Édouard de Woodstock

prince de Galles (1330-1376), chef militaire dans la guerre de Cent Ans

Édouard d'Angleterre, aussi appelé Édouard de Woodstock ou le « Prince Noir » (en anglais : the Black Prince), est né le à Woodstock et mort le à Westminster. Fils aîné d'Édouard III d'Angleterre et de Philippa de Hainaut, il est comte de Chester, duc de Cornouailles, prince de Galles, et prince d'Aquitaine. Il s'illustre du côté anglais lors de la Guerre de Cent Ans et joue un rôle majeur lors de la bataille de Crécy en 1346. Il contribue également à la prise de Calais en 1347 et s'illustre lors de « chevauchées » dévastatrices en 1355 et 1356. Il remporte une victoire décisive à Poitiers en septembre 1356 et capture le roi de France Jean II le Bon. Nommé prince d'Aquitaine en 1362, il combat ensuite en Espagne au côté du roi Pierre Ier de Castille et remporte une nouvelle victoire à Nájera en 1367. Il rentre en Angleterre en janvier 1371, malade et ruiné, et rend officiellement la principauté d'Aquitaine à son père en 1372. Il meurt en 1376.

Édouard de Woodstock
Description de cette image, également commentée ci-après
Édouard de Woodstock, représenté en chevalier de l'ordre de la Jarretière, vers 1453.

Titres

Prince d'Aquitaine

–
(10 ans, 2 mois et 17 jours)

Prédécesseur Édouard III
Successeur Édouard III

Prince de Galles

–
(33 ans et 27 jours)

Prédécesseur Édouard II
Successeur Richard II

Duc de Cornouailles

–
(39 ans, 3 mois et 30 jours)

Prédécesseur Création du titre
Successeur Richard II

Comte de Chester

–
(43 ans, 2 mois et 21 jours)

Prédécesseur Édouard III
Successeur Richard II
Fonctions militaires
Grade militaire Lord grand intendant
Faits d’armes Bataille de Crécy
Bataille de Winchelsea
Chevauchée de 1355
Chevauchée de 1356
Bataille de Poitiers
Bataille de Nájera
Sac de Limoges
Conflits Guerre de Cent Ans
Biographie
Dynastie Plantagenêt
Distinctions Ordre de la Jarretière
Surnom Le Prince Noir
Naissance
Palais de Woodstock
Décès (à 45 ans)
Palais de Westminster
Père Édouard III
Mère Philippa de Hainaut
Conjoint Jeanne de Kent
Enfants Édouard d'Angoulême
Richard II
Roger Clarendon (illégitime)
Description de l'image Arms of the Prince of Wales (Ancient).svg.

Biographie

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Jeunesse

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Édouard, fils aîné de la reine d'Angleterre Philippa de Hainaut et du roi Édouard III, naît au palais de Woodstock, près d'Oxford, le [1]. Durant son enfance, ses loisirs sont les jeux de la balle et d'argent, la chasse au faucon et les récitals de ménestrels. Ses précepteurs sont Walter Burley et le chevalier de Hainaut Wauthier ou Walter de Masny. Le , lors de sa huitième année, son père le désigne comme « gardien du royaume » à l'occasion d'un voyage en Flandre. Il est à nouveau désigné pour la même fonction en mai 1340 et en octobre 1342. C'est le conseil du roi qui exerce la réalité du pouvoir, Édouard étant bien entendu trop jeune pour occuper une telle responsabilité. Le 12 mai 1343, lors d'un parlement tenu à Westminster, Édouard reçoit le titre de prince de Galles[2]. Il accompagne son père à L'Écluse, en Flandre, le 3 juillet 1345[2].

Bataille de Crécy

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La bataille de Crécy d'après une miniature du XVe siècle. Jean Froissart, Chroniques, BnF, fr2643, fo 165 vo.

Le 11 ou le , Édouard de Woodstock débarque à Saint-Vaast-la-Hougue. Il est fait chevalier par son père le jour-même en l'église Saint-Vigor de Quettehou[2],[3]. Ses compagnons Guillaume de Montaigu, Roger de Mortimer, Guillaume de Roos, Roger de la Ware, Richard de la Vere sont également adoubés. Édouard dirige ensuite son armée vers le Cotentin, incendiant et ravageant tout sur son passage, et contribue à la prise de Caen le [2]. Lors de la bataille de Crécy, le , il commande l'aile droite de l'armée anglaise, aux côtés de Thomas de Beauchamp, Geoffroy d'Harcourt, John Chandos et d'autres chefs. Il est alors à la tête de huit cents hommes d'armes, deux mille archers et mille fantassins gallois[2].

