Service du travail obligatoire (France)

Réquisition instituée par une loi de l'État français de citoyens français transférés en Allemagne pour y travailler et permettant à celle ci de soutenir l'effort de guerre durant la Seconde Guerre mondiale

Le Service du travail obligatoire (STO) est, durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, la réquisition et le transfert vers l'Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français contre leur gré, afin de participer à l'effort de guerre allemand que les revers militaires contraignent à être sans cesse grandissant (usines, agriculture, chemins de fer, etc.). Les personnes réquisitionnées dans le cadre du STO sont hébergées dans des camps de travailleurs localisés sur le sol allemand[1].

Service du travail obligatoire
Histoire
Fondation
Dissolution
Prédécesseur
Cadre
Sigle
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Pays

La Relève motivant et sollicitant une forme de volontariat de travailleurs pour l'Allemagne est annoncée dans un discours de Pierre Laval le .

La loi du relative à « l'utilisation et à l'orientation de la main-d'œuvre » institue la réquisition pour le travail possible pour tous les hommes de 18 à 50 ans et pour les femmes célibataires âgées de 21 à 35 ans (la destination vers l'Allemagne n'est pas mentionnée).

À la fin de , le résultat de 250 000 hommes requis est très en deçà des nouvelles exigences de l'occupant [1].

Le STO est instauré par la loi du concernant les personnes nées en 1920, 1921, 1922 et qui fait suite au relatif échec des politiques de volontariat et du système dit de Relève ou de la réquisition par la loi du .

La loi du continue à s'appliquer à l'instauration du STO.

Certificat de recensement modèle N°2 État français commissariat général au STO 1943.

En 1943, l'Allemagne nazie impose au gouvernement de Vichy la mise en place du STO, pour essayer de compenser le manque de main-d'œuvre dû à l'envoi d'un grand nombre de soldats allemands sur le front de l'Est, où la situation ne cessait de se dégrader. De fait, les travailleurs français sont les seuls d'Europe à avoir été requis par les lois de leur propre État et non par une ordonnance allemande. C'est une conséquence indirecte de la plus grande autonomie négociée par le gouvernement de Vichy comparativement aux autres pays occupés, qui ne disposent plus de gouvernement propre.

Des registres d'état-civil, listes de recensement et fichiers du STO sont volés ou détruits ce qui perturbe les réquisitions.

Le STO provoque le départ dans la clandestinité de près de 200 000 réfractaires, dont environ un quart gagne les maquis. La Résistance s'en trouve renforcée.

Un total de 600 000 à 650 000 travailleurs français est acheminé vers l'Allemagne entre et .

Après une longue bataille parlementaire et judiciaire, les associations d'anciens « requis du travail obligatoire » obtiennent, par décret du , la dénomination officielle de « victimes du travail forcé en Allemagne nazie ».

Historique

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De France, dès l'automne 1940, des volontaires, au début majoritairement d'origine étrangère (notamment Russes, Polonais, Italiens) partent travailler en Allemagne.

À l'automne 1940, l'occupant procède à des rafles arbitraires de main-d'œuvre dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, rattachés à Bruxelles[2],[3]. Le secteur minier est le premier concerné[4].

Le , le journal officiel de Belgique, Verordnungsblatt, publie une ordonnance signée par le commandant militaire allemand pour la Belgique et le Nord de la France, qui instaure le Service du travail obligatoire sur ces territoires. Le , une nouvelle ordonnance allemande introduit le travail obligatoire en Allemagne[5].

C'est « à partir de 1942, avec l'intensification des opérations de guerre de l'Allemagne engagée sur le front russe que les français subissent de plein fouet les réquisitions de main-d'œuvre »[6].

La « Relève » (1942)

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Affiche de propagande allemande pour inciter les Français à aller travailler en Allemagne (Musée de la Résistance en Bretagne).

Fritz Sauckel, surnommé le « négrier de l'Europe », est chargé le d'amener de la main-d'œuvre de toute l'Europe par tous les moyens. Il s'intéresse particulièrement à la France. Sa nomination est à peu près concomitante du retour au pouvoir de Pierre Laval. Jusqu'alors, moins de 100 000 travailleurs français volontaires sont partis travailler en Allemagne[7]. Le refus d'envoyer 150 000 ouvriers qualifiés a été l'une des causes de la chute de Darlan[8]. Au cours des années 1942 et 1943, Sauckel use d'intimidation et de menaces pour remplir ces objectifs. Face à lui, Laval, tour à tour négocie, temporise et obtempère, si bien que les relations entre les deux hommes sont tumultueuses, Sauckel louant Laval pour sa coopération ou le condamnant pour son obstruction[9]. Les exigences de main-d'œuvre formulées par Sauckel entre le printemps 1942 et le début de 1944 sont connues sous le nom d'« actions Sauckel »[10].

Le travail obligatoire est institué en Europe de l'Ouest par un Anordnung de Sauckel du [11]. Sauckel demande 250 000 travailleurs supplémentaires avant la fin du mois de juillet. Face à cette exigence, Laval recourt à sa méthode favorite qui consiste à négocier, gagner du temps et chercher des moyens d'échanges.

Photo de propagande : à Paris, en juillet 1942, des officiers allemands accueillent des volontaires de la « Relève ».

