Alberto Fujimori
Alberto Fujimori (prononcé [alˈβeɾto fuxiˈmoɾi] ou [fu(ɟ)ʝiˈmoɾi]), né le [1] à Lima où il meurt le , est un homme d'État péruvien, président de la république du au .
| Alberto Fujimori | ||
Alberto Fujimori en 1991. | ||
| Fonctions | ||
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| Président de la république du Pérou[N 1] | ||
| – (10 ans, 3 mois et 25 jours) |
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| Élection | 10 juin 1990 | |
| Réélection | 9 avril 1995 28 mai 2000 |
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| Vice-président | Máximo San Román Carlos García García Jaime Yoshiyama Tanaka Carlos Torres y Torres Lara Ricardo Márquez César Paredes Canto Francisco Tudela Ricardo Márquez |
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| Président du Conseil | Juan Carlos Hurtado Miller Carlos Torres y Torres Lara Alfonso de los Heros Óscar de la Puente Alfonso Bustamante Efraín Goldenberg Dante Córdova Alberto Pandolfi Javier Valle Riestra Alberto Pandolfi Víctor Joy Way Alberto Bustamante Belaúnde Federico Salas |
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| Prédécesseur | Alan García | |
| Successeur | Valentín Paniagua | |
| Biographie | ||
| Date de naissance | ||
| Lieu de naissance | Lima (région de Lima, Pérou) | |
| Date de décès | (à 86 ans) | |
| Lieu de décès | Lima (région de Lima, Pérou) | |
| Nature du décès | Cancer de la bouche | |
| Nationalité | Péruvienne Japonaise |
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| Parti politique | Cambio 90 (à partir de 1990) Nueva Mayoría (à partir de 1992) Vamos Vecino/Sí Cumple (à partir de 1998) Nouveau Parti du peuple (2007-2013) Cambio 21 (2018-2019) Force populaire (2019-2024) |
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| Conjoint | Susana Higuchi (1974-1994) Satomi Kataoka |
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| Enfants | Keiko Fujimori Kenji Fujimori |
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| Diplômé de | Université nationale agraire La Molina Université de Strasbourg Université du Wisconsin-Milwaukee |
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| Profession | Ingénieur agronome Professeur Recteur d'université |
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| Religion | Catholicisme | |
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| Présidents de la république du Pérou | ||
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Issue d'une famille japonaise, il est ingénieur agronome, professeur et recteur d'université.
En tant que chef de l'État, il met fin au conflit armé avec l'organisation communiste du Sentier lumineux et rétablit la stabilité macroéconomique. Sa présidence est marquée par un autoritarisme, des violences militaro-policières, un programme de stérilisation forcée de centaines de milliers d'autochtones et par des affaires de corruption. Face à la contestation de sa réélection en 2000, il fuit au Japon. Transparency International le cite ensuite parmi les chefs d’État les plus corrompus.
Mis en cause dans des tueries perpétrées sous prétexte de la contre-guérilla, il est extradé au Pérou en 2007, puis condamné à 25 ans de prison pour crimes contre l'humanité et à huit ans pour corruption. Il est gracié en 2017 par le président Kuczynski, mais la Cour suprême annule cette grâce. À nouveau libéré en 2023, il meurt avant l'élection présidentielle de 2026, pour laquelle il était annoncé candidat et qui sera remportée par sa fille Keiko.
Origines et jeunesse
modifierAlberto Kenya Fujimori naît à Lima de parents japonais, Naoichi Fujimori (藤森 直一, Fujimori Naoichi, 1897-1971) et Mutsue Fujimori (藤森 ムツエ, Fujimori Mutsue, 1913-2009), qui sont natifs de Kumamoto et ont émigré au Pérou en 1934. La naissance est déclarée au consulat japonais pour que le bébé conserve la citoyenneté japonaise par « droit du sang » car ses parents pensent pouvoir retourner au Japon[réf. nécessaire]. Cependant, lorsque le Japon entre dans la Seconde Guerre mondiale, le Pérou est le premier pays d'Amérique latine à entrer en guerre aux côtés des États-Unis.
La réussite économique de la communauté japonaise exacerbe le ressentiment de la population péruvienne, et beaucoup de Japonais sont persécutés et envoyés en camps de concentration aux États-Unis. Plus de 600 Japonais trouvent la mort durant la mise à sac de leurs petits commerces. De nombreux Japonais fuient alors le Pérou ; mais malgré la confiscation de leur atelier de réparation de pneumatiques, la famille Fujimori reste à Lima.

