Zir'in

village palestinien dépeuplé en 1948

Zir'in (زرعين), également transcrit Zerin, Zer'en ou Zerein, est un village palestinien du sous-district de Jénine dépeuplé lors de la guerre de Palestine de 1948 comme des centaines d’autres villages.

Zir'in
La tour médiévale de Zir'in, photographiée par Félix Bonfils avant 1885.
Nom local
(ar) زرعينVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Pays
Sous-district
Partie de
Superficie
23,9 km2
Altitude
75 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Carte topographique au 1:20 000 de 1942.
Démographie
Population
1 450 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
60,7 hab./km2 ()
Histoire
Événement clé
Dépeuplement
28 mai 1948
Carte

Identifié comme l’ancienne ville de Jezraël, il est appelé Zir'in durant la période musulmane. Il est proche du site de la bataille d'Aïn Djalout où les Mamelouks de Baybars stoppent l’expansion mongole vers le sud. Sous les Ottomans, c’est un petit village qui s’agrandit sous la colonisation britannique. Les armées israélienne s’en emparent en 1948 et le détruisent. Le kibboutz de Yizre'el a été construit sur ses terres.

Toponymie

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Le nom du village dérive d'une racine cananéenne signifiant "semer", traduite en hébreu par Yizre'el (« Dieu donne la semence »). Le nom arabe, Zir'in, a une connotation similaire[1].

Les Croisés appelaient le village "le Petit Gérin" pour le distinguer de Jénine ou Grand Gérin[1]. En latin, le village est appelé Gezrael, Iezrael, Parvum Gerinum (Petit Gérin) ou Zarain[2].

Géographie

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Situé sur un plateau écarté du mont Guilboa, Zir'in n’est pas beaucoup plus en altitude que la vallée de Jezraël qui le borde au sud et à l’ouest. Il se trouve à une d’environ 100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le Wadi al-Jalut coule au nord et à l’est. Situé à 11 kilomètres au nord de Jénine, c‘est le village le plus au nord du sous-district. Une route le reliait à deux routes principales, l‘une vers Jénine, l’autre vers Baysan[1].

Les localités voisines étaient Nuris et le moshav de Kfar Yehezkel (en) (fondé en 1921) au sud-est, Sandala et Al-Mazar au sud, Zububa au sud-ouest, Merhavia (moshav fondé en 1911), Ed-Dahi (en) et Sulam au nord, Na'ura (en) et Qumya au nord-est[3],[4].

En 1945, la superficie totale de Zir'in était de 23 920 dounams[5]. La propriété des terres se répartissait entre 22 034 dounams (2203 hectares) appartenant à des Arabes, 1711 dounams (171 hectares) à des Juifs et 175 dounams (17 hectares) de terres publiques[6]. Sur ce total, 132 hectares étaient incultes[6], 22 595 dounams (2259 hectares) étaient cultivés en céréales[4].

Histoire

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L‘université de Tel-Aviv et l’École britannique d’archéologie de Jérusalem commencent des fouilles au village dans les années 1990[6].

Préhistoire

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Zir'in est identifié avec la ville cananéenne[1] puis israélite de Jezraël mentionnée dans la Bible. Elle a été une forteresse royale majeure du royaume d'Israël. Le site a été fouillé par plusieurs archéologues, dont Norma Franklin[7].

Croisades et Mamelouks

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Un bâtiment voûté et d’autres constructions subsistent d’un château attribué aux Templiers et datant des années 1180[2]. Pendant la bataille d'Al-Fule (1183/, Saladin envoie des troupes légères en raid contre Zir'in en octobre 1183[8]. En septembre 1184, Saladin et son armée passent par le village sur leur route de Naplouse[8].

Après la prise de contrôle de la région par les Mamelouks fin 13e siècle, le sultan Baybars défait l’armée mongole à la bataille d'Aïn Djalout en 1260, à l’ouest de Zir'in. Après la bataille, Baybars ordonne la rénovation de la mosquée du village[1]. Durant la période mamelouke, le village est un des arrêts sur la route de Jénine à Irbid[9].

