Affaire Qwant
L'affaire Qwant est un certain nombre d'éléments pointés du doigt par la presse et différents observateurs, relatifs à la gestion de l'entreprise sous la direction d'Éric Léandri, pendant plusieurs années, qui lui vaudront son départ.
Contexte
modifierÀ la fin des années 2000, une certaine conscience collective anime une partie de la société française : la dépendance aux services en ligne nord-américains devient préoccupante. À l'époque les enjeux de la souveraineté sont beaucoup moins sensibilisés dans le numérique, que dans le militaire.
Entreprise Qwant
modifierFondé en par Éric Léandri, Jean-Manuel Rozan et Patrick Constant, Qwant se veut être un moteur de recherche indépendant. L'objectif est qu'il permette une certaine indépendance vis à vis du mastodonte américain Google, à la fois en termes de décisions, de disponibilités, mais aussi de traitement des données sur le sol français.
Les trois cofondateurs se partagent, via la structure Pertimm, 80% du capital social. Cette dernière société aurait été à l'origine de développements technologiques, plusieurs années avant Qwant, ayant abouti au lancement du moteur français.
Éric Léandri présente son initiative comme étant « la Suisse du net », et profitera d'une petite popularité suite au scandale Cambridge Analytica[1]. L'infrastructure est hébergée en France, chez Telecity.
Résultats issus de Bing
modifierMoins de deux ans après son lancement, Qwant est épinglé par la presse pour afficher des résultats parfois très similaires à ceux du moteur Bing, de Microsoft : le Figaro relaie les résultats d'un blogueur, qui constate que la quasi totalité des résultats de recherche provient du moteur de Microsoft. Il précise également que l'onglet « live » ("actualités"), dépend aussi de Microsoft[2],[3]. À l'époque, Jean-Michel Rozan répond : « Nous avons développé depuis une dizaine d'années des technologies de signature électronique, de captation et de moteurs d'indexation. Grâce à ce moteur, nous pouvons indexer 1,6 milliard de personnes et quelques milliards de sites. Nous avons voulu trouver un moyen de classer tout cela avec Qwant ». Cependant, la provenance des résultats, de Bing, ne fait l'objet d'aucune mention, selon le journal. Ainsi, Guillaume Champeau, chez Numerama, titre à l'époque que « Qwant n’est pas un moteur de recherche, mais une interface »[4].
Ces accusations, également relayées par La Tribune, donnent lieu à un vrai branle-bas de combat, en termes de communication, par l'entreprise. La polémique prend chez les internautes, qui parfois s'en indignent dans les commentaires des articles[5]. La société Qwant répond point par point sur son blog[6].
Plusieurs années après, la société dépend encore, en , grandement des résultats de Bing[7].
Dépenses faramineuses
modifierÀ partir de 2018, un certain nombre d'éléments commencent à poser question sur la gestion financière de Qwant.
En , le responsable du Pôle Numérique de Confiance à la CDC, Cédric Clément, adresse un courriel lapidaire à François Messager, Directeur général (et successeur de Tristan Nitot) de l'entreprise, pointant les « salaires indécents » perçus par les dirigeants de l'entreprise[8]. Ceux-ci seraient supérieurs à six chiffres, alors que l'entreprise ne réalise aucun bénéfice.
Environ trois mois plus tard, fin , Mediapart assène un premier coup de grâce, pointant des dépenses stratosphérique, un climat social délétère, notamment de l'habitude du patron de louer continuellement une Tesla pour ses déplacements[9], estampillée du logo Qwant, apparaissant parfois en arrière plan sur quelques selfies accordés par le dirigeant[10].
L'année suivante, à l'été , Challenges pointe les couts des locaux très élevés rue Spontini dans le XVIème arrondissement, et déménage à Neuilly-sur-Seine pour un cout total un peu moins cher. Quant aux rémunérations des dirigeants, le journal rapporte que les chiffres sont encore plus élevés que ceux de l'équipe précédente, sous Léandri, ce que démentira la société[11].
Au fur et à mesure de nouveaux services développés, dont un grand nombre seront par la suite fermés et abandonnés, la société s'agrandit géographiquement : Cannes, la Corse, l'Italie, Nice, Rouen, Épinal[12].
Harcèlement
modifierEn , les premiers soubresauts se font sentir de manière de plus en plus inquiétante par le personnel, notamment au sujet du remplacement réguliers de certains cadres des ressources humaines. Ainsi, Marc Longo, concurrent indépendant sur le marché de Qwant, rapporte une conversation en , entre Alexandra Montaut, la DRH de l'entreprise, évincée, et son directeur général adjoint, Jean-Baptiste Piacentino. La conversation, restituée auprès de Marc Longo, montre une forme de corruption, entre le DG proposant une compensation financière importante, en échange du silence de la dirigeante évincée, afin qu'elle abandonne les poursuites au prud'hommes pour son licenciement[13].
