Événement (histoire)

point de rupture
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En historiographie traditionnelle, un événement historique ou simplement un événement est un ensemble de faits remarquables, jugé comme digne d'être retenu et consigné par écrit, en raison de son impact sur le cours de l'histoire. Un événement historique constitue donc typiquement un point de rupture, doté d'un avant et d'un après.

La conception positiviste de l'événement introduite par l'école méthodique en France à la fin du XIXe siècle laisse la place, depuis les années 1930, à d'autres paradigmes historiques, dans lesquels l'importance de l'événement peut être remise en cause. Par exemple l'école des Annales met l'accent sur l'histoire des mentalités.

Exemples d'événements en histoire

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La chute du mur de Berlin, les attentats du 11 septembre 2001 sont des exemples d'événements historiques ayant une portée mondiale. Des événements historiques peuvent aussi être de portée plus nationale, prenons à titre d'exemples la Révolution française, l'Affaire Dreyfus et l'attentat contre Charlie Hebdo pour la France, ou encore la Crise d'Octobre, la Nuit des Longs Couteaux, la Tuerie de l'École polytechnique de Montréal et la Grève étudiante québécoise de 2012 pour le Québec.

Certains événements particulièrement remarquables correspondent à des changements d'époque, comme par exemple :

L'événement historique comme élément de la grammaire positiviste de l'histoire

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Les historiens Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos de l'école méthodique dans Introduction aux études historiques (1898) ont une conception documentaire de l'événement :

  • l'événement n'existe historiquement que s'il peut être attesté par des traces documentaires durables (chartes, textes de lois, traités de paix, correspondances) ; le document correspond à des traces laissées par les pensées et les actes d'autrefois ;
  • l'événement correspond donc à ce qui a laissé une trace écrite volontaire.

Cette conception exclut de facto de nombreux phénomènes historiques qui n'auraient pas produit de documentation explicite[5].

Dans cette conception :

  • L'événement est un fait scientifiquement établi ;
  • L’événement est politique et objectif : l'École méthodique met donc l'accent sur le fait singulier, intervenant dans un temps court, privilégiant les faits politiques, diplomatiques, militaires car ce sont ceux qui produisent le plus de documentation explicite et vérifiable ;
  • Les documents ou les archives sont censés dire clairement un événement ou une pensée et s'imposent d'eux-mêmes.

Cette vision suppose qu'il suffit d'aligner les documents, et donc les faits, les uns derrière les autres pour obtenir une œuvre historique[5].

La conception positiviste de l'événement remise en question

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École des Annales : remise en cause du primat de l'événement

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L'École des Annales, inspirée par François Simiand, remet en cause le primat de l’événement, et critique l'histoire événementielle traditionnelle ; il dénonce les « idoles » politique, individuelle et chronologique. Dans l'approche des Annales, l'événement est perçu comme un « théâtre d’apparences », tandis que l'analyse doit porter sur les structures profondes et les réseaux sous-jacents. Lucien Febvre considère que « Le fait en soi n’existe pas », il souligne la dimension construite des faits historiques. Quant à Fernand Braudel, il met l'accent sur la « longue durée » en opérant une hiérarchisation temporelle entre « temps court » événementiel et « temps long » structurel ; l’événement n’est qu’un « éclat instantané » (Braudel, 1958)[5].

Paul Veyne : l'événement mis en narration

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Paul Veyne dans Comment on écrit l’histoire (1971), adopte une position paradoxale : l’histoire est nécessairement événementielle, car elle raconte des « intrigues » ; l’événement ne peut être pensé indépendamment des structures narratives qui le constituent. Il définit l'histoire comme un « récit d’événements vrais qui ont l’humain pour acteur ». Selon lui, l'événement reste fondamental pour comprendre la nature même de l'histoire telle qu'elle est écrite. L'événement historique est une construction narrative : il n'existe pas comme donné brut, mais par l'« intrigue » de l'historien[5].

L'événement comme élément discursif

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Le philosophe français Michel Foucault, dans L’Archéologie du savoir (1969) propose une « méthode archéologique » consistant en un déplacement épistémologique majeur : ne plus analyser l’événement en soi, mais révéler les « conditions de possibilité » de son émergence discursive[5].

L'historien américain Hayden White, dans Metahistory: The Historical Imagination in Nineteenth-Century Europe (1973) propose de placer la narrativisation au cœur de la production du sens historique. Il considère que « la voie principale pour imposer la signification aux événements historiques est la narrativisation » et « l'écriture historique est un processus de meaning-production (production de sens) » (White 1975)[5].

Le philosophe français Paul Ricœur, dans Temps et récit publié entre 1983 et 1985, propose le développement d’une phénoménologie herméneutique qui articule temporalité, narrativité et identité. La « configuration narrative » permet une « refiguration de notre expérience temporelle » où l'événement accède à l'intelligibilité par sa mise en intrigue (Ricoeur 1983)[5].

Références

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  1. Stéphane Yerasimos, « 1453 : les Turcs à Constantinople », L'Histoire, (lire en ligne, consulté le )
  2. Renaud Rochette, « chute d'une capitale, mort d'un empire », sur app.storiamundi.com (consulté le )
  3. « La prise de Constantinople en 1453 : la fin d’un empire et le début d’un autre », sur turquie-news.com, (consulté le )
  4. « 1789-1799 La Révolution française », sur assemblee-nationale.fr (consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 6 7 « L'événement en histoire, outils et épistémologie de l'histoire », sur moodle2025.inspe-paris.fr (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • (fr) Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire, 1971
  • (fr) Michel Foucault, L’Archéologie du savoir, 1969
  • (en) Hayden White, Metahistory: The Historical Imagination in Nineteenth-Century Europe, 1973
  • (fr) Paul Ricœur, Temps et récit publié, 1983-1985

Articles connexes

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Liens externes

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