Relève (régime de Vichy)
La Relève est le dispositif mis en place en par le régime de Vichy pour répondre aux besoins de main-d'œuvre exigés par le gauleiter Fritz Sauckel au profit de l'Allemagne nazie[1], en échange de la libération de prisonniers de guerre français. C'est un échec aux yeux des Allemands, le résultat n'atteignant pas le nombre de travailleurs réclamés.
D'avril à fin septembre 1942, il est compté 68 000 départs de travailleurs « volontaires ».
Lui succèdent la réquisition d'ouvriers spécialisés à la suite de la loi française du , puis le Service du travail obligatoire (STO), plus généralisé par classe d'âge et plus coercitif dans son application, dès .
En tout, la Relève aura permis à 90 747 prisonniers de guerre français sur 1 850 000 de rentrer en France.
Entre 50 000 et 70 000 Françaises travaillèrent en Allemagne pendant la guerre de manière volontaire[2]. Toutefois, la contrainte, la réquisition ou l'obligation n'ont pas été utilisées envers les femmes. Elles non pas été assignées clairement à la période politique de la Relève.
Historique
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En , moins de 100 000 travailleurs français étaient partis volontairement travailler en Allemagne[3].
Le retour au pouvoir de Pierre Laval, le , coïncide à peu près avec l'arrivée en France de Fritz Sauckel, chargé par Hitler de pourvoir l'industrie du Reich en main-d'œuvre qualifiée recrutée dans les pays occupés.
En , les demandes de Sauckel s'élèvent à 250 000 hommes. Laval négocie le départ pour l'Allemagne de 150 000 ouvriers qualifiés en échange du retour en France et la libération de 50 000 prisonniers de guerre, soit un prisonnier de guerre français libéré contre le départ en Allemagne de trois ouvriers spécialisés[4],[5].

Il justifie cet accord par son discours du , dans lequel il « souhaite la victoire de l'Allemagne parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s'installera partout »[4]. Le gouvernement de Vichy lance une vaste campagne de propagande par la radio, la presse et l'affichage auprès des ouvriers, afin de les inciter au volontariat. Cette campagne présente cette « relève » comme une solidarité nationale[4], met en avant les avantages supposés accordés aux volontaires ou glorifie le « sacrifice » du soldat allemand devenu l'ultime rempart contre le bolchévisme :

- « Ils donnent leur sang - Donnez votre travail pour sauver l'Europe du bolchévisme » disait une célèbre affiche de l'époque[6].
- « La relève aura ainsi doublement sauvé la France de la pauvreté grâce à celui qui est parti, et de la famine grâce à ceux qui sont rentrés ».
- « Tout le confort est assuré, douches, salles de bain, chauffage central, la nourriture abondante est préparée par des cuisiniers spécialisés originaires de divers pays pour respecter les coutumes nationales ».
- « À Nice, je gagnais 2 000 francs par mois et aujourd'hui, après avoir vécu, j'envoie 3 000 balles à ma famille, sans compter ce que j'espère emporter lors de ma première permission ».

Le régime organise, le , une cérémonie très médiatisée d'accueil du premier train[1],[5] de 1 300 prisonniers libérés qui arrive en gare de Compiègne, croisant un train de volontaires partant pour l'Allemagne[7]. Laval, accompagné de nombreux dignitaires français et allemands, dont le délégué de Sauckel et celui d'Abetz, prononce un discours, devant les caméras, la radio et les journalistes, tentant de justifier sa politique.
Cependant, cette mesure n'a pas de succès, seulement 7 000 ouvriers partent en , succédant aux 7 000 d'[4] et 17 000 volontaires répondent à l'appel à la fin [5].

