Affaire Pierre-Étienne Albert
L'affaire Pierre-Étienne Albert est une affaire judiciaire mettant en cause Pierre-Étienne Albert, membre de la communauté des Béatitudes, condamné par la justice pour avoir agressé sexuellement 40 enfants entre 1985 et 2000 en ce qui concerne les faits non prescrits.
| Affaire Pierre-Étienne Albert | |
| Fait reproché | Agression sexuelle sur mineur |
|---|---|
| Pays | |
| Date | entre 1985 et 2000 |
| Nombre de victimes | 40 (non compris celles pour lesquelles les faits sont prescrits) |
| Jugement | |
| Statut | cinq ans de prison ferme |
| Date du jugement | décembre 2011, octobre 2015 et mars 2025 |
| Recours | Non |
| modifier |
|
Il est condamné à 5 ans de prison en dans un premier jugement concernant 38 enfants.
En 2015, il est à nouveau condamné avec confusion des peines pour une agression sexuelle commise sur une jeune fille de 12 ans, et en 2025 pour des faits commis sur un garçon de 9 ans.
Historique
modifierPierre-Étienne Albert est né à Mazamet (Tarn) le . Il enseigne la musique. Souhaitant guérir de sa toxicomanie, il fait un séjour en 1975 à Cordes-sur-Ciel dans la communauté des Béatitudes dont il devient membre peu après à l'âge de 25 ans. Ses fonctions de compositeur et de chantre lui donnent l'occasion de se déplacer dans les différents centres de la communauté[1],[2].
Une première plainte est déposée à Avranches, en 2001, à la suite d’un signalement de l'aide sociale à l'enfance. L'instruction conduit à un non-lieu pour prescription concernant une victime et incompétence territoriale pour une quinzaine d'autres victimes[3].
Murielle Gauthier intègre la communauté des Béatitudes, avec sa famille, en 2000, au sein de l'Abbaye Notre-Dame de Bonnecombe à Comps-la-Grand-Ville située dans l'Aveyron. Côtoyant le frère Pierre-Étienne Albert, elle se doute de son comportement à l'égard des enfants et lui demande de se confier, ce qu'il fait en relatant, par écrit, ses agressions et le nom des victimes. En , Murielle Gauthier contacte le procureur d'Albi pour l'informer des agissements du frère[4]. À la suite de cette dénonciation, les membres de la maison de Notre-Dame de Bonnecombe sont marginalisés au sein de la communauté des Béatitudes. Ils s'en séparent en 2009[5].
En , Pierre-Étienne Albert reconnaît publiquement dans l'émission Devoir d'enquête, diffusée par la RTBF, avoir abusé sexuellement de plusieurs enfants et explique ainsi les raisons pour lesquelles il s'est dénoncé : « Je l'ai fait pour les victimes, pour mes victimes pour qu'elles soient reconnues comme victimes mais aussi pour la paix de ma conscience »[6]. Il reconnaît le rôle joué par Murielle Gauthier : « elle m'a fait prendre conscience que mes victimes avaient besoin que je reconnaisse mes actes[7]. »
Pierre-Étienne Albert est mis en examen le [8]. Dans le cadre de l'affaire, le modérateur des Béatitudes, François-Xavier Wallays, Gérard Croissant, son fondateur, ainsi que son épouse, sont interpellés et placés en garde à vue fin 2008[9],[10]. Le siège de la communauté à Blagnac est perquisitionné[9].
Procès de 2011
modifierPendant son procès en , Pierre-Étienne Albert indique avoir abusé sexuellement de 57 enfants dont il donne les noms. Il reconnaît des attouchements, des caresses et des baisers[2]. Toutefois, certains faits étant prescrits, il est seulement jugé pour 38 agressions sexuelles sur des enfants, filles et garçons, âgés de 5 à 14 ans, entre 1985 et 2000[11].
La connaissance des agressions par les responsables de la communauté est évoquée lors du procès. Pierre-Étienne Albert indique s'être confié à eux. Or ces derniers, Gérard Croissant, Philippe Madre, Fernand Sanchez et François-Xavier Wallays, n'ont pas dénoncé les faits à la justice. Lors de l'audience, l'ancien modérateur général Philippe Madre déclare découvrir la nature des actes commis par cet ancien frère sur sa propre fille[12]. Le président du tribunal, s'exprimant sur leurs témoignages, évoque un « festival de la patate chaude ». Mais ils ne sont pas poursuivis pour non-dénonciation d’atteintes sexuelles, les faits étant prescrits les concernant[3],[13],[14].
