Alouen
Alouen est un collectif LGBT algérien créé en 2011. Il reprend l'organisation du TenTen, la « gay pride algérienne » à partir de 2013 et lutte contre les discriminations en coopération avec des organismes transnationaux comme les Nations Unies.
| Forme juridique | collectif |
|---|---|
| But | lutte pour l'existence LGBT |
| Zone d’influence | Algérie |
| Fondation | 2011 |
|---|
| Affiliation internationale | ILGA, ONU |
|---|---|
| Méthode | réseaux sociaux, média numériques et coopération avec des ONG internationales |
| Site web | https://www.facebook.com/AAlouen |
Contexte algérien
modifierL'homosexualité est punie selon les articles 333 et 338 du code pénal[1],[2]. Dans l'article 333, l'homosexualité est assimilée à un acte « contre nature » et prévoit une peine d'emprisonnement de six mois à trois ans et une amende de 1000 à 10.000 dinars[3]. L'article 338 prévoit des peines plus faibles (2 mois à 2 ans de prison, 500 à 2000 dinars) mais la sanction peut être aggravée si l'un des deux inculpés est mineur[3]. Behind the Mask estime que les attitudes en Algérie sont « violemment homophobes » et fait état des risques d'assassinats et de crimes d'honneurs perpétrés par des fondamentalistes musulmans et autres homophobes[1]. Les hommes d'État affirment quant à eux que l'homosexualité n'existe pas en Algérie[3].
Les personnes LGBT sont donc contraintes de se cacher pour leur propre sécurité[1]. Elles préfèrent se retrouver sur Internet (notamment sur des forums) qui permettent l'anonymat[2],[3] et faire du cyberactivisme[4], bien que quelques cafés et bar gay-friendly (tolérants envers les clients LGBT) existent et se font connaître par le bouche-à-oreille[3].
Histoire et fonctionnement
modifierAlouen est créé en 2011 à Oran[5] par trois militants anonymes[6]. Elle ne peut pas s'établir comme association à cause des mesures répressives de l'État[1],[3]. Sa naissance officielle est rétrospectivement établie au 10 octobre 2011, date du TenTen, la journée nationale des LGBT décrétée par le collectif Abu Nawas[7].
Alouen s'appuie sur des campagnes en ligne : il profite du contexte politique agité de 2011 pour lancer des profils sur Facebook et Twitter « en toute discrétion »[1].
Alouen signifie « couleurs » en arabe[1],[3]. Le terme est choisi pour rappeler le symbole du drapeau des fiertés[8]. La langue arabe est également utilisé dans la communication sur les réseaux alors que les militants s'expriment tous en français. Le choix de l'arabe signifie « l'appartenance à l'Algérie. C'est une manière de montrer que le combat est prioritairement algéro-algérien et concerne la revendication des droits d'existence [...] dans la société algérienne »[1].
En 2017 le collectif compte 20 membres âgés de 20 à 42 ans et habitant soit en Algérie soit en France[1]. L'organisation au sein du collectif se fait majoritairement via Internet[1],[9]. C'est grâce aux réseaux sociaux que la vérité sur le statut des Algériens LGBT peut être partagée[9]. Comme Alouen ne peut pas prétendre au statut d'association, le collectif n'est pas habilité à ouvrir des collectes de fonds[1]. Il est donc entièrement autofinancé grâce aux cotisations annuelles des membres et les participations ponctuelles pour des événements précis[1].
En raison du contexte algérien, Alouen doit limiter la quantité d'informations qu'il publicise[10]. Il est parfois contraint de travailler clandestinement sans contact avec la population sur le terrain[1],[11]. Les comptes du collectif, sur les réseaux sociaux et messageries en ligne sont souvent victimes de piratage[1].
Revendications
modifierLes objectifs d'Alouen sont multiples : « briser le cadre juridique et social qui nous condamne pour notre orientation »[1],[11], mettre fin à l'invisibilité des personnes LGBT en Algérie[2],[11] et préparer leur acceptation au sein de la société[7], lutter contre le sida[3],[11]. La création d'un espace d'expression pour pouvoir faire communauté est également central dans la démarche du collectif[3],[8],[11].
Suite à un meurtre homophobe en 2019, Alouen communique sur les réseaux sociaux pour lier clairement l'assassinat à la propagande homophobe du gouvernement et des autorités religieuses[12]. Le but est de contredire les élus qui prétendent publiquement qu'il n'existe pas d'homosexuels en Algérie[9].
Certains des membres d'Alouen se revendiquent à la fois homosexuel et musulman, mais cette position n'est pas unanime[3]. Le collectif revendique être apolitique et non confessionnel[13].
Militantisme
modifierEn 2012, Alouen mène des enquêtes sur Internet et estime que 75% des Algériens homosexuels méconnaissent les risques liés au sida[2]. Le collectif continue sur cette lancée pour créer de la documentation sur les conditions de vie en Algérie dans le but de lancer l'alerte et trouver des solutions avec d'autres organismes nationaux et non gouvernementaux[13]. Cette même année le collectif participe à la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie pour la première fois[5],[14].
En 2013, Alouen créé une radio diffusée sur Youtube et produite grâce à Skype car les présentateurs ne vivent pas dans la même ville[1],[11]. Les premiers épisodes du podcast d'Alouen compte chacun jusqu'à 350 écoutes et téléchargements[11].
La même année, les membres d'Alouen et d'autres militants tentent d'organiser la première manifestation lesbienne d'Algérie[1]. Elle est réprimée par la police soutenue par de nombreux civils et les manifestants décident d'abandonner l'effort[1]. Si cette manifestation avortée n'est pas traitée par la presse, elle permet à Alouen de se faire connaître parmi la communauté LGBT locale[1].
C'est aussi en 2013 qu'Alouen reprend l'organisation du TenTen, la « gay pride algérienne » créé et organisé depuis 2007 par Abu Nawas[15]. Cet événement annuel, organisé le 10 octobre[16], consiste à allumer une bougie, la prendre en photo et la poster sur les réseaux sociaux en soutien aux Algériens LGBT[15] et à l'égalité de droits[17]. Le thème de l'édition 2013 est le partage[15].
En 2014, Alouen lance un magazine trimestriel numérique sur les thèmes LGBT : El Shad[1],[6]. Il intégralement écrit par les personnes LGBT algériennes[6]. Le premier numéro est publié le jour du souvenir trans et traite de l'existence trans en Algérie[6].
En 2016, en collaboration avec MantiQitna, Alouen rédige une série de recommandations pour l'amélioration des conditions de vie des personnes LGBT en Algérie[18]. Porté par les Nations Unies, ce document est soumis au gouvernement algérien[18]. Les recommandations ne sont pas suivies mais Ramtane Lamamra, le ministre des Affaires Étrangères, publie un communiqué auprès du Human Rights Council à leur sujet[18]. Selon les militants, cette réaction est en soi une victoire puisqu'elle prouve que les recommandations sont lues[18].
Leur engagement dépasse les simples sujets LGBT : en 2019, Alouen participe aux révoltes populaires qui suivent l'élection d'un nouveau gouvernement et demandent aux élites politiques de mettre fin à la corruption et à l'omniprésence de l'islamisme[9]. La même année, ils commencent à tenir un annuaire des médecins locaux qui acceptent d'accompagner les personnes LGBT[9].
Le collectif cherche à créer des liens avec l'autres associations LGBT et organismes transnationaux pour amplifier sa voix[7],[9]. En 2019, il présente un rapport détaillé au Conseil des droits de l'homme des Nations unies où il décrit les violences homophobes et transphobes au sein du pays[9]. Alouen est membre de l'ILGA[19].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Hicham Rouibah, « La première association LGBT en Algérie », Chimères, vol. 2, no 92, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 Yasmine Saïd, « Les homosexuels algériens en quête de reconnaissance », El Watan, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Antoine Idier, « Alger la rose ? Être gay ou lesbienne en Algérie », Hétéroclite, (lire en ligne)
- ↑ (en-US) « 2016 Country Reports on Human Rights Practices : Algeria » [archive du ]
[PDF], sur Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor (en), (consulté le ) - 1 2 Luiza Toscane, « « Être homophobe n’est pas révolutionnaire » – Les luttes LGBTIQ dans l’orbite du processus révolutionnaire arabe », sur Europe Solidaire,
- 1 2 3 4 (es) Julie Le Baron, « Sale la primera revista LGBT argelina », Vice, (lire en ligne [archive du ])
- 1 2 3 Christophe Martet, « Alouen, une nouvelle association pour les LGBT en Algérie », Komitid, (lire en ligne)
- 1 2 « Les Couleurs de l’espoir « L’Association Alouen » » [archive du ] [PDF], sur LeXo Fanzine n°21,
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) Lyas Laamari, « Revolution in Algeria has the colors of the LGBT rainbow », Il Grande Colibri, (lire en ligne)
- ↑ (en) Sonia Corrêa, Gustavo Gomes da Costa et Matthew Waites, Colonialism and queer politics, Oxford University Press (ISBN 978-0-19-763307-6, lire en ligne), p. 140
- 1 2 3 4 5 6 7 « Alouen : La radio qui lutte contre toutes les formes de discrimination et de violence à l’égard des LGBT en Algérie », Stop Homophobie, (lire en ligne)
- ↑ (en) Benjamin Weinthal, « Algerian student killed, ‘He is gay’ written on wall with his blood. Assil Belalta was murdered in his student residence outside the city of Algiers », Jerusalem Post, (lire en ligne
) - 1 2 Alouen, Préoccupations de l’association ALOUEN concernant la situation du droit à la non-discrimination et à l’égalité : cas des LGBTI Algérien-ne-s, Examen Périodique Universel, (lire en ligne)
- ↑ « LeXo Info » [archive du ] [PDF], sur LeXo Fanzine n°26,
- 1 2 3 Salsabil Chellali, « TenTen, la Gay Pride algérienne en toute discrétion », Jeune Afrique, (lire en ligne)
- ↑ (no) « Algerie: Forhold for homofile menn », Landinfo, (lire en ligne
) - ↑ (en) Amy Lamé, From Prejudice to Pride: A History of LGBTQ+ Movement, Hachette Children's Group, (ISBN 978-1-5263-0707-1, lire en ligne), p. 57
- 1 2 3 4 (en) « Audacity in Adversity : LGBT Activism in the Middle East and North Africa », Human Rights Watch, (lire en ligne [archive du ])
- ↑ « Organisations membres », sur ILGA (consulté le )
Liens externes
modifier- « Site officiel d'Alouen » (version du sur archive.org)
- Ressource relative à l'audiovisuel :