C'est ainsi qu'il en vient à proposer le système de la Relève consistant à libérer un prisonnier de guerre pour trois départs en Allemagne de travailleurs libres ; cette relève est instituée et annoncée dans un discours du . Dans le même discours, Laval proclame : « je souhaite la victoire de l'Allemagne »[7]. Dans une lettre envoyée le même jour au ministre allemand des Affaires étrangères, Ribbentrop, Laval place cette politique de la relève dans le cadre d'une participation de la France à l'effort de guerre allemand contre le bolchevisme, au travers de l'envoi de travailleurs[8].

Journal Le Petit Parisien du .
Affiche de propagande pour la relève : « Ils donnent leur sang. Donnez votre travail pour sauver l'Europe du bolchévisme ».

Le manque de succès de cette mesure (17 000 volontaires seulement à fin août) sonne le glas du volontariat. Le , une directive de Sauckel précise qu'il faut désormais recourir au recrutement forcé[12].

La Résistance dénonce cette aide à l'Allemagne nazie[13] : « La Résistance (mouvements de résistance de la zone sud: Combat, Libération, Franc-Tireur, Front national, PCF), signe le un tract collectif assurant de sa détermination à résister aux cotés de la classe ouvrière française aux départs en Allemagne »[6].

Du point de vue de Sauckel, la Relève a été un échec puisque moins de 60 000 travailleurs français sont partis en Allemagne à la fin du mois d'août. Il menace alors de recourir à une ordonnance pour réquisitionner la main-d'œuvre masculine et féminine, ordonnance qui ne peut s'appliquer qu'en zone occupée. Laval négocie l'abandon de l'ordonnance allemande au profit d'une loi française concernant les deux zones[14],[4].

La conscription obligatoire (automne 1942)

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La réquisition, conscription obligatoire, d'ouvriers spécialisés en fonction des besoins du Reich est la conséquence de la loi française du . Ce Service du Travail obligatoire déguisé contraint les ouvriers spécialisés de la métallurgie, de la sidérurgie et du bâtiment à travailler en Allemagne[15],[4]. Cette loi stipule dans ces articles 8 et 9 que les Français ciblés se doivent de justifier d’un emploi régulier sous peine d’être réquisitionné pour un travail désigné par l'État. Tous les hommes de 18 à 50 ans et les femmes célibataires âgées de 21 à 35 ans sont concernés[16],[9]. Cette loi a permis « l'envoi d'autant de travailleurs outre-Rhin que celle du Service du travail obligatoire, instaurée six mois plus tard, tout en dissimulant dans son texte la moindre allusion à un travail en Allemagne »[17]. Cette loi de coercition est impopulaire et, au sein même du gouvernement, quatre ministres auraient manifesté leur opposition[18]. En , l'objectif de 250 000 hommes de la première action Sauckel est atteint[19].

Toutefois, la réquisition forcée d'ouvriers, gardés par des gendarmes jusqu'à leur embarquement en train, suscite de nombreuses réactions hostiles. Le éclate une grève aux ateliers SNCF d'Oullins, dans la banlieue lyonnaise, qui va s'étendre jusqu'au 17 dans le Rhône, à Saint-Étienne et Chambéry[20],[21]. On écrit sur les trains « Laval assassin ! »[22].

À la suite de ces événements, le gouvernement est forcé de reculer en zone sud, si bien qu'au , seuls 2 500 ouvriers requis ont en tout et pour tout quitté la zone sud[23].

Le service du travail obligatoire (1943-1944)

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Le , après qu'Hitler eut ordonné le versement dans l'armée de 300 000 ouvriers allemands, Sauckel exige, le , qu'en plus des 240 000 ouvriers déjà partis en Allemagne, un nouveau contingent de 250 000 hommes soit expédié d'ici la mi-mars[9].

Pour satisfaire cette deuxième « action Sauckel », le Pierre Laval, après avoir vainement négocié[24], précise la loi du (art. 1) en instaurant le Service du travail obligatoire (STO) qui mobilise pour deux ans les jeunes gens « afin de répartir équitablement entre tous les Français les charges résultant, selon les termes d'un communiqué officiel, des besoins de l'économie française » et en fait de l'économie allemande[25],[note 1]. Le , Pierre Laval menace publiquement de prendre des mesures non seulement contre les réfractaires au STO mais aussi contre les personnes qui les aideraient. La loi du prévoit des amendes très élevées contre toute personne ayant sciemment hébergé ou assisté un réfractaire, y compris les membres de sa famille[26].

Les réquisitions liées à la loi du ne concernaient théoriquement que des ouvriers qualifiés. Avec la mise en place du STO, le recrutement, de catégoriel, se fait désormais par classes d'âge entières.

Les jeunes gens nés entre 1920 et 1922, c'est-à-dire ceux des classes 1940, 1941 et 1942 ont l'obligation de partir travailler en Allemagne (ou en France), s'agissant d'un substitut au service militaire. La jeunesse, dans son ensemble, devient la cible du STO[9]. La classe 1942 est la plus touchée. Dès le , les étudiants savent qu'ils seront soumis au STO à la prochaine rentrée[27]. Les exemptions ou sursis initialement promis aux agriculteurs disparaissent dès juin. Le public visé étant strictement le même que celui de la loi du , théoriquement, les jeunes femmes sont aussi concernées mais, par peur des réactions de la population et de l'Église, hormis quelques cas individuels, elles ne sont pas touchées par le STO. Parmi les requis de cette deuxième action Sauckel, on compte 24 000 jeunes hommes des chantiers de jeunesse, du dernier contingent de la classe 1942[24]. Des résistants communistes autrichiens exilés en France ont utilisé ce dispositif pour retourner résister dans leur pays sous de fausses identités françaises ce qui entraînera une forte répression au cours du premier semestre 1944[28].