Empire ottoman

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La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

Aux 16e et 17e siècle, il appartient à l’émirat Turabay (en) (1517-1683), qui gouvernait la vallée de Jezreel, Haïfa, Jénine, la partie de la vallée du Jourdain autour de Beisan, le nord du Djabal Naplouse, le Bilad al-Ruha/Ramot Menashe et le nord de la plaine de Sharon[10],[11],[12].

En 1596 Zir'in relevait de la nahié ("sous-district") de Jénine et du Sanjak Lajjun. Le village ne comptait que 4 foyers, tous musulmans (soit une vingtaine d’habitants[6]). Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 25 % sur leurs productions agricoles, dont le blé, l’orge, les ruches et les chèvres pour un total de 5000 akçe[13]. Aux En 1799, Pierre Jacotin représente le village sur sa carte, sous le nom de Zezin[14].

En 1838, Edward Robinson compte 20 maisons à Zir'in [15].

En 1870/1871 (1288 AH), une liste de villages ottomane mentionne le village, dans la nahié (sous-district) de Shafa al-Qibly[16].

En 1882, le rapport du Palestine Exploration Fund estime la taille de Zir'in à 30 maisons environ, la plus importante famille vivant dans une tour au centre du village. Une source et un puits fournissaient l’eau du village[17]. Une école primaire est créée par les Ottomans[1].

Mandat britannique

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Vue générale de Zir'in en 1918.
Carte topographique au 1:20 000 de 1942.

En 1917-1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Zir'in est conquise entre le 20 et le 25 septembre 1918 lors de la bataille de Megiddo et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Zir'in a une population de 727 habitants, dont 723 musulmans et 4 chrétiens[18] (orthodoxes)[19]. Au recensement de 1931, elle augmente à 978 habitants, dont 975 musulmans et 3 chrétiens, dans 239 maisons[20].

Au début du 20e siècle, Mahmud Salim nait à Zir'in. C‘est un des leaders de la grande révolte arabe (1936-1939). La plupart des maisons du village étaient construites en pisé et proches les unes des autres ; les nouvelles maisons et les rénovations étaient nombreuses. Le centre de Zir'in comprenait la mosquée de Baybars, une place du marché et l’école ottomane[1]. Deux lignes des chemins de fer de Palestine traversaient le village, la ligne du chemin de fer de la vallée de Jezréel (en) (ou Jezraël) d’Haïfa à Deraa et le chemin de fer du Hedjaz ; un embranchement de cette ligne partait d’Afoula vers Jénine et Naplouse. Une gare se trouvait à Kfar Yehezkel (en) sur la première ligne, à quelques kilomètres de Zir'in.

Dans les Statistiques de Village de 1945, la population de Zir'in est estimée à 1420 habitants, tous musulmans[21].

Guerre de 1948

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Zir'in, après son occupation, le 30 janvier 1949.

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Zir'in est attribué à l’État arabe, une partie de ses terres se trouvant dans l’État arabe[22].

En mars 1948, l’armée de libération arabe (ALA) présente à Zir'in rapporte plusieurs tentaives de la milice sioniste la Haganah de s’emparer du village du 17 au 19, ses assauts étant suspendus après de lourdes pertes[1],[6]. Le 19 avril, Zir'in tombe brièvement aux mains des sionistes ; la destruction de la majeure partie des maisons est ordonnée, le reste servant à loger les troupes juives[23].

Le village est dépeuplé le 28 mai 1948[24].

Défendu par l’ALA, la position de Zir'in dominait les villes d’Afoula et de Baysan. Après un bombardement au mortier, le 13e bataillon de la brigade Golani s’empare du village avec peu de résistance[25] (il s‘agit du 4e selon l‘Encyclopédie de la Question palestinienne[6]). Les femmes et les enfants fuient avant la chute du village[26]. La chute de Zir'in provoque la fuite de ceux de Nuris et al-Mazar. L’ALA tente sans succès de reprendre Zir'in le 30 mai[25].

Le 10 juillet, l’armée irakienne basée à Jénine tente de reprendre le village, mais ne peut briser les lignes israéliennes. Un nouvel assaut a lieu le 19 juillet. La ligne d’armistice entre la Jordanie et Israël passe à quelques kilomètres au sud de Zir'in[27].

Période israélienne

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Après la guerre, le village est annexé par Israël. Le kibbutz de Yizre'el est créé au nord-ouest de Zir'in dès août 1948[27]. Le moshav d’Avital (en) est créé en 1954 sur les terres de Zir'in[27].

Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsiste du village en 1992 : « Une seul maison (délabrée) subsiste. Le site est recouvert d‘herbes, d‘épineux et de cactus. Un mémorial israélien a été élevé sur le site, entouré d‘arbres. Un vieux puits subsiste. Beaucoup de grenadiers, d’amandiers et de figuiers de Barbarie poussent autour. Le site et les collines servent de pâturage. Les champs sont cultivés par des Israéliens[6] ».

Les réfugiés de Zir'in et leurs descendants sont estimés à environ 10 116 en 1998[4].

La tour

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Au 19e siècle, elle est appelée le château de Zir'in et sert d’abri aux voyageurs (manzil, litt. lieu de déchargement)[28]. Un représentant du musée des Antiquités de Palestine, Mr. Husseini, visite Zir'in en 1941[29].

Selon Denys Pringle, les voûtes font partie d’un château croisé détruit[2], mais selon Petersen, ils peuvent aussi dater des Mamelouks[29]. Petersen, qui visité le lieu en 1994, note que l’apparence du château indique une construction sur une longue période de temps[29].

Voir aussi

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Bibliographie complémentaire

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Articles connexes

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Liens externes

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 Khalidi, 1992, p. 339.
  2. 1 2 3 Pringle, 1997, p. 56.
  3. Satellite view of Zir'in Palestine Remembered.
  4. 1 2 3 «Welcome To Zir'in - زرعين (זירעין) », Palestine Remembered.
  5. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 55
  6. 1 2 3 4 5 6 7 « Zir'in — زِرْعين  », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 7 juin.
  7. David Ussishkin, "Jezreel—Where Jezebel Was Thrown to the Dogs", Biblical Archaeology Review juillet / août 2010. Lire.
  8. 1 2 Lyons and Jackson, 1984, p. 207.
  9. Sauvavet, 1941, p. 74-75. Cité par Petersen, 2001, p. 322.
  10. (en) Muḥammad ʻAdnān al-Bakhīt et Nūfān Rajā al-Ḥamūd, « Daftar mufaṣṣal nāḥiyat Marj Banī ʻĀmir wa-tawābiʻihā wa-lawāḥiqihā allatī kānat fī taṣarruf al-Amīr Ṭarah Bāy sanat 945 ah », sur www.worldcat.org, Amman, Jordanian University, (consulté le ), p. 1–35
  11. Roy Marom, Yotam Tepper et Matthew Adams, « Lajjun: Forgotten Provincial Capital in Ottoman Palestine », Levant, vol. 55, no 2, , p. 218–241 (DOI 10.1080/00758914.2023.2202484, S2CID 258602184, lire en ligne)
  12. Cohen, cité par Petersen, 2001, p. 322.
  13. Hütteroth, Abdulfattah, 1977, p. 160.
  14. Karmon, 1960, p. 169 « https://web.archive.org/web/20191222063351/http://jchp.ucla.edu/Bibliography/Karmon,_Y_1960_Jacotin_Map_(IEJ_10).pdf »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?), .
  15. Robinson, Smith, 1841, vol 3, p. 161-167.
  16. David Grossman, Arab Demography and Early Jewish Settlement in Palestine, Jerusalem, Magnes Press, , 256 p.
  17. Conder, Kitchener, 1882, SWP II, p. 88, 131, cité par Khalidi, 1992, p. 339.
  18. Barron, 1923, Table IX, Sub-district of Jenin, p.{{}}29
  19. Barron, 1923, Table XV, p. 47
  20. Mills, 1932, p. 72.
  21. Government of Palestine, Department of Statistics, 1945, p. 17.
  22. Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
  23. Morris, 1987, p. 159, cité par Khalidi, 1992, p. 339.
  24. Morris, 2004, p. xvii, village #121. Also gives cause of depopulation.
  25. 1 2 Tal, 2004, p. 258.
  26. Morris, 2004, p. 75.
  27. 1 2 3 Khalidi, 1992, p. 340.
  28. Wilson, 1884, II p.27. Cité par Petersen, 2001, p. 322.
  29. 1 2 3 Petersen, 2001, p. 322

Bibliographie

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