Alberto Fujimori étudie à l'école de la Merced, puis au collège Alfonso Ugarte, où il sort premier de sa promotion.
Ingénieur agronome de formation, il est aussi professeur de mathématiques, puis recteur de l'université Agraria de La Molina et, par deux fois, président de la Commission nationale des recteurs d'universités péruviennes (Asamblea Nacional de Rectores).
Deux de ses enfants poursuivent une carrière politique :
- sa fille, Keiko Fujimori (née en 1975), est Première dame sous sa présidence, avant d'être députée et de se présenter élections présidentielles de 2011, 2016 et 2021 en perdant à chaque fois au second tour avec une marge étroite ; en 2026, elle l'emporte avec 50,13 % des voix au second tour[2].
- son fils, Kenji Fujimori (né en 1980), est également un temps député, avant d'entrer en conflit avec sa sœur et d'être condamné pour trafic d'influence[3],[4].
Il divorce d'avec Susana Higuchi en 1994. Celle-ci est alors formellement démise de son titre de Première dame, qui est remis à leur fille aînée. Elle dénonce dès lors certains agissements criminels de la famille de son mari, et reconnaît celui-ci comme un tyran et dirigeant d'un gouvernement corrompu. Elle tente de se présenter aux élections en 1995 mais Alberto Fujimori fait changer la loi électorale pour l'en empêcher[5]. C’est elle qui dénonce le scandale de la corruption du clan Fujimori dans les années 1990. Elle témoigne en 2001, devant le Congrès, des tortures qui lui ont été infligées par les services secrets de son mari[6].
Trois de ses frères et sœurs fuient le Pérou après la chute de son gouvernement, recherchés par la justice pour enrichissement illicite et association de malfaiteurs. Ils auraient détourné des dons japonais destinés aux pauvres du Pérou durant la présidence de leur frère[6].
Ascension politique
modifierLors de l'élection présidentielle de 1990, soutenu par le parti Cambio 90, Alberto Fujimori crée la surprise en mettant en ballottage le célèbre écrivain Mario Vargas Llosa, qu'il défait au second tour avec 62 % des voix[7].
Fujimori a profité de plusieurs éléments politiques locaux :
- le désenchantement de la population à la suite de la présidence d'Alan García et de son parti l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA) ;
- le rejet de la campagne de Vargas Llosa annonçant des réformes économiques libérales, selon lui nécessaires d'après le contexte du moment.
Enfin, pour certains commentateurs politiques, l'ascendance japonaise de Fujimori a pu lui rallier le vote d'une bonne partie des Péruviens d'ascendance amérindienne ; et comme lui ne parlait que peu l'espagnol, cela le distinguait du reste du personnel politique, souvent d'ascendance plus particulièrement espagnole. Fujimori est d'ailleurs surnommé el Chino (« le Chinois »)[8].
Président de la république
modifierLibéralisation de l’économie
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Pour relancer une économie devenue exsangue, Alberto Fujimori rompt avec ses promesses de campagne et se lance dans une libéralisation économique de grande envergure — rapidement rebaptisée « Fujishock ». Sous la tutelle du Fonds monétaire international (FMI), il engage de grandes réformes économiques, plus drastiques encore que ce que Vargas Llosa avait annoncé[9]. Alors que la monnaie est dévaluée de 200 %, les prix augmentent fortement (en particulier l'essence, dont le prix est multiplié par 30), des centaines d'entreprises publiques sont privatisées et 300 000 emplois sont supprimés. Le gouvernement obtient rapidement des résultats spectaculaires : le pays sort de la récession et atteint un niveau de croissance particulièrement élevé certaines années (+12 % du PIB en 1994); l'inflation, qui avait atteint 2 700 % en 1989, se résorbe[10].
Le bilan social est moins reluisant, la majorité de la population ne profitant pas des années de forte croissance : le taux de pauvreté se maintient ainsi aux alentours des 50 %, soit un niveau comparable à celui de fin de mandat de son prédécesseur social-démocrate, Alan García[10].
De plus, une grande partie des sommes dégagées par les privatisations est engloutie par la corruption[11]. En 2004, Transparency International le cite parmi les dix anciens chefs d’États les plus corrompus des vingt dernières années[12].
