Étienne-Henri Harouard du Beignon

capitaine de navire, armateur et négrier rochelais

Étienne-Henri Harouard du Beignon, seigneur de La Jarne et de Saint-Sornin (né à La Jarne le 31 janvier 1697 et mort à La Rochelle le ), est un capitaine de navire, armateur, négrier, et planteur propriétaire d'esclaves dans la colonie de Saint-Domingue.

Étienne-Henri Harouard du Beignon
Fonction
Directeur
Chambre de commerce et d'industrie de La Rochelle
-
Claude-Étienne Belin (d)
Joachim Dussault (d)
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Enfant
Pierre Étienne Harouard du Beignon (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Biographie

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Origines et débuts comme capitaine

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Étienne-Henri Harouard du Beignon est le fils de Pierre Harouard (1665-1710), seigneur de La Jarne, receveur au bureau des fermes de La Rochelle, assureur de risques maritimes et tardivement directeur général des vivres de l'armée en Italie[1] ; et de sa seconde épouse, Marie Suzanne Bernon[2].

Pierre Harouard était le fils d'un procureur du Parlement de Paris[3]. Arrivé très jeune à La Rochelle pour faire fortune, il disposait, lors de son deuxième mariage avec Suzanne Bernon en 1692, d'un patrimoine de 300 000 livres[3]. Après son décès, son épouse favorisera largement son aîné Étienne-Henri en lui cédant en particulier la seigneurie de La Jarne, acquise en 1697, en avance d'hoirie[4].

Étienne-Henri est reçu capitaine de navire par l'Amirauté de La Rochelle le 24 août 1724 et commande le navire l'Entreprenante à destination de la colonie de Saint-Domingue de 1726 à 1727. Il ne fera qu'un seul voyage, délaissant la mer dès son retour[5]. Lors de son mariage en 1729 avec Louise Torterue-Bonneau[2], il n'est plus désigné comme capitaine, mais négociant[6].

Négociant, armateur et négrier

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Coupe d'un navire négrier.

Installé comme négociant et armateur[2], Étienne-Henri Harouard gravit les échelons des institutions économiques locales : apprenti à la Monnaie de La Rochelle le 26 mai 1734, syndic de la Chambre de commerce de La Rochelle de 1738 à 1741, consul de la juridiction consulaire en 1742 et 1744, et enfin directeur de la Chambre de commerce de 1754 à 1756[2].

On lui connaît 27 campagnes d'armement entre 1735 et 1757, la plupart en droiture vers le Canada et Saint-Domingue, et un tiers de traite négrière[7],[8].

Dans la seule année 1744, trois de ses bateaux sont pris par les Anglais, dont deux au retour de Saint-Domingue[5], pour une cargaison totale estimée à 450 000 livres[5], sans pour autant porter un grand préjudice à ses capacités d'investissement car il se couvrait auprès d'autres négociants, des banquiers parisiens ou des compagnies de Londres, Amsterdam, Hambourg ou Gênes[5].

Blason de la famille Harouard

Le statut de négociant d'Étienne-Henri lui permet d'accéder à la noblesse par l'achat en avril 1745[8] d'une charge de Secrétaire du roi qui l'exonère des principaux impôts, privilège qui pourra devenir héréditaire après une période d'observation de 20 ans[8].

En 1757, un an après le début de la guerre de Sept Ans, Étienne-Henri Harouard cesse définitivement sa carrière d'armateur, mais conservera une activité de commissionnaire[9] et de commerçant détaillant[10] jusqu'à sa mort en 1765 à l'âge de 67 ans.

Planteur propriétaire d'esclaves

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Maquette d'une habitation sucrière à Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti).

Étienne-Henri Harouard du Beignon prend aussi part à des opérations moins risquées de commission et d'achats de terres, ainsi qu'investit dans deux plantations sucrières dans la région du Cap-Français à Saint-Domingue, au Quartier Morin et à la Pointe d'Icaque[2].

