Abbaye Notre-Dame-des-Dombes
L'abbaye Notre-Dame-des-Dombes est une abbaye trappiste située sur la commune du Plantay dans le département de l'Ain.
| Diocèse | Diocèse de Belley-Ars |
|---|---|
| Patronage | Notre-Dame |
| Numéro d'ordre (selon Janauschek) | 024[1] |
| Fondation | 1863 |
| Abbaye-mère | Abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle |
| Abbayes-filles | Abbaye Notre-Dame de Délivrance (Slovénie) |
| Congrégation |
Ordre cistercien de la stricte observance (1863-2001) Communauté du Chemin Neuf (depuis 2001) |
| Période ou style | Roman |
| Coordonnées | 46° 01′ 28″ N, 5° 05′ 16″ E[2] |
|---|---|
| Pays |
|
| Département | Ain |
| Commune | Le Plantay |
| Site | https://dombes.chemin-neuf.fr/ |
Histoire
modifierLa fondation
modifierÀ la fin des années 1850, Pierre-Henri Gérault de Langalerie, évêque de Belley, porte le projet de l'établissement d'une communauté monastique en Dombes, afin principalement d'aider au développement sanitaire, social et spirituel de cette région. Son choix se porte sur la fondation d'une abbaye cistercienne.
À cette époque, à la suite des nombreuses destructions de la Révolution française et à l'exil des moines survivants, il reste très peu d'abbayes cisterciennes en France. Une des seules fondations cisterciennes susceptible de fournir assez de moines pour créer la nouvelle abbaye est la fondation d'Hautecombe, recréée en 1826. Mais cette dernière est alors située dans le Royaume Sardaigne (l'annexion de la Savoie n'a lieu qu'en 1860) et l'ordre cistercien estime diplomatiquement maladroit de demander à une communauté composée principalement de moines italiens de fonder une abbaye en France[3].
Finalement, c'est l’abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle qui accepte de détacher quarante-quatre moines pour venir défricher la région et bâtir le nouveau monastère[4]. Les conditions avancées par Pierre-Henri Gérault de Langalerie sont relativement avantageuses pour les trappistes : 160 hectares de terres leur sont offerts, y compris ferme et cheptel ; aussi, les trappistes les acceptent-ils assez facilement[3].
Les architectes de l'abbaye sont Pierre Bossan et Jean-Baptiste Bernoux.
La viabilisation des terres
modifierLe travail agricole des trappistes contribue ainsi à améliorer les conditions de vie. Ils sont parmi les principaux acteurs de l'assainissement des marais de la Dombes, mais ils en sont aussi les victimes. En effet, l'assèchement de la région était soumis à une prime promise par la compagnie Mangini (fondée par les frères Lucien et Félix Mangini), mandatée pour construire la ligne de Lyon-Saint-Clair à Bourg-en-Bresse. Cette prime était une dotation conjointe de l'État et du conseil général de l'Ain, s'élevant à 1 500 000 francs, prévue pour assécher 6 000 hectares, d'où un ratio de 250 francs par hectare (l'assèchement de l'étang Flèche par les religieux montra un coût moyen effectif de 600 francs par hectare). Les Mangini décidèrent, pour augmenter leur bénéfice, de réduire cette prime à 100 francs. Dom Augustin, prieur de l'abbaye, choisit pour motiver les paysans de quadrupler aux frais du monastère cette prime de 100 francs, ce qui causa une perte très importante dans les comptes[5].
Seconde Guerre mondiale
modifier
À la suite de la déclaration de guerre par la France et le Royaume-Uni à l'Allemagne nazie le , 25 moines de l'abbaye sont appelés sous les drapeaux[6]. Deux d'entre eux sont tués pendant la bataille de France.
Dès l'automne 1940, l'abbaye soutient les maquis environnants en servant de dépôt d’armes, de munitions et de citernes d’essence ; elle accueille aussi des juifs et des résistants. Le matériel est camouflé dans les granges et autres dépendances, sous la paille.
Le , les Allemands entrent une première fois dans l'abbaye pour y chercher des armes. Elles restent cachées, ainsi que les citernes d’essence.