Crise de 1992 et nouvelle Constitution
modifierLe , Alberto Fujimori organise un auto-coup d'État. Sa politique se trouve alors partiellement entravée par le Congrès de la République, qui compte une forte proportion d'élus des partis d'opposition (FREDEMO, APRA).
Alberto Fujimori annonce l'instauration d'un « gouvernement d'urgence et de reconstruction nationale », invoquant la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue. Le Congrès est dissous, des partis d'opposition sont interdits et la presse est censurée[13].S'y ajoutent l'emprisonnement de dizaines de journalistes et dirigeants politiques et le massacre de plus d'une centaine de militants maoïstes au pénitencier Castro-y-Castro, au motif d'une tentative de mutinerie[14]. Fujimori ordonne l'arrestation de son prédécesseur Alan García, mais celui-ci a fui au Chili dès l'annonce du coup de force et s'exile en Europe[15].
Au début de la crise, lors de la dissolution du Congrès et la restructuration du système judiciaire, les Péruviens ne protestent guère. Les sondages créditent alors le président de la république de 70 % d'opinions favorables[13]. En raison de la situation économique et de la pauvreté, une majorité de la population table en effet sur le « Fujishock »[13]. Cependant, la popularité de Fujimori repose en partie sur les réseaux clientélistes ; dans les quartiers populaires, des habitants doivent manifester leur soutien au chef de l'État ou perdre les rations alimentaires distribuées aux cantines. Les services de renseignements surveillent par ailleurs la population[16].
La réaction de la communauté internationale est en partie négative. Les organisations financières internationales reportent leurs prêts destinés au Pérou ; les États-Unis, l'Allemagne et l'Espagne annulent toute aide au pays, sauf en matière humanitaire. Le Venezuela rompt même ses relations diplomatiques. L'Argentine et le Chili réclament que le Pérou soit suspendu de l'Organisation des États américains (OEA). L'auto-coup d'État, par ses conséquences diplomatiques, met ainsi en danger les réformes économiques en coupant le Pérou d'une partie de ses partenaires commerciaux.
Cependant, l'OEA et l'administration du président des États-Unis, George H. W. Bush, reconnaissent Fujimori comme chef légitime du Pérou, malgré le non-respect des règles démocratiques. La crainte américaine est alors de voir le pays s'affaiblir, alors que les États-Unis ont signé en 1991 un accord de coopération militaire avec le Pérou pour lutter contre les producteurs de coca. De plus, le gouvernement américain commence à s'inquiéter du mouvement du Sentier lumineux (Sendero Luminoso en espagnol) conduit par Abimael Guzmán.
Le , une tentative militaire de coup d'État échoue à renverser Fujimori, qui se réfugie temporairement, en pleine nuit, à l'ambassade japonaise.
En 1993, le Pérou adopte une nouvelle Constitution. D'inspiration néolibérale, le texte facilite la privatisation d’entreprises publiques, les coupes budgétaires, le recul des droits des travailleurs, ainsi qu'un cadre normatif et fiscal très favorable aux entreprises étrangères, favorisant notamment l'implantation de nombreuses multinationales minières[17]. En , au plus fort de sa popularité, Fujimori est réélu au premier tour avec 64,4 % des voix, devançant notamment le candidat de gauche Javier Pérez de Cuéllar (Union pour le Pérou), ancien secrétaire général des Nations unies.
Au Congrès, les fujimoristes obtiennent la majorité absolue des sièges. Cependant, durant son passage au pouvoir, Fujimori s'abstient de fonder tout parti politique, ses partisans se regroupant dans des formations comme Cambio 90, Vamos Vecino ou Nouvelle majorité, au gré des élections[18].
Politique étrangère
modifierQuelques jours après son élection, le conflit territorial à la frontière avec l'Équateur est relancé. Les combats interviennent avec la guerre du Cenepa, provoquant de quelques dizaines à plusieurs centaines de morts.
Cédant une partie du territoire réclamé, Fujimori signe un accord de paix avec l'Équateur, ce qui met fin à près de deux siècles de conflits territoriaux en Amazonie. Le texte permet également d'obtenir des fonds internationaux pour développer la région frontalière.
Fujimori avance également dans les discussions avec le Chili au sujet du traité d'Ancón.