À l'occasion de cette bataille, l'Histoire des mayeurs d'Abbeville rapporte que le prince est désarçonné par un chevalier français et secouru par Richard de Beaumont, porte-étendard du pays de Galles ; celui-ci aurait couvert le prince de sa bannière, se serait posté au-dessus de son corps et aurait repoussé ses assaillants. Après la bataille, Édouard se joint à son père pour rendre les honneurs funèbres au roi de Bohême, Jean de Luxembourg. Édouard, qui porte une armure noire lors de cette bataille, reçoit à cette occasion le surnom de « Prince Noir »[4],[5].

Édouard participe au siège puis à la prise de Calais en août 1347. Après la reddition de la ville, il ravage les alentours sur une trentaine de kilomètres à la ronde, et rapporte de cette chevauchée un important butin. Il rentre en Angleterre en compagnie de son père le . À la fin de l'année 1349, il participe à l'expédition du roi sur Calais et prend part également à la bataille navale de L'Espagnols sur Mer le [6]. En 1353, Édouard mate une révolte dans le comté de Chester[6].

Chevauchée de 1355

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Principales actions du début de la guerre de Cent Ans.

En juillet 1355, le roi Édouard III d'Angleterre rompt la trêve conclue en 1347 et lance une double offensive contre le royaume de France, en Normandie et en Aquitaine. Le , Édouard de Woodstock est nommé lieutenant en Gascogne. Il débarque à Bordeaux le à la tête d'une armée de 1 000 hommes d'armes, 2 000 archers et un important contingent de fantassins gallois. Il est accompagné de Thomas de Beauchamp, Robert d'Ufford, William Montagu, et John de Vere (en)[6]. Après avoir ravagé les comtés de Juillac, d'Armagnac, d'Astarac et une partie du Comminges, il traverse la Garonne à Sainte-Marie, un peu en amont de Toulouse, ville alors occupée par le comte d'Armagnac et une forte garnison. Le comte refuse l'affrontement avec la troupe anglaise ; le prince Édouard poursuit donc sa route et prend d'assaut Montgiscard. La ville est soumise à la soldatesque ; nombre d'hommes, de femmes et d'enfants sont maltraités et massacrés (Froissart, IV, 163, 373). Le , le prince traverse à gué la Garonne et l'Ariège vers Portet[7] et couche à Falgarde. Le lendemain, après l'incendie de Castanet, il s'élance sur le « chemin du roi » et détruit tous les villages du Nord-Lauragais : Baziège, Villefranche, Avignonet-Lauragais. Il détruit Castelnaudary le . Édouard progresse ensuite jusqu'à Carcassonne qu'il atteint le [8].

À Carcassonne, la ville haute (cité) demeure inviolée, mais la ville basse disparaît en grande partie dans les flammes. À Narbonne, les faubourgs ou barris, dépourvus de défenses sont détruits tandis que la cité et le bourg fortifiés résistent ; hors des murs, apparemment épargnés par l'ennemi, ne s'élèvent plus que quelques hôpitaux, églises et couvents, notamment ceux des quatre principaux ordres mendiants (franciscains, dominicains, augustins et carmes). Revenant sur ses pas, passant par Auterive, qu'il épargne, Édouard prend le chemin de Gascogne, incendie Miremont, traverse la Garonne à Noé, détruit Carbonne, Gimont et gagne ses terres bordelaises sans difficulté.

L'armée du roi de France, trop lente pour s'interposer, se contente de descendre pour la défense de Toulouse qui n'est jamais attaquée. À la fin de cette première chevauchée, les bandes armées anglo-aquitaines repartent avec de lourds chariots de butin, laissant derrière elles les ruines fumantes de plus de 500 bourgs et villages. Lors du trajet retour, par une route méridionale, Limoux est détruit ainsi que Fanjeaux (le monastère de Prouille est néanmoins épargné)[9].

