Gouvernement Laval VI
Le sixième gouvernement Pierre Laval est le quatrième et dernier gouvernement du régime de Vichy en France, constitué par Philippe Pétain. Il succède au gouvernement Darlan le [1], lors du rappel de Pierre Laval et se termine le , par décision de Pétain à la veille d'être emmené par les Allemands de Vichy à Belfort, ce qui met fin au régime de Vichy. Subsistera encore quelques mois en Allemagne la commission gouvernementale de Sigmaringen.
| Chef de l'État et Président du Conseil | Philippe Pétain |
|---|---|
| Chef du gouvernement | Pierre Laval |
| Législature | Aucune, la XVIe ayant voté les pleins pouvoirs constituants à Pétain. |
| Formation | |
| Fin | |
| Durée | 2 ans, 4 mois et 1 jour |
| Coalition |
GC - PPF - PRNS - UFDR - RNP Dissidents : PRRRS-RI-FR-AD-SFIO-PSF |
|---|
Contexte
modifierAprès deux ans passés à la tête du régime de Vichy, le gouvernement de l'amiral Darlan est impopulaire, victime du marché de dupes des Allemands. Darlan a engagé davantage les forces de Vichy dans une collaboration élargie avec l'Allemagne étant pour lui la moins mauvaise solution, leur cédant beaucoup : livraison de bases navales à Bizerte et Dakar, d'une base aérienne à Alep en Syrie, des véhicules, de l'artillerie et des munitions en Afrique du Nord, de la Tunisie, sans compter la livraison d'armes aux Irakiens.
En échange, Darlan demande une contrepartie aux Allemands (réduction des contraintes de l'armistice : libération des prisonniers français, disparition de la ligne de démarcation et du mazout pour la flotte française), ce qui les irrite.
Le , Hitler a signé le décret dotant la France d'un « chef supérieur de la SS et de la Police » (HSSPf) chargé d'organiser la « Solution finale » après la conférence de Wannsee avec la Police française.
Dès , le retour de Laval est envisagé par des ministres de Darlan, notamment Pierre Pucheu. Pétain lui-même est influencé par de nombreuses personnes qui souhaitent voir revenir Laval au pouvoir. Même Yves Bouthillier et Henry du Moulin de Labarthète qui n'apprécient pas Laval sont déçu de Darlan et se prononce plutôt pour lui. Côté allemand, les militaires ne sont pas favorables à Laval mais il obtient, en forçant, de discuter avec Göring le , qui lui indique qu'il ne souhaite pas qu'il revienne au pouvoir. Pourtant, Laval y ressort en disant qu'il a son soutien. Du côté de l'ambassade à Paris, Otto Abetz est aussi partisan de Laval en opposition à son ministre de tutelle, Joachim von Ribbentrop. Laval utilise l'entretien avec Pétain pour prévenir d'une, fausse, politique allemande plus dure. L'entourage de Pétain cherche cependant à empêcher Laval de revenir au pouvoir, Le Maréchal le rencontre le où il ment et indique que Darlan souhaite abandonner la politique de collaboration tandis que les Allemands vont mettre un Gauleiter en France. Laval a aussi le soutien des collaborationnistes comme Marcel Déat et malgré l'intervention de von Ribbentrop contre Abetz, puis celle de Du Moulin, le directeur du cabinet civil de Pétain qui cherche à former un gouvernement sous l'influence de Lucien Romier et avec des parlementaires plutôt à gauche comme Jean Mistler, Albert Chichery et Lucien Lamoureux. Mais Abetz l'apprend et demande son départ, qui est obtenu[2].
Laval joue ainsi bien du contexte de transfert de compétences des autorités militaires allemandes vers la Gestapo pour la sécurité et l'antisémitisme. De plus, Darlan est peu soutenu par les ultras et Pétain estime qu'il n'a pas assez obtenu de choses des Allemands. Darlan utilise alors la carte américaine et le , Washington fait savoir que le retour de Laval serait considéré comme inamical. Ce mouvement est contre-productif car les Allemands se positionnent alors officiellement et souhaitent son retour. Le gouvernement chute ainsi le [3].
Formation
modifierPétain remplace François Darlan par Pierre Laval le . Darlan reste le successeur désigné du chef de l’État et devient commandant en chef de l'armée de Vichy.