Lutte contre le Sentier lumineux
modifierBeaucoup de Péruviens créditent Fujimori d'avoir mis fin aux insurrections armées conduites par les groupes maoïste du Sentier lumineux (Sendero Luminoso) et socialiste du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA), qui s'opposaient militairement au gouvernement. Pour permettre cela, Fujimori a accordé à l'état-major militaire le pouvoir d'arrêter les personnes suspectées de terrorisme et de les juger, en secret, par des tribunaux militaires. Dans le même temps, Fujimori encourageait les habitants à former des patrouilles de campagne (rondas campesinas) pour veiller à la sécurité des zones rurales.
Fujimori est accusé d'avoir permis les arrestations et assassinats de milliers de Péruviens innocents, d'avoir miné les droits et libertés individuels au profit de l'armée, sans compter les ruraux qui ont pu se trouver pris au milieu des opérations de l'armée et du Sentier lumineux[19]. Néanmoins, en 1992, l'arrestation du principal dirigeant du PCP-SL, Abimael Guzmán, entraine une réduction significative des actions de la guérilla, et Fujimori se posa en vainqueur.[réf. nécessaire]
Le rapport final de la commission « Vérité et Réconciliation » du gouvernement péruvien, publié le , soutient toujours la thèse de Fujimori voulant que la majorité des atrocités commises entre 1980 et 1995 sont bien le fait du Sentier lumineux. Toutefois, ce rapport affirme également que les forces armées péruviennes sont coupables de la destruction de villages et de meurtres de paysans suspectés d'aider les terroristes, comme le massacre de 47 habitants, enfants compris, de Cayara (département d'Ayacucho) en 1988. Les officiers responsables furent condamnés à des peines de prison de trois mois à un an ; mais beaucoup ne furent pas condamnés, faute de preuve ou de témoin[20].
Les révélations, en 2002, sur le dénouement de la prise d'otages de la résidence de l'ambassadeur du Japon à Lima parlent également contre le comportement de l'armée. Du au , les miliciens du groupe Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) prennent en otage 800 personnes (diplomates, hauts-fonctionnaires et dignitaires du régime) dans la résidence de l'ambassadeur japonais. Malgré la libération de la plupart des otages, le gouvernement Fujimori a refusé, en échange, de délivrer des prisonniers membres du MRTA. L'armée prend la résidence d'assaut le : sont tués deux soldats, un otage (le juge de la Cour suprême, Carlos Ernesto Giusti) ainsi que les 14 preneurs d'otages. Selon les témoignages d'otages libérés, plusieurs membres du commando se sont rendus aux militaires mais ont été sommairement exécutés. Le seul otage tué, opposant notoire à Fujimori, aurait été exécuté sur ordre du chef des services secrets et bras droit du président, Vladimiro Montesinos[21].
Montesinos entretient des liens étroits avec la CIA et les services secrets qu'il dirige reçoivent 10 millions de dollars de l'agence pour soutenir les activités de contre-guérilla du gouvernement. Les ventes d'armes des États-Unis au Pérou ont par ailleurs quadruplé sous la présidence de Fujimori[22].
En 1995, Alberto Fujimori amnistie tous les membres de l'armée et de la police péruvienne accusés ou reconnus coupables d'abus contre les droits de l'homme entre 1980 et 1995[16].
Stérilisations forcées d'autochtones
modifierAlberto Fujimori entreprend une campagne de stérilisations forcées dans des régions rurales du pays. Empreint d'eugénisme, le programme est essentiellement dirigé contre les populations autochtones : 330 000 femmes et 25 000 hommes en seront victimes selon un rapport ultérieur du ministère de la Santé. L'objectif aurait été de juguler la démographie afin de bénéficier d'une aide économique accrue promise par les États-Unis, mais également de réduire des populations fortement défavorisées et suspectes de sympathies pour la guérilla du Sentier lumineux[23],[24]. En 2016, l'Association des femmes affectées par des stérilisations forcées est créée pour demander « vérité, justice et réparation ».
Départ du pouvoir
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Malgré l'interdiction constitutionnelle de briguer un troisième mandat présidentiel, Fujimori se porte candidat à l'élection de 2000 en prétextant que le premier mandat a eu lieu sous l'ancienne Constitution. La télévision est alors totalement contrôlée et la presse à scandales s'attaque durement à ses adversaires, notamment Alejandro Toledo (Pérou possible), qui est présenté comme cocaïnomane)[25].
Après avoir manqué de peu de l'emporter au premier tour, le président sortant est déclaré vainqueur du scrutin du 28 mai 2000 face à Alejandro Toledo, avec 74,3 % des voix. Ses opposants dénoncent des irrégularités et Alejandro Toledo demande l'annulation de l'élection. Dans ce contexte, il est également affaibli par la remontée d'un scandale de corruption ayant conduit au départ du dirigeant des services de renseignement (SIN) Vladimiro Montesinos, qu'une vidéo présente en train de corrompre un député d'opposition[26].
En novembre 2000, après avoir quitté Lima pour participer au sommet de l'APEC au Brunei, Alberto Fujimori se réfugie au Japon en invoquant la négociation d'un prêt pour réduire le déficit budgétaire. Depuis Tokyo, il présente sa démission au Congrès, qui refuse d'examiner cette dernière et vote sa destitution pour « incapacité morale » le 21 novembre, dans une ambiance extrêmement tendue. Le vote de la privation de ses droits civiques l'empêche de se présenter à la tête d'une liste aux élections générales anticipées, comme il en avait exprimé l'intention[26].
Après un intérim assuré par le président du Congrès, Valentín Paniagua, Alejandro Toledo est élu président de la république lors de l'élection de 2001.
Après la présidence
modifierExil et poursuites judiciaires
modifierAlberto Fujimori, qui n'a pas abandonné sa nationalité japonaise lors de la réforme de la loi sur la citoyenneté de 1985, demeure pendant plusieurs années au Japon.
Le , deux mois avant l'exil, le ministre de la Justice péruvien met en accusation le président Fujimori pour homicide. En , à la demande du gouvernement péruvien, Interpol émet une notice rouge contre Fujimori pour meurtre, kidnapping et crime contre l'humanité.
En , le gouvernement d'Alejandro Toledo fait une demande d'extradition de l'ancien président aux autorités japonaises. Cependant, le Japon et le Pérou n'ont pas conclu de traité d'extradition. Le gouvernement péruvien prévoit de faire présenter, par leur ministre de la Justice, les dossiers d'inculpation au gouvernement japonais et de lui rappeler que Fujimori a la double nationalité.
Emprisonnement
modifierIl est arrêté le , quelques heures après être arrivé à Santiago du Chili. Il y a expliqué qu'il voulait regagner le Pérou et se porter candidat à la présidence, bien que toute fonction publique lui soit interdite dans ce pays jusqu'en 2011[27]. Le , il annonce officiellement sa candidature à l'élection présidentielle d'avril 2006. Le Conseil électoral péruvien n'interdit qu'aux délinquants condamnés de se porter candidat à la présidence, mais de nombreux observateurs s'attendent à ce que la candidature de Fujimori soit rejetée.
Fujimori, voyant que le procès permettant de l'extrader avance, décide de jouer sa dernière carte en et annonce sa candidature à la Chambre des conseillers, la chambre haute du Parlement japonais, ou Diète, sous les couleurs du Nouveau Parti du peuple (NPP), créant ainsi une tension entre le Chili et le Japon. Il est néanmoins battu aux élections sénatoriales japonaises du .
Plusieurs charges sont retenues contre Fujimori :
- meurtre, pour le massacre de Barrios Altos en 1991 et la mort de quinze personnes dînant dans un quartier pauvre de Lima, dont un enfant de 8 ans, tués par un escadron de la mort nommé Grupo Colina qui aurait agi sur ordre de Montesinos ;
- meurtre, pour le massacre de l'université de La Cantuta en 1992 et la mort de neuf étudiants et d'un professeur soupçonnés d'appartenir au Sentier lumineux, commis par le même escadron ;
- le Congrès vote également à l'unanimité l'accusation contre Fujimori d'être responsable de la détention et de la disparition de soixante-sept étudiants de la ville andine de Huancayo et de la disparition de plusieurs habitants de la ville côtière de Chimbote pendant les années 1990.
Alberto Fujimori a plusieurs fois déclaré que ces accusations et ces procédures étaient politiques et infondées. Il a créé, depuis le Japon, un nouveau parti, Sí Cumple, pour participer à l'élection présidentielle de 2006. La commission nationale électorale rappele en qu'il ne peut pas se présenter jusqu'en 2011, le Congrès l'ayant accusé d'avoir abandonné son poste en fuyant le pays.