En , le père Bernard, prieur de l'abbaye (1903-1944, Gabriel Curis à l'état civil), est arrêté pour la première fois, puis relâché après que le préfet de l’Ain a remis cinq mille litres d’essence réclamés par l’armée allemande.
Après la création du STO, le monastère accueille aussi des réfractaires. Mais le monastère est surveillé par les Allemands et, en , la Gestapo arrête à Marlieux plusieurs personnes, dont un des agents de liaison du père Bernard qui avait parlé sous la torture. Le réseau est démantelé. Dès le , les Allemands envahissent le monastère. La gendarmerie nationale conseille au père Bernard de s’enfuir. Il s’y refuse, voulant épargner le monastère et ses confrères.
Le , la Gestapo arrête le père Bernard Curis à la fin de la messe et l’emmène au fort de Montluc où il est torturé avant d'être déporté en Allemagne à Buchenwald, Dora et enfin Bergen-Belsen, où il meurt le [7].
Le , la Gestapo, accompagnée de miliciens, fait de nouveau irruption dans le monastère. Le père Maurice (1883-1944, à l'état civil Octave Cordier) est abattu dans le jardin des malades, et le père Amédée Neyret dans la bibliothèque ; un autre trappiste est blessé.
En 1946, l'abbaye reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur pour faits de résistance[8] ainsi que la Croix de guerre 1939-1945[9]. Le père Bernard reçoit également la Légion d'honneur et la Croix de guerre à titre personnel et posthume[10].
Le , l'abbaye Notre-Dame-des-Dombes, seul lieu du département de l'Ain décoré pour faits de résistance au cours de la Seconde Guerre mondiale, célèbre le 200e anniversaire de la création de la Légion d'honneur par l'empereur Napoléon Ier, et accueille la célébration de cet anniversaire pour tout le département de l'Ain. À cette occasion, une plaque commémorative est inaugurée dans l'enceinte de l'abbaye puis bénie pour rappeler l'implication de ses religieux au cours du conflit.
Toponymie
modifierAlors que l'usage est d'évoquer la région de Dombes au singulier — on parle de la Dombes et non des Dombes —, l'usage du pluriel dans le nom de l'abbaye peut sembler curieux. Cette subtilité renvoie en fait à la double signification du mot "Dombes". Les dombes sont les fonds d'étangs, leurs eaux troubles, qui par extension ont donné leur nom au pays de Dombes. Ainsi, le nom de l'abbaye ne renvoie pas au territoire de la Dombes, mais plutôt à sa position au milieu de nombreux étangs.
Architecture et dépendances
modifierFiliation et dépendances
modifierNotre-Dame-des-Dombes est fille de l'abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle.
Liste des abbés
modifierL'histoire de la communauté et la succession de ses abbés ont notamment été étudiées par le moine cistercien Étienne Goutagny, ancien archiviste et prieur de Notre-Dame-des-Dombes, à partir des archives de l'abbaye[11].
- 1866-1870 : Dom Augustin d'Abzac de La Douze, premier abbé de Notre-Dame-des-Dombes. À la tête de la communauté depuis sa fondation, il est élu abbé le 24 février 1866 et meurt le 26 décembre 1870[11],[12],[13].
- 1871-1882 : Dom Benoît Margerand, deuxième abbé[11],[14]. Sous son abbatiat, face aux mesures prises en France contre les congrégations religieuses, il organise à partir de 1880 la recherche d'un refuge pour la communauté et participe à l'établissement des trappistes à Reichenburg, dans l'actuelle Slovénie[15].
- 1883-1905 : Dom Louis de Gonzague Moirant, troisième abbé[11]. Sa qualité d'abbé de Notre-Dame-des-Dombes est notamment attestée lors du chapitre général cistercien de 1892[16]. Il meurt en 1905.
- 1905-1917 : Dom Bernard Sirvain, quatrième abbé, élu le 16 octobre 1905, confirmé le 24 octobre et béni le 29 octobre suivant. Il renonce à sa charge le 10 juin 1917[11],[17].