Laval forme un gouvernement composé de membres qui lui sont loyaux, Pétain ne conservant que Joseph Barthélemy, Lucien Romier et Abel Bonnard. Jacques Le Roy Ladurie, syndicaliste agricole corporatiste, est nommé à l'Agriculture pour complaire à l'ambassade d'Allemagne. De même, malgré les réticences de faire entrer les ultras dans le gouvernement, il doit se plier aux demandes avec Fernand de Brinon et Paul Marion. Henri Dentz, général ayant combattu la France Libre lors de la campagne de Syrie, est refusé par Laval comme ministre de la Guerre, préférant le général Eugène Bridoux, libéré d'Allemagne en février. Pour contenter les ultras, il augmente les financements du Rassemblement national populaire et nomme Max Bonnafous, ancien éditeur de Jean Jaurès, au Ravitaillement[4]. René Bousquet devient secrétaire général à la Police[5] ainsi que Georges Hilaire comme secrétaire général à l'Intérieur. Tous deux sont depuis une décennie dans le cercle de Laval et proche des milieux allemands. Aucun des deux, ne fait partie des ultras et sont opposés à la fondation d'un régime de parti unique ainsi qu'à la Révolution nationale[6].
Cette nomination de Laval ne donne finalement lieu a aucune relance de la collaboration. À l'inverse, l'Allemagne, expulse de nouveaux des Lorrains et il est demandé le retour du général Giraud qui s'est évadé de prison. Cependant, celui-ci est protégé par Pétain et refuse toute réddition sans le retour de tous les prisonniers de guerre mariés. Otto Abetz est laminé par Berlin qui doit désavouer Laval. Dès le mois de mai, il doit changer son discours, il admet ne pouvoir faire revenir les prisonniers de guerre pour le moment mais qu'il va finir par obtenir gain de cause auprès des Allemands[7].
Le retour au pouvoir de Laval coïncide avec la mise en place par les Allemands du plan de déportation des Juifs[8]. Une ordonnance allemande rend obligatoire le port de l'étoile jaune en zone occupée à partir du . Le prédécesseur de Laval, Darlan, s'était opposé à cette mesure en zone libre en mettant en avant l'opinion publique[8].
Actions gouvernementales
modifierLa période couverte par ce gouvernement correspond, au début des défaites allemandes — première bataille d'El Alamein puis au débarquement allié en Afrique du Nord qui conduit à l'occupation de la zone libre par la Werhmarcht et au sabordage de la flotte française à Toulon (novembre 1942), le ralliement de l'Empire à la France libre, la défaite de Stalingrad (février 1943) et début du recul permanent sur le front de l'Est, la campagne d'Italie, et le début de la reconquête allié du continent européen — jusqu'à la Libération de la France en ().
Il est marqué par une collaboration accrue, la création de la Milice et à partir de fin 1943-début 1944, l'entrée au gouvernement des collaborationnistes ultras.
Chronologie
modifier- 1942
- 5 mai 1942 : les Britanniques débarquent à Diégo-Suarez (Madagascar), les combats avec les forces vichystes cesseront le 8 novembre.
- 2 juillet 1942 : Bousquet et Carl Oberg, chef supérieur de la SS et de la Police pour la France, signent des accords de collaboration policière.
- 16 et 17 juillet 1942 : la police vichyste organise la rafle du Vel' d'Hiv.
- : rafle en zone libre.
- 19 août 1942 : les Alliés lancent l'opération Jubilée sur la plage de Dieppe pour tester les défenses allemandes.
- 3 novembre 1942 : le maréchal Rommel est vaincu à la bataille d'El-Alamein, ce qui arrête l'avance italo-allemande vers le canal de Suez et sonne la retraite de l'Afrikakorps vers la Tunisie.
- 8 novembre 1942 : les Alliés lancent le débarquement en Algérie et au Maroc (opération Torch).
- : la Wehrmacht envahit la zone sud, non occupée, et occupe Tunis et Bizerte, sans combats.
- : l'Armée d'Afrique reprend le combat contre les Allemands en Tunisie, à Medjez el-Bab.
- : devant l'avancée allemande, la flotte française se saborde à Toulon et l'Armée de l'armistice se dissout.
- 7 décembre 1942 : l'Afrique-Occidentale française se rallie à la France libre
- : l'amiral François Darlan est assassiné à Alger par le jeune monarchiste Fernand Bonnier de La Chapelle.
- 1943
- 30 janvier 1943 : Laval crée la Milice française.
- février 1943 : les troupes allemandes sont encerclées à Stalingrad.
- mars 1943 : la Guyane française se rallie aux Alliés.
- 13 mai, les forces de l'Axe capitulent en Tunisie.
- 24 mai 1943 : le premier milicien vichyste est tué par la Résistance intérieure française.