La date fixée par Sauckel étant mi-mars, l'opération est menée tambour battant :

  • la loi est signée le et publiée au JO, avec le décret d'application, le lendemain ;
  • les préfets font le recensement des jeunes avec comme date-butoir le , des outils étant déjà prêts ;
  • les convocations aux visites médicales sont envoyées dans la foulée ;
  • les premiers conseils de révision[note 2] pour les trois classes ont lieu dans les chefs-lieux de canton dès le avec comme date-butoir le  ;
  • les convocations pour le départ des trains en partance pour l'Allemagne sont remises le lendemain ;
  • les premiers convois sont organisés le surlendemain (les premières défections sont nombreuses).

Le , au cours d'une réunion de prières réunissant 4 000 jeunes, à Roubaix, église Saint-Martin, le cardinal Liénart, évêque de Lille, exhorte les jeunes à y aller (le Journal de Roubaix titre : « ce serait de la lâcheté de ne pas obéir […] ») ; une semaine plus tard, le cardinal expose sa pensée en trois points : l'occupant outrepasse ses droits, on peut donc désobéir sans péché mais le devoir de charité — si je ne pars pas, un autre partira à ma place — peut inciter à partir[29].

Au total, 600 000 hommes partent entre et [30]. Laval aura mis l’inspection du travail, la police et la gendarmerie au service des prélèvements forcés de main-d’œuvre et de la traque des réfractaires au Service du travail obligatoire[23]. Il aura ainsi permis que les forces d'occupation ne soient pas mobilisées sur cette opération.

À la seconde action Sauckel succède une troisième : le , les Allemands présentent de nouvelles demandes, il leur faut 120 000 ouvriers en mai et 100 000 autres en juin. Le , ils en exigent 500 000 supplémentaires[31]. Ces objectifs ne sont jamais atteints car des réfractaires de plus en plus nombreux échappent aux réquisitions et, finalement, ce sont les Allemands eux-mêmes qui mettent un terme, de fait, aux demandes de Sauckel. Le , le ministre de l'armement du Reich Albert Speer conclut un accord avec le ministre du Gouvernement Laval, Jean Bichelonne, soustrayant de nombreuses entreprises travaillant pour l'Allemagne à la réquisition de Sauckel. Les hommes sont protégés mais l'économie française dans son ensemble est intégrée à celle de l'Allemagne[30]. De façon formelle, à côté de la nouvelle politique de Speer, Sauckel tente tant bien que mal de continuer la sienne de prélèvement de main-d'œuvre vers l'Allemagne. Ainsi, une quatrième action Sauckel lancée en 1944 s'avère être un fiasco complet[32].

Probablement sans connexion avec la politique du STO mais simplement parce qu'il est un dignitaire nazi circulant en voiture dans Paris, le délégué de Fritz Sauckel en France, le SS-Standartenführer (colonel) Julius Ritter, est abattu le par une équipe des Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI][33] du groupe Manouchian[34]. Il est remplacé par le SS-Brigadeführer (général) Alfons Glatzel (de).


Oppositions et résistances

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Résistance ouvrière

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Le , on affiche aux ateliers ferroviaires d’Oullins (Rhône) une liste de cheminots réquisitionnés pour être envoyés travailler en Allemagne. Afin de résister à cette contrainte, les Ateliers se mettent spontanément en grève le jour même et manifestent dans les rues au cri de « Pas un homme en Allemagne ! ». Le soir des dizaines de cheminots sont arrêtés. Le mouvement s'étend dans des ateliers, entrepôts et gares de la région puis dans une trentaine d'usines et concerne douze mille grévistes[35],[36],[37]. C’est le plus vaste mouvement de grève qu’ait connu la France depuis 1940, et que connaisse la zone sud entre 1940 et l’été 1944. Il prend fin le . La veille, le ministre des Transports Gibrat a dû venir négocier en personne à Oullins avec les cheminots réunis dans leurs ateliers occupés. Les révoltés exigent la libération des leurs, et menacent de ne plus convoyer les trains en direction de l’Allemagne. Le 21, les listes de requis sont retirées et la plupart des prisonniers relâchés[38],[39].

Une seule manifestation à l'encontre de convois ferroviaires circulant vers l'Allemagne avec à leur bord des STO est photographiée avec des photographies toujours visibles (en ). Il s'agit d'une manifestation qui s'est tenue à Romans-sur-Isère le et photographiée par le journaliste Paul Deval qui aurait ensuite caché les négatifs sous le plancher de la Maison des jeunes de la ville tout en déclarant aux inspecteurs de Vichy qui l'interrogent le lendemain qu'il les a détruits[40].

Cette manifestation est préparée le . Jean Chapus, chef de gare, informe le capitaine Vincent Beaume, des Mouvements unis de la Résistance (MUR), du passage en gare de Romans, le , d'un train spécial, en provenance de Grenoble, devant convoyer environ 300 requis du STO. Les MUR de Romans et de Bourg-de-Péage se réunissent pour organiser une manifestation. Deux organisations sont particulièrement actives : la Jeunesse communiste (JC) et la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Le Comité de Résistance, la JC, la JOC et la Confédération générale du travail (CGT) clandestine décident de se réunir et d'appeler les ouvriers à une manifestation la veille du départ, le , à 18 h, devant la bourse du travail. Une cinquantaine de tracts sont rédigés à la main. Ils appellent à protester contre les départs en Allemagne, contre la faiblesse des salaires, pour un meilleur ravitaillement. Les tracts sont distribués par les délégués syndicaux dans les usines et passent de main en main.