Après cinq ans d'exil volontaire au Japon, il est arrêté au Chili peu de temps avant l’élection présidentielle de 2006. Il y demeure en attendant son extradition vers le Pérou. Le , son extradition est acceptée par la Cour suprême du Chili.
Il est condamné, le , à 25 ans de prison par le tribunal de Lima, pour violation des droits de l'homme pendant sa présidence, peine confirmée par la Cour suprême du pays le [28]. Il est également condamné à sept ans et demi de prison pour le détournement des fonds avec lesquels il a payé Vladimiro Montesinos, chef de ses services de renseignement. Il est par ailleurs reconnu coupable, le , d'avoir payé des députés d'opposition et des journalistes et de s'être livré à des mises sur écoute téléphonique d'opposants, de journalistes et d'hommes d'affaires, y compris Mario Vargas Llosa ou Javier Pérez de Cuéllar ; pour ces motifs, il est condamné à six ans de prison. Les peines ne s'additionnant pas au Pérou, il ne doit effectuer que la plus longue des peines de prison. Il est également condamné, en 2015, à huit ans de prison pour détournement de fonds ; cette peine n'est pas cumulable avec la précédente[29].
Il est détenu dans une prison dont 10.000 m2 sont alloués à son seul usage. Il y dispose d'un jardin planté de 5.000 rosiers, d'une clinique privée, d'un atelier de peinture et d'un salon de réception lui permettant de recevoir des visites sans restriction[30].
Première libération anticipée
modifierLes études d'opinion indiquent en 2017 que 60 % des Péruviens sont favorables à son amnistie[31]. Le , le président Pedro Pablo Kuczynski, qui vient d'échapper à une procédure de destitution déposée par l'opposition fujimoriste[32], lui accorde, contrairement à ses promesses électorales[33], une grâce présidentielle « humanitaire » en raison notamment de la dégradation de son état de santé[34]. Pour justifier sa décision, critiquée par des familles des victimes de la présidence Fujimori, il reconnaît que l'ancien président est responsable de répressions mais affirme qu'il a aussi contribué à rétablir la stabilité économique et que la grâce constitue un acte de clémence à l'égard d'un homme âgé et malade[33] Le , depuis son lit d'hôpital, Alberto Fujimori demande « pardon du fond du cœur » aux compatriotes qu'il a déçus lors de sa présidence[35],[36].
Le , dans un manifeste, quelque 230 auteurs, dont le prix Nobel de littérature 2011 Mario Vargas Llosa, dénoncent la grâce et accusent Kuczynski de l'avoir effectuée en échange de son maintien au pouvoir par l'abstention d'une partie des fujimoristes[37].
Un accord est conclu avec Kenji Fujimori, fils de l'ancien président et personnalité du parti d'opposition Force populaire, qui s'est engagé à convaincre des députés de ne pas voter la destitution du chef de l’État si celui-ci gracie son père. Au contraire, sa fille, Keiko Fujimori, tente d’empêcher qu'il soit gracié, craignant qu’en sortant de prison son père ne redevienne le chef de la famille[5].
Le , il quitte l'hôpital libre de ses mouvements[38].
Nouveau procès et annulation de la grâce
modifierLe , il est renvoyé devant un tribunal pour des faits liés au meurtre de six villageois en 1992[39].
Le , le juge Hugo Nuñez annule la grâce qui lui avait été accordée en 2017 et ordonne son arrestation immédiate[40]. Il est hospitalisé dans la foulée[41]. Tandis que Fujimori implore les autorités de ne pas le réincarcérer, arguant que ça reviendrait à le « condamner à mort », le ministre de l'Intérieur, Mauro Medina, déclare qu'il est considéré comme détenu et qu'il serait effectivement réincarcéré à sa sortie d'hôpital[42]. Le , la justice refuse de le libérer avant l'examen de son appel contre l'annulation de la grâce[43]. Le , après un an et un mois en liberté, il est réincarcéré[44].
Un autre procès s'ouvre en concernant la politique de stérilisation forcée pratiquée sur des centaines de milliers de femmes indigènes dans les années 1990. Aucun des responsables de ces pratiques n’a jusqu'alors été condamné[45].
Nouvelle libération anticipée
modifierEn , la Cour constitutionnelle du Pérou ordonne la libération d'Alberto Fujimori, qui souffre de nombreux problèmes de santé. Quelques semaines plus tard, la Cour interaméricaine des droits de l'homme appelle cependant le pays à « s'abstenir d'exécuter » cette décision, ce que fait le gouvernement du président Pedro Castillo[46].
Par le biais d'un communiqué publié le , la Cour constitutionnelle ordonne la libération « immédiate » d'Alberto Fujimori, rétablissant la grâce qui lui avait été accordée en 2017 par Pedro Pablo Kuczynski[47],[46]. La Cour suprême annule également l'enquête portant sur les stérilisations forcées[48].
Sa libération anticipée provoque une controverse au sein de la société péruvienne. Le vice-président de la conférence épiscopale péruvienne, le cardinal Pedro Barreto, dénonce une « gifle donnée au pays ». Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, qualifie sa libération de « revers inquiétant » pour le droit international[49]. Des manifestations ont lieu à Lima et d’autres villes du pays pour réclamer son retour en prison[48].
Derniers mois et mort
modifierLe , Keiko Fujimori annonce que son père sera le candidat de son parti, Force populaire, à l'élection présidentielle de 2026[50].

Mais le , il meurt des suites d'un cancer de la langue à son domicile, où il vivait avec sa fille[51],[52]. Son décès intervient alors qu'il souffrait d'une lésion cancéreuse à ce niveau depuis environ 27 ans, et qu'une tumeur lui avait été diagnostiquée quelques semaines auparavant[53]. Trois jours de deuil national sont décrétés dans le pays[54].
Se revendiquant de son héritage, Keiko Fujimori remporte l'élection présidentielle de 2026, devenant la première femme élue à la présidence du Pérou et succédant à son père vingt-six ans après son départ du pouvoir[55].
Iconographie
modifierEn 2003, dans son tableau La realidad es asi n°2 (Vélasquez)[56], le peintre péruvien Herman Braun-Vega met un journal avec un article sur la fuite de Fujimori au Japon, dans les mains du nain tiré du tableau Le Bouffon don Diego de Acedo, le Cousin de Vélasquez qui devient une représentation allégorique de tous les dirigeants péruviens qui « se prennent tous pour des Espagnols même s'ils sont métis »[57] et donc de Fujimori en particulier.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Président du gouvernement d'urgence et de reconstruction nationale du 5 avril 1992 au 6 janvier 1993.
Références
modifier- ↑ (es) « Fujimori sacó DNI con fecha falsa sobre su nacimiento », sur La República, (consulté le )
- ↑ « Au Pérou, Keiko Fujimori officiellement élue présidente avec 50,13 % des voix », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (es) « Fiscalía peruana abre investigación contra hijos de Alberto Fujimori por lavado de activos - PULSO », PULSO, (lire en ligne)
- ↑ Condenan a Kenji Fujimori a cuatro años de prisión en Perú
- 1 2 Par Christelle Guibert, « Les Fujimori. Grandeur et décadence d’une dynastie japonaise au Pérou », sur Ouest-France.fr,
- 1 2 « Au Pérou : le sulfureux clan Fujimori divise les électeurs », sur Ouest-France.fr (consulté le )
- ↑ Chrystelle Barbier, « Alberto Fujimori, ancien président du Pérou, est mort », sur lemonde.fr, (consulté le ).
- ↑ « 1990, Perú : Alberto Fujimori gana las elecciones » [vidéo], sur YouTube (consulté le ).
- ↑ « Le Pérou otage d'un pouvoir autoritaire », Le Monde diplomatique, (lire en ligne).
- 1 2 « Pérou: les ratés du système Fujimori », LExpress.fr, (lire en ligne).
- ↑ (es) El Mercurio S.A.P., « Revelan en Perú que US$6 mil millones desaparecieron durante gobierno de Fujimori | Emol.com », Emol, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « Highlights from the Global Corruption Report 2004 », Transparency International, .