- 31 mai 1943 : l'escadre française immobilisée à Alexandrie se rallie aux Forces navales françaises d'Afrique.
- 15 juillet 1943 : les Antilles françaises se rallient à la France libre.
- 5 octobre 1943 : la Corse devient la première région française métropolitaine libérée par l'Armée française de la Libération avec l'assistance des Maquis corses et la complicité des Forces armées italiennes d'occupation.
- 1944
- 1er janvier 1944 : Darnand (PPF) est nommé secrétaire général au Maintien de l'ordre.
- 6 juin 1944 (D-Day) : les Alliés débarquent en Normandie, début de la bataille homonyme.
- : les Alliés débarquent en Provence et progressent hors de Normandie vers Paris, la libération de la France s'accélère.
Fin du dernier gouvernement de Vichy
modifierLe jeudi 17 août 1944, Pierre Laval, chef du gouvernement et ministre des Affaires étrangères, tient à Paris son dernier conseil de gouvernement avec cinq ministres[9]. Les Allemands ont accepté de réunir l'ancienne Assemblée nationale [10]. Mais les collaborationnistes ultras, Marcel Déat et Fernand de Brinon protestent auprès des Allemands qui changent d'avis[11] : ils emmènent Laval à Belfort[12] ainsi que des restes de son gouvernement « pour assurer sa sécurité légitime » et arrêtent Édouard Herriot[13]. Les Allemands veulent maintenir un « gouvernement français » avec l'espoir de stabiliser le front dans l'est de la France et dans le cas d'une éventuelle reconquête[14]. Le même jeudi, à Vichy, Cecil von Renthe-Fink, ministre délégué allemand, demande à Pétain d'aller en zone Nord, mais celui-ci refuse [15] et demande une formulation écrite de cette exigence[15]. Le vendredi 18, Cecil von Renthe-Fink renouvelle sa requête par deux fois.
Le samedi 19, à 11 h 30, il revient à l'hôtel du Parc, résidence du Maréchal à Vichy, accompagné du général von Neubroon qui indique qu'il a des « ordres formels de Berlin »[15]. Le texte écrit est soumis à Pétain : « Le gouvernement du Reich donne instruction d’opérer le transfert du chef de l’État, même contre sa volonté[15]. » Devant le refus renouvelé du maréchal, les Allemands menacent de faire intervenir la Wehrmacht pour bombarder Vichy[15]. Après avoir pris à témoin l'ambassadeur de Suisse, Walter Stucki, du chantage dont il est l’objet, Pétain se soumet et met fin au gouvernement de Laval.
Le dimanche , les Allemands emmènent le maréchal Pétain, contre son gré[16], de Vichy au château de Morvillars[17] à côté de Belfort[18],[19], mettant fin de fait au régime de Vichy qui subsistera toutefois encore quelques mois de jure en Allemagne avec la commission gouvernementale de Sigmaringen.
Composition du gouvernement
modifierNotes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Fasciste, ancien membre du parti Le Faisceau.
- ↑ Le ministère du Ravitaillement est aboli.
- ↑ Démission du gouvernement
- ↑ Secrétaire général à la Jeunesse transformé en commissaire général à la Jeunesse
Références
modifier- ↑ Deuxième gouvernement Laval du 18 avril 1942 : « Le nouveau gouvernement de Vichy », Les Actualités Mondiales, 8 mai 1942, Archives de l'INA, sur le site ina.fr, consulté le 18 janvier 2009.
- ↑ Laurent Joly (dir.), Vichy : histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 243-247
- ↑ Laurent Joly (dir.), Vichy : histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 248
- ↑ Laurent Joly (dir.), Vichy : histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 249-250
- ↑ Éric Conan, « La vraie vie de René Bousquet », sur lexpress.fr, L'Express, 28 septembre 1990, mis à jour le 17 décembre 2003 (consulté le ).
- ↑ Laurent Joly (dir.), Vichy : histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 251
- ↑ Laurent Joly (dir.), Vichy : histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 253
- 1 2 Asher Cohen, Persécutions et sauvetages, Juifs et Français sous l'occupation et sous Vichy, Cerf, 1993 (ISBN 2204044911), p. 256-257.
- ↑ André Brissaud (préf. Robert Aron), La dernière année de Vichy (1943-1944), Paris, Librairie Académique Perrin, , 586 p., p.504-505 :
- ↑ Robert O. Paxton (trad. Claude Bertrand, préf. Stanley Hoffmann), La France de Vichy – 1940-1944, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points-Histoire », (réimpr. novembre 1999) (1re éd. 1973), 475 p. (ISBN 978-2-02-039210-5), p. 382-383.