Au début de l'été , une quarantaine de salariés du moteur de recherche, s'onissent pour publier leurs inquiétudes, publiées dans le Canard Enchainé. Quelques semaines plus tard, un état de la situation est publié sur NextInpact, dans un article de Jean-Marc Manach, relevant une gestion humaine très compliquée.
Ainsi, sont pointés la forte rotation des effectifs (« turnover » en anglais), « 3 RH en deux ans », mais également des détails comme la « mauvaise gestion du budget interne (pas de livraison d'eau, café, papier toilettes pour non paiement) ». Un certain nombre de retours sont édifiants : « certaines deadlines semblent arbitraires ou fixées juste parce qu'Éric veut que ça sorte tout de suite parce qu’on aurait pris trop de retard et derrière personne n’ose le confronter », ou encore au sujet de Léandri : « on a l'impression qu'il hurle en réunion, alors qu'en fait il a la voix qui porte, mais de là à dire qu'il gueule : non »[14]. Presque deux-cent internautes commentent cette situation.
Quelques jours après l'apparition de cet article sur NextInpact, Léandri joint par téléphone le Rédacteur en chef de NextInpact, et fini par lui hurler littéralement dessus au combiné, au point que l'épouse de ce dernier, présente dans la pièce, reste stupéfaite des termes employés, menaçant, et du ton qualifiable de hurlement[15]. Les internautes s'indignent en masse, quasiment trois-cent-cinquante lecteurs s'indignant de cette réaction d'Éric Léandri, ce qui est un chiffre conséquent au regard des participations des internautes d'ordinaire, dans ce journal.
En , Politico relaye différentes informations aux sujets polémiques de Qwant avant le départ de son patron, ce qui attire les foudres de Léandri sur leur journaliste : « Après que POLITICO a contacté Leandri, les comptes personnels d’une des journalistes travaillant sur cet article ont été ciblés par des tentatives d’intrusion par des personnes non identifiées. ».
Rachat de Xilopix
modifier(section à rédiger)
Services lancés, puis fermés
modifierUn certain nombre d'initiatives ont été lancées par Qwant, sous l'ère Léandri, avant de fermer quelques temps plus tard, pour diverses raisons :
- Messagerie instantanée
- Cartographie
Personnalités recrutées
modifierÀ partir de , quand l'entreprise Qwant se trouve de plus en plus citée dans la presse, sa direction procède à l'embauche de deux personnalités de l'Internet français :
- Guillaume Champeau, jonglant entre les professions de journaliste et de juriste. En , Léandri le propulse Directeur des affaires éthiques et Juridiques[16]. Champeau est le fondateur de Numerama, traitant d'actualité informatique, anciennement Ratatium, spécialisé dans l'actualité du piratage et du peer-to-peer. Ce même Numerama qui avait relayé les accusations de dépendance vis à vis de Bing, en .
- Tristan Nitot, très connu pour avoir été le fondateur et dirigeant de Mozilla Europe, de à [17]. Il rejoint Qwant en tant que Vice President Advocacy et porte-parole de la société, en . Il en devient Directeur Général en , à titre intérimaire[18]. Il quitte la société six mois plus tard, au printemps [19].
De nombreux observateurs estiment, par fuite dans la presse, que ces recrutements ont été faites dans l'objectif de redorer l'image de Qwant dans les médias.
Relation avec les politiques
modifierEn , Cédric O, Secrétaire d'État au Numérique sous Emmanuel Macron, annonce que Qwant va renforcer son partenariat avec Microsoft[7]. Ce même ministre dont une photo l'affiche en t-shirt Google, lors d'une partie de tennis, et fuite sur les réseaux sociaux (lien).
À partir de , les services gouvernementaux et ministériels voient Qwant imposé comme moteur de recherche par défaut, suite à une recommandation par note de la Direction Interministérielle du Numérique, émise le [20]. Qwant devient ainsi le moteur de recherche par défaut pour toute l'administration publique[21].
Rapport de Marc Longo
modifierPendant plusieurs années, l'entrepreneur Marc Longo, éditeur d'un Annuaire de recherche destiné aux entreprises, a longtemps enquêté sur les pratiques de la direction de Qwant, notamment d'Éric Léandri. Certaines de ses publications ont fait l'objet de poursuites judiciaires, de la part du moteur de recherche, et ont toutes abouti à un non lieu de l'entrepreneur[22]. Ce dernier dévoile sa « croisade » contre le moteur de recherche français, qu'il estime être « mal géré » de toutes parts sous l'ère Léandri, dans un rapport de plus de deux-cent pages (lien), alimenté en partie par des coupures de presse[23], en partie issues du média La Lettre. Ce dernier en transmet une copie à Pierre Moscovici, Président de la Cour des Comptes, qui se contente de lui répondre[24] en lui proposant de porter plainte au pénal[25].
Départ et reconversion d'Éric Léandri
modifierLorsque Mediapart révèle en 2019 que Léandri « été la cible d'un mandat d'arrêt européen entre 2011 et 2015, après qu'un tribunal belge l'a condamné pour "recel d’effets de commerce volés". En 2016, Leandri, qui avait fait appel de la décision, a payé une amende pour clore l'affaire », et relayés par Politico, entraîne une sorte d'ultimatum par Olivier Sichel, en charge du dossier Qwant à la CDC. Il promet de réinjecter de l'argent dans un Qwant très dépensier et depuis toujours dans le rouge, pas rentable du tout, à la condition du départ de l'équipe dirigeante, Léandri en tête, malgré les nombreux collègues de la CDC qui soutiennent Léandri[10].
Peu après son éviction, début [26], un proche rapporte de Léandri : « "Leandri est capable de vendre un tapis bleu pour un tapis rouge", commente un entrepreneur qui le connaît depuis des années, sous couvert d'anonymat. "Le seul problème c’est que le tapis reste bleu." »[10].
En , sa société Altrnativ, fournissant une sorte de service VPN, promouvant la l'anonymat des clients, est placée en liquidation judiciaire, sujette à de nombreux impayés[27]. Elle avait été créée six ans plus tôt.
Références
modifier- ↑ Christelle Ibach, Rédactrice pour Cadre Dirigeant Magazine Strasbourg, « Eric Léandri, PDG de Qwant », sur Cadre & Dirigeant Magazine, (consulté le )
- ↑ « Qwant, derrière le masque du Google killer français », sur Lucien Théodore, (consulté le )
- ↑ Benjamin Ferran, « Le moteur français Qwant surpris à utiliser Bing », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ Guillaume Champeau, « Qwant n'est pas un moteur de recherche, mais une interface », sur Numerama, (consulté le )
- ↑ « Polémique sur Qwant, le nouveau moteur de recherche français «révolutionnaire» » [archive du ], sur Latribune (consulté le )
- ↑ « Qwant ? », Blog Qwant, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 Elisa Braun, « Qwant compte sur Microsoft pour améliorer ses résultats de recherche », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ « Qwant interpellé sur ses hauts salaires par la Caisse des dépôts - 01/07/2019 », sur La Lettre, (consulté le )
- ↑ Brice Le Borgne, « Qwant: les parts d’ombre d’un moteur de recherche stratégique », sur Mediapart, (consulté le )
- 1 2 3 « Comment l’ancien patron de Qwant, champion de la vie privée, se réinvente dans la cybersurveillance », sur POLITICO, (consulté le )
- ↑ Delphine Dechaux, « Eternelles bisbilles à la tête de Qwant, le Google français », sur Challenges, (consulté le )
- ↑ « Épinal | Économie. Numérique : Eric Léandri écarté de la présidence de Qwant », sur www.bienpublic.com, (consulté le )
- ↑ Entretien privé entre Alexandra Montaut et Jean-Baptiste Piacentino, rapportés par la première au cours d'un échange avec Marc Longo, rédacteur du long rapport (https://www.effisyn-sds.com/wp-content/uploads/2022/04/QWANT-MACRON-SCANDALE-DETAT-UNE-SOCIETE-MAFIEUSE-LEGALE.pdf) - page 217
- ↑ « Le cahier de doléances des salariés de Qwant », sur Next, (consulté le )
- ↑ « [Màj] Qwant : en finir avec l’omerta », sur Next, (consulté le )
- ↑ « Qui est Guillaume Champeau, le fondateur de Numerama aujourd'hui chez Qwant ? », sur Archimag (consulté le )
- ↑ Julien Bergounhoux, « Tristan Nitot, nouveau directeur général de Qwant, veut "se focaliser sur la qualité du moteur et son indépendance" », L'Usine Digitale, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « Le moteur de recherche Qwant change de tête et défend un "déficit choisi" pour investir en technologie », sur France Inter, (consulté le )
- ↑ Stan Adkens, « Après avoir occupé le poste de directeur général de Qwant entre septembre et décembre 2019, Tristan Nitot quitte la société : « Le cœur n'y était plus » », Developpez.com, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Florian BURNEL, « L’administration française va utiliser Qwant par défaut », (consulté le )
- ↑ « Qwant va changer de tête et s'installer dans l'administration », Libération, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « Qwant débouté en appel dans sa procédure bâillon contre l'Annuaire français - 09/01/2020 », sur La Lettre, (consulté le )
- ↑ « Un entrepreneur du digital alerte les parlementaires sur les carences techniques de Qwant - 16/04/2019 », sur La Lettre, (consulté le )
- ↑ fr.linkedin.com/posts/marc-longo-07a6883a_eib-activity-6983914387619078144-90y6
- ↑ https://pix.milkywan.fr/BtnkHfp9.image
- ↑ « Le patron de Qwant quitte la direction du groupe », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ « Acculé par les impayés, le fondateur de Qwant ferme sa nouvelle start-up Altrnativ », sur l'Informé, (consulté le )