Le 9 décembre, le Prince Noir est de retour à Bordeaux, avec un millier de chariots chargés du fruit des pillages et quelque cinq mille prisonniers. Cette campagne, tout comme celle qui suit à l’été 1356, renforce la fortune de la ville. C'est une véritable manne, dont profitent toutes les couches de la société : butin, rançons payées pour la libération des otages, présence en nombre de soldats à nourrir, loger, etc.[10]

Chevauchée de 1356

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Le 6 juillet 1356, le prince engage une nouvelle expédition avec l'intention de traverser la France pour gagner la Normandie et y porter secours aux alliés normands de son père, Charles de Navarre et Geoffroy d'Harcourt. Il franchit la Dordogne à Bergerac le 4 août et traverse l'Auvergne, le Limousin et le Berry, pillant et incendiant sur son passage. À Bourges, il brûle les faubourgs mais ne parvient pas à prendre la ville[11].

Il met ensuite le cap à l'ouest et tente, sans succès, d'attaquer Issoudun entre le 25 et le 27 août. Pendant ce temps, le roi Jean II le Bon rassemble une armée à Chartres, position d'où il peut défendre les passages de la Loire et envoyer des troupes vers les châteaux menacés. Depuis Issoudun, le Prince Noir reprend son itinéraire initial et s'empare de Vierzon. Il y apprend qu'il lui est désormais impossible de franchir la Loire ou de faire sa jonction avec Lancastre, alors en Bretagne. Il décide donc de regagner Bordeaux en passant par Poitiers. Après avoir fait massacrer la garnison de Vierzon, il se met en route le 29 août en direction de Romorantin[11].

Prise du roi Jean II le Bon sur le champ de bataille à Poitiers. Miniature du Maître de Giac tirée des Chroniques de Froissart. BM Besançon, Ms. 864.

Le 9 septembre, le roi Jean, ayant rassemblé une armée de vingt mille hommes d'armes, franchit la Loire à Blois et se lance à sa poursuite. Les 16 et 17, l'armée française traverse la Vienne. Pendant ce temps, le Prince Noir progresse sur un itinéraire presque parallèle à celui des Français, dont il n'est distant que de quelques milles. Il séjourne à Châtellerault du 14 au 16. Le lendemain, alors qu'il fait route vers Poitiers, des hommes d'armes français engagent une escarmouche avec son avant-garde, la poursuivent jusqu'au gros de l'armée et sont tous tués ou faits prisonniers. Le roi de France lui coupe la retraite avec une armée forte d'au moins cinquante mille hommes, alors qu'Édouard ne compte qu'environ deux mille hommes d'armes, quatre mille archers et mille cinq cents fantassins[11].

Henri de Grosmont, comte de Lancastre, tente de lui porter secours, mais est arrêté par les Français aux Ponts-de-Cé. Lorsque le Prince Noir apprend que l'armée française se trouve entre lui et Poitiers, il prend position sur une hauteur au sud-est de la ville, entre la rive droite du Miosson et l'ancienne voie romaine, et y passe la nuit. Des négociations sont entamées le lendemain, mais elles échouent en raison des conditions humiliantes que le roi Jean souhaite imposer au Prince Noir. Pendant que les négociations suivent leur cours, celui-ci met à profit ce temps pour renforcer les positions de son armée. Tout au long de la journée, l'armée anglaise creuse des tranchées et érige des palissades[11].

Le , les deux armées s'affrontent lors de la bataille de Poitiers. L'armée française est sévèrement vaincue. Le roi de France, Jean le Bon, ainsi que son fils Philippe et la fine fleur de la chevalerie française sont faits prisonniers. Le lendemain, le Prince Noir reprend sa retraite vers Bordeaux ; il avance avec prudence, mais nul n'ose l'attaquer. À Bordeaux, qu'il atteint le 2 octobre, il est accueilli dans l'allégresse. Il y séjourne avec ses hommes durant l'hiver, dissipant en festins l'immense butin qu'ils ont amassé. Le 23 mars 1357, il conclut une trêve de deux ans, désireux de regagner son pays. Il retourne en Angleterre le 4 mai, après une traversée de onze jours, et débarque à Plymouth. Il fait une entrée triomphale à Londres le 24 mai ; le roi de France, son prisonnier, monte un superbe destrier blanc, tandis que lui-même chevauche un petit cheval noir[12].