Le , à 18 h, à la sortie des usines, les manifestants se dirigent vers la bourse du travail. La police, les gardes mobiles avertis cernent le bâtiment. Deux à trois mille personnes se regroupent alors place du maréchal Pétain. Les élèves de l'école de gendarmerie de Romans tentent de les faire circuler ; pour beaucoup, engagés pour échapper au STO, ils sont plutôt passifs. Les manifestants prennent pour cible des lieux de réunion de collaborateurs. Le café de Valence, siège du Parti populaire français (PPF) est mis à sac. Le calme revient vers 20 heures[40].

Selon Jean Chapus, le chef de gare, le train transportant les personnes en partance pour réaliser le STO en Allemagne est immobilisé durant 2 h 5 du fait de manifestants qui entravent les voies par leur présence et la pose de pierres de taille et de madriers. Une vingtaine de manifestants auraient été arrêtés le [40].

Prêtres-ouvriers et action catholique clandestine dans le Reich

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Le Saint-Siège demande au maréchal Pétain, par l'intermédiaire de Léon Bérard, ambassadeur de France au Vatican, que les séminaristes français soient exemptés du STO or, ceci n'est pas souhaité par les évêques français, qui entendent de la sorte ne pas déserter le terrain de la reconquête du monde ouvrier et ce monde ouvrier se trouve pour partie non négligeable en Allemagne. Ainsi, 3 200 séminaristes partent en Allemagne dans le cadre du STO.

D'autre part, à compter de fin 1942, des négociations sont menées entre l'épiscopat français représenté par le cardinal Suhard et le Dr Brandt, qui traite de cette question pour les Allemands,[réf. nécessaire] pour officialiser la présence d'aumôniers parmi les déportés du STO. À la fin du mois de , le Dr Brandt oppose un refus définitif à la demande des évêques français mais ceux-ci ont déjà envisagé d'envoyer des prêtres en Allemagne, non pas avec le statut d'aumônier mais avec celui d'ouvrier. Il s'agit là de la naissance du mouvement des prêtres ouvriers. Pionnier, l'abbé Adrien Bousquet arrive à Berlin le .

À la suite du père Bousquet, 25 prêtres sélectionnés par le père Jean Rodhain, aumônier national des prisonniers de guerre et futur fondateur du Secours catholique, sont envoyés clandestinement dans le Reich. En plus de ces clandestins organisés, d'autres prêtres sont requis sans que leur qualité de religieux soit détectée. Certains partent de leur propre initiative, parfois contre l'avis de leur évêque. Il y a également 273 prêtres prisonniers de guerre, transformés en « travailleurs libres ». Avec les 3 200 séminaristes et les militants de l'Action catholique partis, contraints ou volontaires, cela représente au total un ensemble de quelque 10 000 militants.

Pour les autorités allemandes, les travailleurs étrangers sont autorisés à assister aux offices allemands. Ils ne voient pas d'objection à ce que des ecclésiastiques étrangers soient employés comme travailleurs, à condition qu'ils s'abstiennent de toute activité spirituelle ou ecclésiastique. Cependant l'étau se resserre progressivement, toute activité religieuse auprès des travailleurs forcés devenant dangereuse pour les participants.

Le , Ernst Kaltenbrunner, chef de la sécurité du Reich, adresse une note à tous les fonctionnaires de la Gestapo. Il leur donne la consigne de rechercher tous les prêtres et séminaristes dissimulés sous le statut de laïcs, de les expulser ou de les emprisonner en cas de faute grave. Les responsables régionaux des groupes clandestins de Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), seule organisation clandestine de soutien spirituel présente sur le territoire allemand, sont arrêtés et déportés. Les militants catholiques, encore actifs, doivent cesser toute activité catholique sous peine d'emprisonnement (voir à ce sujet Résistances chrétiennes dans l'Allemagne nazie, Fernand Morin, compagnon de cellule de Marcel Callo, D. Morin, éd. Karthala, 2014). L'un d'eux, Marcel Callo, a été béatifié par Jean-Paul II en 1987. Sur les 25 prêtres clandestins envoyés en Allemagne, douze sont envoyés en camp de concentration, généralement à Dachau.

Les groupes de la JOC continuent néanmoins leur action malgré la répression. Un millier de groupes répartis dans 400 villes allemandes sont répartis en 70 fédérations. Des clans scouts se forment. Jacques Duquesne, en parlant d'eux, évoque une version moderne de l'« église des catacombes » : « Ils se confessent en pleine rue, communient dans les escaliers […] ».

Le , 50 prêtres et laïcs français sont béatifiés[41].

Réfractaires au STO

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Le terme officiel d'«insoumis » désigne le jeune qui refuse de se laisser recenser. Au printemps 1943, on estime les insoumis à 14 %. Le « réfractaire » est un recensé qui n'obéit pas à sa convocation[42].