Peu avant la tenue du procès, l'une des victimes de Pierre-Étienne Albert, Solweig Ély, âgée de 9 ans au moment des faits en 1989, publie un livre témoignage : Le silence et la honte[15],[16]. Dans deux interviews, elle explique comment son agresseur l'a manipulée pour parvenir à ses fins, sans avoir besoin de la contraindre physiquement, en la culpabilisant et en banalisant ses actes : « C'était vraiment avancé de telle manière que les gestes d'amour entre frères et sœurs sont des choses normales… C'est Dieu qui le demande… Donc si moi j'étais mal à l'aise vis-à-vis de [ces gestes], ça voulait dire que je n'étais pas une bonne chrétienne…[7] ». « Il me présentait les choses comme des gestes normaux entre gens qui s'aimaient, comme s'il était la main de Dieu qui me faisait part de son amour[17]. »
Procès de 2015 et 2025
modifierEn , Pierre-Étienne Albert comparait de nouveau devant la justice. Une nouvelle victime qui s'est fait connaître affirme qu'il l'a agressée sexuellement alors qu'elle avait 12 ans en 1996. Pierre-Étienne Albert reconnaît les faits : « ce que j'ai fait est monstrueux ». Il est condamné à trois mois de prison avec confusion des peines et au dédommagement de la victime à hauteur de 2 000 euros[18].
En , il est à nouveau condamné par la justice à un an de prison avec confusion des peines pour des agressions sexuelles commises en 1990 sur un garçon de 9 ans, affaire dans laquelle il ne reconnaît pas les faits[19].
Références
modifier- ↑ Denis Slagmulder, « Procès des Béatitudes : Qui est Pierre-Étienne Albert ? », La Dépêche du Midi, (lire en ligne).
- 1 2 « Le frère pédophile assume ses fautes, ses anciens supérieurs se défaussent », Le Point, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Anne-Bénédicte Hoffner, « Cinq ans de prison pour Pierre-Étienne Albert », La Croix, (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Murielle Gauthier, confidente de pédophile, cas de conscience de l'Eglise », 20 Minutes, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Comps-la-Grand-Ville. Bonnecombe : « Nous quittons la communauté des Béatitudes » », La Dépêche du Midi, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Cécile Bouniton, « Confessions pédophiles d'un religieux dans Devoir d'enquête », RTBF, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Diffusion M6, Le 12.45 : [vidéo] Le Figaro, « Pierre-Etienne Albert, un pédophile séducteur face au tribunal », sur YouTube, .
- ↑ Christian Terras, « Après les dérives sectaires, les affaires de pédophilie ! », sur Éditions Golias, (consulté le ).
- 1 2 « Gardes à vue et perquisitions dans la communauté des Béatitudes », Le Parisien, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Le fondateur de la communauté des Béatitudes arrêté », Le Parisien, (lire en ligne).
- ↑ « Communauté des Béatitudes : peine définitive de 5 ans de prison pour le religieux pédophile », L'Obs, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Laurent Hortes, « Procès des Béatitudes : les quatre cavaliers de la mauvaise foi », Midi Libre, (lire en ligne).
- ↑ Ondine Millot, « «Monsieur Papouille» et son péché peu secret », Libération, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Béatitudes. Le frère pédophile : "J'étais comme le renard dans le poulailler" », Le Télégramme, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Solweig Ély-Latreille (en collaboration avec Cyrille Louis), Le silence et la honte : Un moine, une fillette sans défense et une vie brisée, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 261 p. (ISBN 978-2-7499-1306-3).
- ↑ Olivier Schlama, « "A 9 ans, un moine des Béatitudes a abusé de moi" », Midi libre, (lire en ligne)
- ↑ NRJ12, Tellement vrai, « Édition spéciale : J'ai vécu l'enfer… Dois-je pardonner ? », août 2012 : [vidéo] Solweig Ely, « Solweig - Tellement vrai », sur YouTube, .
- ↑ Océane Laparade, « Rodez. Pierre-Etienne Albert à nouveau devant la justice », La Dépêche du Midi, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Il avait déjà reconnu des agressions sexuelles sur près de 60 enfants : Pierre-Etienne Albert à nouveau condamné à Albi », La Dépêche du Midi, (lire en ligne).
À voir
modifierBibliographie
modifier- Solweig Ély-Latreille (en collaboration avec Cyrille Louis), Le silence et la honte : Un moine, une fillette sans défense et une vie brisée, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 261 p. (ISBN 978-2-7499-1306-3).
- Daphné Gastaldi, Mathieu Martinière et Mathieu Périsse, Église, la mécanique du silence, Lattès, , 374 p. (ISBN 978-2-7096-5938-3)