Prince d'Aquitaine

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Anneau sigillaire dit « du Prince Noir », découvert à Montpensier en 1866 et aujourd'hui conservé au musée du Louvre.
La principauté d'Aquitaine (en rouge) et les territoires cédés lors du traité de Brétigny en 1360 (en rose).

En 1360, le traité de Brétigny accorde au roi Édouard III d'Angleterre des terres en plus de son duché d'Aquitaine « traditionnel » qui s'étend approximativement de Saintes à Bayonne, en passant par sa capitale, Bordeaux : le Quercy, le Périgord, l'Angoumois, le nord de la Saintonge, le Limousin, le Rouergue, la Bigorre, le comté d'Armagnac, l'Agenais et le Poitou. Ces territoires — cédés par la France sous la contrainte lors de la captivité du roi Jean II le Bon à l'issue des traités de Londres —, constituent une principauté que le Prince Noir gouverne de 1362 à 1371.

Le 10 octobre 1361, Édouard de Woodstock, alors âgé de trente-et-un ans, épouse sa cousine Jeanne, comtesse de Kent, à Windsor. Comme le prince et la comtesse sont parents au troisième degré et liés par un lien spirituel de parrainage — le prince étant le parrain de Thomas, le fils aîné de Jeanne —, une dispense est obtenue auprès du pape Innocent VI pour leur mariage. Le 19 juillet 1362, le roi Édouard III concède au Prince Noir tous ses domaines d'Aquitaine et de Gascogne, à tenir en principauté moyennant un hommage lige et le versement annuel d'une once d'or, tout en lui conférant le titre de prince d'Aquitaine et de Gascogne[13].

En février 1363, Édouard s'embarque avec son épouse et toute sa suite pour la Gascogne, et débarque à La Rochelle. Il y est accueilli par John Chandos, le lieutenant du roi, et se rend avec lui à Poitiers, où il reçoit l'hommage des seigneurs du Poitou et de la Saintonge. Il visite ensuite plusieurs villes avant d'atteindre Bordeaux, où, du 9 au 30 juillet, il reçoit l'hommage des seigneurs de Gascogne. Il tient une cour fastueuse, résidant tantôt à Bordeaux, tantôt à Angoulême. Il nomme Chandos connétable de Guyenne et pourvoit les chevaliers de sa maison de charges lucratives. Ils mènent grand train, et leur prodigalité déplait au peuple (Froissart, VI. 82). De nombreux seigneurs gascons sont mécontents d'être placés sous la domination anglaise. La faveur que le prince témoigne à ses compatriotes, ainsi que le faste ostentatoire dont ceux-ci font preuve, ne font qu'accentuer ce mécontentement[13].

Campagnes en Aquitaine et en Espagne

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Édouard III accorde la Guyenne à son fils Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir, 1362 (British Library, Londres, ms. latin Cotton Nero D. VI fo 31, fin du XIVe siècle).

En 1366, Henri de Trastamare, demi-frère de Pierre le Cruel et prétendant au trône que ce dernier occupe, envahit le royaume de Castille à la tête d'une armée franco-aragono-castillane, dépose son demi-frère et se fait proclamer roi de Castille. Henri s'appuie sur les Grandes compagnies, menées par Bertrand Du Guesclin sur instruction du roi de France Charles V. Pierre, allié du roi Édouard, envoie des émissaires solliciter l'aide du Prince Noir. Ayant reçu une réponse favorable à La Corogne, il se met aussitôt en route et parvient à Bayonne avec son fils et ses trois filles. Le Prince va à sa rencontre à Capbreton et l'accompagne jusqu'à Bordeaux[13].

Le 23 septembre, une série d'accords sont conclus à Libourne, sur la Dordogne, entre le Prince Noir, Pierre et Charles de Navarre : Pierre promet de verser 550 000 florins pour couvrir six mois de solde ; il s'engage à remettre au Prince la province de Biscaye ; enfin il accepte de laisser ses trois filles entre les mains du Prince en tant qu'otages pour garantir l'exécution de ces conditions. Le Prince Noir reçoit de son père cent mille francs provenant de la rançon de Jean le Bon et fait fondre sa vaisselle d'argent pour payer la solde de ses troupes. Il passe les fêtes de Noël à Bordeaux, car son épouse y met au monde leur second fils, Richard[14].