Avec le tarissement des ressources humaines à prélever, le développement des maquis explique aussi la chute des départs à partir de l'été 1943, induisant le demi-succès de la troisième action Sauckel (de juin à ) puis le fiasco de la quatrième en 1944. Ainsi, le STO provoque le départ dans la clandestinité de près de 200 000 réfractaires, dont environ un quart gagne les maquis en pleine formation. Cet afflux d'environ 50 000 réfractaires dans les maquis, qui fait espérer à Henri Frenay et à d'autres chefs de la Résistance que des actions de guérilla vont pouvoir se développer contre les forces d'occupation allemandes en France, suscite à Londres la crainte des alliés que de telles actions de guérilla amènent les Allemands à augmenter massivement leurs forces d'occupation, compromettant ainsi les chances de succès d'un futur débarquement allié en France[43]. Le STO accentue la rupture de l'opinion avec le régime de Vichy et constitue un apport considérable pour la Résistance mais il place aussi cette dernière devant une tâche inédite, d'une ampleur considérable : résoudre le manque d'argent, de vivres, d'armes, etc. pour des milliers de maquisards qui ont soudain afflué[9]. Les réfractaires au STO forment également une part significative mais difficilement quantifiable des quelque 25 000 évadés de France qui gagnent l'Espagne puis l'Afrique du Nord et s'engagent dans la France libre ou dans l'armée française de la Libération. Robert Belot évalue à 51,6% la part des jeunes de 20 à 23 ans dans la population des évadés par l'Espagne en 1943 et ajoute que ce chiffre « est à relativiser , car il ne suffit pas d'être de ces classes d'âge pour être ipso facto visé par le STO »[44].

Faute de filière, de place dans le maquis ou de désir de se battre, de nombreux réfractaires se limitent toutefois à se cacher à domicile ou à se faire embaucher dans des fermes isolées où ils servent de main-d'œuvre à des paysans complices. Après l'automne 1943, ils sont aussi nombreux à rejoindre un vaste secteur industriel protégé mis en place par l'occupant et travaillant exclusivement pour ce dernier. Enfin, une part non négligeable des jeunes Français concernés par le STO réussissent à passer à travers les mailles du filet en refusant le STO mais sans pour autant entrer dans la clandestinité ; ces derniers ont la chance d'être progressivement oubliés par l'administration de l'occupant.

Le , Pierre Laval, chef du gouvernement, déclare à l'allemand Fritz Sauckel, Plénipotentiaire général pour la mobilisation de la main-d’œuvre, qu'il veut pourchasser les réfractaires. Il ajoute, à propos d'officiers allemands qui protègent certains travailleurs pour les maintenir en France, qu'ils « font de la collaboration un peu trop gentille »[45]. Le , dans un message radiodiffusé, Laval annonce des mesures contre les complices et même les familles de ceux qui se dérobent au STO[46]. Le , le maire de Bozel est révoqué pour aide aux réfractaires aux STO[47]. Le , Laval ordonne à René Bousquet, chef de la police, de faire interner le juge Yves Brunel, trop clément avec les réfractaires[48].

À l'été 1943, le refus du STO devient massif et les permissionnaires sont nombreux à ne pas repartir en Allemagne (66,7 % de défaillants du au [49]) et la police et surtout la gendarmerie cessent de faire du zèle[50]. Dans le Lot, on dénombre plus de 12 % de réfractaires au printemps 1943, puis 28 % en juin et plus de 95 % en août et septembre[51]. Certains requis, comme Boby Lapointe, s'évadent[49]. Selon Raphaël Spina, près de 250 000 requis passent dans la clandestinité. Les trois-quarts se réfugient dans de petites exploitations agricoles où leur main-d’œuvre est bien accueillie[52]. Environ 40 000 réfractaires gagnent les maquis de la Résistance.

Contre le STO, le Conseil national de la Résistance crée et finance le Comité d'action contre la déportation, présidé par Yves Farge[53],[54].

La Résistance vole ou détruit de nombreux registres d'état-civil, listes de recensement et fichiers du STO et fournit de faux papiers aux réfractaires[55].

Plaque place de Fontenoy (7e arrondissement de Paris) commémorant l'action d'un groupe de résistants menés par Léo Hamon en 1944[note 3].

Le , dirigé par Léo Hamon, un commando de ce comité incendie 200 000 fiches dans les locaux parisiens du Commissariat général au STO[56]. La Résistance, par son organisation de Noyautage des administrations publiques[57], infiltre et sabote les services du STO et subit pour cela arrestations et déportations[58]. De plus en plus de maires et de fonctionnaires aident les réfractaires[59].

Plaque commémorative à Quimper de l'action destruction de 44 000 dossiers.

À Quimper, le , un groupe de résistants participe au sabotage du STO par la destruction de 44 000 dossiers. À la suite de cette action le Finistère devient le premier département réfractaire de France[60],[61].

À Lyon, le champion sportif Tola Vologe avec son réseau « Sport libre » crée une filière pour les sportifs réfractaires au STO[62]. Arrêté par la Milice française, il est remis à la Gestapo et abattu quelques jours plus tard.

René Carmille, créateur sous l'Occupation du Service national des statistiques (SNS), qui deviendra l’Insee en 1946, fait efficacement obstruction à l'utilisation de ses fichiers pour l'enrôlement au Service du travail obligatoire et pour l'arrestation des Juifs[63]. Arrêté à Lyon, interrogé et torturé par Klaus Barbie, il meurt en déportation à Dachau[64].

Pierre Lamy, grâce à son poste d'inspecteur du travail à Annecy, sabote d'abord la Relève des prisonniers de guerre français en Allemagne par des travailleurs volontaires, puis l'enrôlement au Service du travail obligatoire. Il fournit des dérogations et de faux papiers et prévient des arrestations imminentes. Responsable de l'Armée Secrète pour le secteur d'Annecy et membre du comité départemental de la Résistance, il est dénoncé, arrêté, torturé et exécuté dans un bois.

Charlotte Abonnen, secrétaire médicale au Service médical du centre de départ des travailleurs français pour l'Allemagne, à la caserne de la Pépinière, à Paris, falsifie des certificats ou en établit de faux et permet ainsi à des milliers de personnes d'échapper au départ en Allemagne. Dénoncée, elle est arrêtée, torturée et déportée au camp de concentration nazi de Ravensbrück[65].