- 1919-1923 : Dom Bernard Delauze, cinquième abbé. Appelé de l'abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle pour gouverner Notre-Dame-des-Dombes pendant la Première Guerre mondiale, il exerce d'abord comme supérieur après le départ de Bernard Sirvain en 1917. Il lui succède comme abbé en 1919[11],[18]. Il quitte les Dombes après son élection comme abbé d'Aiguebelle le 2 octobre 1923[19].
- 1923-1952 : Dom Alexandre Pontier, sixième abbé, élu en octobre 1923[11]. Il dirige notamment l'abbaye durant la Seconde Guerre mondiale, période pendant laquelle plusieurs religieux participent à la Résistance[20].
- 1953-1956 : Dom Ignace Gillet, septième abbé, élu le 8 janvier 1953 et béni le 25 mars suivant. Il quitte les Dombes après son élection comme abbé de l'abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle le 17 août 1956[11],[21]. Il devient ensuite abbé général de l'Ordre cistercien de la stricte observance en 1964.
- 1957-1985 : Dom François-Xavier Rouast, huitième abbé[11]. Entré à Notre-Dame-des-Dombes en 1941, il est ordonné prêtre en 1947 et dirige ensuite l'abbaye pendant près de trois décennies[22].
- 1987-1990 : Dom Sébastien Delacommune, neuvième abbé. Il gouverne d'abord la communauté comme supérieur ad nutum à partir de 1985, avant d'être élu abbé le 9 avril 1987. Il renonce à sa charge le 22 avril 1990[11],[23].
- 1990-2001 : Dom Bernard Christol, dixième et dernier abbé de Notre-Dame-des-Dombes, élu le 8 mai 1990 et béni le 14 juillet suivant[11],[24]. Il demeure abbé jusqu'au départ de la communauté cistercienne en 2001, lorsque les bâtiments sont confiés à la Communauté du Chemin Neuf[25]. La suppression canonique de l'abbaye intervient lors du chapitre général de l'ordre en septembre 2002[26].
Entre certains abbatiats, la communauté est administrée provisoirement par des supérieurs. Après l'élection de Dom Ignace Gillet à Aiguebelle en 1956, Dom Gérard Guérout assure ainsi temporairement le gouvernement de Notre-Dame-des-Dombes avant l'élection de François-Xavier Rouast en 1957[11]. De même, Dom Sébastien Delacommune exerce comme supérieur ad nutum de 1985 jusqu'à son élection abbatiale en 1987[23].
Œcuménisme
modifierGroupe des Dombes
modifierL'abbé Paul Couturier crée en 1937 un groupe amical de rencontres francophones entre catholiques et protestants, comprenant 20 membres de chaque confession ; à ses débuts, ce groupe se réunit à l'abbaye des Dombes, d'où son nom. Aujourd'hui, le groupe ne se réunit plus en ce lieu, mais le nom subsiste.
L'arrivée de la communauté du Chemin Neuf
modifierL'abbaye est confiée en août 2001[4] à la communauté du Chemin Neuf (créée en 1973), qui prend le relais des moines cisterciens et prolonge cette tradition de travail et de prière. La communauté est catholique mais à vocation œcuménique ; l'abbaye accueille des membres protestants, anglicans et orthodoxes.
Par ailleurs, la Communauté abrite un institut de théologie – l'Institut de théologie des Dombes, fondé dès 2001 – formant ses futurs prêtres ainsi que de nombreux autres étudiants (hommes et femmes) en théologie, en partenariat avec la Faculté de théologie catholique de Lyon[27] et en lien avec la faculté de théologie protestante de Strasbourg.
Un magasin propose les productions traditionnelles de l'abbaye, entre autres la Musculine.
Une hôtellerie accueille les personnes désirant vivre un temps de retraite individuelle et des groupes pour des temps de réflexion et de récollection.
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- ↑ (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Puthod, , 491 p. (lire en ligne).
- ↑ « Abbaye Notre Dame des Dombes », sur toutes-les-abbayes.com, Abbayes d'hier et d'aujourd'hui (consulté le ).
- 1 2 Bernard Delpal, Le silence des moines : les Trappistes au XIXe siècle : France, Algérie, Syrie, Éditions Beauchesne, , 612 p. (ISBN 9782701013473, lire en ligne), p. 239-242.