Édouard quitte Bordeaux au début du mois de février pour rejoindre son armée à Dax. Il y demeure trois jours et reçoit des renforts — quatre cents hommes d'armes et quatre cents archers — envoyés par son père sous le commandement de son frère Jean de Gand. Depuis Dax, il gagne Pampelune en passant par Saint-Jean-Pied-de-Port et Roncevaux. Lorsque le capitaine Hugues de Calveley et d'autres chefs anglais et gascons des Grandes compagnies apprennent que le Prince Noir s'apprête à les combattre, ils quittent le service d'Henri de Trastamare pour se rallier à lui[14].

La bataille de Nájera d'après une miniature du XVe siècle extraite des Chroniques de Jean Froissart.

Le , le Prince Noir remporte une victoire décisive à Najera sur les troupes d'Henri de Trastamare et capture Bertrand du Guesclin[14]. Cette expédition est encore un succès militaire, mais le refus de Pierre le Cruel de payer les frais de l'expédition met le prince dans de terribles difficultés financières. Il ne peut récupérer de cette expédition qu'une énorme spinelle rouge (qu'on croyait à l'époque être un rubis) qui rejoint les joyaux de la Couronne britannique et est désormais connue comme le Rubis du Prince Noir[15].

Le Prince Noir séjourne à Valladolid durant une période de forte chaleur, attendant en vain que Pierre lui rembourse les frais de l'expédition. Son armée est décimée par la dysenterie. Édouard lui-même est atteint d'une maladie dont il ne se remettra jamais complètement. Il est de retour à Bordeaux au début du mois de septembre. Quelque temps après son retour, les Grandes compagnies, fortes d'environ six mille hommes, atteignent également l'Aquitaine, après avoir traversé l'Aragon. N'ayant pas reçu la solde que le prince avait promis de leur verser, elles s'installent en Aquitaine et commencent à semer le chaos. Le Prince Noir parvient à persuader les capitaines de quitter le pays ; les compagnies sous leur commandement traversent la Loire et causent d'importants dégâts en France[16].

À son retour en Aquitaine, Édouard convoque les trois états de sa principauté à Angoulême — ville dans laquelle il séjourne avec plusieurs de ses proches à diverses reprises entre 1363 et 1371 et où il tient une cour brillante, parallèle à celle de Bordeaux[17]. En janvier 1368, les états généraux acceptent la levée d'un fouage ou impôt sur les foyers, de dix sous pour cinq ans. Cependant, un certain nombre de grands vassaux s'y opposent. Les 20 juin et 25 octobre, les comtes d'Armagnac, de Périgord et de Comminges, ainsi que le seigneur d'Albret, portent plainte auprès du roi de France, Charles V (Froissart, I. 548 n., Buchon)[18]. Celui s'empresse d'accepter leur appel contre le Prince Noir. Personne n'est dupe de la manœuvre : en acceptant cet appel, Charles V signifie implicitement qu'il se considère comme suzerain du prince d'Aquitaine, ce qui remet en cause les clauses du traité de paix de Brétigny-Calais. Le 25 janvier 1369, le roi de France envoie des messagers au prince, le sommant de comparaître en personne devant lui à Paris pour y recevoir son jugement. Le Prince Noir répond : « Nous nous rendrons volontiers à Paris au jour fixé, puisque le roi de France nous y convoque ; nous partirons casque sur la tête, accompagnés de soixante mille hommes[18]. »

Quelques combats ont lieu, bien que la guerre ne soit pas encore déclarée. Toutefois la santé du prince est désormais si fragile qu'il ne peut participer aux opérations, car il est atteint d'hydropisie et ne peut plus monter à cheval. Le 18 mars, plus de neuf cents villes et châteaux manifestent leur ralliement à la cause française[18].

Le sac de Limoges (1370) d'après une miniature du XVe siècle. Jean de Wavrin, Anciennes chroniques d'Angleterre.

