Écréhou

archipel britannique

Les Écréhou sont un petit archipel anglo-normand formé d’îlots et de rochers situés dans la mer de la Manche au nord-est de Jersey. La plupart des îlots sont submergées à marée haute. Il n'y a pas d'habitant permanent et aucun des îlots habités n'est alimenté en eau et électricité[1].

Écréhou
Êcréhou (fr)
Zodiac devant l'ilot de La Marmotière.
Zodiac devant l'ilot de La Marmotière.
Géographie
Pays Drapeau de Jersey Jersey
Localisation Manche (océan Atlantique)
Coordonnées 49° 18′ 44″ N, 1° 53′ 21″ O
Nombre d'îles Trois îles, de très nombreux îlots
Île(s) principale(s) Maîtresse Île, Marmotière, Blanche Île
Administration
Bailliage Jersey
Paroisse Saint-Martin
Démographie
Population Aucun habitant (2007)
Autres informations
Géolocalisation sur la carte : Jersey
(Voir situation sur carte : Jersey)
Écréhou
Écréhou
Géolocalisation sur la carte : Royaume-Uni
(Voir situation sur carte : Royaume-Uni)
Écréhou
Écréhou
Maître Île vue depuis Marmotière à marée basse.
Maison isolée sur la Petite brecque.

Géographie

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Les îlots principaux des Écréhou (ou Écréhous) sont situées à 9,6 km au nord-est de Jersey et 12,8 km des côtes françaises du Cotentin, à hauteur de Portbail[2]. L'archipel des Écréhou délimite, à l'ouest, le passage de la Déroute. Sa superficie, en incluant les récifs des Dirouilles, est de 54,59 km2[3].

Une fosse d'une trentaine de mètres de fond sépare l'archipel des Écréhou de l'île de Jersey dans le bras de mer du Ruau. Au contraire, à l'est de l'archipel, le passage de la Déroute recouvre des hauts-fonds de moins d'une dizaine de mètres de profondeur. L'Écreyière forme des hauts-fonds qui constituent des bancs de sable et de gravier qui émergent de l'eau à marée basse sur plus de deux mètres de hauteur[4]; une balise flottante marque son emplacement[5].

Géologie

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Les Écréhou appartiennent au même ensemble géologique que les groupes de récifs des Dirouilles et des Pierres de Lecq (dites aussi les Paternosters), situés au nord de Jersey. Elles sont constituées de granodiorite, une roche plutonique exploitée par le passé.

Toponymie

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Le nom des Écréhou est tiré du vieux langage norrois apporté en Normandie par les Normands. hólmr, devenu hou, est un élément toponymique que l’on trouve aussi dans les noms de Jéthou, Lihou, Brecqhou, Burhou et autres îlots. Il signifie îlot et le h notait autrefois la fricative sourde [χ], proche d’un hr. On trouve également cet appellatif dans des noms de communes de Normandie comme Quettehou, sous la forme homme dans Robehomme, Saint-Quentin-sur-le-Homme et sous la forme houlme (Le Houlme), mais aussi de Scandinavie dans Stockholm et de Grande-Bretagne (ex. : Holm Island sur la Tamise). Parfois il a le sens de « prairie au bord de l'eau » ; dans certains cas -hou vient du vieil anglais hōh « terrain en pente ». La première partie procède peut-être de sker qui signifie récif.

Le nom de l'archipel est attesté sous la forme Escrehou en 1203[6].

Les principales îles de l’archipel sont (nom jersiais en italique) :

  • la Maître île (la Maîtrech’Île), la plus grande des îles, mesure 300 mètres de long sur 150 mètres de large. Sont visibles, les ruines d’une chapelle et d'un prieuré. En 1203, Jean sans Terre, duc de Normandie, céda les Écréhou à l'abbaye du Val-Richer afin qu'elle y construise une chapelle sous la juridiction du prieur de Saint-Martin de Jersey. Un prieuré, fut accolé à la chapelle. En 1309, un prieur vivait aux Écréhou avec un moine et un domestique ; il était tenu de faire entretenir, toutes les nuits, un feu destiné à prévenir les naufrages. En 1413, les moines retournèrent à Val-Richer ; l'église et le prieuré, abandonnés, tombèrent en ruines[7].
  • la Marmotière (la Marmotchiéthe), plus petite que la précédente, mesure 150 mètres de long sur 80 mètres de large. Elle possède une quinzaine de maisons groupées servant de refuge à des pêcheurs et de villégiature à des Jersiais l’été[8]. Il y a même une très officielle Maison des Douanes au sommet de laquelle flotte le drapeau de Jersey. Le navigateur Alex Thomson y possède une maison[9].
  • la Blanche île (lé Bliantch’Île), plus petite, est reliée à la Marmotière par un banc de sable submersible à marée haute, de près de cent mètres de long et qui forme comme une longue presqu'île de la Marmotière à marée basse. Quatre maisons y ont été construites.
  • Deux maisons-îlots (la Grande et la Petite brecque) complètent le groupe Marmotière-Blanche île.

Quelques rochers sont dispersés sur le reste de l'archipel :

  • les Demies (les D’mies) ;
  • la Grande Noire (la Grand' Naithe) ;
  • l'Écrevière (l’Êtchièrviéthe) ;
  • le Fou (Lé Fou) ;
  • la Frouquie (la Froutchie)...

Statut politique

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Administrativement, ces îles appartiennent à la paroisse de Saint-Martin et dépendent donc du bailliage de Jersey, dans les îles Anglo-Normandes.

Environnement

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Les Écréhou sont, avec les Dirouilles, reconnus au titre de site Ramsar depuis le [10].

Les eaux de l'archipel est un lieu de rassemblement des mammifères suivants :

On a dénombré 454 espèces marines et plus de 90 espèces d’oiseaux. Certaines sont vulnérables au niveau mondial, comme l’ormeau (Haliotis tuberculata) et la gorgone verruqueuse (Eunicella verrucosa)[3].

Protection

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Deux arrêtés de 2022 et 2023 sur la faune sauvage délimitent, entre autres, 4 zones de protection spéciale des oiseaux aux Écréhou : Maitre île, Blanche île, Grande Brecque et Marmotière. Il s'agit de protéger les sternes pierregarin, sternes de Dougall, huîtriers pies, cormorans huppés et grands cormorans[12].

Histoire

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Les îlots, ainsi que toutes les îles Anglo-Normandes et le comté de Cotentin, furent annexés au duché de Normandie en 933. Après Guillaume le Conquérant et la conquête de l’Angleterre en 1066, les Écréhou firent partie de l’ensemble anglo-normand et ne furent pas réclamées par Philippe Auguste en 1204 lors de l’annexion du duché. En 1259, le roi Henri III d'Angleterre rendit pourtant un hommage au roi Saint Louis pour les îles normandes, dont les Écréhou.

De 1793 à 1815, les Écréhou servirent de bases pour les raids anglais vers le continent[13].

Les îles principales étaient fréquentées par des Jersiais, propriétaires de cabanes. Ces paysans exploitaient des fermes dans la paroisse de Saint-Martin et rejoignaient l’archipel afin d’y pêcher et de couper du varech aux époques autorisées.

Un projet de pont ou de tunnel Jersey-France pourrait concerner l'archipel des Écréhou, notamment en cas de construction d'un ouvrage d'art d'une longueur de 22 kilomètres. Les Écréhou et le banc de l’Écrevière pourraient être des bases de support pour un éventuel pont.

Contrebande

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Inhabitées, les Minquiers et les Écréhou servirent de repaire aux contrebandiers, notamment au XIXe siècle, pour « y cacher pendant quelques semaines les denrées qu’ils cherchaient à introduire clandestinement en France ou à Jersey » (Charles de La Morandière). Selon les époques et les besoins, ils virent ainsi transiter des « indiennes », des draperies, de la laine, du plomb, de l’étain et du tabac (tous produits dits de « commerce libre », alimentés par les cargaisons ramenées par les corsaires depuis 1689).

L’historien Robert Sinsoilliez rapporte dans son ouvrage consacré aux Minquiers et aux Écréhou qu’en 1757, lors de la levée d’une carte topographique de Jersey, un observateur consignait dans son livre de bord : « Ils font du trafic de toutes sortes de marchandises prohibées en France qu’ils introduisent avec quantité de tabac dans les Provinces de Normandie et de Bretagne dont ils tirent des sommes considérables. » Ces îles, fournissant des caches nombreuses et inaccessibles, ils passaient en fraude de grandes quantités de tabac à fumer ou à chiquer. Jersey était alors un lieu de production de tabac. De leur côté, les Français, bien qu’indésirables et surveillés par la douane, utilisaient ces îles comme base logistique pour le trafic du « trois-six », un alcool qui parvenait via des tonneaux aux faux fonds transportés sur les cotres dans les différents ports de Jersey. L’alcool était fortement taxé par les Britanniques.

Elles sont aujourd’hui visitées par des vacanciers ou servent de refuge à quelques pêcheurs.

Souveraineté

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L'Angleterre revendiqua, en 1883, la possession exclusive des Ecréhou suivie par la France en 1886. En 1950, le litige sera porté devant la Cour internationale de justice (CIJ) qui confirmera à la couronne britannique sa possession des îlots des Écréhou et des Minquiers, comme dépendance de Jersey le [14].

Le droit jersiais, héritier du droit normand, permet à toute personne restant quarante ans plus un jour sur un territoire inhabité de réclamer au duc de Normandie d’y devenir son représentant légal. Ce droit fut invoqué par deux personnages ayant longtemps vécu dans l'archipel.