Devant cet échec, le , Sauckel veut alors imposer un dispositif plus contraignant[8]. Laval édicte donc la loi du qui amorce une relève par réquisition[8], premier pas vers la loi du qui institue le Service du travail obligatoire[9]. D'avril à fin , Sauckel, très insatisfait, comptabilise 68 000 partants[8].
En tout, la Relève aura permis à 90 747 prisonniers (sur 1 850 000) de rentrer en France[10].
Le fait d'avoir soutenu la propagande pour favoriser le volontariat des travailleurs en Allemagne, ou d'avoir défendu la Relève, amena des Français devant les chambres civiques durant l'épuration[réf. souhaitée].
La multiplicité des applications des lois sur les travailleurs et travailleuses susceptibles de partir en Allemagne ne permet pas de distinguer assurément les volontaires vraiment libres des requis maquillés en volontaires durant l'occupation en raison des moyens de pression des occupants et des pouvoirs des gouvernements de collaboration[réf. souhaitée].
À la Libération, le Gouvernement provisoire de la République française prend des décisions concernant les travailleurs volontaires. « D'une part, l'ordonnance du le définit comme un collaborateur. Il a directement participé au fonctionnement de la machine de guerre allemande et il est parti de sa propre initiative et ne peut donc prétendre à aucun statut de victime ». « D'autre part, la Commission consultative des dommages et réparations chargée de dresser le bilan de l'exploitation de la main-d'œuvre par l'Allemagne en France, ne voit dans le phénomène du volontariat qu'« une fraction d'hommes réellement séduits par les thèmes et les promesses de la propagande allemande » »[11].
De fait, le pouvoir ne souhaite pas poursuivre les 250 000 volontaires partis en Allemagne. Pour être poursuivi, au titre du crime d’indignité nationale, deux conditions sont requises, l’intention volontaire et l'aspect politique. Concernant les femmes volontaires, elles échappent pour la plupart à toute condamnation, les motivations retenues tiennent de circonstances sociales, familiales ou financières, et leur déni tout choix politique[2].
Notes et références
modifier- 1 2 Paxton 1997, p. 363-364.
- 1 2 Fabrice Virgili, « Travailler dans les entreprises sous l’Occupation : 21. Les travailleuses françaises en Allemagne »
, sur openedition.org, Presses universitaires de Franche-Comté, (consulté le ), p. 359-377 - ↑ Cointet 1993, p. 378-380.
- 1 2 3 4 Kupferman 2006, p. 383-388.
- 1 2 3 Ferro 1987, p. 406-407.
- ↑ « Affiches de propagande au cours du XXe siècle – La Deuxième Guerre mondiale », sur archivesdepartementales76.net, Archives départementales de la Seine-Maritime (consulté le ).
- ↑ Kupferman 2006, p. 411-412.
- 1 2 3 Kupferman 2006, p. 413-414.
- ↑ Azéma et Wieviorka 1997, p. 255-257.
- ↑ Azéma et Wieviorka 1997, p. 69.
- ↑ Passera 2004.
Voir aussi
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Bibliographie
modifier- Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, Paris, Perrin, coll. « Tempus », , 374 p. (ISBN 978-2-262-02229-7).

- Jean-Paul Cointet, Pierre Laval, Paris, Fayard, , 586 p. (ISBN 978-2-213-02841-5).

- Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, (réimpr. 2008), 789 p. (ISBN 978-2-213-01833-1).

- Fred Kupferman (préf. Henri Rousso), Laval, Paris, Tallandier, , 2e éd. (1re éd. Balland, 1987), 654 p. (ISBN 978-2-84734-254-3).

- Françoise Passera, « Les travailleurs volontaires : L'exemple du Calvados, 1940-1945 », Annales de Normandie, CRHO-Mémorial de Caen, vol. 54, no 1, (lire en ligne
, consulté le ). 
- Robert O. Paxton (trad. Claude Bertrand, préf. Stanley Hoffmann), La France de Vichy – 1940-1944, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points-Histoire », (réimpr. novembre 1999) (1re éd. 1973), 475 p. (ISBN 978-2-02-039210-5).