Au printemps 1370, Charles V lève deux armées pour envahir l'Aquitaine : la première, sous le commandement de Louis Ier d'Anjou, pénètre en Guyenne par La Réole et Bergerac ; la seconde, dirigée par Jean de Berry, marche sur le Limousin et le Quercy ; toutes deux doivent ensuite faire leur jonction et assiéger le prince à Angoulême. Malgré son état de santé, le Prince Noir quitte son lit et rassemble une armée à Cognac. Les deux armées françaises s'emparent de nombreuses villes, opérent leur jonction et mettent le siège devant Limoges ; la cité leur est livrée par trahison. Apprenant cette reddition, le prince jure « sur l'âme de son père » qu'il reprendra la place et fera payer chèrement aux habitants leur trahison. Il quitte Cognac à la tête d'une armée forte de mille deux cents lances, mille archers et trois mille fantassins. Le 19 septembre 1370, la ville de Limoges est mise à sac afin de punir ce qu’Édouard considère comme une trahison. Le prince ordonne qu'aucun quartier ne soit fait ; trois mille hommes, femmes et enfants sont passés au fil de l'épée[19].

Les chroniqueurs du XIVe siècle blâment souvent le prince pour le sac de Limoges. Selon Froissart, 3 000 personnes sont tuées ce jour-là. Cependant, le chroniqueur local de l'abbaye Saint-Martial ne mentionne que 300 morts, combattants inclus[20]. La ville de Limoges était divisée en deux entités distinctes : la « Cité » et le « Château ». Le Prince Noir n'attaque que la « Cité » dominée par l'évêque Jean de Cros, qui l'avait trahi, et non le « Château » qui lui reste fidèle jusqu'en 1372.

Retour définitif en Angleterre et mort

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Le gisant d'Édouard de Woodstock à la cathédrale de Canterbury.

Édouard regagne ensuite Cognac ; son état de santé s'est aggravé, et il doit renoncer à tout espoir de diriger de nouvelles opérations. Il se rend d'abord à Angoulême, puis à Bordeaux. La mort récente de son fils aîné Édouard l'afflige profondément. Son état empirant, son médecin lui conseille de retourner en Angleterre[19].

Le Prince Noir confie le gouvernement de l'Aquitaine à Jean de Gand, duc de Lancastre[21]. En janvier 1371, il débarque à Southampton et retrouve son père Édouard III à Windsor. Il se retire ensuite dans son manoir de Berkhampstead, ruiné tant par la maladie que par les revers de fortune[19].

« Le Prince Noir à Crécy »
Julian Russell Story, 1888.

Parmi ses compagnons de lutte et ses hauts officiers se trouvent John Chandos, lieutenant d'Édouard III chargé de prendre possession des terres cédées au traité de Brétigny-Calais, puis connétable d'Aquitaine de 1363 à 1370 ; Thomas Felton, sénéchal de la principauté d'Aquitaine ; les Gascons Johan de Greilly, captal de Buch, connétable d'Aquitaine de 1370 à 1372, et Bernard de Brocas, connétable d'Aquitaine en 1363, dont le gisant est visible dans l'abbaye de Westminster ; le Saintongeais Guichard d'Angle, l'un des deux maréchaux d'Aquitaine, tuteur du futur roi Richard II, nommé comte de Huntingdon, ou encore les grands seigneurs poitevins Guillaume VII Larchevêque, seigneur de Parthenay et Louis d'Harcourt, vicomte de Châtellerault, forcés de se soumettre en au roi de France après le siège de Thouars.

Le prince meurt de maladie le [22] au palais de Westminster. Il est inhumé le 29 septembre dans la cathédrale de Canterbury en Angleterre où l'on peut encore voir son gisant en bronze, avec camail lacé sur les bords du casque, brassières en plaques de métal, gants à broches de fer, surcot portant les armes d'Angleterre et de France[23]. À la nouvelle du décès, le chroniqueur Jean Froissart écrit : « En ce temps le jour de la Trinité trespassa de ce siècle la fleur de chevallerie depar les Angloys, messire Edouart d’Angleterre, prince de Galles et d’Acquitaine, au palais de Westmoustier lez Londres[24]. »

Ascendance

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Dans la culture

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  • Série : Thierry la Fronde
  • Série romanesque La lumière et la boue de Michel Peyramaure :
    • tome 1 : Quand surgira l'étoile absinthe ;
    • tome 2 : L'empire des fous ;
    • tome 3 : Les roses de fer.
  • Confessions du Prince Noir de Fabrice Hurlin (France-Empire 2005).
  • L'anneau du Prince Noir d'Évelyne Brisou-Pellen.
  • Chevalier, film de Brian Helgeland, interprété par James Purefoy

Notes et références

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  1. ↑ Hunt 1889, p. 90.
  2. 1 2 3 4 5 Hunt 1889, p. 91.
  3. ↑ Ouest-France, « De l’église de Quettehou, le Prince Noir partit se battre à la bataille de Crécy », sur Ouest-France.fr, (consulté le ).
  4. ↑ Hunt 1889, p. 92.
  5. ↑ Son surnom de Prince Noir — Princi Negue en gascon — serait dû à la couleur de son armure, mais il n'était pas utilisé par ses contemporains et n'apparaît pour la première fois qu'en 1568 dans la Chronicle of England de Richard Grafton. Pour certains de ses détracteurs, il devait ce surnom moins à la couleur de la housse qui recouvrait son armure et qui le rendait reconnaissable durant les batailles qu'à sa supposée « noirceur d'âme ».
  6. 1 2 3 Hunt 1889, p. 93.
  7. ↑ Anne Le Stang, Histoire de Toulouse illustrée, Toulouse, Le pérégrinateur, , 224 p. (ISBN 2-910352-44-7), p. 81.
  8. ↑ Henri Mullot et Joseph Poux, Nouvelles recherches sur l'itinéraire du Prince Noir à travers les pays de l'Aude, Annales du Midi, (lire en ligne), p. 21-83 pages 297-311
  9. ↑ Jean Odol, Couleurs du Lauragais, no 48, .
  10. ↑ Histoire des maires de Bordeaux, Les dossiers d'Aquitaine, , 523 p. (lire en ligne), pages 87-92
  11. 1 2 3 4 Hunt 1889, p. 94.
  12. ↑ Hunt 1889, p. 95.
  13. 1 2 3 Hunt 1889, p. 96.
  14. 1 2 3 Hunt 1889, p. 97.
  15. ↑ (en) Richard W. Hughes, « Black Princes Ruby • Blood Red Souvenir of Conquest • Spinel », sur ruby-sapphire.com, (consulté le ).
  16. ↑ Hunt 1889, p. 98.
  17. ↑ Jean Froissart, Chroniques, vol. 4, J. A. Buchon éd., 1824, p. 170.
  18. 1 2 3 Hunt 1889, p. 99.
  19. 1 2 3 Hunt 1889, p. 100.
  20. ↑ Michael Jones, « Le Prince Noir : héros ou bourreau ? », Guerres & Histoire, no 47,‎ , p. 80-85.
  21. ↑ Georges Minois, La Guerre de Cent ans, Perrin 2008, p. 214.
  22. ↑ Barber 2008.
  23. ↑ André Plaisse, La grande chevauchée guerrière d'Édouard III en 1346, Cherbourg, Éditions Isoète, , 111 p. (ISBN 2-905385-58-8), p. 57.
  24. ↑ Ou, selon l'édition de Jean Alexandre Buchon (1835) : « Mais ainçois fut trépassé messire Édouard son aîné fils, prince de Galles et d’Aquitaine, fleur de toute chevalerie du monde en ce temps, et qui le plus avoit été fortuné en grands faits d’armes et accompli de belles besognes. Si trépassa le vaillant homme et gentil prince de Galles en le palais de Westmoustier dehors la cité de Londres. Si fut moult plaint, et sa bonne chevalerie moult regretée ; et eut le gentil prince à son trépas la plus belle reconnoissance à Dieu et la plus ferme créance et repentance que on vit oncques grand seigneur avoir : ce fut le jour de la Trinité en l’an de grâce de Notre Seigneur mil trois cents soixante et seize. Et pour plus authentiquement et révéramment faire la besogne, et que bien avoit du temps passé conquis, par sa bonne chevalerie, que on lui fit toute l’honneur et révérence que on pourroit, il fut enbaumé et mis en un sarcueil de plomb, et là tout enseveli, excepté le viaire, et ainsi gardé jusques à la Saint-Michel que tous prélats, tous barons et chevaliers d’Angleterre, furent à son obsèque à Westmoustier. » Froissart, Chroniques, livre I, ch. 388 [lire en ligne].

