Al-Jura

village palestinien dépeuplé en 1958

Al-Jura (الجورة), aussi transcrit al-Goura et al-Joura en français, était un village palestinien du sous-district de Gaza, limitrophe d’al-Majdal et des ruines de l’antique Ascalon. En 1945, il avait environ 2 420 habitants, majoritairement musulmans. Bien que défendu par l’armée égyptienne, les forces de défense d'Israël s’emparent d’al-Jura le au cours de l’opération Yoav.

Al-Jura
Géographie
Pays
Sous-district
Altitude
25 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Démographie
Population
2 420 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Carte

Il fait partie des centaines de villages palestiniens expulsés en 1948.

Géographie

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Al-Jura (El-Jurah) est placé au nord-est et limitrophe de la ville d’Ascalon ; il est aussi connu sous le nom de Jurat Ascalon. Il est construit sur un terrain plat, à moins d’un kilomètre de la mer. Il est entouré de dunes de sable, formées par la mer[1]. Il est aussi situé à moins de 20 km de Gaza et à une altitude moyenne de 25 mètres[1]. Les maisons du village étaient construites en pierre prélevées sur le site d’Ascalon ou en adobe[1].

Le village avait un territoire de 12 224 dounams[2], dont 481 étaient utilisés pour les agrumes et les bananes, 7192 pour les vergers et les terres irriguées, 2965 semés en céréales[3] et 45 dounams construits[4]. Les Arabes possédaient 10 705 dounams, le reste des terres étant publiques ; plus de 10 000 dounams étaient cultivés[1], produisant amandes, agrumes, abricots, pommes, raisins, légumes, oignons et céréales[1]. Outre l’agriculture, al-Jura vivait de la pêche, étant un des principaux ports de pêche de Palestine et il produisait aussi des paniers et des filets de pêche[1].

Histoire

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Le nom d’Al-Jura signifie « le saint »[5]. Le sanctuaire de la tête d’al-Hussein ibn Ali était situé hors de la ville, jusqu’à sa destruction par l’armée israélienne en 1950.

Les habitants ont des origines égyptiennes, de la région d’Hébron et de la communauté bédouine[6].

Des céramiques byzantines ont été trouvées avec des pièces du VIIe siècle[7].

Empire ottoman

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On pense qu'al-Jura s’est installé sur le site du village antique de Jagur[1].

Dans le premier cadastre ottoman de 1526/7, le village est inhabité[8]. En 1596, le village est réoccupé ; il fait partie de la nahié de Gaza et s’appelle alors Jawrat al-Hajja. Il a 46 foyers musulmans, soit environ 253 habitants, qui payaient des taxes pour un montant total de 3400 akçe[9].

Marom et Taxel ont montré qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’économie nomade et l’insécurité ont mené à l’abandon de nombre de villages autour de Majdal ‘Asqalān (Ascalon), et dans toute la plaine méridionale côtière en général. La population de ces villages allait s’installer dans des villages où survivre, leurs terres continuant d’être cultivées par les villages voisins. Ainsi, al-Jura absorba les terres d’al-Rasm et d’al-Bira, ce dernier séparé du village par al-Majdal[8].

Mustafa al-Bakri al-Siddiqi, professeur soufi syrien (1688–1748/9) visite Al-Jura dans la première moitié du XVIIIe siècle, avant de partir pour Hamama[10].

En 1838, Edward Robinson signale el-Jurah comme village musulman, dans le district de Gaza[11].

En 1863, le voyageur français Victor Guérin visite le village, qu’il appelle Djoura, et estime sa population à 300 personnes. Il remarque de nombreuses antiquités, originaires de la cité antique, et que les habitants font pousser de magnifiques arbres fruitiers, des fleurs et des légumes[12]. Une liste de villages ottomane de 1870 compte 340 hommes, sans compter les femmes[13],[14].

Les habitants entretenaient une mosquée avec deux pièces annexes pour accueillir les visiteurs[1].

Mandat britannique

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Au recensement de 1922 mené par les autorités britanniques, Jura a une population de 1326 habitants, tous musulmans[15] ; à celui de 1931, la population croit à 1754, dont 1752 musulamns et 2 chrétiens[16].

Le village possédait une mosquée et une école, fondée en 1919[10] et avec 206 élèves inscrits dans les années 1940[1]. Bénéficiant de la fraîcheur maritime, le village est devenu une destination estivale ; au printemps, un mawsim attiraient les habitants de tout le sous-district de Gaza[1]. Une station de garde-côtes était installé à al-Jura.

Dans les statistiques de Village de 1945, El Jura a une population de 2420 musulmans[17].

En plus de l’agriculture, les habitants d’al-Jura pratiquaient l’élevage qui fournissaient des revenus importants à la ville. En 1943, ils possédaient 115 bovins et 7 moutons de plus d’un an, 92 chèvres de plus d’un an, 47 chameaux, 7 chevau, une mule, 130 ânes, 970 volailles et 227 pigeons[18].

Guerre de 1948 et période israélienne

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Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, al-Jura est attribué à l’État arabe[19].

Le , al-Jura est bombardé par des avions israéliens, en même temps que Gaza[1].

Fin , les troupes des FDI du district de la plaine côtière ratissaient les villages autour et au sud d’al-Majdal. C’est la brigade Guivati qui s’empare d’al-Jura[20]. Al-Jura était sur une liste de villages dans les ordres fournis aux FDI et aux pelotons du génie, villages à expulser vers Gaza et dont « il faut prévenir le retour en détruisant leurs villages ». Le chemin menant au village a ainsi été miné[21]. L’opération a lieu le selon Benny Morris. Les soldats israéliens ne trouvent pas âme qui vive à al-Jura, mais la destruction du village n’est pas immédiate à cause de l’humidité des maisons et de la pénurie d’explosifs[22]. Selon l’Encyclopédie de la question palestinienne, l’occupation du village a lieu les 4-, la population fuyant à Gaza[1].

Après la guerre, le village est annexé par Israël.

En 1992, seule une maison était épargnée ; des plantes épineuses poussaient sur les parties du site qui n’étaient pas construites[23]. Le site du village est incorporé dans le parc national d'Ashkelon (en)[24]. En 1998, le nombre réfugiés descendant des habitants d’al-Jura est estimé à 17 239[20].

Sanctuaire de la tête d’Hussein

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Le sanctuaire durant le festival annuel, en 1943.

Le sanctuaire de la Tête d’al-Hussein ibn Ali[25], d’époque fatimide, situé sur une colline hors d’al-Jura, réputé pour abriter la tête d’al-Hussein ibn Ali[26],[27][28]

Ce site est le plus important des Lieux Saints du chiisme en Palestine[29] mais a été détruit par l’armée israélienne en 1950, par ordre de Moshe Dayan, en lien avec les efforts pour expulser les derniers Arabes de la région[27].

Galerie

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Personnalités

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Voir aussi

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Liens externes

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 « al-Jura — الجُورَة », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 18 mai 2025.
  2. ↑ Gouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 46.
  3. ↑ Gouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 87.
  4. ↑ Gouvernement de Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 137.
  5. ↑ Palmer, 1881, p. 360.
  6. ↑ Grossman, D. (1986). "Oscillations in the Rural Settlement of Samaria and Judaea in the Ottoman Period". in Shomron studies. Dar, S., Safrai, S., (eds). Tel Aviv: Hakibbutz Hameuchad Publishing House. p. 383.
  7. ↑ Dauphin, 1998, p. 872.
  8. 1 2 Roy Marom et Itamar Taxel, « Ḥamāma: The historical geography of settlement continuity and change in Majdal 'Asqalan's hinterland, 1270–1750 CE », Journal of Historical Geography, vol. 82,‎ , p. 49–65 (ISSN 0305-7488, DOI 10.1016/j.jhg.2023.08.003 Accès libre)
  9. ↑ Hütteroth, Abdulfattah, 1977, p. 150. Cité par Khalidi, 1992, p. 116.
  10. 1 2 Khalidi, 1992, p. 116.
  11. ↑ Robinson, Smith, vol 3, 2nd appendix, p. 118.
  12. ↑ Guérin, 1869, p. 134.
  13. ↑ Socin, 1879, p. 153.
  14. ↑ Hartmann, 1883, p. 130.
  15. ↑ Barron, 1923, Table V, Sous-district de Gaza, p. 8.
  16. ↑ Mills, 1932, p. 4.
  17. ↑ Département des Statistics, 1945, p. 31.
  18. ↑ (en) Roy Marom et Itamar Taxel, « Hamama: The Palestinian Countryside in Bloom (1750–1948) », Journal of Islamic Archaeology, vol. 11, no 1,‎ , p. 93 (ISSN 2051-9729, DOI 10.1558/jia.26586, lire en ligne)
  19. ↑ Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
  20. 1 2 « Welcome To al-Jura - الجورة (אל-ג'ורה) », Palestine Remembered, consulté le 18 mai 2025.
  21. ↑ Coastal Plain District HQ to battalions 151 and ´1 Volunteers`, etc., 19:55 hours, 25 Nov. 1948, IDFA (=Israeli Defence Forces and Defence Ministry Archive) 6308\49\\141. Cité par Morris, 2004, p. 517.
  22. ↑ Morris, 2004, p. 518.
  23. ↑ Khalidi, 1992, p. 117.
  24. ↑ (en-CA) Kaleem Hawa, « Like a Bag Trying to Empty », sur Parapraxis, (consulté le )
  25. ↑ Michael Press, « Hussein's Head and Importance of Cultural Heritage » [archive du ], sur The Ancient Near East Today, American School of Oriental Research, (consulté le )
  26. ↑ Talmon-Heller 2020, p. 101–111.
  27. 1 2 Talmon-Heller, Kedar et Reiter 2016.
  28. ↑ Petersen 2017, p. 108-110.
  29. ↑ Petersen 2017, p. 108.
  30. ↑ The life and death of Shaikh Yasin Al Jazeera
  31. ↑ « ar: إسماعيل هنية.. لاجئ من مخيم الشاطئ قاد حركة حماس » [« Ismail Haniyeh.. A refugee from the Shati refugee camp who led the Hamas movement »], Al Jazeera Net, الجزيرة نت | الموسوعة | فلسطين,‎ (lire en ligne, consulté le ) :
    « ولد إسماعيل عبد السلام أحمد هنية يوم 23 يناير/كانون الثاني 1962 (أو 1963) في قطاع غزة بمخيم الشاطئ للاجئين، الذي كانت أسرته قد لجأت إليه من قرية الجورة الواقعة في قضاء مدينة عسقلان المحتلة. »

Bibliographie

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