En 1746, il achète la moitié de l'Habitation Saint-Michel, situé au Quartier-Morin, vendue pour la somme de 238 000 Livres tournois (l'équivalent de 9 millions d'euros en 2026[11]). Les esclaves (ils seront jusqu'à 255 en 1791) y produisent en moyenne 360 000 livres de sucre chaque année[12].

Harouard acquiert aussi celle de la Pointe d'Icaque à l'Acul. En tant que propriétaire absent[13], il confie la gestion de ses plantations à un « procureur » qui reçoit 10 % des recettes. Les naissances sur les plantations étant loin de compenser les décès, de nombreux achats d'esclaves sont nécessaires[12].

En 1826, dans le cadre de l'indemnisation des anciens colons par la république d'Haïti, les descendants d'Étienne-Henri Harouard toucheront la somme de 36 595 Francs or (environ 445 000 euros actuels[14]) en dédommagement de la perte de leurs plantations causée par la Révolution haïtienne[15],[12].

Propriétaire foncier

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En plus de Buzay et de la seigneurie de La Jarne héritées de sa mère[8] (son père étant mort prématurément sans testament)[16], il achète la seigneurie de Saint-Sornin en 1750 aux héritiers de Gabriel-Jean de Gabaret[17]. Ces seigneuries lui permettent d’emmagasiner les revenus de fermage et de métayage[2]. Ses deux domaines campagnards vont quadrupler de valeur[18], participant ainsi activement à l'accroissement de sa fortune.

Il acquiert également plusieurs maisons en ville rue Dompierre et rue Gargoulleau, dont l'ancien jeu de paume, qu'il relie entre elles "sans grande rationalité dans leur organisation" pour à la fois y vivre et y tenir son négoce[19].

Mariage et descendance

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Il épouse Louise Torterue-Bonneau (fille de Louis Torterue-Bonneau, seigneur de Grolleau, marchand-banquier, syndic de la Chambre de commerce, et de Marie Besnard) en 1729[2]. De ce premier mariage, naissent :

Veuf, Harouard se remarie en 1748 avec Angélique de Meynard (veuve de Louis Guillem de Piton, seigneur du Château-d'Oléron, capitaine au régiment de Beauvilliers cavalerie, fille de Jean Joseph de Meynard, seigneur de Saint-Michel, capitaine au régiment de Thiérache, et de Marie Angélique Régnier)[2].

Notes et références

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  1. ↑ Jean Hesbert et Jean Hesbert, Correspondance d'Étienne Henri Harouard du Beignon: négociant rochelais (janvier 1759 à décembre 1762), Les Indes savantes, coll. « Collection Aquitaine », (ISBN 978-2-84654-576-1), p. 38
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Brice Martinetti, chap. III « Quelques profils témoignant de la formation d’un milieu composite », dans Les négociants de La Rochelle au xviiie siècle, Presses universitaires de Rennes, , 496 p. (lire en ligne), p. 107-145
  3. 1 2 Jean Hesbert, Correspondance d'Étienne Henri Harouard du Beignon: négociant rochelais (janvier 1759 à décembre 1762), La Rochelle, Le quai Saint Nicolas, (ISBN 979-10-699-6402-0), p. 40
  4. ↑ Étienne Henri Harouard du Beignon et Jean Hesbert, Correspondance d'Étienne Henri Harouard du Beignon: négociant rochelais, janvier 1759 à décembre 1762, les Indes savantes, coll. « Aquitaine », (ISBN 978-2-84654-576-1), p. 44
  5. 1 2 3 4 Jean Hesbert, Correspondance de Étienne Henri Harouard du Beignon, négociant rochelais, de 1759 à 1762, Les Indes savantes, , 748 p. (ISBN 978-2-84654-576-1, présentation en ligne), p. 47 à 53
  6. ↑ Étienne Henri Harouard du Beignon et Jean Hesbert, Correspondance d'Étienne Henri Harouard du Beignon: négociant rochelais, janvier 1759 à décembre 1762, les Indes savantes, coll. « Aquitaine », (ISBN 978-2-84654-576-1), p. 46
  7. ↑ « Expéditions négrières armées par Harouard "Dubeignon" », sur www.slavevoyages.org (consulté le )
  8. 1 2 3 4 Jean Hesbert, Correspondance de Étienne Henri Harouard du Beignon, négociant rochelais, de 1759 à 1762, Les Indes savantes, , 748 p. (ISBN 978-2-84654-576-1, présentation en ligne), p. 44
  9. ↑ Brice Martinetti, Les négociants rochelais..., op. cit., p. 136
  10. ↑ Jean Hesbert, Correspondance d'Etienne-Henri..., op. cit., p. 54
  11. ↑ « Convertisseur de monnaie d'Ancien Régime - Livres - euros », sur convertisseur-monnaie-ancienne.fr (consulté le )
  12. 1 2 3 David Geggus, « Une famille de La Rochelle et ses plantations de Saint-Domingue », France in the New World, vol. 22,‎ , p. 130 (lire en ligne Accès limité)
  13. ↑ David Geggus, « Une Famille de La Rochelle et ses Plantations de Saint-Domingue », Proceedings of the Meeting of the French Colonial Historical Society, vol. 22,‎ , p. 120 (ISSN 0362-7055, lire en ligne, consulté le )
  14. ↑ Conversion indicative : 1 franc ≈ 2,5 kg de pain si le kilogramme vaut 0,40 franc ; à environ 5 €/kg, 1 franc ≈ 12,5 € ; 35 595 × 12,5 = 444 937,50 €. Sur la méthode générale de conversion par pouvoir d’achat et ses limites, voir INSEE, “Convertisseur franc-euro : pouvoir d’achat de l’euro et du franc”, qui précise que son outil repose sur l’évolution générale des prix mais ne commence qu’en 1901. Pour le prix historique du pain, voir Auguste Cochut, “Le Pain à Paris”, Revue des Deux Mondes, 1863, indiquant 52 francs pour 130 kg de pain.
  15. ↑ CNRS - Base de données Repairs, « Henri-Étienne Harouard du Beignon », sur esclavage-indemnites.fr (consulté le )
  16. ↑ Jean Hesbert, Correspondance de Étienne Henri Harouard du Beignon, négociant rochelais, de 1759 à 1762, p. 43
  17. ↑ Jean Hesbert, Correspondance de Étienne Henri Harouard du Beignon, négociant rochelais, de 1759 à 1762, p. 68
  18. ↑ Brice Martinetti, Les négociants de La Rochelle au XVIIIe siècle (ISBN 978-2-7535-2853-6), "Les négociants spéculent-ils sur la pierre de leur cité ?"
  19. ↑ Jean Hesbert, Correspondance de Étienne Henri Harouard du Beignon, négociant rochelais, de 1759 à 1762, p. 58-60

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Brice Martinetti, Les négociants de La Rochelle au XVIIIe siècle, Presses universitaires de Rennes, , « L'exceptionnelle réussite d'Étienne-Henry Harouard du Beignon, négociant-seigneur issu de la noblesse »
  • Émile Garnault, Livre d'or de la Chambre de commerce de la Rochelle contenant la biographie des directeurs et présidents de cette Chambre de 1719 à 1891, E. Martin, 1902
  • David Geggus, « Une famille de La Rochelle et ses plantations de Saint-Domingue », France in the New World, vol. 22,‎ , p. 119-136 (lire en ligne Accès limité)
  • Jean Hesbert, Correspondance de Étienne Henri Harouard du Beignon, négociant rochelais, de 1759 à 1762, Les Indes savantes, , 748 p. (ISBN 978-2-84654-576-1, présentation en ligne)
  • Jean-Michel Deveau, La traite rochelaise, Paris, Karthala, , 330 p. (ISBN 978-2-8111-0099-5)

Voir aussi

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