Après la guerre, un statut du réfractaire au {{Abréviation discrète|STO|service du travail obligatoire} paraît au Journal officiel de la République française le et détermine le droit à réparation[66]. Un mémorial, des stèles et des noms de lieux publics rendent hommage aux réfractaires[67]. La Médaille du réfractaire honore ceux qui se sont soustraits au Service du travail obligatoire.

Récapitulation du nombre des travailleurs français en Allemagne

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L'exploitation de la main-d'œuvre française par le Troisième Reich a concerné des travailleurs, volontaires pour le travail en Allemagne, volontaires dans le cadre de la « Relève » (touchés par le chômage ou attirés par la rémunération élevée), des requis dans les entreprises depuis le dernier trimestre 1942 et les requis du STO dès , ainsi que les prisonniers de guerre du rang et peu gradés. Un total de 600 000 à 650 000 travailleurs français fut acheminé vers l'Allemagne entre et auquel s'ajoutait la partie des soldats prisonniers retenus de force dans le pays, dont le nombre initial s'élevait à 1 850 000 hommes. Les travaux de recherche citent le chiffre de 1 500 000 Français (volontaires, réquisitionnés, prisonniers) qui auraient travaillé en Allemagne entre 1942 et 1945[68]. La France fut le troisième fournisseur de main-d'œuvre forcée du Reich après l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et la Pologne et fut le pays qui lui donna le plus d'ouvriers qualifiés.

À la fin de 1944, alors que la France est presque entièrement libérée par les Alliés, environ deux millions de Français se trouvent encore en Allemagne et la plupart travaillent plus ou moins pour le Reich. Parmi eux, on dénombre un million de prisonniers de guerre. Une seconde catégorie de 200 000 hommes est formée des anciens prisonniers de guerre qui ont choisi le statut de « travailleur libre », soumis aux lois nazies. Ils ne sont alors plus protégés par les conventions internationales. La convention de Genève de 1929 prévoit à l'article 27 que les prisonniers de guerre, militaires du rang de 2e classe à caporal-chef peuvent être mis au travail par la puissance détentrice[69]. Par ailleurs, 600 000 travailleurs du STO forment la troisième catégorie. Quant aux travailleurs partis plus ou moins volontairement[70], ils sont environ 40 000. À cela, s'ajoute une autre catégorie de « travailleurs » pour l'Allemagne : les Alsaciens ou Mosellans, enrôlés sous l'uniforme allemand dans le cadre du Reichsarbeitsdienst ou Service national du travail obligatoire pour les garçons et les filles entre 17 et 25 ans. À l'issue du service au RAD les garçons ont été, après , mobilisés dans l'armée allemande.

Entre 50 à 70 000 Françaises travaillèrent en Allemagne pendant la guerre de manière volontaire[71]. au vu que la contrainte, la réquisition, ou l'obligation n'ont pas été utlisées contre les femmes.

À la Libération, le Gouvernement provisoire de la République française considére les travailleurs volontaires comme des collaborateurs. La Commission consultative des dommages et réparations chargée de dresser le bilan de l'exploitation de la main-d'œuvre par l'Allemagne en France, ne les considère que comme trompés par les promesses de la propagande allemande[4].

En fait, le pouvoir ne souhaite pas poursuivre les 250 000 volontaires en Allemagne. Pour être poursuivi, au titre du crime d’indignité nationale, deux conditions sont requises, l’intention volontaire et l'aspect politique. Concernant les femmes volontaires, elles échappent pour la pluspart à toute condamnation, les motivations retenues tiennent de circonstances sociales, familiales ou financières, et leurs dénient tout choix politique[71].

Reconnaissance statutaire et historique des requis

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Au moment de leur rapatriement en France, les requis tiennent à être considérés comme des déportés du travail mais la concurrence mémorielle explique qu'ils se voient interdire l'utilisation de cette dénomination.

Plaque en mémoire des victimes du STO de la gare de l'Est (Paris), apposée en 1993.

La loi du [72] donne aux victimes du STO le statut de « personnes contraintes au travail en pays ennemi, en territoire étranger occupé par l'ennemi ou en territoire français annexé par l'ennemi », leur ouvrant droit à indemnisation. Une carte spéciale et un insigne distinctif sont attribués aux bénéficiaires de ce statut, sur décision du ministre des anciens combattants et victimes de la guerre.

Admise en Belgique, la dénomination officielle de « déporté du travail » est interdite aux associations de victimes du STO par la justice française en 1992, pour éviter la confusion avec la déportation vers la mort qui a été le sort réservé aux résistants et aux Juifs, principalement.

Après une longue bataille parlementaire et judiciaire, les associations d'anciens « requis du travail obligatoire » obtiennent, par décret du , la dénomination officielle de « victimes du travail forcé en Allemagne nazie » mais celle de « déportés du travail » leur est définitivement refusée le par la Cour de Cassation[73].

Les requis ont fait partie jusque dans les années 1970 des oubliés de la Seconde Guerre mondiale, concurrencés sur le plan mémoriel par d'autres victimes de guerre, qui avaient été plus héroïques ou plus victimes qu'eux, notamment les prisonniers de guerre français, les déportés politiques et les victimes de la Shoah. Les premiers travaux de recherche sur la réquisition pour le travail ne sont lancés au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) que dans les années 1970 et ne se développeront que dans les années 1990. Les STO ont parfois dû faire face au reproche de n'avoir pas désobéi et d'être partis renforcer le potentiel de la main-d'œuvre du Troisième Reich.

