Alfonso Frangipane
Alfonso Frangipane, né le à Catanzaro et mort le à Reggio de Calabre, est un peintre, décorateur, historien de l’art et directeur de revue italien.
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Formé à Naples, il exerce d’abord comme peintre décorateur dans le style Liberty à Catanzaro, où il organise en 1912 une exposition d’art calabrais, puis en 1913 une exposition consacrée à Mattia Preti. Installé à Reggio de Calabre en 1919, il y crée les Biennales d’art moderne calabrais et fonde en 1922 la revue Brutium, qu’il dirige jusqu’à sa mort. Il est à l’origine de plusieurs établissements d’enseignement artistique de la ville, dont l’Institut d’art « Mattia Preti », ouvert en 1933, et il préside l’Académie des beaux-arts de Reggio de Calabre à partir de 1967.
Il publie en 1933 un inventaire des objets d’art de la Calabre et en 1938 une liste de ses édifices monumentaux. Sa collection est conservée au musée d’art qui porte son nom, à Reggio de Calabre.
Biographie
modifierFormation à Naples
modifierAlfonso Frangipane naît dans le quartier Santa Chiara de Catanzaro. Son père, Francesco, peintre décorateur, a fondé une école de dessin pour ouvriers ; sa mère, Maria Papaleo, est originaire de Florence[1]. En 1900, un concours de la municipalité de Catanzaro lui permet de financer des études à Naples. Il y fréquente l’école du Museo artistico industriale, puis le Regio Istituto di Belle Arti[1]. Il y a pour professeurs Antonio Licata, Stanislao Lista, Michele Tedesco et Ignazio Perricci, qui lui délivre en 1905 le diplôme de décoration[1]. Il enseigne ensuite dans les écoles municipales de dessin de Naples[1][2].
En 1902, il participe avec son père à la décoration de l’église San Domenico de Taverna, ville natale de Mattia Preti[3][1].
Catanzaro
modifierEn 1907, Frangipane prend la direction de l’école du soir de dessin pour artisans de Catanzaro, dont il modernise l’enseignement[1]. La même année paraît Fra le ruine dell’arte nostra, où il dénonce l’état de dégradation des œuvres de Mattia Preti[3]. À Catanzaro, il fonde une bibliothèque populaire et lance un Movimento per l’arte calabrese[2]. Après le séisme de 1908 à Messine, il se rend à Reggio de Calabre parmi les secouristes. Il y soutient ensuite le plan d’urbanisme de l’ingénieur Pietro De Nava[1]. En 1911, il épouse à Florence Vittoria Ferrati, dont il a cinq filles[1].
En 1912, il organise au palais communal de Catanzaro la première Mostra d’arte calabrese[1][4]. L’année suivante, il organise à Catanzaro l’exposition commémorative du troisième centenaire de la naissance de Mattia Preti[1][3]. Pendant la Première Guerre mondiale, il est nommé directeur honoraire du musée provincial de Catanzaro[1]. En 1915, il signale dans un article des « opere d’arte abbandonate a se stesse, avvolte nell’oblio »[2].
Reggio de Calabre
modifierEn 1919, Frangipane s’établit avec sa famille à Reggio de Calabre, où il est affecté au Regio Istituto magistrale[n 1].
En 1920, il organise la première exposition d’art moderne de Reggio et lance les Biennali d’arte moderna calabrese[1][5]. Ces biennales accueillent entre autres Rubens Santoro, Fortunato Depero, Felice Casorati et Francesco Jerace[1]. Selon l’association culturelle Anassilaos, Frangipane les ouvre au futurisme, avec le concours d’Enzo Benedetto[6]. La IVe Biennale, en 1926, est accompagnée d’un concours consacré à l’église paroissiale[7]. Le buste en marbre Christus de Jerace y est présenté[3].
Il crée une section entièrement calabraise aux expositions internationales des arts décoratifs de la Villa royale de Monza en 1923, 1925 et 1927[2][8]. En 1925, à la IIe édition, la représentation calabraise reçoit la médaille d’or[1][n 2]. En 1927 est inaugurée à Reggio une Bottega d’arte permanente, dont il est l’un des fondateurs[1][9].
