Adoration des mages (Mantegna)
L'Adoration des mages est un tableau réalisé par le peintre italien Andrea Mantegna vers 1495-1505. Cette tempera à la colle et or sur toile de lin est une peinture chrétienne qui représente l'Adoration des mages, les trois rois à droite offrant leurs présents à la Sainte Famille à gauche. L'œuvre fait partie depuis 1985 des collections du J. Paul Getty Museum de Los Angeles, aux États-Unis.
| Artiste | |
|---|---|
| Date |
Vers |
| Type | |
| Matériau | |
| Dimensions (H × L) |
48,6 × 65,6 cm |
| No d’inventaire |
85.PA.417 |
| Localisation |
Composition et Iconographie
modifierDestinée à la dévotion privée, l'œuvre se distingue par son cadrage serré à mi-corps et son éclairage dramatique. Le format horizontal de la toile est en effet idéal pour capturer l'ensemble de la scène de l'Adoration des Mages. Mantegna attire notre attention avec une convergence de têtes, étroitement regroupées dans les limites de la toile. La composition est organisée autour du Christ, qui attire le regard. L'arrière-plan du tableau est dépouillé et obscur. La palette est sobre avec des tons terreux dominants, tandis que l'utilisation de la lumière diffuse, provenant de la gauche du tableau, donne une profondeur aux figures et signale la présence du divin[1].
L'œuvre est marquée par une perspective linéaire, qui guide le regard du spectateur vers le point focal de la composition : la rencontre sacrée entre le Christ et les mages est matérialisée par la présentation des présents. La disposition des personnages en frise et la quasi absence de profondeur évoque les bas reliefs romain[1.1].
La Sainte famille est nimbée et porte des vêtements simples. La Vierge est représentée avec une expression douce et sereine, tandis que l'enfant manifeste une certaine curiosité envers les présents offerts.
À droite, les trois Mages incarnent à la fois les Trois Âges de la Vie et les Trois Continents alors connus à cette période. Chacun est distinctement individualisé : Melchior, Gaspard et Balthazar. Leurs vêtements somptueux sont ornés de motifs de léopard et de bijoux qui relèvent le goût de l'époque pour « l'exotisme », témoignant de leur statut royal. Gaspard, qui incarne l'Europe et la vieillesse, est représenté barbu avec un crâne dépouillé. Il présente au Christ-Enfant une tasse de porcelaine de chine de la dynastie Ming (du type yashou bei) remplie de pièces d'or[1.2]. Melchior, le roi barbu représentant l'Asie et l'âge mûr, se tient derrière Gaspard. Il tient un encensoir turc en jaspe pour parfumer l'air. Le plus éloigné des trois de l’Enfant Jésus est Balthasar, dit « le Maure », associé à l'Afrique et à la jeunesse. Il porte une coupe couverte en agate destiné à la myrrhe[2],[3].
Thème
modifierDurant la Renaissance, les rois mages deviennent des figures permettant notamment de représenter l'altérité géographique et culturelle du monde connu. Leur origine lointaine, leurs vêtements et leurs présents luxueux contribuent à associer l'épisode biblique à une forme d'exotisme. Dans le même temps, leur statut royal leur confère une dimension politique et symbolique : ils incarnent la soumission des puissants du monde au Christ, tout en pouvant faire écho aux représentations contemporaines du pouvoir princier et de la richesse[2].
C’est notamment à Florence, durant la première moitié du XVe siècle, que ces figures ont le plus de retentissement dans la culture civique et artistique italienne. A l’occasion de l’Epiphanie, une Confrérie des mages est créée afin de superviser l'organisation de processions reconstituant le voyage des mages. Le culte des mages est également rattaché à la recherche de l'autorité princière, comme le montre le peintre Sandro Botticelli dans son Adoration des mages, où Cosme de Médicis et ses fils Pierre et Jean de Médicis figurent tous deux en roi mage[4],[5].