- 1 2 « L'Abbaye Notre-Dame-des-Dombes », sur Cuivres en Dombes (consulté le ).
- ↑ Étienne Goutagny, Cisterciens en Dombes : 1859-2001, Éditions L'Harmattan, , 434 p. (ISBN 978-2747571463), p. 106 et 107.
- ↑ Laurence Desjoyaux, « Notre-Dame-des-Dombes, une abbaye dans la Résistance », La Vie, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Gabriel Curis », sur savigny-en-lyonnais-patrimoine.fr (consulté le ).
- ↑ Au titre de la Seconde Guerre mondiale, la Légion d’honneur a été accordée à cinq régiments, à trois escadrons de l’Armée de l’air, au sous-marin Narval ainsi qu'à des institutions et collectivités civiles : la préfecture de police de Paris (1944), la Croix-Rouge française (1946), le réseau Résistance P.T.T. (1946), l’abbaye de Notre-Dame-des-Dombes (1946) et la Société nationale des chemins de fer français (1949). C'est, par conséquent, la seule institution religieuse de France décorée de cet ordre national.
- ↑ « Abbaye Notre-Dame des Dombes au Plantay », sur patrimoines.ain.fr (consulté le ).
- ↑ « Les Morts dans les Camps », sur lesmortsdanslescamps.com (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Étienne Goutagny, Cisterciens en Dombes : 1859-2001, L'Harmattan, coll. « Religions et spiritualité », , 434 p. (ISBN 978-2-7475-7146-3, lire en ligne)
- ↑ « Cérémonial et prières pour la bénédiction d'un abbé : à l'occasion de la bénédiction du premier abbé de N.-D. des Dombes, diocèse de Belley », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France, (consulté le )
- ↑ Marcel Berthier, « Dom Augustin d'Abzac de La Douze, premier abbé de l'abbaye cistercienne de Notre-Dame des Dombes (Ain, France) », Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, , p. 221 (lire en ligne)
- ↑ « Reichenburg », sur Biographia Cisterciensis (consulté le )
- ↑ « Giraud, Gabriel », sur Biographia Cisterciensis (consulté le )
- ↑ « Generalkapitel OCSO 1892 », sur Biographia Cisterciensis (consulté le )
- ↑ « Sirvain, Bernard », sur Biographia Cisterciensis (consulté le )
- ↑ P. Griselin, « Notre-Dame des Dombes dans la Grande Guerre : les trappistes au front », sur Archives & Témoignages, (consulté le )
- ↑ « Aiguebelle », sur Ordre cistercien de la stricte observance (consulté le )
- ↑ « Gabriel Curis », sur Savigny patrimoine (consulté le )
- ↑ « Gillet, Ignace », sur Biographia Cisterciensis (consulté le )
- ↑ « Dom François-Xavier Rouast, abbot emeritus of Dombes », sur Order of Cistercians of the Strict Observance, (consulté le )
- 1 2 « Delacommune, Sébastien », sur Biographia Cisterciensis (consulté le )
- ↑ « Chronique héraldique et sigillographique des évêques et abbés de France », Revue française d'héraldique et de sigillographie, (lire en ligne)
- ↑ « Les Dombes aux sources de l'Atlas », Le Progrès, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Goutagny, Etienne », sur Biographia Cisterciensis (consulté le )
- ↑ « Nos partenaires locaux », Université catholique de Lyon, (consulté le ).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- La Musculine, confiserie fabriquée par l'Abbaye
- La Tour médiévale et l'église Saint-Pierre sont deux autres monuments du Plantay dans la Dombes.
- Diocèse de Belley-Ars
Liens externes
modifier- Site officiel
- Ressource relative à la religion :
- Ressource relative à l'architecture :
- Abbaye Notre-Dame des Dombes au Plantay - Patrimoine(s) de l'Ain
- [vidéo] Abbaye Notre-Dame des Dombes, « Abbaye Notre Dame des Dombes - Week-end l'Ain de ferme en ferme 2018 », sur YouTube, (consulté le )