- 1 2 3 « Établissement d'un gouvernement d'urgence au Pérou | Perspective monde », sur perspective.usherbrooke.ca
- ↑ « Pérou : l'armée contre les journalistes », Le Monde diplomatique, (lire en ligne)
- ↑ « ¿Alan, dónde estás? », larepublica.pe, (lire en ligne)
- 1 2 Raúl Zibechi, « RISAL.info - Le procès de Fujimori : une opportunité pour le Pérou »
- ↑ Reporterre, « Au Pérou, la colère des peuples indigènes contre l'élite blanche », sur Reporterre, le média de l'écologie
- ↑ Diana Burgos-Vigna, « Alberto Fujimori : le populisme de l'efficacité », sur journals.openedition.org (consulté le ).
- ↑ María Luisa Burneo, « Extractivisme, néolibéralisme et recompositions agraires au Pérou : Communautés paysannes et dépossession (1990-2018) », dans Éric Léonard (dir.), Terre, États et communautés en Amérique latine : Droits de propriété et construction politique dans la longue durée, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Les Cahiers de la MSHE Ledoux », (ISBN 978-2-84867-916-7, DOI 10.4000/145hm, lire en ligne), p. 325–358
- ↑ « peru21.pe/noticia/731206/caso-… »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?).
- ↑ « Montesinos mandó matar a vocal Carlos Giusti y a ex canciller Tudela | LaRepublica.pe »,
- ↑ Olivier Acuña, « 10 of the Most Lethal CIA Interventions in Latin America », Telesur, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Vincent Ostria, « Les Inrocks - Quand le Pérou stérilisait ses femmes de force », sur Les Inrocks,
- ↑ « Au Pérou, 300 000 femmes stérilisées de force »,
- ↑ Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’État modernes et autres tentatives de déstabilisation, Don Quichotte, , p. 131-137
- 1 2 Le président Alberto Fujimori a été destitué par le Congrès péruvien
- ↑ Fujimori veut rentrer au Pérou pour briguer la présidence
- ↑ « Massacres, disparitions : la face noire de la démocratie au Pérou », Rue89, 15 janvier 2010.
- ↑ « Pérou: L'ex-président Fujimori condamné à 8 ans pour détournement de fonds »,
- ↑ Thierry Portes, « Au Pérou, la prison c'est parfois l'eldorado », Le Figaro, (ISSN 0182-5852, lire en ligne)
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- ↑ Marie Delcas, « Pérou : le président Kuczynski évite la destitution », lemonde.fr, 22 décembre 2017.
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- ↑ [www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/12/25/l-ancien-dirigeant-peruvien-alberto-fujimori-gracie-par-le-president-kuczynski_5234224_3222.html L’ancien dirigeant péruvien Alberto Fujimori gracié par le président Kuczynski], lemonde.fr, 25 décembre 2017.
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- ↑ « Mort d’Alberto Fujimori, ancien président du Pérou condamné pour crimes contre l’humanité », sur Le Nouvel Obs, (consulté le ).
- ↑ « Alberto Fujimori, ancien président du Pérou condamné pour crimes contre l'humanité, est mort ».
- ↑ Keiko Fujimori : le retour d’une dynastie au Pérou ?
- ↑ Herman BRAUN-VEGA, « La realidad es asi n°2 (Vélasquez) » [archive du ] (Acrylique sur toile, 146 × 96 cm), sur braunvega.com, (consulté le )
- ↑ Edgard SAMPER et Fernando CARVALLO, Rencontres et construction des identités, Espagne et Amérique latine (actes du colloque des 25, 26 et 27 mars 2004, sous la direction de Jacques SOUBEYROUX), Publications de l’Université de Saint-Etienne, coll. « Cahiers du G.R.I.A.S. » (no 11), (ISBN 978-2-862-72338-9, lire en ligne), « Présentation et entretien avec Herman Braun Vega. Commentaire de six tableaux récents », p. 262 :
« Le nain, qui vient d'un tableau de Vélasquez, représente ce que les Espagnols nous ont laissé comme dirigeants, lesquels quand ils arrivent au pouvoir se prennent tous pour des Espagnols même s'ils sont métis ! Si vous regardez ce qu'il y a dans les mains du nain, vous y verrez un journal avec un article sur l'ancien président péruvien Fujimori qui est en fuite au Japon et qui est réclamé par la justice péruvienne. »
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Rei Kimura, President Fujimori of Peru : the president who dared to dream, Great Britain Woodstock, NY, Eyelevel Books Distributed by Beekman Publishers, , 184 p. (ISBN 978-1-902-52806-9 et 978-0-846-44957-7)
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- (es) Site officiel
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