Le premier, Philippe Pinel, un Jersiais qui vécut sur les îlots de 1845 à 1896[15], fut proclamé, en 1868[16], roi des Ecréhou, et « donna » ses « droits » à la reine Victoria qui avait fait envoyer un manteau et une pipe à son « cousin »[réf. nécessaire].

Le second, Alphonse Le Gastelois, qui trouva refuge sur l’île de Marmotière et y vécut quatorze ans, d' à . Injustement soupçonné d'être l'auteur de la série d'agressions sexuelles commises à Jersey par celui que la presse surnomma « la Bête de Jersey », il devint pendant son exil une curiosité pour les visiteurs, surnommé le « roi des Écréhous »[17]. « Jersey m'a crucifié », dira-t-il vingt ans plus tard. Il réclama officiellement à Élisabeth II, duc de Normandie, le titre de seigneur des Écréhou, évoquant le vieux droit normand. La requête fut jugée irrecevable car sa présence sur l'île n'avait pas atteint la durée minimale de 40 ans[18]. Alphonse le Gastelois est mort à Jersey le [19].

En 1993 enfin, et une nouvelle fois en 1994, des Français venus de Normandie prennent possession des îles, y plantèrent le drapeau normand et une messe y est célébrée.

Cette manifestation pacifique a pour but de protester par un geste symbolique contre les nouveaux règlements des zones de pêche dans la Manche. En 1994, la reconduite de cette action est soigneusement observée par la police des États de Jersey, tout en gardant bien l’Union Jack, qui avait été outragé en 1993[20].

Littérature

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On doit à Charles Frémine une nouvelle intitulée le Roi des Écrehou (1884), parue chez E. Dentu à Paris. Le texte est disponible sur le site de la Bibliothèque de Lisieux[21].

Notes et références

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  1. Les maisons les mieus équipées disposent de récupérateurs d'eau de pluie et de panneaux solaires.
  2. (en) Latitude.to, « GPS coordinates of Écréhous, Jersey. Latitude: 49.2830 Longitude: -1.9330 », sur Latitude.to, maps, geolocated articles, latitude longitude coordinate conversion. (consulté le )
  3. 1 2 « Les Écréhous & Les Dirouilles, Jersey | Service d’information sur les Sites Ramsar », sur rsis.ramsar.org (consulté le )
  4. « OpenStreetMap », sur OpenStreetMap (consulté le )
  5. https://lartcommeonlaime.forumactif.org/t71p100-les-incroyables-maisonnettes-en-pleine-mer-sur-les-ilots-des-ecrehou
  6. Georges Bernage, « Noms de lieux scandinaves dans le canton de Barneville-Carteret », Vikland, la revue du Cotentin, no 1, avril-mai-juin 2012, p. 6 (ISSN 0224-7992).
  7. « Du Liberland à Pinel 1er roi des Ecréhous », sur Books (consulté le )
  8. Les plus anciennes datent du XVIIIe siècle.
  9. Sa famille possédait un cabanon en bois depuis les années 1950. Détruit par une tempête, il a été reconstruit en dur et équipé de panneaux solaires.
  10. (en) « Les Écrehous & Les Dirouilles, Jersey », sur Ramsar Sites Information Service (consulté le ).
  11. (en) « Grand Dauphin GECC » [vidéo], sur YouTube (consulté le ).
  12. (en) States of Jersey, « Government of Jersey », sur gov.je (consulté le )
  13. Jean Barros, « Combats navals au large des côtes de 1793 à 1815 », Vikland, la revue du Cotentin, no 1, avril-mai-juin 2012, p. 62 (ISSN 0224-7992).
  14. Site de la Cour internationale de Justice - décision îlots des Écréhous et des Minquiers - consulté le 6 mai 2008.
  15. Il s'installa sur Maître île vers 1845 (entre 1843 et 1848 selon les sources), puis sur Blanche île. Lors des grandes tempêtes, Pinel devait se réfugier sur la Marmotière où, au moyen de gros blocs de pierre, il s’était construit un abri. Il vivait de sa pêche, de chasse (lapins, canards), de contrebande puis de la vente de varech .
  16. En présence de M. Nicolle, député aux États de Jersey.
  17. (en) « Alphonse Le Gastelois, 'King of the Ecréhous', dies at 97 », Jersey Evening Post, (lire en ligne, consulté le ).
  18. « La bête de l'île de Jersey », sur France Culture, (consulté le )
  19. Elle, « Alphonse Le Gastelois, ermite et roi des Ecréhou, est mort », Rue89, nouvelobs.com, (lire en ligne).
  20. https://www.dailymotion.com/video/xl1xvc_documentaire-a-l-assaut-des-ecrehous_news
  21. Charles Frémine, Le Roi des Écrehou, Paris, E. Dentu, (lire en ligne)

Pour approfondir

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Bibliographie

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Liens externes

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