Selon la Fédération nationale des déportés et internés politiques (FNDIP), fondée en 1945 et devenue en 1946 la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP), 60 000 d'entre eux seraient morts en Allemagne et 15 000 auraient été fusillés, pendus ou décapités pour actes de résistance. Les historiens jugent aujourd'hui ces chiffres excessifs et estiment qu'entre 25 000 et 35 000 STO ont perdu la vie en Allemagne[74]. La majorité sont morts en raison de leur emploi dans des usines d'armement bombardées, souvent dans de mauvaises conditions et sous la surveillance fréquente de la Gestapo, ce qui a occasionné un taux de mortalité supérieur à celui des prisonniers de guerre. De 5 à 6 000 d'entre eux d'entre eux sont morts dans des camps de concentration, victimes de la répression de la Gestapo. Au moins un millier est mort dans des camps d'éducation par le travail. Un certain nombre d'entre eux, mis à la disposition d'artisans, de la Reichsbahn, de la Poste ou de l'administration, ou, plus rarement, de fermes, sont morts de maladies mal soignées ou d'accidents du travail.

Le , à la Gare de l'Est de Paris une plaque mémoriale est apposée rendant hommage aux « victimes du nazisme et des lois d'exception des , et du gouvernement de Vichy qui instaurèrent le service du travail obligatoire ».

Entreprises allemandes ayant utilisé de la main-d’œuvre du STO

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Liste non exhaustive (par ordre alphabétique)

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Exemples de conditions de travail

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Constructions aéronautiques à Česká Kamenice

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En 1943, après sa destruction par les Alliés à Berlin, une unité de construction aéronautique est déplacée à Česká Kamenice (République tchèque) dans les Sudètes (région annexée en 1938, précédemment tchécoslovaque).

Avec la complicité du gouvernement de Vichy, des jeunes gens, techniciens, tourneurs, sont interpellés dans leur propre famille ou sur leur lieu de travail, sinon convoqués, notamment chez Air-Équipement à Bois-Colombes (France) le  ; avant leur départ pour Berlin, ou d'autres destinations comme Iéna, Leipzig, ils sont consignés à la caserne Mortier à Paris[note 4]. Les familles sont éventuellement informées par courrier dans le but de leur apporter des affaires pour y passer la nuit : tout dépend en fait de la bonne volonté du gendarme qui a procédé à l'interpellation.

Près de Ceskà Kamenice, les nazis ont aménagé le site des mines et fait construire le camp de Rabstein par des déportés venant de plusieurs des 95 kommandos dépendant du camp de concentration, à 260 km, de Flossenbürg en Allemagne (lui-même à environ 100 km à l'est de Nuremberg).

Le camp de Rabstein est situé dans un creux de vallon et les baraquements où logent les prisonniers sont souvent inondés. Les hommes insuffisamment vêtus souffrent de la faim, du froid et sont sujets à des rhumatismes.

Dans les caves humides et mal éclairées, les conditions de travail des ouvriers sont particulièrement pénibles avec 12 heures de présence quotidienne obligatoire.

Usine de peinture à Wünschendorf-sur-Elster

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Douze heures de présence quotidienne sont également exigées dans l'entreprise allemande de peinture dirigée par M. Peters à Wünschendorf-sur-Elster, près d'Erfurt ; le climat y est continental et les températures vont de - 25° C en hiver à + 30° C en été. Les conditions de travail y sont déplorables notamment pour les « disciplinaires »[note 5], les logements dans des baraquements sont malsains et la sous-alimentation est chronique. Il ne faut pas être surpris en train de se nourrir clandestinement sous peine de brimades ; néanmoins les ouvriers, pour survivre, doivent s'organiser et parviennent à voler des céréales et légumes dans les champs.

Les prisonniers de Wünschendorf, entre autres, ont également été contraints de travailler pour les entreprises de Weida et de procéder à la reconstruction de la gare de Leipzig, détruite par un bombardement allié le .

Personnalités françaises ex-STO

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Liste non exhaustive (par ordre alphabétique)

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Cas de Georges Marchais

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Une controverse a entouré le passé de Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste français (PCF) de 1970 à 1994, accusé d'avoir été volontaire en Allemagne chez Messerschmitt ; en effet, il n'a pas été requis par le STO, contrairement à ses déclarations. Selon son biographe Thomas Hofnung[76], Marchais n'a jamais été ni volontaire ni requis du STO mais, en fait, aurait été muté en Allemagne par l'entreprise d'aviation qui l'employait en France en 1940. Cette entreprise (Voisin) fut tenue, après l'invasion allemande en , de travailler pour les autorités d'occupation, après avoir été réquisitionnée. Elle devint alors une quasi-filiale de Messerschmitt et assurait notamment l'entretien d'avions allemands qui lui étaient confiés pour réparation. En , Georges Marchais fut transféré en Allemagne, dans une usine du groupe Messerschmitt, près d'Augsbourg.

Selon Roger Codou[77], c'est plutôt chez AGO Flugzeugwerke, filiale aéronautique d'AEG, que le futur secrétaire général du PCF aurait été affecté. Georges Marchais déclara avoir fui l'Allemagne à la mi-1943, à l'occasion d'une permission qu'il avait obtenue, en alléguant la mort de sa fille (en fait, de sa nièce) et n'avoir après cette permission jamais rejoint l'usine d'Augsbourg où il était affecté. Toutefois, il ne fut pas capable de prouver son séjour en France, en région parisienne ou ailleurs, entre sa permission de 1943 et la Libération[78]. Selon le magazine l'Express de , en 1944, Georges Marchais était encore en Allemagne et ne se serait donc jamais évadé contrairement à ses dires.