L'Adoration des mages constitue ainsi, dans la peinture de la Renaissance, un sujet mêlant plusieurs significations. Il peut juxtaposer le récit biblique, la représentation de l'altérité et de la diversité du monde, tout en amenant une réflexion sur la mise en scène du pouvoir[6]. Bien que l'œuvre de Mantegna s'inscrive dans ce contexte culturel et artistique, son Adoration des Mages se distingue cependant par le caractère intimiste et épuré de la rencontre entre les rois Mages et la Sainte Famille[1.3].
Analyse
modifierLe thème iconographique des rois mages, outre sa dimension dévotionnelle, permettait aux artistes et aux commanditaires de se projeter dans des mondes lointains, encore peu connus des cours européennes. Ainsi, contrairement à son Adoration des Mages de 1461, Mantegna fait ici le choix de ne pas placer la scène dans un décor foisonnant. Le goût pour l'exotisme se manifeste directement à travers les personnages eux-mêmes et leurs attributs. Les turbans, les fourrures, les bijoux et les récipients précieux signalent leur origine étrangère. Balthazar, représenté comme un homme noir, participe particulièrement à cette évocation de contrées lointaines. Le peintre s'est très probablement appuyé sur l'observation de modèles vivants présents à la cour de Mantoue, notamment dans l'entourage d'Isabella d'Este, qui manifestait une curiosité appuyée pour les serviteurs noirs[1.4],[7].
Cependant, l'intérêt de cette peinture ne réside pas uniquement dans sa mise en scène de figures et d'objets venus de territoires lointains et idéalisés. Andrea Mantegna se concentre avant tout sur la rencontre de ces mages avec la Sainte Famille. En effet, la composition resserrée s'éloigne du caractère spectaculaire que pouvait prendre le thème dans les représentations associées aux cortèges de l'Épiphanie. L'attention est portée sur les regards, les gestes et les objets présentés à l'Enfant Jésus. Cette conception intime, qui place le spectateur au plus près de la scène d'adoration, fait de cette œuvre une peinture dévotionnelle destinée à susciter une réaction personnelle[8],[1.5].
Notes et références
modifier- ↑ Dawson W. Carr et Andrea Mantegna, Andrea Mantegna: the Adoration of the Magi, J. Paul Getty Museum, coll. « Getty Museum studies on art », (ISBN 978-0-89236-287-5)
- 1 2 Fabien Lacouture, « Dans l’art de la Renaissance, des visions contrastées de la différence », sur doi.org, (consulté le )
- ↑ Andrea Musée du Louvre, Giovanni Agosti et Dominique Thiébaut, Mantegna, 1431-1506, Hazan : Musée du Louvre, (ISBN 978-2-7541-0310-7 et 978-2-35031-209-5)
- ↑ Pauline Duclos-Grenet, « Des mages à Florence au Quattrocento. Autour de la fête de l’Épiphanie de 1443 », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, vol. 18.2, (ISSN 1623-5770 et 1954-3093, DOI 10.4000/cem.13519, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Inès Boittiaux, « « L’Adoration des mages » de Botticelli décryptée : une épiphanie réservée aux VIP », sur Beaux Arts, (consulté le )
- ↑ Cecilia Frosinini, « The Adoration of the Magi as Political Iconography - 2022 », in "Botticelli and Renaissance Florence: Masterworks from the Uffizi", exhibition catalogue, ed. by Cecilia Frosinini and Rachel McGarry, Minneapolis Institute of Art, October 15, 2022-January 8, 2023, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Revealing the African presence in Renaissance Europe, Walters Art Museum, (ISBN 978-0-911886-78-8)
- ↑ (en) « Adoration of the Magi », sur Museum Collection | Getty (consulté le )
Bibliographie
modifier- Richard C. Trexler, « Les mages à la fin du Moyen Âge : un duo dynamique », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, vol. 5, , p. 39-51 (lire en ligne)
- (en) Dawson W. Carr, Andrea Mantegna: Adoration of the Magi, Getty Publications, coll. « Getty Museum Studies on Art », , 106 p. (ISBN 9780892362875, lire en ligne).
- Mantegna, 1431-1506, Paris, Hazan, Musée du Louvre, , 479 p. (ISBN 978-2-754103107)
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :