Affaire de Rennes-le-Château
L'affaire de Rennes-le-Château est l'histoire du mystère entourant la présence d'un trésor à Rennes-le-Château. Cette affaire, dont l'abbé Bérenger Saunière est le personnage principal, débute avec des rumeurs d'une découverte supposée d'objets de valeur ou de parchemins par l'abbé lors de travaux de rénovation dans son église paroissiale en 1887. Ce trésor aurait permis de financer les grands chantiers immobiliers de Saunière, notamment la construction de la villa Bethania et la rénovation de l'église paroissiale Sainte-Marie-Madeleine, qui a profondément modifié la physionomie architecturale et la vie des habitants de ce petit village du département de l'Aude.

Médiatisée par le commerçant Noël Corbu dans les années 1950 afin d'attirer des touristes à Rennes-le-Château, l'affaire a fait l'objet d'une amplification dans les années 1960 par le biais du mystificateur Pierre Plantard, aidé de Gérard de Sède et Philippe de Chérisey. C'est L'Énigme sacrée (Holy Blood, Holy Grail) qui, en 1982, donne à l'affaire une ampleur mondiale en diffusant la théorie selon laquelle le secret de Rennes-le-Château serait d'ordre spirituel et lié à la descendance de Jésus-Christ et Marie Madeleine, inspirant le Da Vinci Code de Dan Brown.
Les recherches contemporaines montrent que la fortune de l'abbé Saunière est issue de dons réalisés par une organisation monarchiste basée à Narbonne et à des pratiques de simonie (trafic de messes). Saunière aurait également revendu des biens ayant appartenu à l'évêque de Narbonne et enfouis près de son église lors de la Révolution française.
Histoire
modifierContexte
modifierRumeurs antiques d'un trésor wisigoth
modifierLa rumeur d’un trésor wisigoth dans l’actuel territoire de l’Aude — au centre du royaume wisigoth de Toulouse, en partie perdu lors de la conquête franque — est ancienne, et se retrouve dans des textes dès le VIe siècle[1].
Rumeurs anciennes du trésor du château de Blanchefort
modifierChristian Doumergue rapporte qu'il existe une légende locale selon laquelle le château de Blanchefort, dans le village voisin de Rennes-les-Bains, disposerait d'un trésor. En 1832, publie un livre intitulé Le Voyage à Rennes-les-Bains, dans lequel, rapporte Doumergue, « [l]e diable, dit-il, garderait là [...] un « immense trésor » [...] relatant les propos des « gens du pays », [il] affirme que, composé d’or, il représenterait une somme de « dix-neuf millions et demi » »[1]. Labouïsse-Rochefort rapporte que le seigneur local aurait intenté « un procès [aux villageois] pour avoir essayé de violer ses propriétés », ce qui tendrait à indiquer qu'une chasse au trésor a eu lieu[1].
Premières rénovations
modifierDélabrement de l'église et éloignement de Saunière (1885-1886)
modifierL'abbé Saunière est nommé le 22 mai 1885, à l'âge de trente-trois ans, à la cure de Rennes-le-Château ; il arrive dans le village le 1er juin 1885, et découvre le délabrement du presbytère et de l'église Marie-Madeleine où il doit officier. Les archives de l'archevêché de Carcassonne et du conseil départemental montrent que le délabrement avancée de l'église a fait l'objet de rapports dans les années précédentes[1]. En 1883, le conseil général du départemental de l'Aude avait indiqué que le clocher de l'église était « lézardé sur ses quatre faces » et que la toiture de l'édifice et du presbytère nécessitaient une réfection complète ; le conseil municipal avait dû financer des travaux (1883) pour éviter un effondrement de l'église. Quand Saunière arrive, les vitraux sont détruits et ont été remplacés par des planches de bois[1]. Dans l'impossibilité d'habiter le presbytère, Saunière est initialement logé chez une paroissienne, Antoinette Marre[1].
Lors des élections législatives d'octobre 1885, Saunière prend violemment position contre les républicains, « ennemis acharnés de la Religion et de la Patrie »[1]. Alerté par le maire, le ministère des Cultes exige à l'évêché la punition de Saunière. Félix Arsène Billard, antirépublicain comme lui, nomme Saunière à un poste de professeur de philosophie au petit séminaire de Narbonne à partir du 1er décembre 1885[2]. Les villageois protestent contre son départ car il n'est pas remplacé, privant les fidèles de messe[2]. Le retour de Saunière à Rennes-le-Château est fixé à juin 1886[1].
L'épisode à Narbonne est méconnu. On sait toutefois que Saunière y a retrouvé son frère, Alfred, qui enseigne également au petit séminaire et est membre d'un groupe réactionnaire appelé Cercle catholique de Narbonne, déclinaison locale des cercles catholiques initiés par Albert de Mun, proche d'Henri d'Artois, comte de Chambord et prétendant au trône de France en tant qu'Henri V jusqu'à sa mort (1883)[1]. Organe de propagande antirépublicaine, le cercle est sous surveillance de la sous-préfecture de Narbonne ; Alfred Saunière est considéré dans les rapports du sous-préfet comme l'un des acteurs principaux du cercle[1].
Premier don et rénovation (1886-1887)
modifierSaunière retourne à Rennes-le-Château en juin 1886. Il apparaît alors dans ses archives qu'il obtient un don de 3 000 francs-or de la part de la comtesse de Chambord (1817-1886), veuve d'Henri d'Artois, et qui soutient le Cercle catholique, fondé par l'allié des comptes de Chambord, Albert de Mun[1]. La somme obtenue, rapporte Doumergue, « correspond très exactement au montant d’un devis dressé par l’évêque de Carcassonne en 1879 afin d’entamer les premières réparations d’urgence dans l’église du village »[1].
Dès 1887, les travaux de remise en état son quasiment achevés et l'église est à nouveau utilisable[1]. Saunière fait inscrire sur le fronton de l'église « In hoc signo vinces » (« Sous ce signe, tu vaincras »), qui est, selon un rapport de la sous-préfecture de Narbonne, la devise du Cercle catholique de Narbonne[1].
Découvertes
modifierDécouverte d'un premier parchemin dans le maître-autel (1887)
modifierEn 1887, les travaux urgents de rénovation touchent à leur fin. Cela permet à Saunière de se concentrer sur la décoration de l'église[1]. Il obtient beaucoup de dons du Cercle catholique de Narbonne, et notamment un don de 700 francs en nature de la part d'une dénommée Marie Cavailhé de Coursan. Royaliste, elle était proche du Cercle catholique de Narbonne où Alfred Saunière militait, et un fervent soutien de la comtesse de Chambord[1]. Elle paie directement la facture du nouveau maître-autel à l'entrepreneur F. D. Monna de Toulouse ; on retrouve un duplicata de facture établi à son nom en 1905[3]. Le remplacement du maître-autel avait été envisagé dès au moins 1883, une délibération du conseil général de l'Aude indiquait alors que la commune, associée au conseil de fabrique local, demandait une subvention de l'État pour son remplacement[4]. Saunière fait par ailleurs refaire les vitraux par Henri Feur, reconnu à l'époque comme l'un des meilleurs vitriers de France[1]. Le 15 juin 1890, Saunière invitera à Rennes-le-Château Marie Cavailhé de Coursan et quelques autres donateurs pour leur faire admirer les rénovations permises par leurs dons[1].
Lors du changement de maître-autel, en 1887, les ouvriers déplacent la pierre et le balustre du maître-autel très ancien, et découvrent un ou des « parchemins »[5]. Selon les versions, cette découverte aurait été faite par le carillonneur Captier (grand-père ou arrière-grand-père d'Antoine Captier), et le parchemin se serait trouvé dans une fiole située dans le chapiteau d'un balustre[6] (voir section dédiée aux témoignages oraux) ; ou alors, elle se serait trouvée dans une cache d'un pilier ancien (dit « wisigothique ») qui soutenait cet autel, sorte de petite ouverture creusée à même la pierre qui, à l'époque médiévale, contenait généralement des reliques de tailles relativement modestes. La dimension de ce type de cache invalide pourtant la présence de plusieurs parchemins, au vu de l'aspect de tels documents et de la forme même d'une cache dans un tel pilier si ancien. Ainsi, si la découverte d'un parchemin a été déclarée à la mairie, il n'a probablement pas été découvert dans la capsa du maître-autel[7]. Les maçons ont aussi rapporté que, quelques jours plus tard, une cavité dans un mur aurait été découverte, dans laquelle se seraient trouvés des pièces d’or et des bijoux ; Saunière aurait dit aux maçons qu’il ne s’agissait que de médailles sans valeur pécuniaire[2]. Le nombre et l'identité des maçons n'est pas exactement connu[8].
Sous la foi du témoignage du maçon et limonadier Élie Bot[9], il semble attesté que, lors de travaux, un ou des parchemins sont remis au curé, lequel prétexta qu'ils étaient de grande valeur pour les garder de côté. Face aux exigences du conseil municipal, Saunière fournit des calques de ces parchemins. Ils disparaissent durant l'incendie de la mairie survenu dans les années 1910. Ainsi, les parchemins publiés dans L'Or de Rennes par Gérard de Sède (1967) sont en réalité des faux grossiers, notamment réalisés par Philippe de Chérisey et préalablement introduits dans les archives de la Bibliothèque nationale de France[1],[10].
Aucun historien ne semble connaître exactement aujourd'hui le contenu de ces parchemins, leur auteur ni leur époque[11]. Le contenu des parchemins étant inconnu avec certitude, les différentes théories émises, souvent relayées par des livres non sourcés comme celui de Gérard de Sède (1967), ne se basent pas sur des éléments factuels[1]. Pauline Captier, tante d'Antoine Captier et confidente de Marie Dénarnaud (servante et amante de Saunière), a soutenu que Dénarnaud lui avait confié que le parchemin datait de la Révolution française et énumérait des biens précieux mis à l'abri à cette époque[1]. Parmi d'autres théories, on trouve un arbre généalogique, sous forme de litanies, énumérant les descendants du roi Dagobert II entre l'an 681 et mars 1244 (date du mariage de Jean VII avec Elisende de Gisors), qui daterait du et porterait le sceau de la reine Blanche de Castille[12],[10] ; ou encore, un testament de François-Pierre d'Hautpoul en date du , enregistré le 23 novembre de la même année par le notaire d'Espéraza, et qui contiendrait la généalogie des mérovingiens de 1200 à 1644, ainsi que 6 lignes faisant référence à saint Vincent de Paul[13]. On a aussi parlé d'un testament d'Henri d'Hautpoul du , contenant des invocations aux cinq saints repris par Saunière dans le statuaire de son église.
Dalle des chevaliers (1891)
modifierEn 1891, Saunière continue la rénovation de l'église. En septembre 1891, le carrelage est descellé afin d'en poser un nouveau[2]. Dans son journal, Saunière écrit, le 21 septembre 1891, « découverte d’un tombeau »[1]. Cette découverte aurait eu lieu lors de restauration du carrelage de la nef, à la suite de sa décision de procéder à l'installation d'une nouvelle chaire. Face au maître-autel, ses ouvriers auraient découvert une dalle sculptée dite « du Chevalier ». Le 29 septembre, Saunière informe monseigneur Billard et son secrétaire[14]. Il est certain que Saunière a cessé d'employer les maçons qui avaient travaillé avec lui et découvert la dalle ; des nouveaux sont recrutés le 14 octobre[1].
Cette découverte est cohérente avec le témoignage d'Alphonse Rousset (voir plus bas), ainsi qu'avec un ancien registre paroissial couvrant les années 1694 à 1725, retrouvé dans les papiers de Saunière, et aujourd'hui propriété d'Antoine Captier et Claire Corbu[2]. Ce registre fait référence à un tombeau situé au sein de l'église et accueillant les corps des anciens seigneurs du château local ; c'était une coutume dans certaines provinces françaises sous l'Ancien Régime. Le registre mentionne l'inhumation d'Anne Delsol, propriétaire du château Delsol, en 1705, ainsi que d'Henry du Vernet, lieutenant colonel de cavalerie du régiment de Ruftège, en 1724[1]. On trouve une référence à cette crypte dans le testament d'Henry de Hautpoul, seigneur de Rennes, daté d'avril 1743, et qui demande à ce que « [s]on corps soit enseveli dans l’église paroissiale du dit Rennes tombeau de [s]es ancêtres »[1].
Le déplacement de cette dalle ancienne, difficilement décelable extérieurement, fut à l'origine de nombreuses rumeurs, dont celle de l'éventuelle découverte d'une oule remplie de pièces d'or et d'objets de culte précieux, supposée avoir été déposée à cet endroit pour être dissimulée sous la dalle (la pose inversée de celle-ci pourrait, alors, avoir un rapport avec l'idée de cacher ce tombeau et son contenu précieux). Selon René Descailledas, historien local, il s'agirait peut-être d'un magot qui aurait été enterré à la Révolution par l’abbé Bigou pour le soustraire aux inventaires[15]. Cette version est considérée comme la plus probable par Doumergue, car elle concorde avec le témoignage de Marie Dénarnaud tel que rapporté par sa confidente, Pauline Captier (voir plus bas)[1]. Si ce fait est avéré, l'abbé aurait donc trouvé quelques objets de valeur, ce qui aurait pu ensuite l'encourager à se lancer dans des recherches plus approfondies que l'on pourrait assimiler aujourd'hui à de simples pillages de tombes.
En 1891, Saunière commande à l'entreprise de statues Giscard, située à Toulouse, des statues en terre cuite afin de fournir l'église. Il achète à chaque fois les statues les plus coûteuses proposées dans le catalogue[1]. La statue d'Antoine de Padoue est disposée au-dessus de l'endroit aujourd'hui soupçonné d'être l'entrée de la crypte[1].
Les grands aménagements et le pillage de tombes
modifierPremiers grands aménagements (1891-1892)
modifierL'abbé Saunière semblait avoir toujours vécu, jusqu'en 1890, dans une certaine pauvreté. Pourtant, à compter du début des années 1890 (notamment, 1891 et 1892), à la fin des principaux travaux liés à l'aménagement de l'église, l'abbé Saunière commence à s'intéresser à l'environnement immédiat de son église, dont le presbytère, le cimetière et les chemins qui y mènent. C'est également cette année-là que Marie Dénarnaud s'installe à demeure avec sa famille dans le presbytère[16]. Saunière lance alors des grands chantiers d'aménagement, très coûteux, pour son église, son presbytère et l'environnement proche de ces deux bâtiments. Ces dépenses sont à ses frais, et non à ceux de l’Église.
Il entreprend une rénovation complète de l'église selon ses goûts, achevée en 1897. Le style baroque saint-sulpicien de l'église, original, a pu choquer quelques ecclésiastiques, comme l'aménagement décoratif en peintures de couleurs vives et de nombreuses statues, telles qu'un diable sculpté soutenant un bénitier (ce qui est néanmoins courant au milieu du XIXe siècle comme dans l'église Saint-Malo de Dinan ; ce diable semblant écrasé par le bénitier, il ne transgresse pas l'orthodoxie religieuse).
En 1897, l'évêque de Carcassonne vient à Rennes-le-Château pour la Pentecôte, le 6 juin ; Saunière met en évidence toutes ses réalisations, insistant sur sa tentative de renforcement de la pratique catholique dans le canton[1].
Fouilles et indignation des villageois (1893-1899)
modifierL'attitude de l'abbé, dès cette période, paraît de plus en plus étrange aux villageois qui se rendent compte à partir de 1893 que le curé aidé par sa servante, Marie Dénarnaud, commence à creuser dans le cimetière contigu à l'église[2]. Il bouleverse l'agencement des tombes. Il se serait acharné à effacer certaines épitaphes dont celle de Marie de Negri d’Able, épouse de François d'Hautpoul, dernier seigneur de Rennes-le-Château.
En 1895, les résidents de Rennes-le-Château s'émeuvent des activités de l'abbé dans le cimetière[1]. En mars, le conseil municipal, ayant constaté des dégradations nocturnes, adresse deux lettres de plainte au préfet de l'Aude. Le texte de cette plainte officielle se présente en ces termes : « Nous avons l'honneur de vous prévenir qu'à l'accord du conseil municipal de Rennes-le-Château à la réunion qui a eu lieu le dimanche 10 mars [1895] à 1 heure de l'après midi dans la salle de la Mairie. Nous, électeurs, protestons qu'à leur décision le dit travail que l'on donne droit au Curé de continuer n'est d'aucune utilité et que nous joignons pour appui à la première plainte notre désir d'être libres et maîtres de soigner chacun les tombes de nos devanciers qui y reposent et que M. le Curé n'ait pas le droit qu'après que nous avons fait des embellissements ou placé des croix ou des couronnes que tout soit remué, levé ou changé dans un coin ». . La lettre est signée par l'ensemble des membres du conseil municipal présents[17].
En juillet de la même année, le conseil municipal s'indigne de ce que Saunière a fermé l'accès au cimetière municipal. Comme le rapporte Doumergue, le conseil municipal issu des précédents élections avait accordé à l'abbé d'aménager à sa guise l'espace situé devant le cimetière et l'église, dès lors que celui-ci demeurait accessible à tous, car appartenant au domaine public. Or, Saunière pose des portails fermés à clefs en 1895, enclosant l'espace. Doumergue émet l'hypothèse que cela permettait à Saunière de mener ses opérations dans le cimetière sans être dérangé. Il n'y a, au début, aucune réaction du conseil municipal. Toutefois, le 14 juillet 1895, lorsqu'un incendie conduit à ce que les villageois cherchent à se réfugier sur cet espace où Saunière a installé une citerne, l'abbé refuse d'abord l'accès, avant de céder. Cela provoque un mécontentement important au sein de la population, et le 25 juillet 1895, le conseil municipal s'émeut officiellement de l'enclosure d'un territoire appartenant au domaine public[1].
Durant cette même période, les villageois constatent que l'abbé Saunière s'absente de manière plus fréquente de sa paroisse et de son église, souvent pour plusieurs jours, ou le surprennent à réaliser des fouilles dans la campagne avoisinante. Pendant ses voyages, il est muni d'une valise qu'il transporte à dos d'âne, ou, selon d'autres témoignages des paroissiens, d'une hotte de vendangeur sur les épaules, censée contenir des pierres ramassées pour la décoration de son église ou de la grotte de son jardin[18].
L'indignation des villageois continue dans les années qui suivent. Le maire se met en rapport avec le préfet de l'Aude. En réponse à une lettre de ce dernier, il répond, dans une lettre du 19 mai 1899, en lui confirmant que le prêtre a mené des « fouilles » dans le cimetière[1].
Un nouveau mode de financement (1899-1910)
modifierLe 9 décembre 1897, l'abbé Saunière se fâche pour une raison inconnue avec son frère, Alfred Saunière, qui lui annonce par courrier vouloir mettre fin à toute « relation commerciale » avec lui[1]. Saunière aurait à partir de ce moment-là eu plus de mal à obtenir des dons des mécènes du Cercle catholique de Narbonne, le menant à chercher à mettre en place un nouveau système de financement de ses travaux[1].
Dès la fin de l'année 1898, Saunière se lance en quête d'un annuaire ecclésiastique, qu'il obtient en 1899 ; il envoie alors une grande quantité de lettres pour obtenir des dons de la part des membres du clergé, qui lui permettent de dégager des revenus considérables (voir section dédiée), ainsi que pour obtenir des messes à prononcer. A l'époque en effet, les prêtres peuvent être sollicités contre rémunération par des fidèles afin de dire des messes pour eux ou pour un proche ; mais ils ne pouvaient dire plus de trois messes par jour, sans quoi ils étaient soupçonnés de s'enrichir indûment en ne prononçant en réalité pas les prières[19]. Doumergue trace un lien direct entre ces revenus et les grandes constructions du domaine. Ce n'est ainsi pas les revenus du trésor que Saunière aurait trouvé qui auraient permis de financer ces constructions[1]. En 1898[20], Saunière achète six terrains à Rennes-le-Château, au nom de sa servante, Marie Dénarnaud, qu'il désigne comme sa légataire principale[21].
Saunière ne fait toutefois rien de ces terrains jusqu'en 1901. En juin 1901, il commande à des ouvriers dirigés par Élie Bot, maître d’œuvre installé à Luc-sur-Aude, la construction d'une villa[20]. Si son nom originel est « villa de Marie », il décide finalement de l'appeler villa Bethania (ou villa Béthanie), probablement afin d'éviter toute confusion avec Marie Dénarnaud, sa servante avec qui il vit[20]. La tour Magdala est érigée dans un style gothique, et porte initialement les noms de « tour du Midi » ou « tour de l'Horloge », ainsi qu'une autre tour en verre reliée à elle par un chemin de ronde[20]. La villa est achevée en 1902[20]. Saunière fait ensuite aménager le jardin jardin d'agrément avec une ménagerie (où sont réunis des singes, des aras), une serre. En 1906, les travaux de construction sont achevés[20].
L'abbé fait toutefois face à des accusations et des mises en garde. Il est soupçonné par sa hiérarchie de trafic de messes ; elle lui fait parvenir un avertissement écrit en mai 1901, puis en juin 1903, et enfin en août 1904[2]. En 1905, Saunière est mis en accusation par l'autorité ecclésiastique pour simonie (trafic de messes)[22] ; cela enclenche une procédure judiciaire qui dure plusieurs années. Cela ne ralentit toutefois pas ses travaux et, en 1908, ils sont tous quasiment achevés, y compris ceux du jardin[20]. Saunière continue de vivre dans le presbytère. La ville est petite mais luxueuse comparée aux autres maisons du village, destinée initialement à accueillir les prêtres à la retraite ; mais Saunière, dit-on, y accueille de hautes personnalités, leur offrant les mets et les alcools les plus raffinés[23]. Marie Dénarnaud accueille les invités, leur sert à manger et s'occupe d'eux[20]. Comme le rapporte Doumergue, la villa Béthanie est décorée avec des « papiers peints Art nouveau », dispose d'une « lampe chinoise », et on y trouve une peinture d'Alfons Mucha, achetée dans la boutique parisienne Home Decor[20].

L'œuvre architecturale la plus célèbre de l'abbé (et la plus représentée en photo) est sans aucun doute la tour Magdala qu'il bâtit au bord de la colline. Cette petite tour, aujourd'hui visitable, comme l'ensemble du domaine, abrite sa bibliothèque. Dans sa villa, il accueille des invités de marque qui viennent de très loin, mais dont l'identité reste obscure. La villa sert à loger les invités[24]. Doumergue écrit que « nombre de ses relations appartiennent aux classes élevées, qu’elles soient aristocratiques ou bourgeoises »[20]. Saunière est alors proche notamment de Jacques et Michel Sabatier, riches vendeurs de vins et spiritueux de Carcassonne[20].
Le luxe de l'abbé fait murmurer les villageois et grincer des dents. Saunière apprécie la vente par correspondance et commande des habits à Marie Dénarnaud à La Samaritaine comme au Bon Marché, à Paris, ou encore aux Grands Magasins du Louvre[20]. De plus, Saunière fait éditer une série de 33 cartes postales centrées sur Rennes-le-Château et, plus souvent, sur ses constructions[20]. Il commence à recevoir des lettres critiques anonymes, auxquelles il ne réagit pas, les considérant comme le fruit de la jalousie[20].
Les procédures judiciaires continuent néanmoins. Saunière est traduit devant l'officialité qui le suspend a divinis en , punition grave pour un prêtre en exercice. Il est alors remplacé par un autre curé. Il continue cependant malgré tout à donner des « messes à 4 francs » et cette affaire est évoquée dans la presse nationale[22].
Dernières années
modifierPrécarité et mort (1910-1917)
modifierSaunière vit dans une précarité croissante les sept dernières années de sa vie. Il est déchu de son rôle de curé de la paroisse à l'issue des accusations de trafic de messe, auquel il ne peut plus s'adonner, et ce d'autant que la Première Guerre mondiale réduit la propension aux dons, les donateurs éventuels ayant d'autres préoccupations[25]. Faisant face à des difficultés financières, il est « dans l’obligation de vendre l’intégralité de son mobilier, sa somptueuse bibliothèque, sa collection de timbres » tandis que « [l]e magnifique jardin est laissé à l’abandon » ; il doit faire « estimer et hypothéquer ses constructions pour seulement 18 000 francs » (Jean-Jacques Bedu)[26]. En 1912, il fait de Dénarnaud sa légataire[2].
Victime d'une attaque cardiaque le 17 janvier 1917, il meurt six jours plus tard le . Sa suspension ecclésiastique avait été annulée très peu de temps auparavant, lui permettant de bénéficier de funérailles religieuses[26].
Héritage de Marie Dénarnaud et transmission aux Corbu (1917-1953)
modifierMarie Dénarnaud hérite de sa supposée fortune, de ses terres et surtout de ses dettes dans des conditions très particulières puisque selon l'ancien maire de Rennes-le-Château, Jean-François Lhuillier, la famille de l'abbé renonça à toute prétention sur cet héritage. Dénarnaud envisage de se donner la mort dans les jours qui suivent la mort[27]. Elle connaît des difficultés financières dès 1918[2], et a probablement dû vendre ses bijoux précieux dans les années 1920[1]. Dénarnaud loue des chambres de la villa Béthanie à des visiteurs de passage[27].
Illettrée, puis rapidement isolée, Dénarnaud vit recluse jusqu'en 1942[2] ou 1946[19], année où elle fit la connaissance de l'homme d'affaires perpignanais Noël Corbu. Ce dernier connaît des difficultés commerciales ; Dénarnaud lui garantit qu'il existe un grand trésor dans les sous-sols de Rennes-le-Château[19]. L'année 1946, semble être l'année où elle effectue son testament en faveur de Monsieur et Madame Corbu, les instituant comme légataires universels du domaine où ils s'installent ; en échange, Corbu lui verse ce qui s'apparenterait à une rente viagère annuelle et subviennent à ses besoins. Elle est frappée, le , d'une attaque cérébrale, la laissant muette et paralysée. Elle meurt cinq jours plus tard, le 29 janvier 1953, à 85 ans.
Objets
modifierDalle des chevaliers
modifierCette sculpture, classée à titre d'objet en 1950, servit de plaque pour une croix de mission, située près du presbytère et de base aux monuments aux morts de la commune. Après un court passage au musée lapidaire de Carcassonne, elle a été installée dans le musée de l'abbé Saunière, où elle est toujours visible[28].
La face sculptée de ce panneau étant posée contre terre, celle-ci ne semblait donc pas être repérable jusqu'à son soulèvement. Il s'agit d'une dalle de grès sculpté : le panneau de gauche représente un cavalier ou plus probablement une femme montant en amazone avec son cheval qui boit à une auge et le panneau de droite représente un cavalier tenant un javelot et un bouclier rond, lequel pourrait éventuellement représenter la tête d'un enfant, voire un second cavalier. Cette dalle mesure environ 1,30 mètre de long sur 0,72 mètre de large, son épaisseur relativement faible étant de 8 centimètres[29].
Le bulletin de la Société d'études scientifiques de l'Aude, dans son tome 31, de 1927, présente la dalle des chevaliers en ces termes : « Pierre tombale carolingienne (771), trouvée en 1884/1885 (?) sous l'autel de l'église romane de Rennes-le-Château, ancienne capitale bien déchue du comté du Razès. Actuellement (1927) dans le jardin qui précède le cimetière, posée à plat où elle s'effrite, couverte de terre et de feuilles et sert de plate-forme au monument du souvenir. Détail curieux, la partie sculptée était à l'intérieur et la partie unie à l'extérieur[30]. »
Crâne médiéval percé
modifierIl a également été attesté que l'abbé Saunière a contribué à la découverte d'un crâne percé, lors de fouilles personnelles effectuées en 1895 sous la dalle des chevaliers de son église ; ce même crâne, resté sur place, a été redécouvert par une équipe de chercheurs carcassonnais en 1956. Selon deux expertises effectuées en 2009 et en 2014 à la demande de la mairie de la commune avec l'autorisation du ministère de la Culture, il s'agit du crâne d'un homme de 50 ans, décédé entre 1281 et 1396, sans que l'on sache de qui il s'agissait, ni s'il y a un quelconque rapport avec la supposée affaire de trésor[31].
Bijoux anciens de Marie Dénarnaud
modifierDes témoignages nombreux rapportent que Marie Dénarnaud aurait porté des bijoux anciens et de grande valeur pendant des années. Comme le rapporte Doumergue, aucune photographie ou trace écrite de ces bijoux n'a été retrouvée. Antoine Captier et Claire Corbu ont rapporté que Dénarnaud portait de beaux bijoux, « dont un très beau sautoir en or serti de pierres précieuses » (Doumergue), et qu'elle les aurait vendus dans les années 1920 lorsqu'elle avait des difficultés financières[1]. Doumergue a identifié des lettres échangées entre Dénarnaud et un bijoutier situé à Limoux dans les années 1920, qui sous-entendent que la première a vendu ses bijoux au second[1].
Témoignages oraux
modifierDécouverte d'une parchemin lors des premiers travaux de rénovation de l'église (M. Captier)
modifierAntoine Captier, petit-fils ou arrière-petit-fils du carillonneur attitré de Saunière, a rapporté à de multiples reprises que son (arrière-)grand-père lui avait confirmé avoir trouvé une fiole contenant un bout de parchemin roulé au sein d'un balustre de l'église lors des travaux de rénovation conduits aux débuts du mandat de l'abbé dans le village. Il aurait vu, rapporte Doumergue, « un reflet brillant provenant du chapiteau d’un vieux balustre en bois que les maçons avaient remisé » lors des travaux[1].
Découverte d'une trappe souterraine de l'église (Alphonse Rousset)
modifierAlphonse Rousset, ancien servant d'autel de Saunière, a rapporté en 1940 à l'abbé Mazière (1909-1988) que Saunière avait demandé à six enfants servants d'autel de l'aider à soulever une lourde dalle au sein de l'église, et avait exigé leur silence en échange d'un goûter. La dalle soulevée aurait « rév[élé] des marches grossières, taillées dans le roc, s’enfonçant dans l’obscurité » (Doumergue). Pressé par les enfants lors du goûter, il aurait affirmé « qu’il n’y avait là que des tombes et que l’escalier n’allait pas plus loin »[1].
L’entrée de cette crypte n’a jamais été retrouvée depuis et, par conséquent, nul n’a jamais vu la crypte. Son existence est toutefois attestée par un ancien registre paroissial. Actuellement possession de Claire Corbu et d’Antoine Captier, il a été retrouvé parmi les papiers de l’abbé Saunière sans que l’on sache d’où celui-ci le tenait. Il court des années 1694 à 1725. Il signale aussi bien les baptêmes que les mariages et les « mortuaires » (enterrements) pratiqués dans la paroisse de Rennes-le-Château. Or, à propos des inhumations, il en évoque deux réalisées dans l’église, en un ensemble sépulcral qui semble avoir tous les traits d’une crypte funéraire[1].