Il est membre de l’Accademia Peloritana et de l’Accademia Cosentina, ainsi que vice-président de la Deputazione di storia patria per la Calabria e la Lucania[1]. Il meurt à Reggio de Calabre le 21 janvier 1970, à 88 ans[1][2].
Brutium
modifierLe premier numéro de Brutium paraît le 31 octobre 1922. La revue est alors l’organe du Comitato regionale amici dei monumenti e dell’arte et de la Società Mattia Preti[1]. Frangipane la dirige pendant quarante-huit ans[1]. Elle est d’abord mensuelle, puis trimestrielle[10].
Frangipane y publie des prises de position sur la commande publique. En septembre 1923, il critique l’achat du monument aux morts de Carpanzano à une entreprise de Carrare. Il qualifie ensuite les maisons d’art commerciales d’« imprese di commercianti, non di artisti » et demande que les commandes soient confiées à des sculpteurs calabrais[11]. Un de ses articles sur la réorganisation des ateliers d’art ouvre, dans la revue, le débat qui conduit à la création de l’Institut d’art[12].
Après sa mort, sa fille Raffaella poursuit la publication[1][10]. À la suite d’une donation de la famille, Brutium devient la publication de l’Académie des beaux-arts de Reggio de Calabre[10][13][n 3]. Une réimpression anastatique des années 1922-1969 paraît en cinq volumes en 2005[14][3].
Enseignement artistique
modifierFrangipane ouvre à Reggio, en 1921, une école du soir d’art nommée d’après Mattia Preti[1][n 4]. Maria Teresa Sorrenti rapporte de lui la formule « L’Istituto d’arte della regione calabrese è un bisogno »[12]. L’Institut d’art « Mattia Preti » ouvre le 21 avril 1933[12][1]. Selon Rosanna Fiore, Frangipane prend pour modèle le Bauhaus et dirige l’institut sans interruption jusqu’en 1969[2]. En octobre 1957, un arrêté ministériel en fait un institut d’État d’art, présenté comme la première école d’enseignement artistique de la région ; Frangipane en est le premier proviseur[12].
Il fonde en 1949 un lycée artistique[1][2][n 5]. Il soutient aussi la création d’une académie des beaux-arts et d’une faculté d’architecture à Reggio[9][5]. Nommé président de l’Académie des beaux-arts en 1967[1], il en rédige, selon Rosanna Fiore, le manifeste fondateur[2].
Historien de l’art
modifierInventaires du patrimoine
modifierSur proposition de l’archéologue Paolo Orsi, Frangipane rédige pour le ministère un inventaire des objets d’art de la Calabre, publié en 1933[5][1]. En 1938 paraît sa liste des édifices monumentaux des provinces de Catanzaro, de Cosenza et de Reggio[1][5]. Ces deux ouvrages sont au centre de l’étude que Tommaso Manfredi consacre en 2024 aux origines de l’iconographie historique de la Calabre[15].
Études sur Mattia Preti
modifierSelon Leonardo Passarelli, commissaire d’une exposition présentée à Catanzaro en 2023, Frangipane s’attache d’abord à Andrea Cefaly et aux peintres calabrais de la seconde moitié du XIXe siècle. Il se tourne ensuite vers Mattia Preti, figure de « héros » régional[4]. En 1929, il publie Mattia Preti, il Cavalier calabrese[1][3]. Il préside la Società Mattia Preti de Reggio de Calabre[3]. En 1950, il contribue à la restitution à Taverna de cinq toiles restaurées, et la commune lui accorde la citoyenneté d’honneur en 1957[3].
Œuvres
modifierRosanna Fiore rattache sa production décorative au style Liberty et indique qu’il signe ses œuvres « Alphonsus pictor ». Il dessine aussi des meubles, des coffres en noyer sculpté et des tissus damassés tissés sur métier Jacquard[2]. Son ancien atelier, avec le mobilier et les tissus qu’il a conçus, est ouvert au public lors des Journées du FAI de 2023[5][16].
| Œuvre | Lieu | Date | Réf. |
|---|---|---|---|
| Décor de l’église San Domenico, avec Francesco Frangipane | Taverna | 1902 | [3] |
| Salle de bal du Casino d’Unione, palais Fazzari | Catanzaro | — | [1] |
| Décor de la pharmacie Leone | Catanzaro | — | [1] |
| Fumoir du théâtre municipal | Catanzaro | — | [1] |
| Siège de l’Istituto di Credito Vittorio Emanuele III | Catanzaro | — | [1] |
| Chapelle de la Vierge de la cathédrale | Catanzaro | — | [1] |
| Palais Gironda-Veraldi | Catanzaro | — | [1] |
| Illustrations de Komaci et de Nipponica | — | — | [1] |
| Mobilier (sièges, divan, bureau, lutrin, bibliothèque, vitrine à livres), avec les ateliers de Demetrio Jelo et Domenico Asmone | Reggio de Calabre, musée Alfonso Frangipane et lycée artistique « Preti – Frangipane » | années 1920 | [17] |
| « Studiolo Frangipane », avec les mêmes ateliers | Reggio de Calabre, musée Alfonso Frangipane | années 1920 | [17] |
Réception critique
modifierMaria Teresa Sorrenti écrit que Frangipane domine la vie culturelle et artistique de la Calabre. Elle considère Brutium comme la principale revue d’art de l’époque[11][7]. Franco Liguori, auteur de la notice du dictionnaire biographique de l’ICSAIC, qualifie l’inventaire de 1933 de travail minutieux et laborieux. Il estime que la monographie de 1929 a donné une large notoriété à Mattia Preti[1]. Tommaso Manfredi voit en lui un pionnier du recensement du patrimoine artistique et monumental calabrais[15].
Lors du cinquantenaire de sa mort, le président de l’association Anassilaos le désigne comme le « geniale promotore della cultura artistica reggina e calabrese »[6]. Rosanna Fiore souligne que l’étude d’une figure aux activités aussi diverses ne va pas de soi[5].
Postérité
modifierL’Institut d’art de Reggio porte le nom de Frangipane depuis 1972[12]. Sa collection est placée sous la protection de l’État par un décret de 2013[12][3][n 6]. Elle forme le noyau du musée d’art Alfonso Frangipane, inauguré en 2018 dans les locaux de l’institut. La section historique comprend le Christus de Jerace et des œuvres de Michele Guerrisi, Rubens Santoro et Angelo Savelli[3]. Son nom figure aussi dans celui du lycée artistique « Preti – Frangipane »[13][17].
Le 18 décembre 2001, la surintendance archivistique de Calabre déclare d’intérêt historique ses archives personnelles. Celles-ci comptent une trentaine de boîtes, dont sa correspondance de 1914 à 1960[9].
Un colloque lui est consacré à Reggio de Calabre en 2009, et le centenaire de Brutium y est célébré en 2022[3][13]. En 2023, le musée accueille un colloque intitulé « Alfonso Frangipane: l’Arte per la Città »[16]. La même année, une exposition au complexe monumental du San Giovanni, à Catanzaro, présente une partie des tableaux choisis pour l’exposition de 1912[4].
Publications
modifierPrincipaux ouvrages, d’après le dictionnaire biographique de l’ICSAIC[1] :
- Fra le ruine dell’arte nostra, 1907[3].
- Calabria ed arte, Messine, La Sicilia, 1920.
- La Calabria, avec Concetto Valente, Bergame, Istituto italiano d’arti grafiche, 1929.
- Mattia Preti, il Cavalier calabrese, Milan, Alpes, 1929.
- Gaele Covelli (1872-1932), Messine, La Sicilia, 1933.
- Inventario degli oggetti d’arte in Italia, Calabria, Rome, Istituto Poligrafico dello Stato, 1933.
- Elenco degli edifici monumentali della Calabria, Rome, Istituto Poligrafico dello Stato, 1938.
- La Calabria. Storia, geografia, arte, avec C. Sinopoli et S. Pagano, Catanzaro, Mauro, s. d. ; rééd. Soveria Mannelli, Rubbettino, 2004.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le dictionnaire biographique de l’ICSAIC indique qu’il y obtient un poste de directeur[1] ; ReggioToday le présente comme professeur de dessin et d’histoire de l’art dans cet établissement, puis au lycée scientifique et au lycée classique[5].
- ↑ Le dictionnaire de l’ICSAIC ne mentionne que l’édition de 1925[1], tandis que Rosanna Fiore cite celles de 1923, 1925 et 1927[2].
- ↑ Selon l’ICSAIC, Raffaella Frangipane dirige la revue jusqu’en 1992[1]. IlDispaccio situe le dernier numéro en 2002[13], alors que l’Académie indique une périodicité quadrimestrielle depuis 2000[10].
- ↑ Rosanna Fiore date cette ouverture de 1922[2].
- ↑ ReggioToday donne la date de 1948[5].
- ↑ Selon Maria Teresa Sorrenti, Frangipane donne lui-même sa collection à l’Institut d’art[11] ; dans un autre texte, elle évoque une donation de la famille[12], version reprise par l’Avvenire di Calabria[3].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 (it) Franco Liguori, « Frangipane Alfonso », sur Dizionario biografico della Calabria contemporanea, ICSAIC (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (it) Rosanna Fiore, « Alfonso Frangipane e la cultura artistica in Calabria », sur Museo d’arte Alfonso Frangipane, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (it) « Museo Frangipane di Reggio Calabria, vetrina di creatività e bellezza », sur Avvenire di Calabria, (consulté le )
- 1 2 3 (it) « Capolavori svelati », sur Artribune (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (it) « La storia di Frangipane e la sua fucina dell’arte a Reggio Calabria », sur ReggioToday (consulté le )
- 1 2 (it) Danilo Loria, « Reggio Calabria: 50 anni fa moriva Alfonso Frangipane, il ricordo dell’Associazione Anassilaos », sur StrettoWeb, (consulté le )
- 1 2 (it) Maria Teresa Sorrenti, « Reggio Calabria 1926. La IV Biennale d’Arte Moderna e la mostra concorso « La Chiesa parrocchiale » », L’Officina di Efesto, Edizioni Scientifiche Italiane, , p. 147-162 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (it) « II Biennale – Sezione calabrese – Galleria », sur Lombardia Beni Culturali (consulté le )
- 1 2 3 (it) « Archivio Alfonso Frangipane » [PDF], sur Soprintendenza archivistica e bibliografica della Calabria (consulté le )
- 1 2 3 4 (it) « Brutium », sur Accademia di Belle Arti di Reggio Calabria (consulté le )
- 1 2 3 (it) Maria Teresa Sorrenti, « I monumenti ai caduti in Calabria. Tra Case d’Arte e professori di scultura », dans Giuseppe Ferraro (dir.), Dalle trincee alle retrovie : I molti fronti della Grande Guerra (lire en ligne), p. 202-224
- 1 2 3 4 5 6 7 (it) Maria Teresa Sorrenti, « L’istruzione artistica in Calabria tra ’800 e ’900. La nascita dell’Istituto Statale d’Arte », dans Serena Carbone (dir.), La Calabria e le Biennali di Monza : Una marcia di artisti e sognatori, Villa San Giovanni, (lire en ligne), p. 119-146
- 1 2 3 4 (it) « « Brutium »: la rivista celebra il suo centesimo anniversario a Reggio Calabria », sur IlDispaccio, (consulté le )
- ↑ (it) « Nuove acquisizioni aprile-luglio 2025 » [PDF], sur Museo archeologico nazionale di Reggio Calabria (consulté le )
- 1 2 (it) Tommaso Manfredi, « Sulle tracce di Alfonso Frangipane: origini dell’iconografia storica della Calabria », Bollettino del Centro di Studi per la Storia dell’Architettura, nuova serie no 8, , p. 205-214 (ISSN 2611-3147, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (it) « Giornate FAI di Primavera 2023 – Il Museo d’Arte Alfonso Frangipane: « Educare alla Bellezza » », sur Comune di Reggio Calabria, (consulté le )
- 1 2 3 (it) « Frangipane Alfonso (1881/1970) », sur Catalogo generale dei beni culturali, Istituto centrale per il catalogo e la documentazione (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (it) Carlo Carlino, « Alfonso Frangipane: lo zelo del missionario », Daedalus, no 18, 2003-2004, p. 147-160
- (it) Luigi Bilotto, Alfonso Frangipane e la nascita della storia dell’arte in Calabria, Reggio de Calabre, Iiriti,
- (it) Anna Leporati Serrao, Alfonso Frangipane: l’uomo, l’artista, lo studioso, Reggio de Calabre, Creative Artworks,
- (it) Serena Carbone (dir.), La Calabria e le Biennali di Monza : Una marcia di artisti e sognatori, Villa San Giovanni,
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :