Al-Khalisah
Al-Khalisah (également transcrit Al-Khalisa et Khalsa, en arabe الخالصة) est un petit village bédouin situé sur une petite colline qui longe la limite nord-ouest de vallée de la Houla. Il compte plus de 1800 habitants et se situe à 28 kilomètres au nord de Safed.
| Khalisah | ||
Mosquée de Khalisah | ||
| Administration | ||
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| Géographie | ||
| Coordonnées | 33° 12′ 52″ nord, 35° 34′ 02″ est | |
| Localisation | ||
| Géolocalisation sur la carte : Israël
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Toponymie
modifierHistoire
modifierLe village d’Al-Khalisah a été fondé par les Bédouins originaires de la tribu Arab al Ghwarania, qui constituaient la majeure partie de sa population.
Période ottomane
modifierEn 1596, sous l'Empire ottoman, le village comptait 250 villageois[2] et relevait de la nahié du Jira. Is payaient des impôts sur leurs cultures telles que le blé, le maïs les olives et les légumes, et sur leurs possessions, comme les ruches, le cheptel animal tels que les buffles, ainsi que des taxes sur ou le moulin à eau[2]. Le village est ensuite abandonné jusqu'à ce que Issa al-Yussif et d'autres Bédouins des Ghawarina venus d'Umm al-Fahim s'installent dans la vallée de la Houla vers 1766. Pendant des générations, ils drainent les marécages et parviennent progressivement à constituer une douzaine de villages. Ils continuent l'élevage transhumant tout en tissant des tapis et en pratiquant une agriculture saisonnière. Le processus de sédentarisation prend plus d'un siècle[2]. Il est favorisé lors de l'annexion par l'Égypte (1831-1840) après la Première guerre égypto-ottomane. Afin de développer l'agriculture et les rentrées fiscales, le gouvernement égyptien exempte de taxes les terres remises en culture pendant les neuf premières années[2].
Au début du 19e siècle, la région du village est fréquentée l'hiver par des nomades qui vivent sous de grandes tentes noires et passent l'été au Joulan (Golan), plus frais. Ces Bédouins palestiniens sont issus des tribus Arab al-Fadil, Arab al-N'aim et comprennent dans leurs rangs des Turkmènes[2]. Lorsque Victor Guérin passe à Khalsah en 1875, le village est tout nouveau. La source est appelée 'Ain al-Dahab, « la source dorée »[3]. Sa population est alors d'une cinquantaine d'habitants, mais peut-être que les Bédouins vivant sous tentes n'étaient pas comptés. Le caractère marécageux des abords du lac Houla ont aussi pu contribuer à limiter la croissance démographique[2]. À cette période, la Palestine connait un processus de développement agricole et économique et se trouve graduellement reliée à l'économie coloniale mondiale décrit par Jacob Norris[4]. Progressivement, ce sont 15 000 dounams (1500 hectares) de marais qui sont drainés[2].
Progressivement, les Ghawarina (dont le nom signifie habitants de la vallée) intègrent des paysans installés anciennement dans la vallée de la Houla, des déserteurs de l'armée égyptienne dans les années 1830, des Soudanais (noirs) et des personnes d'autres origines ayant obtenu protection. Dans la première moitié du 20e siècle, la tribu est très soudée derrière ses chefs[2]. Les maisons étaient construites en briques et en pierres basaltiques directement extraites de la colline.
Lors de l'enquête menée par deux fonctionnaires de l'Empire ottoman en 1916, quelques familles vivent encore sous des tentes. Les al-Yussif sont la famille la plus riche de la vallée : elle possède environ 6000 dounams (600 hectares) de terres agricoles[2].
En 1917, Kamil al-Yussif, alors âgé de 15 ans, succède à son père qui vient d'être assassiné[2].
Fin de l'Empire ottoman et période des mandats
modifier1918-1923 : entre trois Empires
modifierEn 1917-1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région d'al-Khalisah est conquise fin 1918 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations jusqu'en 1948. C'est une période prospère pour la vallée, dont la population passe de 10 000 à 16 000 habitants de 1931 à 1945[2].
En 1919, la frontière entre les deux mandats britanniques et français est provisoirement fixée sur une ligne entre Naqoura et Al-Buwayziyya[5], ce qui place Al-Khalisah dans le mandat français en Syrie et au Liban. l'Empire français doit partir à la conquête de son mandat contre les nationalistes arabes ralliés au prince Fayçal lors de la guerre franco-syrienne. Au cours de ce conflit, Al-Khalisah et d'autres villages sont bombardés par l'armée française en février 1920, ce qui provoque la fuite des habitants. Le jeune cheikh des al-Ghawarina, Kamil al-Yussif, âgé de 18 ans, part en campagne contre les soutiens supposés des Français. Le 1er mars, il attaque la colonie juive de Tel Hai où sont tués Joseph Trumpeldor et plusieurs de ses disciples. Cet événement devient fondateur dans le récit national sioniste puis israélien, qui ne fut ni oublié ni pardonné[2], notamment par le Betar.
La délimitation de la frontière en 1923 par l'accord Paulet-Newcombe place Al-Khalisah en Palestine mandataire sous administration britannique.
1923-1948 : mandat britannique
modifierLe réseau routier s'améliore rapidement, plaçant al-Khalisah sur une route reliant Safed au Liban et au sud de la Syrie vers Banyas et Quneitra. La compagnie des bus arabes de Houla basée à Safed dessert entre autres Khalisah. La zone construite s'agrandit et le village prend des allures de petite ville, avec des jardins publics, des rues larges, une clinique qui permet de faire reculer la malaria. Les dernières tentes disparaissent. Les travaux d'assèchement de la concession du lac Houla dynamisent le développement de la région. Le marché du mardi, le deuxième par son importance après celui de Safed, attire des clients et des commerçants de tout le sous-district, du Marjayoun au Liban et du Golan en Syrie[2]. L'agriculture prospère de la vallée y trouvait un débouché pour ses céréales (blé, riz et maïs), fruits (abricots, citrons et autres agrumes, grenades, raisin...), légumes. La demande pour les tapis fabriqués dans la vallée reste élevée. Les activités de services se développent avec des employés dans l'administration et les transports. La contrebande apporte également un complément de ressources. Le syndicat Société des travailleurs arabes de Palestine ouvre une section à Al-Khalisah en 1946[2]. La Village Association de Safed est dirigée par Kamil al-Yussif à partir de 1932 : elle participe à l'essor des campagnes par l'amélioration des méthodes de culture et l'aide à la commercialisation des productions. Il participe également à l'association des Jeunes Arabes, fondée en 1923 et plus politisée. Elle tient notamment un grand meeting le 9 avril 1934 qui attire tous les notables du secteur et a pour sujets l'immigration juive, les ventes de terres aux sionistes et la politique britannique. Enfin, il épouse Lamia Sharkas, fille d'un riche propriétaire de Safed appartenant à la minorité tcherkesse présente dans le nord de la Palestine. Le chef de la communauté d'al-Khalisah devient un des principaux notables de la région[2].
Au recensement de la Palestine mandataire de 1931 conduit par les autorités britanniques, la population d’el Khalisa était de 1369 habitants dont 1340 musulmans, 3 juifs et 26 chrétiens, dans 259 maisons[6]. Un rapport de la Haganah des dossiers de villages mentionne la pauvreté des fermiers locataires de leurs terres qui versent les 3 huitièmes (37,5 %) de leur récoltes au propriétaire[2]. En 1935, Kamil al-Yussif abandonne son poste de président des Jeunes Arabes et s'éloigne du mouvement national palestinien. Il participe cependant au meeting de mai 1936 à Safed, au début de la grande révolte arabe (1936-1939), mais en 1937-1938, il est suspecté de collaboration. Il s'exile quelques mois au Liban puis reçoit l'autorisation de recruter 40 hommes armés pour sa protection[2]. Ayant interdit aux membres de sa tribu de participer à la révolte, il n'y a ni condamnation à mort ni désarmement à Al-Khalisah. Bien qu'il refuse fermement de vendre des terres au mouvement sioniste, il sert parfois d'intermédiaire entre les paysans sans terres et le Fonds national juif[2]. Un fort Tegart est construit au village en 1938 pour maintenir l'ordre[2].
Au début de la campagne de Syrie (1941), kamil al-Yussif invite les officiers britanniques partis conquérir cette possession du régime de Vichy allié de l'Allemagne nazie à un grand banquet[2]. En 1943, les autorités britanniques le nomment à la tête d'un comité de développement rural, ce qui lui permet de soutenir les progrès de ses villages et du marché d'al-Khalisah face à celui de Safed[2].
En 1945, les Statistiques de Village estiment la population d'al-Khalisah à 1840 habitants dont 20 étaient Arabes chrétiens[7]. Al-Khalisah possédait une école élémentaire pour garçons qui permettait également l’admission d'élèves venant des villages voisins. En 1946, une école d'agriculture est construite[2]. En Galilée, Al-Khalisah faisait partie des cinq villages gouvernés par un conseil du village institué en 1944 qui assurait la gestion des affaires locales[2].
Guerre de 1948
modifierDans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Al-Khalisah est attribué à l’État juif[8]. Kamil al-Yussif approuve le plan de partage[2].