Demande de réparation à l'État

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Le , Albert Corrieri, 102 ans — envoyé de force pour travailler en Allemagne au titre du STO — demande devant le tribunal administratif que le ministère des Armées et l’Office des anciens combattants lui rétribuent son labeur volé. Il réclame sa rémunération non perçue, soit 43 200 euros, sur la base d’un calcul de 10 euros de l'heure[79]. « La déportation, c'est le transfert forcé de population et c'est bien le cas ici » plaide son avocat. « Monsieur Corrieri a été déporté par la volonté du régime de Vichy et réduit en esclavage. Selon toutes les lois et conventions, nationales et internationales, la déportation comme la réduction en esclavage sont des crimes contre l’humanité et sont donc imprescriptibles par nature »[80],[81]. Cependant, le tribunal administratif de Marseille n'est pas de cet avis et déboute Albert Corrieri de sa demande d'indemnisation en estimant que les faits sont prescrits[82].

Notes et références

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  1. ↑ Lors de l'élaboration de la loi, la dénomination "service obligatoire du travail" avait d'abord été utilisée mais l'abréviation SOT suscitant les railleries, elle est remplacée au bout d'une semaine par STO. On retrouve, malgré tout, cette dénomination, par la suite, dans le Journal officiel.
  2. ↑ À cette époque, ce moment était considéré comme un rite de passage à l'âge adulte. C'était un moment de fête pour les jeunes hommes. Trois ans que cela ne s'était pas produit ! Accompagnés parfois des maires, certains vont même à la "ville" (voir "Rafles des 2 et 5 mars 1943 à Nancy).
  3. ↑ Contrairement à la mention de la plaque, ce sont les requis de la classe 44 qui étaient concernés (Spina, p. 414).
  4. ↑ Située 141, boulevard Mortier, dans le 20e arrondissement.
  5. ↑ Ceux qui ont été considérés « réfractaires », à leur départ de France.

Références

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Voir aussi

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Archives

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Mémoires

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  • Jean Pasquiers, Jeannot chez les nazis : Journal d'un Déporté du Travail 1943-45.
  • Michel Laurain, Souvenirs 1922-1945, archives départementales de l'Aude
  • Paul Chantreuil, Journal d'un STO (Service du travail obligatoire), PR, coll. « Récits de vie » (ISBN 978-2-48783-005-9)

Études historiques

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  • Robert Belot, Aux frontières de la liberté : Vichy, Madrid, Alger, Londres : S'évader de France sous l'Occupation, Paris, Fayard, , 794 p. (ISBN 978-2-21359-175-9)
  • Helga Elisabeth Bories-Sawala, Dans la gueule du loup. Les Français requis du travail en Allemagne, Presses universitaires du Septentrion, , 388 p., accompagné de documents et illustrations sur CD.
  • Christian Chevandier et Jean-Claude Daumas, Travailler dans les entreprises sous l'Occupation, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Les Cahiers de la MSHE Ledoux », , 528 p. (ISBN 978-2-84867-211-3, lire en ligne).
  • Jacques Evrard, La Déportation des travailleurs français dans le IIIe Reich, Paris, Fayard, coll. « Les grandes études contemporaines », .
  • Camille Fauroux, Produire la guerre, produire le genre. Des Françaises au travail dans l'Allemagne nationale-socialiste, 1940-1945, Paris, Éditions de l'EHESS, , 306 p. (ISBN 978-2-7132-2860-5).
  • La Main-d'œuvre française exploitée par le IIIe Reich, actes du colloque international de Caen, , Centre de Recherche d'Histoire quantitative, Caen, 2001, textes rassemblés par B. Garnier, Jean Quellien et Françoise Passera.
  • Jean-Pierre Harbulot, Le Service du Travail Obligatoire : La Région de Nancy face aux exigences allemandes, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, , 727 p. (ISBN 2-86480-936-2).
  • Christophe Chastanet, La Reconnaissance juridique des requis du STO, Limoges, mémoire de DEA, , 147 p..
  • Jacques Martin en collaboration avec Julie Maeck et Patrick Weber, Carnets de guerre, Casterman, 2009.
  • Françoise Berger, « L'exploitation de la main-d'œuvre française dans l'industrie sidérurgique allemande pendant la Seconde Guerre mondiale », dans Revue d'histoire moderne et contemporaine, juillet-, [lire en ligne] sur le site HAL-SHS (Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société).
  • Raphaël Spina, La France et les Français devant le service du travail obligatoire (1942-1945), 2012, thèse sous la direction d'Olivier Wieviorka, [lire en ligne] sur le site HAL-SHS (Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société).
  • Raphaël Spina, Histoire du STO, Éditions Perrin, , 570 p. (lire en ligne).
  • Thomas Hofnung, Georges Marchais, l’inconnu du Parti communiste français, Paris, L'Archipel, (ISBN 2841873196). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Dominique Morin, Résistances chrétiennes dans l'Allemagne nazie, Fernand Morin, compagnon de cellule de Marcel Callo, éd. Karthala, .
  • (de) Bernd Zielinski, Staatskollaboration. Vichy und der "Arbeitseinsatz" für das Dritte Reich, Westfälisches Dampfboot, 1995.

Documentaires

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Articles connexes

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Liens externes

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