Découverte d'un parchemin et d'un trésor lié à la Révolution française (Pauline Captier et Josette Barthe)
modifierAntoine Captier a rapporté que sa tante, Pauline, confidente de Marie Dénarnaud, avait obtenu de cette dernière le récit des découvertes de Saunière. Il aurait, écrit Doumergue, « découvert sous une pierre gravée une liasse de vieux papiers enveloppée dans une toile noire », dont un parchemin qui faisait un inventaire de biens précieux. Marie Dénarnaud aurait soutenu à Pauline Captier que la liste avait été réalisée par un ancien curé de Rennes-le-Château, l'abbé Antoine Bigou, à la Révolution française, probablement à son départ du village en octobre 1792, et qu'il aurait caché des biens dans un « tunnel » que Saunière aurait localisé[1]. Ne s'y rendant que la nuit, Saunière aurait trouvé des bijoux, des vieux livres, des meubles et des pièces ; ce qui avait le moins de valeur était revendu à un marchand local, tandis que « [l]es plus précieux étaient [...] confiés à un homme à l’accent [belge], assez âgé d’apparence, toujours habillé de noir [, qui] homme arrivait dans une calèche louée par l’abbé Saunière à Couiza »[1]. Les découvertes et ventes de biens par Saunière auraient duré plusieurs années, jusqu'à ce qu'un éboulement consécutif à une tempête eût condamné l'accès au souterrain[1].
Si la provenance de ces biens est inconnue, Doumergue souligne qu'une provenance possible se situe à au diocèse d'Alet. En effet, l'évêque d'Alet, de la Cropte de Chanterac, s'était enfui de la région le 31 août 1792, ne laissant aucun bien derrière lui ; un inventaire réalisé le 8 octobre 1792 ne mentionnait aucun objet de valeur, ce qui était étonnant pour un personnage de son niveau hiérarchique au sein de l'église[1]. Or, entre 1937 et 1939, la filleule de Saunière, Josette Barthe, aurait témoigné de ce que Saunière disposait d'objets précieux issus de l'époque révolutionnaire et trouvés dans la cache de l'église[2]. Patrick Mensior rapporte que « Saunière détenait un fauteuil d’époque Louis XIII qui aurait appartenu à l’évêque d’Alet », fauteuil qui correspond à « la description détaillée d’un meuble très similaire, propriété de l’évêque [d'Alet], décrit dans un acte notarié du 25 octobre 1670 » (Gil Galasso)[2].
Réception de dons (René Guilhem)
modifierAprès la mort de Saunière, Marie Dénarnaud héberge pendant un temps René Guilhem, instituteur du village. Guilhem a rapporté que Dénarnaud avait nié en sa présence l'existence d'un quelconque trésor, et lui aurait dit : « Les gens vous raconteront que Monsieur le curé a trouvé un trésor, c’est faux. Ce sont des femmes qui lui envoyaient de l’argent »[27].
Éléments annexes à l'affaire
modifierLivre de l'abbé Boudet (1886)
modifierEn 1886, l'abbé Boudet, qui officie dans le village proche de Rennes-les-Bains, connu comme un érudit membre de diverses sociétés savantes de la région et à Paris, publie un ouvrage intitulé La Vraie langue celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains. Il soutient, à tort, que l'anglais fut la première langue de l'humanité, et décrit une enceinte mégalithique circulaire (cromlech) présente à Rennes-les-Bains. Or, cette enceinte n'existe pas : Doumergue écrit que les hautes pierres de Rennes ne sont pas positionnés de manière circulaire ; le cromlech est donc « une vue de l’esprit, une pure chimère qui n’a d’autre existence que celle que lui donne l’ouvrage de l’intriguant curé »[1]. Le livre se vend à 98 exemplaires, sur 500 impressions[2]. Son caractère étrange est tel qu'il est relié a posteriori par des chercheurs de trésor à l'affaire de Rennes-le-Château, qui y voient un livre à clefs contenant des indices menant au trésor[1].
Meurtre de l'abbé Gélis (1897)
modifierEn 1897, l'abbé Antoine Gélis, né en 1827, est retrouvé mort dans son presbytère dans le village voisin de Coustaussa[2]. Son crâne est fracassé, et du sang est présent en grande quantité au sol. Comme le rapporte Doumergue, « la victime était soigneusement allongée sur le sol, les mains ramenées et croisées sur la poitrine »[2]. Particulièrement méfiant, l'abbé, qui avait installé un système d'alarme avec des clochettes, avait semble-t-il proposé un verre d'eau à son visiteur, car deux verres étaient sortis et mouillés[2]. Par ailleurs, ce qui semble être un message laissé par Gélis est retrouvé dans une flaque de sang proche de son corps ; il s'agit d'un « mot, griffonné sur un papier à cigarette : « Viva Angelina ! » »[1]. Des traces de sang prouvent néanmoins que le meurtrier s'est rendu à l'étage, au bureau de l'abbé ; Doumergue rapporte qu'« il restait encore sur les lieux une chemise de cuir, ouverte, vide de tout document »[1].
Les relations entre Saunière et Boudet s'arrêtent à peu près au moment du meurtre de l'abbé Gélis, sans que l'on sache s'il existe un lien de cause à effet. Il est possible que Boudet ait souhaité s'éloigner de son homologue rennais, dont le train de vie et les dépenses devenaient de plus en plus connues et critiquées[2].
Niveau de richesse de l'abbé Saunière
modifierUn niveau de richesse élevé mais contraint
modifierLes nombreux aménagements mis en œuvre par l'abbé Saunière à Rennes-le-Château ont nourri l'idée selon laquelle l'abbé était devenu extrêmement riche, et donc, qu'il avait bien découvert un trésor. Pourtant, Saunière gère son budget au franc près, et fait attention à toutes ses dépenses[1]. Comme le rapporte Doumergue à partir des archives de Saunière, « [à] plusieurs reprises, l’avancée de ses constructions (qui se poursuit sur plusieurs années !) est freinée par les restrictions budgétaires que Bérenger impose à son architecte ». Cela cause même des tensions avec ce dernier, Tiburce Caminade, en août 1905, qui met en pause les travaux[1].
De plus, après la fin des travaux et sa suspension ecclésiastique (1910), Saunière voit ses revenus chuter brutalement. Comme l'écrit Gil Galasso, « Saunière vit le reste de sa vie dans la pauvreté, vendant des médailles religieuses et des chapelets aux soldats blessés stationnés à Campagne-les-Bains »[2]. Sa légataire, Marie Dénarnaud, a des problèmes financiers dans les années qui suivent la mort de Saunière[1].
Dons de particuliers
modifierDès 1886, Saunière obtient des dons de la part de nobles ou de grands bourgeois proches du Cercle catholique de Narbonne où Alfred Saunière, son frère, milite[1]. Ces dons permettent les premiers travaux de rénovation d'urgence (1886-1887) ainsi que l'amélioration de la décoration de l'église (1887)[1]. Il bénéficie notamment d'un don de 3 000 francs-or de la comtesse de Chambord, proche du fondateur des cercles catholiques, Albert de Mun, mais aussi de la famille de Beauxhostes, également proche du cercle, qui fait don de 25 000 francs-or. En tout, Alfred Saunière transmet à son frère 55 000 francs-or de dons[1].