Dès le début de décembre, la milice sioniste de la Haganah distribue des tracts avertissant que les villages palestiniens de la région seraient expulsés[9]. Un Palestinien est tué dans la région peu après, puis un kibboutznik de Ma'ayan Baruch (en)[10],[2]. En représailles, la milice sioniste du Palmah massacre dix à quinze personnes à Khisas, dont 5 enfants[9],[11]. Cette opération, commandée par Moshe Kelman, était de toute façon prévue[12]. Un autre massacre a lieu à proximité dans la nuit du 16 au 17 mars à Al-Husseiniya, la même unité tuant une trentaine de Palestiniens après avoir détruit plusieurs maisons à l'explosif quelques jours plus tôt. Les Britanniques imposent un couvre-feu et interdisent toute circulation dans la vallée de la Houla pendant une semaine[13].
Le 18 avril, c'est Tibériade qui tombe et ses habitants sont évacués (ou expulsés), puis c'est le tour de Safed le et de ses habitants le [2]. Les sionistes diffusent des rumeurs selon lesquelles ils allaient incendier les villages de la Houla. Paradoxalement, ils collent aussi des affiches appelant à la coopération entre Juifs et Arabes et demandant aux Arabes de rester chez eux. Malgré ces messages et les 35 à 40 hommes de l'armée de libération arabe, dont certains n'avaient aucune expérience militaire, les premiers habitants d'al-Khalisah commencent à fuir après la chute de Safed pour se réfugier à Hunin, situé en hauteur[2].
Le , le village d’Al-Khalisah essaie de conclure un accord avec la Haganah dans le but de se protéger de l'invasion. Le rejet de l'offre de soumission d'al-Khalisah provoque la fuite des habitants[2],[14]. Seuls une centaine d'hommes restent sur place. Le village est bombardé par l'armée israélienne puis, quand la petite milice arabe voit arriver une colonne israélienne, elle préfère abandonner la partie[2]. La plupart des habitants se réfugient au Liban (dont le camp de Tall al-Zaatar où a lieu le massacre de Tel al-Zaatar en 1976[14]) ou en Syrie.
Période israélienne
modifierDébut 1949, Kamil al-Yussif fait des démarches auprès d'Israéliens afin d'obtenir le retour de sa tribu en Palestine. La meilleure proposition qu'il aurait obtenu est une offre de retour pour lui et sa proche famille, et pas à Al-Khalisah. Il est assassiné avec son chauffeur par quatre hommes au Liban, près de Jdaide, entre Khiam et Hasbaya, le 10 mai 1949, un an après la chute d'al-Khalisah[2].
En lieu et place de ce village a été fondé dès le nouveau village juif appelé Kiryat Shmona, peuplé par des juifs d'origine notamment roumaine et yéménite.
En 1953, le village d'immigrants se transforme et devient alors ville de développement et accueille à compter de 1956 par des juifs venus du Maroc.
L'ancienne mosquée est devenu le musée de la nouvelle ville.
L'ancien village arabe est devenu une ville qui compte plus de 96 % de juifs, le reste étant musulman en 2016 (population d'environ 23 000 habitants).
Notes et références
modifier- ↑ E.H. Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne),p. 23
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 Mustafa Abbasi, 2016, « Khalsa: The Town with a ‘Golden Fountain’: The Rise and Fall of an Arab Town North of the Huleh Valley », The Journal of Imperial and Commonwealth History, volume 44 no 3, p. 448–69. doi:10.1080/03086534.2016.1194022.
- ↑ V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 3: Galilee, pt. 2, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne), p. 375.
- ↑ Jacob Norris, Land of Progress: Palestine in the Age of Colonial Development, 1905–1948. Oxford: Oxford University Press, 2013, p. 35-47, cité par Abbasi.
- ↑ Giora Goodman, 2021. « Between the Battles of Tel Hai and Samakh: Britain’s Security Policy in North-East Palestine in the Spring of 1920 », Journal of Israeli History, volume 39 no 1, p. 87–105. doi:10.1080/13531042.2021.1968525.
- ↑ Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne), p. 107.
- ↑ Government of Palestine, Department of Statistics, Village Statistics, April, 1945, , p. 10.
- ↑ Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
- 1 2 (en) I. Pappé ((reprint)), The ethnic cleansing of Palestine, Oneworld Publications Limited, (ISBN 978-1-78074-056-0, lire en ligne), p. 56-57.
- ↑ Morris, B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne), p. 79–80.
- ↑ Benny Morris, 1948 and After (1990), "ten Arab civilians, including five children". Le New York Times publie un bilan de 10 morts (5 hommes, une femme, 4 enfants) et un rapport du Palmach, 12 morts
- ↑ Illan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. (ISBN 978-221363396-1). Version électronique, p. 85.
- ↑ « Al-Husayniyya — الحُسَيْنِيِّة », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 1er septembre 2025.
- 1 2 Muhammad Daoud al-Ali, « Tal al-Za‘atar Refugee Camp », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question.