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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En français

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  • Léon Babinet, « Seconde note sur un point de l'itinéraire du prince de Galles avant la bataille de Poitiers. Réponse à la seconde note de M. Ch. de Grandmaison : sur un point de l'itinéraire du prince Noir avant la bataille de Poitiers », Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest, 1896.
  • Jacqueline Caille, « Nouveaux regards sur l'attaque du Prince Noir contre Narbonne en  », Bulletin de la Société d'Études scientifiques de l'Aude, t. CX, 2010, p. 89-103.
  • René Crozet, « Un épisode de la guerre de Cent ans. Le siège de Romorantin par le prince de Galles (-) », Mémoires de la Société des Sciences & Lettres de Loir-et-Cher, 1937, p. 149-158.
  • Jacques de Cauna, L'Aquitaine au temps du Prince Noir, Actes du colloques de Dax, PyréMonde, 2010.
  • Micheline Dupuy, Le Prince Noir. Édouard, seigneur d'Aquitaine, Paris, Perrin, 1970.
  • Marie Fauré, Le Prince Noir, Edouard de Woodstock un prince d'Aquitaine dans la guerre de Cent Ans, Editions Memoring, 2023, 138 p. (ISBN 979-10-93661-42-1)
  • Natalie Frye, « Les chevauchées du Prince Noir », dans Philippe Contamine (dir.), Chevaliers, éditions Tallandier, 2006.
  • Natalie M. Frye, « Les « chevauchées » du Prince Noir (1330-1376) », L’Histoire, no 26, 1980, p. 48-57.
  • Charles de Grandmaison, « Séjour du Prince Noir à Montlouis, près Tours, avant la bataille de Poitiers : saint Martin et saint Gatien protègent Tours contre les Anglais », Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest, 1898.
  • Peter Hoskins, Dans les pas du Prince Noir : le chemin vers Poitiers, 1355-1356, Paris, L’Harmattan, 2011.
  • Joseph Moisant, Le Prince Noir en Aquitaine : 1355-1356, 1362-1370, Paris, J. Picard, 1894.
  • Joseph Moisant, Le Prince Noir en Aquitaine, Régionalisme & PRNG Editions, 2014 (rééd).

En anglais

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  • (en) Richard Barber, The Life and campaigns of the Black Prince: from contemporary letters, diaries and chronicles including Chandos Herald's Life of the Black Prince, Woodbridge, Boydell Press, 1997.
  • (en) Richard Barber, « Edward, prince of Wales and of Aquitaine (1330–1376) », dans Dictionary of National Biography (online ed.), Oxford University Press, (lire en ligne).
  • (en) Barbara Emerson, The Black Prince, Londres : Weidenfeld and Nicolson, 1976.
  • (en) David Green, The Household and Military Retinue of Edward the Black Prince, Nottingham, University of Nottingham, Thèse de doctorat, 1998, 2 vol., lire en ligne.
  • (en) Herbert J. Hewitt, The Black Prince’s Expedition of 1355-1357, Manchester, Manchester University Press, 1958.
  • (en) Peter Hoskins, « The Itineraries of the Black Prince’s Chevauchées of 1355 and 1356 : Observations and Interpretations », Journal of Medieval Military History, Boydell Press, vol. 7 « The Age of the Hundred Years War »,‎ , p. 12-37.
  • (en) William Hunt, « Edward the Black Prince », dans Dictionary of National Biography, vol. 17, Londres, Smith, Elder & Co, (lire en ligne), p. 90-101. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Mollie M. Madden, « The Indenture between Edward III and the Black Prince for the Prince’s Expedition to Gascony, 10 July 1355 », Journal of Medieval Military History, Boydell Press, vol. 12,‎ , p. 165-172.
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  • (en) Clifford J. Rogers, « The Black Prince in Gascony and France (1355-56), according to MS 78 of Corpus Christi College, Oxford », Journal of Medieval Military History, Boydell Press, vol. 7 « The Age of the Hundred Years War »,‎ , p. 168-175.
  • (en) Michael Jones, The Black Prince: England's Greatest Medieval Warrior, head of Zeus, 2017.
  • (en) Jonathan Sumption, The Hundred Years War. Trial By Battle; Trial By Fire; Divided Houses (3 vol.), Faber & Faber, 1990, 1999, 2009.

Liens externes

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