Dons du clergé et trafic de messes
modifierEn fin d'année 1898, Saunière contacte des librairies de la région afin d'obtenir un annuaire recensant l'adresse de tous les membres du clergé de France ; il l'obtient en mars 1899. L'abbé envoie alors une très grande quantité de lettres afin de demander des dons pour son église. Il sollicite également des messes à prononcer et met en place un véritable système de trafic de messes : alors qu'à l'époque, les prêtres sont tenus de ne pas prononcer plus de trois messes par jour, il est amené à devoir en prononcer des dizaines[19]. La quantité de lettres envoyées et reçues est telle que la Poste refuse à partir d'un moment à venir lui livrer ses courriers, et Saunière est contraint de se rendre lui-même à la gare de Couiza malgré ses efforts pour faire renvoyer le facteur récalcitrant[1].
Les carnets dans lesquels Saunière tient ses comptes révèle que le système qu'il met en place connaît un grand succès. Ses revenus bondissent de 3 438,75 francs-or en 1895 à 13 200 francs-or en 1899 ; le record est atteint en 1901, lorsqu'il touche un revenu de 25 004,70 francs-or. Ainsi, comme le rapporte Doumergue, « [e]n moyenne, entre 1895 et 1915, il touche ainsi un salaire mensuel de 915 francs-or par mois, ce qui représente 12 fois le salaire d’un prêtre » à l'époque. Une conversion estimative réalisée par Laurent Buchholtzer fixe à environ 13 725 € la rémunération mensuelle de l'abbé[1].
Rémunération à la commission par une distillerie
modifierSaunière est par ailleurs obligé de trouver des sources alternatives de revenus pour continuer les travaux[1]. Doumergue montre qu'en 1906, Saunière répond à une annonce publicitaire parue dans les journaux locaux pour faire découvrir les produits d'une distillerie à des clients potentiels. Il est rémunéré à la commission par la distillerie Mélina : il distribue à des clients potentiels des échantillons de liqueur que la distillerie lui fait parvenir, et touche une commission sur chaque commande de liqueur réalisée par celui à qui il a fait goûter l'échantillon. Saunière gagne toutefois peu avec cette méthode[1].
Bénéfices sur un vignoble
modifierL'abbé Saunière détient le plus grand vignoble de Rennes-le-Château[1]. Il s'attache à l'organiser en vue de maximiser ses revenus[1]. Lors de la crise viticole qui frappe tout le midi en 1907, Saunière voit ses revenus chuter. Comme le rapporte Doumergue, « on le verra participer aux manifestations populaires de la ville voisine d’Espéraza »[1].
Postérité
modifierPremières évocations du trésor et première enquête (années 1930)
modifierLa rumeur d'un trésor lié à Saunière fait l'objet d'une publicisation hors de Rennes-le-Château peu de temps après la mort de Saunière. Le médecin Jean Girou (1899-1972), installé à Carcassonne depuis les années 1920, publie en 1936 un récit de voyage, Itinéraire en terre d'Aude, dans lequel il rapporte au détour d'une page qu'il y a à Rennes-le-Château « la maison d’un curé qui aurait bâti cette demeure somptueuse avec l’argent d’un trésor trouvé, disent les paysans ! »[1].
Dès les années 1930, René Descadeillas (1909-1986), journaliste local pour La Dépêche du Midi puis conservateur du musée des beaux-arts de Carcassonne, est le premier à mener une enquête sur le trésor de l'abbé Saunière. Obtenant des entretiens avec des témoins directs, il conclut que la fortune de l'abbé était due à un trafic de messes[2].
L'action de Noël Corbu (1956-1959)
modifierEn 1945, Noël Corbu, entrepreneur vivant à Bugarach, entend parler de l'abbé Saunière et de ses constructions par l'intermédiaire de l'instituteur de sa fille, qui avait enseigné jadis à Rennes-le-Château[1]. Corbu rencontre Dénarnaud. Alors que le premier connaît des difficultés financières, la seconde lui dit qu'un trésor est caché à Rennes-le-Château[1]. Dès 1946, Corbu installe sa famille à la villa Béthanie en échange d'une rente viagère qu'il paie à Dénarnaud, tandis que l'ancienne servante de Saunière en fait son légataire universel[1].
Lorsque Marie Dénarnaud meurt en 1953, Corbu décide de mettre en œuvre un grand plan de transformation du domaine de Saunière. Il transforme alors la villa Bethania en hôtel-restaurant sous le nom d'Hôtel de la Tour[19]. Les touristes n'affluant pas, et afin d'en faire la publicité, il décide d'embellir la légende de l'enrichissement de Saunière. Il fait état à ses clients d'« archives » qui indiqueraient que le trésor « se composait de 18 millions et demi de pièces d’or en nombre, soit en poids environ 180 tonnes, plus de nombreux joyaux et objets religieux. Sa valeur intrinsèque, d’après cette liste, est de plus de cinquante milliards. En revanche, si l’on prend sa valeur historique, la pièce d’or de cette époque valant 472 000 francs, on arrive à 4 000 milliards ». Tout cela est inventé[1]. Christian Doumergue soutient que Corbu aurait pu s'inspirer du récit fait par Auguste Labouïsse-Rochefort en 1832 (voir section « Contexte »), qui évoquait un trésor de 19,5 millions[1].
Le journaliste régional André Salomon publie trois articles dans son quotidien La Dépêche du Midi les 12, 13 et 14 janvier 1956[32]. Le deuxième article est titré « Un Carcassonnais contemporain de l’abbé affirme : “J’ai vu dans une pièce du château des caisses remplies de lingots” » ; le troisième, titré « La fabuleuse découverte du curé aux milliards. M. Noël Corbu connaît-il la cachette du trésor de l'abbé Saunière qui s'élève à 50 milliards ? », contient une interview de Corbu qui raconte que l'abbé est tombé par hasard sur un trésor enfoui en 1249 sous son église par Blanche de Castille pour mettre la cassette royale à l'abri de l'avidité de vassaux opprimés ou de la révolte des Pastoureaux alors que le roi est parti en croisade[33].
Le 1er avril 1956, le Midi libre évoque la légende du trésor à l'occasion de la découverte par le docteur Malacamp de squelettes à Rennes-le-Château, à l'occasion d'une fouille visant à trouver le supposé trésor. Le journaliste évoque les pistes des Wisigoths, de Blanche de Castille, des Cathares et du Graal pour expliquer la richesse de l'abbé[1]. Corbu effectue ses propres fouilles et un article de la Dépêche du Midi (1er octobre 1956) rapporte qu'il a découvert, selon Doumergue, « le squelette d’un chef de tribu probablement ibère » ; Le Figaro en fait état dès le lendemain, « sans que soit toutefois évoquée la légende du trésor », faute de sources[1].
Doumergue rapporte que Corbu, lorsque l'intérêt pour son hôtel décroît, provoque lui-même la rumeur. Ainsi, en 1958, il fait prendre en photo « à la fenêtre de la villa Béthanie, une amie de sa fille dont les traits évoquent, de loin, ceux de Brigitte Bardot », et mène le journal Le Limouxin publier la fausse information de sa venue à Rennes-le-Château le 18 octobre[1].
En 1959, la presse rapporte que Corbu rédige un livre de 800 pages intitulé La Puissance et la Mort sur le trésor ; sans source, il avance que « un berger qui, en 1645, le découvrit incidemment, devint fou. L’abbé Saunière [sic] mourut à l’heure où, délivré de tous les liens de sa vie, il pouvait profiter de ses richesses »[1].
Au début des années 1960, Robert Charroux, fondateur du Club International des Chercheurs de trésor, fait une arrivée médiatique à Rennes-le-Château pour trouver le trésor. Dans Plaisir de France, il fait état d'un devis, dont l'existence est douteuse, réalisé à la demande de Saunière à la fin de sa vie, et d'un montant de 8 M de francs ; « Or, rien ne fut entrepris à Rennes-le-Château après la mort du curé et l’on a donc la certitude que 8 millions-or 1917, soit 8 milliards d’anciens francs – le montant du devis – sont cachés quelque part. Et sans doute bien davantage ! Mais où ? »[1].
L'affaire prend une ampleur nationale au milieu des années 1960. La Dépêche du Midi rapporte le 17 novembre 1965 que les chercheurs de trésor viennent faire des fouilles en toute illégalité. Comme le rapporte Doumergue, « fragilisé par des sondages extérieurs, le mur du cimetière menace de s’écrouler ». Le maire prend un arrêté municipal interdisant les fouilles sauvages sur la voie publique[1]. Afin de contourner cette interdiction, des chercheurs de trésor achètent des maisons ou des terrains voisins à l'église et y creusent des tunnels sous-terrains ; cela provoque un effondrement de terrain dans lequel se blesse un agent municipal, Jean-Pierre Marre[1]. Le village fait à nouveau parler de lui en 1968 lorsqu'une tombe est profanée ; la Dépêche du Midi amplifie la rumeur en évoquant trente tombes profanées, ce qui mène le Figaro à rectifier l'information et rapporter que la tombe avait été profanée par un chercheur de trésor qui pensait qu'elle était « une voie d’accès au mirifique trésor » (Doumergue)[1].
L'action de Pierre Plantard (1965-1989)
modifierLe dessinateur Pierre Plantard est, au tournant des années 1960, attiré à Rennes-le-Château par la notoriété croissante du lieu. Il y effectue des fouilles et finit par rencontrer Noël Corbu. Plantard, mythomane, dépose à la Bibliothèque nationale de France de faux documents à caractère historique ou ésotérique, en lien avec Rennes-le-Château. Il publie en 1965 le 2e document des Dossiers secrets d'Henri Lobineau, intitulé « Les descendants mérovingiens ou l’énigme du Razès Wisigoth », qui soutient que la monarchie française descend de rois mérovingiens liés aux mystères du pays de Razès qu'il situe dans la région de Rennes-les-Bains et de Rennes-le-Château.
S'associant à Philippe de Chérisey, Plantard contacte le journaliste et écrivain surréaliste Gérard de Sède pour que ce dernier réécrive et publie un livre intitulé L'Or de Rennes (1967), qui reprend notamment des sources produites par Plantard, ainsi que des rumeurs autour des parchemins trouvés à Rennes-le-Château (en l'occurrence, fabriquées par Philippe de Chérisey). Le livre est un grand succès commercial, qui popularise les mythes du trésor de Rennes-le-Château. Il sert de base à d'autres ouvrages publiés en France mais aussi dans des pays étrangers, notamment anglo-saxons, alors même qu'il ne se fonde que sur très peu de sources fiables, et au contraire, sur beaucoup de sources inventées. Des personnages présents comme historiques dans le livre sont de pures inventions[1].
Plantard va, dans les années suivantes, chercher à rester dans le sillage de l'affaire de Rennes-le-Château pour influencer des journalistes et des romanciers écrivant sur elle[1]. Il manipule notamment Jean-Pierre Deloux et Henry Lincoln, ce dernier produisant un documentaire à succès sur Rennes pour la BBC, et légitimant Plantard comme une référence, ainsi que Jean-Michel Thibaux, dont le roman, L'Or du diable, est adapté en série télévisée sur France 3 en 1989[1]. Le succès international de la mystification est tel que le maire doit prendre un arrêté interdisant les fouilles sauvages le 28 juillet 1965, toujours en vigueur[2].
Explications avérées et plausibles
modifierTrafic de messes
modifierIl est avéré que l'abbé Saunière a été accusé de s'enrichir personnellement par simonie et par trafic de messes, et a été traduit devant la justice ecclésiastique pour ces faits[1]. L'abbé fut accusé par l'Église de trafic de messes, sous la direction de monseigneur Paul-Félix Beuvain de Beauséjour (1839-1930), nouvel évêque de Carcassonne qui lui intente en 1910 un procès canonique entraînant la déchéance des fonctions sacerdotales de Saunière (1911). Le quotidien parisien anticlérical, Le XIXe siècle, publie dans sa une que « l'abbé Saunière, ancien curé de Rennes-le-Château, n'est nullement autorisé à demander hors du diocèse, ou à recevoir de diocèses étrangers, des honoraires de messes ». Le journal ajoute en bas de cette annonce le commentaire suivant : « Sauvons la caisse ! L'abbé Saunière gâte le métier en vendant des messes au rabais, et le voilà pour concurrence déloyale boycotté par le syndicat des marchands de prières (sic) de son département. Comme les temps évangéliques sont loin »[34]. Jean-Jacques Bedu estime ce trafic à 100 000 intentions de messes, rémunérées de 1 à 5 francs chacune, entre 1893 et 1915[19].

Dons politiques
modifierIl est avéré que l'abbé Saunière et son frère Alfred étaient très proches des cercles royalistes légitimistes, dont le Cercle catholique de Narbonne[1]. Doumergue montre qu'Alfred a agi comme entremetteur pour faire obtenir des dons à son frère auprès de catholiques influents. Alfred était l'un des principaux meneurs de ce groupe qui diffusait de la propagande royaliste auprès des populations locales afin de lutter contre la montée en puissance du mouvement républicain à la fin du XIXe siècle, dans le cadre cette nouvelle République qui succéda au Second Empire[1]. Les carnets de compte de Saunière montrent qu'Alfred fait transiter 50 000 francs vers son frère, somme considérable à l'époque[1].
L'engagement politique de Saunière est d'ailleurs attestée par sa suspension à la demande de la mairie et sur validation de René Goblet, ministre des Cultes en 1885, durant six mois ; le maire de Rennes-le-Château s'était plaint auprès du préfet des agissements de l'abbé en raison de son action propagandiste auprès des paroissiens de la commune lors des élections législatives françaises de 1885[1].
Trésor de l'abbé Bigou
modifierDoumergue soutient cette théorie dans Le secret dévoilé[1]. L'abbé Bigou était abbé de Rennes-le-Château durant la Révolution française. L'évêque d'Alet, parti en exil le 31 août 1792 car réfractaire, ne laisse derrière lui aucune richesse ; l'inventaire réalisé par l’État le 8 octobre 1792 ne mentionne aucun bien de valeur, ce qui tend à indiquer que ses richesses ont été exfiltrées[1]. Cette théorie est cohérente avec le témoignage de Pauline Captier, qui a rapporté que Marie Dénarnaud lui avait confié que le parchemin trouvé dans l'église par un maçon ou par le carillonneur Captier contenait une liste des richesses cachées à la Révolution française. Soutenue par Doumergue et l'historien régional René Descailledas[35], cette hypothèse est souvent reprise par des articles de presse actuels[36].
Explications non-avérées
modifierTrésor des Volques tectosages
modifierTout d'abord, chronologiquement, le trésor des Volques tectosages, datant de l'époque romaine. Ce trésor proviendrait de l’hypothétique pillage du sanctuaire d'Apollon de Delphes, lors de la Grande Expédition celtique (279 av. J.-C.) en Grèce. Cette hypothèse est très fragile : les sources sont très anciennes et n'attestent pas que ledit trésor ait pu subsister, ni même qu'il ait été enfoui à Rennes-le-Château.
Trésor des Wisigoths
modifierEnsuite, le trésor des Wisigoths (ou Trésor de Jérusalem), déposé dans la région de Rhedae, après le Sac de Rome (410) par le roi Alaric Ier. Certains spécialistes ont tenté le lien avec d'autres trésors d'origine wisgothique, découverts plus récemment en Espagne. Cette idée de trésor a d'ailleurs été utilisée pour l'intrigue du scénario du téléfilm L'Or du diable.
Trésor de Blanche de Castille
modifierLe trésor de Blanche de Castille, à la suite de la Croisade des pastoureaux en 1251, survenue sous le règne de son fils Louis IX, est aussi mis en avant. Cette hypothèse, avancée par Noël Corbu à la fin des années 1960, est très aventureuse, car rien n'indique que la reine ait pu connaître jusqu'à l'existence du village.
Trésor des Templiers
modifierLe trésor des Templiers, à la suite du procès de l'ordre du Temple effectué contre cette communauté religieuse par Philippe IV Le Bel entre 1307 et 1314, est parfois mentionné. Cette hypothèse a été défendue, notamment, par l'écrivain Gérard de Sède, féru de pseudohistoire. L'ordre possédait, en effet, des commanderies dans la région, mais en octobre 1307 Philippe Le Bel fit en sorte que l’argent et les objets de valeur des templiers ne lui échappent pas. Il s'agit d'une des légendes au sujet des Templiers.
Trésor des faux-monnayeurs du château du Bézu
modifierIl pourrait également s'agir du trésor des faux monnayeurs du château du Bézu (à Saint-Just-et-le-Bézu), affaire datant du XIVe siècle. Cette hypothèse historique est subtile, mais reste très difficile à démontrer par manque de sources historiques[37].
Trésor des Cathares
modifierLe trésor des Cathares est parfois mentionné. Un récit historique attesterait que lors de la prise du château de Montségur par les croisés en 1244, quatre Cathares s'en seraient échappés avec un trésor. Cette hypothèse reste douteuse car les Cathares, hommes pieux, détachés des valeurs du monde terrestre, n'avaient pas la mentalité à posséder des biens matériels, le trésor des cathares était certainement d'ordre spirituel, en admettant que ce récit soit exact.

Fausses informations
modifierRelation entre l'abbé Saunière et Emma Calvé
modifierChristian Doumergue soutient que les discours et récits sur Rennes-le-Château sont parasités par des infox liées au manque de rigueur d'un grand nombre d'auteurs ayant écrit des livres sur l'histoire des lieux. Il en va ainsi de la relation supposée entre l'abbé Saunière et Emma Calvé, qui trouve son origine dans L'Or de Rennes de Gérard de Sède, mais n'est corroboré par aucun document. La correspondance de Saunière ne fait jamais mention de son nom, pas plus que celle de Calvé fait référence à Saunière[1]. Plantard a joué un rôle dans la diffusion de l'idée d'une proximité entre les temps ; aussi les livres qui se sont basés sur le livre de Gérard de Sède (coécrit par Plantard) ou sur des entretiens avec Plantard colportent-ils cette fausse information. C'est le cas du livre L'Or du diable de Jean-Michel Thibaux, adapté en série télévisée homonyme (1989), où Calvé est jouée par Arielle Dombasle[1].
Inscription A.O.M.P.S. sur la croix de mission du jardin du calvaire
modifierSaunière organise l'aménagement d'un jardin proche du cimetière de l'église. Appelé « jardin du calvaire », ce jardin dispose d'une croix érigée en 1897 par l'abbé. Elle rappelle la venue de Félix Arsène Billard. Une pierre tient la croix, et des inscriptions se trouvent sur chacune des faces. Sur la face arrière est écrit : « CHRISTUS A.O.M.P.S DEFENDIT ». Henry Lincoln a défendu, dans Holy Blood, Holy Grail (1982), que c'était une référence au Prieuré de Sion, car A.O.M.P.S. serait l'acronyme de « ANTIQUUS ORDO MYSTICUSQUE PRIORATUS SIONUS » (« Il défend l'antique et mystique ordre du prieuré de Sion »). En réalité, A.O.M.P.S. est, en théologie chrétienne, l'acronyme de « AB OMNI MALO POPULUM SUAM » (« qu'Il protège son peuple de tout mal »)[1].
Fortune de l'abbé Saunière
modifierGérard de Sède soutient, dans L'Or de Rennes, que Saunière aurait dépensé un 1,5 Md à 2 Md de francs entre 1891 et 1917[38]. Jean-Jacques Bedu, dans Rennes-le-Château, autopsie d'un mythe, montre que cette estimation est faussée par un calcul erroné basé sur la valeur actuelle du franc-or de 1900[39].
Faux parchemins de l'abbé Saunière
modifierLe livre de Gérard de Sède et Pierre Plantard, L'Or de Rennes, a popularisé l'idée de parchemins d'origine antique ou médiévale retrouvés par l'abbé Saunière. En réalité, les parchemins mentionnés ou reproduits dans le livre sont des faux, produits par Philippe de Chérisey, ami de Plantard. Aucune reproduction du parchemin potentiellement retrouvé par Saunière, et qui contiendrait en réalité une liste de biens de valeur cachés par l'abbé Bigou durant la Révolution française, n'a semble-t-il été produite, et le parchemin a disparu longtemps avant la publication du livre[1].
Une rumeur a longtemps indiqué qu'un des parchemins serait un recto-verso du chanoine JP Nègre de Fondargent, datant de 1753, supposé être écrit de la main de l'abbé Antoine Bigou, curé de Rennes de 1774 à 1790, et qui comporterait des textes de l'Ancien Testament. La partie recto (« Grand parchemin ») comporterait des mots dispersés de façon apparemment incohérente, et la partie verso (appelée « Petit parchemin ») des lignes tronquées dans le désordre avec des lettres placées les unes au-dessus des autres[40]. Le problème de cette description du quatrième parchemin est qu'elle se base sur sa soi-disant reproduction originellement parue dans l'ouvrage de Gérard de Sède (1967)[41] ; or, il est avéré qu'il s'agissait là d'une supercherie menée par de Chérisey et Plantard, fabriquant le « Petit parchemin » en recopiant une reproduction d'un folio de l'antique Codex Bezae.
Refus d'extrême onction
modifierIl a été rapporté que dans les derniers moments de l'abbé Saunière, l'abbé Jean Rivière, curé d'Espéraza, était venu le voir pour sa confession dans le cadre de son extrême onction, et, troublé par ce qu'il venait d'apprendre, était ressorti livide de la chambre de Saunière et lui avait refusé l'absolution[19],[42]. Jean-Jacques Bedu rapporte, dans les Énigmes de l'histoire de France, qu'il n'existe aucune preuve de cette rumeur[19].
Recherches contemporaines
modifierLocalisation de la crypte souterraine de l'église
modifierDes recherches scientifiques ont été menées afin de déterminer s'il existe, ou non, une crypte sous l'église de Rennes-le-Château[1]. Une étude a été menée par une équipe d'enseignants-chercheurs avec des radars à pénétration de sol afin de déterminer la présence d'une cavité souterraine en 2002. Les résultats, présentés en 2003[2] et publiés en 2005, montrent que, « au-delà de trois mètres, au niveau du chœur de l’église, la structure du sol change brusquement » (Doumergue). D'autres mesures postérieures ont confirmé l'existence d'une « cavité d’assez grande taille ». Sa localisation correspond à celle donnée par le registre paroissial d'Ancien Régime, selon laquelle le tombeau des seigneurs se trouvait à proximité du balustre[1].
Notes et références
modifier- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Bérenger Saunière » (voir la liste des auteurs).
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- 1 2 3 Christian Doumergue, Le secret dévoilé : enquête sur les mystères de Rennes-le-Château, Paris, les Éditions de l'Opportun, coll. « Poche », , 547 p. (ISBN 978-2-36075-428-1)
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- ↑ Voisenat 2008, p. 61 et 62.
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- ↑ Jean-Jacques Bedu, Rennes-le-Château, autopsie d'un mythe, Éditions Loubatières, , 237 p..
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- ↑ Pierre Lunel, Les plus grands escrocs de l’Histoire : Les plus grands escrocs de l'Histoire sont douze, comme les Apôtres. La différence, c'est que leur maître se nomme le diable., Paris, First, , 317 p. (ISBN 978-2-7540-6891-8 et 2-7540-6891-0).