- ↑ Brissaud 1965, p. 491-492.
- ↑ Eberhard Jäckel (trad. de l'allemand par Denise Meunier), La France dans l'Europe de Hitler, Fayard, , 554 p., p.495.
- ↑ Fred Kupferman (préf. Henri Rousso), Laval, Paris, Tallandier, , 2e éd. (1re éd. Balland, 1987), 654 p. (ISBN 978-2-84734-254-3, présentation en ligne).

- ↑ Jean-Paul Cointet, Sigmaringen, op. cit., p. 53[réf. non conforme].
- 1 2 3 4 5 Aron 1962-1964, p. 41-42.
- ↑ « Philippe Pétain (1856-1951) », sur le site cheminsdememoire.gouv.fr.
- ↑ Henry Rousso, Pétain et la fin de la Collaboration - Sigmaringen 1944-1945, éd. Complexe, 449 pages (ISBN 2-87027-138-7), p. 78.
- ↑ Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, Paris, Librairie académique Perrin, 1962-1964, p.41-45, chap. « Pétain : sa carrière, son procès» ; rééd. CAL, Paris .
- ↑ Jäckel 1968, p. 498-499 : « Le maréchal tenait à entourer cette scène du maximum de publicité et à lui donner le caractère d’une arrestation violente. Mais d’un autre côté il voulait éviter les effusions de sang, aussi Neubronn fut-il informé dans la nuit par l’intermédiaire du ministre suisse [Walter Stucki], de ce qui attendait les Allemands le lendemain matin. Les issues de l’hôtel du Parc seraient verrouillées et barricadées, mais la garde du Maréchal n’opposerait pas de résistance ; les Allemands furent priés de se munir des outils nécessaires pour forcer les portes et les grilles. Ainsi fut fait. [...] »
- ↑ [PDF] Jérôme Cotillon, « Les entourages de Philippe Pétain, chef de l’État français, 1940-1942 », Histoire@Politique – Politique, culture, société, no 8, mai-août 2009. « Par la conjonction des événements précipitant une concentration entre les mains d’un seul des pouvoirs présidentiel et gouvernemental comme le cas de figure faisant du dernier président du Conseil de la République également le premier chef du nouvel État français, la personne de Pétain se retrouve tout à la fois investie de nouvelles fonctions exécutives sans avoir été dépossédée de ses anciennes attributions gouvernementales. »Voir en particulier la note 42, p. 16. : « Il est relevé que Laval chef du gouvernement ne porte pas pour autant le titre de président du Conseil, Pétain continue d’en être le détenteur et d’en exercer les pouvoirs afférents. Cf. à ce sujet AN 2AG 539 CC 140 B et Marc-Olivier Baruch, op. cit.[réf. non conforme], p. 334-335 et 610. »
- ↑ « Le Régime de Vichy (1940-1944) | Ministère de l'Intérieur », sur www.interieur.gouv.fr (consulté le )
- 1 2 « Archives du Service Obligatoire du Travail au ministère du Travail (1943-1945) », sur francearchives.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « 1954 : Le parti paysan du Lorrain Le Roy Ladurie contre Mendès-France - ICI », sur ici.fr (consulté le )
- 1 2 Pierre Philippe Lambert et Gérard Le Marec, Partis et mouvements de la Collaboration, Ed. Grancher, 1993
- ↑ « Délégation générale aux relations économiques franco-allemandes (1927-1943) », sur francearchives.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Joseph Pascot, rugbyman et personnage très controversé - ICI », sur ici.fr (consulté le )
- 1 2 Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, (réimpr. 2008), 789 p. (ISBN 978-2-213-01833-1), p. 523.
- ↑ « Régime de Vichy, quand l'extrême droite s'occupe de la France : épisode du podcast Histoire de l’extrême droite, des ligues au Front national », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ Éric Conan, « La vraie vie de René Bousquet », sur lexpress.fr, L'Express, 28 septembre 1990, mis à jour le 17 décembre 2003 et le 1er juin 2006 (consulté le ).
- ↑ Paxton 1997, p. 349.
- ↑ Jean-Paul Grémy, « L’enquête de 1943 sur la propagande officielle en Zone Sud. » [PDF], sur HAL, (consulté le ), p. 32-33
- ↑ « EX-PROPAGANDISTE DE VICHY Paul Creyssel est jugé cet après-midi », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )