance du double sabbat au concile de Debre Metmaq en 1450[4].
Culture populaire
modifierZara Yacoub est le dirigeant des "Éthiopiens" dans le jeu vidéo Civilization IV.
Notes et références
modifier- ↑ E. A. Wallis Budge, A History of Ethiopia: Nubia and Abyssinia (Volume 1), London, Methuen & Co., (lire en ligne), p. 304
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Henry Louis Gates, Emmanuel Akyeampong et Steven J. Niven, Dictionary of African biography, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-538207-5, lire en ligne), « Zera, Yaqob »
- ↑ cette rencontre est immortalisée dans le bronze par le sculpteur Antonio Averlino dit le Filarete sur le battant gauche de la porte de la basilique vaticane
- ↑ Walter Raunig, p. 261
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Hubert Jules Deschamps, (sous la direction). Histoire générale de l'Afrique noire de Madagascar et de ses archipels Tome I : Des origines à 1800. p. 403-405 P.U.F Paris (1970);
- Jean Doresse Histoire de l'Éthiopie: Que sais-je ? no 1393 PUF Paris (1970);
- Article Zar'a Ya'qob in Dictionnaire de l'Orient chrétien, Brepols, 1991;
- Jules Perruchon, Les chroniques de Zar’a Ya’eqob et de Ba’eda Maryam, rois d'Éthiopie de 1434 à 1478, Emile Bouillon, 1893;
- D. W. Kidane, The Ethics of Zär'a Ya'eqob, Université Grégorienne, Rome, 2012.
- Walter Raunig, L'Art en Ethiopie, Hazan, , 319 p. (ISBN 978-2754100472)